Les enjeux sociétaux et les besoins de l’Université de Liège

Dans un premier temps, il est important de situer ce travail dans son contexte. A l’ère du numérique, la société ne cesse d’évoluer et les universités doivent s’adapter face aux mutations technologiques et pédagogiques. (Aebischer, 2017) L’Université de Liège n’échappe pas à la règle.

En septembre 2017, l’institution liégeoise a fêté ses 200 ans. Un moment opportun pour dresser un état des lieux et se pencher vers l’avenir. Pour son bicentenaire, consciente des enjeux sociétaux, l’Uliège s’est dotée d’un nouveau plan stratégique afin de répondre aux nouvelles exigences du XXIème siècle. Disposant d’un nombre important d’espaces inexploités sur l’ensemble de ses implantations, l’Université de Liège envisage un projet de réappropriation des espaces communautaires, tant au Sart-Tilman qu’au centre-ville. Dans cette nécessité de changement, elle a redéfini ses valeurs à travers une charte et s’est approprié un leitmotiv : « Une université en mouvement, des sociétés en changement».

Au travers de l’historique de l’Université et des enjeux qu’elle doit relever, nous consacrerons une approche théorique de l’urbanisme dans le but de comprendre ses relations avec son territoire et sa ville. Cette démarche portera plus précisément sur le domaine du Sart-Tilman qui occupe une position particulière par rapport à la ville de Liège. Nous tenterons de comprendre les différentes phases qui ont amené au transfert de l’Université de Liège sur les hauteurs des collines du SartTilman. Malgré les nombreuses références et lectures consultées, il paraît nécessaire de préciser que cette partie n’a pas pu faire l’objet d’une analyse complète.

Afin d’identifier les besoins et les attentes des étudiants ainsi qu’un ou des site(s) propice(s) au développement de lieux informels d’apprentissage à destination de la communauté universitaire au sein du campus du Sart-Tilman à l’Université de Liège , différentes méthodes ont été utilisées. Des recherches documentaires et des participations à des conférences, à des ateliers et à des tables rondes notamment lors de la semaine de l’enseignement organisée par l’Université de Liège du 21 au 24 Novembre 2017. Des analyses de références construites traitées dans la littérature mais aussi des études de cas particuliers, basées sur des entretiens avec les étudiants et menés sur les campus respectifs : Université Polytechnique de Valence (UPV), Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), un questionnaire en ligne et une multitude de cartographies.

Ensuite, trois grands thèmes interdépendants seront abordés de manière théorique : Pédagogie – Technologies – Lieux informels d’apprentissage. Il est primordial de comprendre leurs relations.

Ere numérique 

Evolution sociétale 

Le XXI siècle est le théâtre d’un progrès rapide et incessant qui modifie notre environnement. Nos sociétés occidentales sont déjà passées par deux grandes révolutions. La première est celle de la transition de l’oral à l’écrit. La deuxième de l’écrit à l’imprimé. Enfin, la troisième, celle que nous vivons actuellement, est caractérisée par le passage de l’imprimerie à internet, aux réseaux sociaux. Notre planète est également touchée par cinq crises. La crise économique, la crise écologique, la crise énergétique, la crise géopolitique et la crise intergénérationnelle. (Serres, 2012).

Caractérisée de société numérique, que ce soit en termes de ruptures, de révolution, de mutation ou d’évolution, la société est entrée dans une période où l’empreinte numérique est de plus en plus profonde (Compiègne, 2011).

Le monde change. La malnutrition et la mortalité enfantine diminuent drastiquement, l’évolution de l’espérance de vie ne cesse d’augmenter sur tous les continents. Du point de vue politique, la démocratie progresse, les pays coloniaux disparaissent. Les technologies s’implantent dans nos sociétés et plus de trois milliards de personnes ont accès à internet. (OurWorldinData.org, en ligne novembre 2017) .

