Le Chêne : sessile (Q. petraea) et pédonculé (Q. robur) 

Le Chêne : sessile (Q. petraea) et pédonculé (Q. robur) 

Parmi les écosystèmes forestiers, le chêne tient une place toute particulière. Au cours du temps, le chêne a endossé un rôle culturel majeur à travers de nombreux usages. A la fois source matérielle par son bois, alimentaire grâce aux glands qu’il produit, mais aussi d’énergie par ses propriétés combustibles, l’activité humaine s’est naturellement développée autour du chêne, celle-ci se déclinant sous bien des savoir-faire tels que la charpenterie ou la tonnellerie. Le chêne a ainsi imprégné notre culture, revêtant parfois un rôle sacré au sein de certaines civilisations (Grecques, Germanique, Slaves ou Celtes ; Aas et al., 2000) et devenant par endroits un symbole régional ou national affirmé. Plus qu’une ressource naturelle, le chêne est solidement enraciné dans notre patrimoine. Sa présence façonne aujourd’hui aussi bien nos paysages que notre imaginaire. 

Aires de répartitions 

Parmi les représentants du genre Quercus, le chêne Pédonculé (Quercus robur L.) et le chêne Sessile (Quercus petraea (Matt.) Liebl.) sont les deux espèces sympatriques les plus communément répertoriées en Europe tempérée. Elles représentant à elles seules 22% de la production des essences forestières observées en France (soit 34% de la production des espèces feuillues) et recouvrent 5.4 millions d’hectares, soit 32% de la surface forestière française (IGN, 2018). Elles revêtent de fait une importance économique de premier ordre et constituent l’objet de recherche principal de ce travail de thèse. Les deux espèces ont colonisé une large aire de répartition s’étendant de la bordure Sud des pays scandinaves au Nord de la Méditerranée, parcourant l’Europe d’Ouest en Est de la péninsule ibérique jusqu’aux portes du Moyen-Orient. Ces essences sont néanmoins rarement répertoriées en régions alpines et septentrionales, dont les conditions climatiques s’éloignent de leurs niches écologiques de prédilection respectives. 7 

Gestion forestière 

En raison de ses nombreux usages, la demande en bois issu du chêne n’a cessé de croitre, la gestion des populations de chênes a de fait des implications majeures dans la sylviculture moderne (Johnson et al., 2002). De par sa capacité à produire de larges volumes de bois utile, les populations de chênes sont fréquemment gérées soit sous la forme de futaies, soit de taillis (Hochbichler, 1993). La qualité de leur bois fait des chênes sessiles et pédonculés les espèces parmi les plus importantes d’un point de vue économique en Europe. Leur bois est notamment particulièrement apprécié en raison de sa dureté et de sa durabilité, il est donc largement utilisé pour la construction et la manufacture (Eaton 

