Les enjeux de la comparaison de deux opérateurs multi-services

Comparer, observer, participer programme méthodologique

« Je m’aperçois que je n’ai rien dit des compagnons de travail. Ça sera pour une autre fois. Mais ça aussi, c’est difficile à exprimer. On est gentil, très gentil. Mais de vraie fraternité, je n’en ai presque pas senti. » Simone Weil, lettre à Albertine Thévenon, 15 janvier 1935, citée dans La condition ouvrière « La règle du jeu : tout apprendre, tout lire, s’informer de tout et, simultanément, adapter à son but les Exercices d’Ignace de Loyola ou la méthode de l’ascète hindou qui s’épuise, des années durant, à visualiser un peu plus exactement l’image qu’il crée sous ses paupières fermées. Poursuivre, à travers des milliers de fiches, l’actualité des faits : tâcher de rendre leur mobilité, leur souplesse vivante, à ces visages de pierre. Lorsque deux textes, deux affirmations, deux idées s’opposent, se plaire à les concilier plutôt qu’à les annuler l’un par l’autre ; voir en eux deux facettes différentes, deux états successifs du même fait, une réalité convaincante parce qu’elle est complexe, humaine parce qu’elle est multiple » Marguerite Yourcenar, carnets préparatoires des Mémoires d’Hadrien « On ne sent que par comparaison » écrivait le jeune Malraux dans le catalogue Galanis en 1926. Pour mieux « sentir » la transition infrastructurelle à l’œuvre, l’approche méthodologique qui sous-tend notre démarche de recherche s’articule autour de deux éléments principaux, la comparaison et l’observation impliquée. Ces deux catégories ne sont pas à voir comme deux fuseaux distincts dont on pourrait dérouler les fils indépendamment. Elles fonctionnent de pair, et s’entrecroisent pour former une trame méthodologique que nous nous sommes attachés à rendre la plus cohérente et heuristique possible. Nous ne cherchons pas à élaborer un musée imaginaire des réseaux techniques urbains mais à nous donner un cadre et un programme pour discuter deux cas d’études, afin de faire émerger autre chose que la simple juxtaposition de deux monographies de Magdeburg et de Séville.

Les enjeux de la comparaison de deux opérateurs multi-services

« On n’explique qu’en comparant ». C’est ainsi qu’Emile Durkheim détaillait, de façon quasi aphoristique, son approche scientifique du savoir et de l’administration de la preuve dans les premières pages du Suicide. Il ouvrait par ce biais une pratique qui allait faire florès dans les sciences sociales.  La démarche comparative en sciences sociales s’inscrit dans une longue tradition scientifique, et qui s’est vue transformée par de récents changements de contexte liés à la globalisation d’un certain nombre de phénomènes et à des changements d’échelle de régulation. La comparaison a même envahi un certain nombre de pratiques professionnelles, pour devenir un outil de gouvernement pour de nombreuses institutions (Hantrais, 2009 ; Join-Lambert, 2012). On en trouve une trace notamment, mais pas uniquement, dans la prolifération d’études de benchmarking au sein de certaines institutions. Cette inflation d’études comparatives traduit en fait le mélange grandissant entre les pratiques de recherche et des préoccupations d’ordre gestionnaire (de Verdalle et al., 2012). La démarche comparative est parfois considérée comme une posture épistémologique qui serait au fondement de l’explication en sciences sociales (Glaser et Strauss, 1967 ; de Verdalle et al., 2012). Elle va ainsi plus loin qu’une simple exploration terme à terme des différences et similitudes entre des cas (Hyman, 1998) mais renvoie à une question de fond : comment arriver à élaborer un travail de généralisation tout en rendant compte des spécificités de chaque cas ? (de Verdalle et al., 2012 ; Vigour, 2005). C’est dans cette perspective que nous voulons utiliser plusieurs cas, allemand et espagnol, pour documenter et commencer à théoriser les transformations des grands réseaux techniques urbains que sont les réseaux d’eau, d’assainissement et de chauffage urbain. démarche souvent déductive et des méthodes quantitatives, à isoler une variable indépendante explicative en multipliant les cas. A l’inverse, la démarche par cas est davantage d’inspiration weberienne, s’appuie sur une démarche plus inductive et qualitative, et repose sur une analyse approfondie d’un nombre limité de cas pour en dégager les ressemblances et différences et viser une forme de généralisation. Le caractère protéiforme de la mutation à l’œuvre des systèmes techniques plaide pour une approche par cas, afin d’en saisir les différents ressorts de la façon la plus complète possible. L’approche weberienne permet, à notre sens, de mieux cerner à la fois un processus en cours d’émergence et des jeux d’acteurs complexes entre opérateurs, usagers et responsables publics. Les contraintes matérielles et temporelles de la thèse nous ont conduits à ne retenir que deux cas d’étude que nous étudions de façon approfondie, les réseaux techniques urbains de Magdeburg et Séville.

 

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