Cependant, la qualité de l’éducation au niveau mondial interpelle. Le programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) mesure depuis 2000 les performances des jeunes en lecture, en mathématiques et en sciences. En 2015, l’aptitude des jeunes francophones dans les trois disciplines est en dessous de la moyenne des pays membres de l’OCDE. (Pisa, en ligne décembre 2017). A l’Université de Liège, le taux de réussite en BAC 1 a varié de 22 à 35% durant les six dernières années et diminue au fil du temps. (Haubruge, novembre 2017) .

Emergence des nouvelles technologies

L’apparition et l’accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC) ont bouleversé notre quotidien. Le numérique est la plus grande révolution que nous ayons connue depuis l’industrialisation. La mondialisation, « le processus et les conséquences d’une communication mondiale instantanée rendue possible par les nouvelles technologies » (Grunzweig et Rinehart, 2002), est désormais réelle. Nous devons faire face à un monde en continuelle transformation qui influe sur tous les champs d’actions humaines. Nous avons atteint un stade où la mobilité des personnes et des ressources, les échanges d’informations et la diffusion du savoir n’ont jamais été aussi simples et rapides. Ces évolutions sont d’ailleurs notables dans nos institutions européennes qui permettent dorénavant à leurs communautés universitaires de faire leurs études et leurs recherches à l’étranger. Egalement à travers les échanges de connaissances via des plates-formes online tels que les MOOC’s (Massive Open Online Communication). A l’heure de la surinformation et de l’instantané, le numérique modifie non seulement notre société mais également l’enseignement et la recherche. Ces nouvelles technologies incitent les universités à développer, d’une part de nouvelles méthodes d’apprentissage et d’autre part de nouveaux espaces qui leur sont adaptés.

Adaptation des universités

L’évolution de la société et l’émergence des nouvelles technologies ont un impact direct sur les universités qui doivent trouver un certain équilibre entre les valeurs traditionnelles et la culture du marché. (Rinne & Koivula, 2005).

L’université a un rôle crucial dans un monde en constante évolution. Désormais, elle n’est plus le seul lieu d’apprentissage. L’université doit répondre plus que jamais à sa mission de formation pour ceux qui construiront le monde de demain. Son rôle principal est d’accroître et de diffuser les connaissances par l’enseignement et la recherche. Grâce à ces derniers mais également à la création et aux services à la collectivité, les institutions universitaires permettent aux citoyens de se préparer à leur avenir mais également à contribuer au développement social, culturel, économique et politique de la société. (Denman, 2005 ; Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université ,2006) .

Internationalisation de l’enseignement supérieur

L’enseignement supérieur s’est fortement ouvert au monde grâce à la mondialisation et au développement des technologies de la communication. L’internationalisation est soulignée « comme une dimension essentielle de modernisation, d’attractivité et de compétitivité des systèmes et des établissements d’enseignement supérieur. » Ce processus fait l’unanimité dans presque tous les pays et établissements supérieurs. (Kaufman & Egran-Polak, 2014).

Selon Yelland, directeur de l’éducation à l’OCDE, l’enseignement supérieur se développe rapidement, au point de devenir « un secteur mondial à part entière. » L’internationalisation de l’enseignement supérieur attise la concurrence et induit de nombreux défis pour les enseignants, étudiants et les décideurs qui doivent déployer de nouvelles stratégies. En une vingtaine d’années, le nombre d’étudiants internationaux dans la zone OCDE a triplé. Les étudiants deviennent des clients qui considèrent une bonne formation comme un investissement favorable à leur future carrière. L’enseignement supérieur doit prôner l’efficience et la productivité face à ces nouveaux clients et à l’augmentation concurrentielle. (Yelland, 2017) .

Pour Huang (2007), la mondialisation a engendré et continuera d’engendrer de nouvelles formes d’internationalisation de l’enseignement supérieur surtout aux Etats-Unis et en Europe. « La rapidité de la mondialisation économique, les progrès de la technologie de l’information ainsi que l’adoption de mécanismes de marché, influent l’internationalisation de l’enseignement supérieur. » En comparant la phase dans laquelle l’internalisation est rentrée depuis les années 1980 avec les précédentes, il conclut que l’internationalisation actuelle de l’enseignement supérieur est désormais plus fortement régie par des facteurs économiques dans un environnement de plus en plus en concurrence. (Huang, 2007) .