Taxonomie du chêne et hybridation 

Le chêne regroupe un ensemble d’espèces d’arbres et d’arbustes appartenant au genre Quercus et à la famille des Fagaceae. La taxonomie des chênes (Quercus spp.) a intrigué et laissé perplexes de nombreux scientifiques au cours des siècles. Depuis Linnaeus qui en 1753 décrivait 12 espèces (Linnaeus, 1753) jusqu’à nos jours, la difficulté à déterminer les essences de chênes à travers l’Europe a maintes fois été soulevée. C’est en 1859 que Darwin dans son ouvrage « On the origin of species » mit en relief la complexité de la taxonomie du chêne (Darwin, 1859). Quelques années plus tard, Badington (1862) faisait état du même constat au sein des îles britanniques. De ces intrications taxonomiques résultèrent des fluctuations du nombre d’espèces reconnues au fil du temps, celui-ci atteignant son apogée dans le recueil « Flora Europea » (Schwarz’s, 1964), faisant état de près de 320 différentes espèces. Ainsi la séparation d’ensembles d’espèces variés au sein d’unités taxonomiques à travers leurs plages géographiques constitue un domaine d’intenses recherches tout en suscitant le débat, la nature même de notion d’espèce étant toujours sujette à controverses (Mayr, 1942 ; van Valen, 1976 ; Manos et al., 1999). Par ailleurs, la propension de ces espèces à occuper des aires de répartition communes et donc leur caractère sympatrique ainsi que leur inter-fertilités donnent lieu à un brassage génétique important entre les espèces à l’origine d’individus hybrides combinant à la fois des traits physiologiques et morphologiques propres à chacune des deux espèces. L’ensemble de ces caractéristiques a donc pour conséquence d’accentuer la difficulté de la tâche consistant à affiner la taxonomie du chêne ainsi que l’identification formelle des individus (Rushton, 1974, 1978). C’est avec l’avènement de la génétique que le corps scientifique a pu disposer des outils nécessaires résolvant ces difficultés en permettant la différenciation certaine des individus ainsi que de leurs hybrides. En effet, bien que les deux espèces affichent une forte proximité génétique à laquelle s’associent la complexité de détecter des marqueurs génétiques interspécifiques (Kremer & Petit, 1993 ; Petit et al., 1993), des régions génomiques clairement différenciées entre les deux espèces ont pu être identifiées (Bodénès et al., 1997). Il faut cependant noter que des efforts considérables de recherche ont été alloués avec succès à la différenciation morphologique des deux espèces (Dupouey, 1983 ; Dupouey & Badeau, 1993 ; Ponton et al., 2004 ; Boratynski et al., 2008) 9 et al., 2016). Historiquement, le bois de chêne fut également la source matérielle principale utilisée pour la construction des navires (Jones, 1959). L’utilisation du bois de chêne est par ailleurs courante dans la réalisation des tonneaux de vin et de spiritueux, les composés tanniques du bois contribuant au développement des flaveurs souhaitées par les maitres de chai lors du vieillissement (Roloff et al., 2010). Le bois de chêne le plus précieux est produit au sein de peuplements mixtes à rotation longue (~150 ans) dont les sols sont riches en nutriments et en eau (Praciak, 2013). Ce type de gestion nécessite une attention toute particulière à la diversité d’espèces, leurs proportions ainsi que leur densité de population sur le site de production, ces paramètres ayant une grande influence sur la qualité du bois à travers le diamètre des troncs, la largeur des anneaux de croissance et la présence de nœuds dans le bois (Savill, 2013 ; Price, 2015). Outre leurs nombreux rôles écosystémiques stabilisant les écosystèmes sous pression, les chênes constituent l’ossature aussi bien physique que biologique des sites qu’ils colonisent. Ils sont en effet le support de nombreuses espèces d’insectes et d’animaux dont ils constituent le foyer et/ou la source d’alimentation (Savill, 2013). Dotés d’une large plasticité de réponse aux perturbations environnementales, les chênes sessiles et pédonculés font montre d’une remarquable capacité d’acclimatation. L’un des enjeux majeurs pour la profession sylvicole au cours du XXIe siècle sera indubitablement l’adaptation de ses pratiques en adéquation avec le réchauffement climatique. L’ensemble des scénarii proposés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) y compris les plus optimistes, prévoit des changements significatifs de températures et de précipitations à l’échelle du globe. Si de nombreux dégâts sont à envisager au sein des forêts composées d’essences sensibles, le chêne plus tolérant à la sécheresse pourrait dans un premier temps profiter d’un avantage compétitif sur les autres espèces. Néanmoins face à l’ampleur et la rapidité des changements climatiques, cette plasticité de réponse à la sécheresse pourrait y compris chez le chêne atteindre ses limites. De fait, la réalisation d’études sur la réponse du chêne soumis aux contraintes environnementales futures est aujourd’hui cruciale afin d’apporter à la profession forestière les clefs décisionnelles nécessaires à l’élaboration d’une stratégie forestière performante et adaptée.

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