Transformations urbaines et de gouvernance 

Les grandes villes occidentales ont subi de nombreuses transformations économiques et technologiques dans leurs structures urbaines. Par exemple, une multitude de ports internationaux ont dû abandonner des installations portuaires, ferroviaires et industrielles souvent situées à proximité de leur centre-ville. Au Canada, dans les villes de Montréal, Toronto et Vancouver ces changements ont laissé des traces notables. D’importantes interventions urbaines, des reconversions organisationnelles, techniques, et économiques, ont été mises en place suite aux déclins fonctionnels qu’ont connus les centres villes. (Greenberg & Ahtik, 1988).

Sur le plan urbain, dans le contexte de l’après-guerre et l’accélération de la croissance économique et démographique, la majorité des métropoles ont adopté les principes modernistes notamment par la restructuration radicale du centre. Greenberg et Ahtik (1988) avancent que les politiques urbaines ont souvent visé des objectifs différents. Alors que certaines villes s’engageaient dans un « virage technologique, économique et urbanistique », d’autres s’efforçaient de préserver à n’importe quel prix les structures traditionnelles et d’autres encore cherchaient « des voies de compromis, avec des fortunes diverses ». Selon eux, le nombre de courants opposés durant trois décennies et la grande vague de modernisme ont bouleversé l’image, la forme et le fonctionnement des villes.

Sur base de remaniements d’un « modèle québécois » de 1950, de nouveaux mécanismes de gouvernance se mettent en place alliant la puissance de l’Etat à la société civile. D’abord au Québec dans les années 1970 et ensuite à l’échelle internationale vers les années 1990. Autrement dit, une participation des usagers, acteurs, citoyens à la gestion des services et affaires publiques (Hamel & Jouve, 2006). Il existe une telle multitude de définitions du principe de gouvernance qu’il en est devenu presque indéfinissable. L’OCDE (2001), la définit comme « la manière dont la société résout ses problèmes et satisfait ses besoins collectivement ». Lessard (2006) résume que le thème de la gouvernance concerne l’articulation du marché, de l’État et de la société civile. La gouvernance remet en cause les structures partenariales dans les sphères politiques, économiques, administratives et universitaires.

Aujourd’hui, la gouvernance en éducation fondée sur la démocratie libérale et la démocratie participative communautariste, induit « l ‘externalisation de l’éducation » selon Lessard (2006), elle cherche à renforcer le pouvoir des acteurs externes. La relation entre les acteurs du système entraine le développement de partenariats avec le secteur privé afin d’être plus efficaces et efficients. Dans des villes de plus en plus en compétition, on observe la création « d’architectures spectaculaires ».

Table des matières

1. INTRODUCTION
2. CONTEXTE
2.1 ERE NUMERIQUE
2.1.1 Evolution sociétale
2.1.2 Emergence des nouvelles technologies
2.1.3 Adaptation des universités
2.1.4 Internationalisation de l’enseignement supérieur
2.1.5 Transformations urbaines et de gouvernance
2.2 UNIVERSITE DE LIEGE
2.2.1 Bicentenaire et identité de l’Université de Liège
2.2.2 Les valeurs de l’Université de Liège
2.2.3 Les enjeux sociétaux et les besoins de l’Université de Liège
2.2.4 Plan stratégique (2017 – 2021)
2.3 DOMAINE DU SART-TILMAN
2.3.1 Université et territoire
2.3.2 Trois phases avant le Sart-Tilman
2.3.3 Contexte du transfert au Sart-Tilman
3. PROBLEMATIQUE
4. OBJECTIFS
4.1 IDENTIFICATION DE SITES
4.2 IDENTIFICATION DES BESOINS
4.3 IDENTIFICATION DE TYPOLOGIES SPATIALES
4.4 PISTES D’ACTIONS
4.5 EVALUATION D’OPPORTUNITES ET DE MENACES
5. METHODOLOGIE
5.1 RECHERCHES DOCUMENTAIRES
5.2 ANALYSES DE REFERENCES CONSTRUITES
5.3 CONFERENCES, ATELIERS ET TABLES RONDES
5.4 ETUDES DE CAS PARTICULIERS
5.5 ENTREVUES
5.6 SONDAGE EN LIGNE
5.7 CARTOGRAPHIES
5.8 ANALYSES DE L’ENVIRONNEMENT
6. CADRE THEORIQUE
6.1 PEDAGOGIE
6.1.1 Définitions
6.1.2 Histoire de la pédagogie
6.1.2.1 Naissance de la pédagogie
6.1.2.2 La pédagogie « post-moderne »
6.1.3 La pédagogie universitaire à l’ère du numérique
6.1.3.1 La pédagogie universitaire
6.1.3.2 La pédagogie universitaire numérique
6.1.3 Etudiants
6.1.3.1 L’étudiant du 21e siècle
6.1.3.2 Compétences du 21e siècle
6.1.3.3 Le futur professionnel
6.1.3 Enseignants
6.1.3.1 Changement de paradigme
6.1.3.2 Pédagogie active
6.2 TECHNOLOGIE
6.2.1 Mutations de l’enseignement supérieur en Europe
6.2.2 Nouveaux modèles d’apprentissage
6.2.3 Les avantages des technologies dans l’éducation
6.2.4 Les MOOCs et le décloisonnement des Universités
6.2.4.1 Origine et explications
6.2.4.2 Expérience MOOC à l’EPFL
6.2.4.3 Les MOOCs à l’Uliège
6.3 LIEUX INFORMELS D’APPRENTISSAGE
6.3.1 Tiers-lieux
6.3.2 Espaces de coworking
6.3.3 Evolution des infrastructures universitaires
6.3.4 Bibliothèques
6.3.4.1 Bibliothèque traditionnelle
6.3.4.2 Modernisation des bibliothèques
6.3.4.3 OBA – Amsterdam
6.3.5 Vers les « Learning Centers »
6.3.6 Différentes typologies
6.3.6.1 Espaces de circulation et les halls
6.3.6.2 Les espaces extérieurs et espaces verts
6.3.6.3 Les escaliers monumentaux
6.3.6.4 Les « dessous-dessous »
6.3.7 Références construites
6.3.7.1 Faclab – Université de Cergy-Pontoise
6.3.7.2 Learning center – Université Panthéon-Assas
6.3.7.3 E-learning café – Université de Porto
6.3.7.4 Synthèse des innovations
7. RESULTATS FACTUELS
7.1 LES ENJEUX ET ORIENTATIONS STRATEGIQUES
7.2 ETUDES DE CAS
7.2.1 Campus de l’UPV et « la Casa del Alumno »
7.2.1.1 Université et territoire
7.2.1.2 Organisation du campus
7.2.1.3 Entretiens
7.2.1.4 Analyse SWOT
7.2.1.5 La « Casa Del Alumno »
7.2.2 Campus de l’EPFL et le Rolex Learning Center
7.2.2.1 Université et territoire
7.2.2.2 Organisation du campus
7.2.2.3 Entretiens
7.2.2.4 Analyse SWOT
7.2.2.5 Propos de Patrick Aebischer
7.2.2.6 Le « Rolex Learning Center»
7.3 ETAT DES LIEUX DU CAMPUS DU SART-TILMAN
7.3.1 Etude quantitative
7.3.3 Etude qualitative
7.3.3.1 Workshop chez ID Campus
7.3.3.2 Appréciation du campus du Sart-Tilman par ses étudiants
7.3.3.3 Facteurs clés de succès
7.3.4 Cartographies
7.3.4.1 Université et territoire
7.3.4.2 Lieux informels d’apprentissage existants
7.3.4.3 Organisation de la zone Nord du campus
7.4 COMPARONS ET RETENONS
7.4.1 Besoins et attentes des étudiants
7.4.2 Lieux informels d’apprentissage
7.4.3 Organigramme
7.4.4 Identification de sites
7.5 PISTES D’ACTIONS
8. ANALYSE DE L’ENVIRONNEMENT MACRO-ECONOMIQUE
8.1. MODELE PESTEL
8.2 METHODE DES SCENARII
9. CONCLUSION

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