Compréhension de l’anglais oral et TICE -Les conditions d’un apprentissage signifiant
L’inférence:: le pont entre deux propositions
Gineste et Le Ny (2002 : 134) définiss u de raisonnement, qui conduit le système cognitif du compreneur à franchir un « pas » d’une information à une autre, plus spécifiquement d’une proposition à une autre ». La même idée de progression se retrouve chez Caron (1989 : 196-7) qui parle, lui, d’ « inférences 67 construire un modèle mental enrichi qui intègre l’information nouvelle à celle déjà en possession du compreneur (Rost, 1994 : 58-59). Les « inférences pragmatiques » sont, selon Costermans (2001 : 166), tirées de la mémoire sémantique du compreneur et lui permettent de tirer des conclusions vraisemblables. Si on entend, par exemple, l’énoncé : « They arrested the delinquents. », les connaissances s de police. Ces in aintenir une représentation cohérente du texte tout au sémantiques nous permettent d’inférer que le pronom « they » recouvre les force férences dites « naturelles » peuvent toutefois conduire à des erreurs. De son côté, Ripoll (1998 : 397) rappelle que le terme d’inférence est générique et qu’il désigne « l’opération mentale permettant de conclure un raisonnement à partir d’informations préalables ». Cet auteur propose de distinguer la déduction, l’induction, la généralisation et l’analogie. Rost (2002 : 66) tente de lister les différents usages des inférences parmi lesquels on distinguera l’évaluation des références ambiguës, la provision de liens manquants, l’utilisation du contexte et des genres textuels pour générer des hypothèses. En tout état de cause, les inférences permettent de mettre à jour la représentation cognitive d’un énoncé et, selon un principe d’économie24 rendu nécessaire par le faible empan de la mémoire de travail, seules les inférences « utiles » seront construites pour m long de son écoute. 2.4.2.3. L’assemblage impossible Toutes les représentations ne deviennent pas forcément plus larges et plus cohérentes. Pour certaines, les morceaux de sens restent disparates et l’assemblage se fait mal ou échoue. Parlera-t-on d’erreur ou d’incompréhension? Pour reprendre la tournure de Gineste et Le Ny 24 « Le nombre et la nature des indices utilisés lors de la perception d’un objet ne sont pas fixés. On peut considérer que l’activité perceptive met en jeu un principe économique tel que le sujet doive établir un équilibre entre deux exigences contradictoires : n’avoir à recueillir que le plus petit nombre d’indices possible ; limiter autant que nécessaire les risques d’erreur, c’est-à-dire de mauvaise affectation catégorielle. Négliger certains indices peut en effet être source d’erreur. Percevoir est donc prendre une décision ». Gaonac’h, 1991 : 89 68 (2002 : 120), « si une phrase est ‘interdite’ par la langue, c’est parce qu’elle n’a pas de sens, ou, ce qui revient au même, qu’elle ne peut pas être comprise ». Dans la perspective de la théorie de la compétence, les erreurs de compréhension constituent des phénomènes importants parce qu’elles indiquent ce que l’apprenant a appris mais n’a pas encore t à la notion d’interlangue.
entre ‘intake’ et input [qui] explique les divergences […] entre les contenu uit
Ceci nous conduit à aborder les objectifs liés au procéduralisé (Ellis, 2003, 172), ce qui nous condui .4. Points de contact avec la théorie de l’interlangue Vogel (1995 : 19) définit l’interlangue comme la langue intermédiaire de l’apprenant entre sa langue maternelle (ou d’autres langues étrangères apprises auparavant) et la langue étrangère. Pour Py (1990), c’est « une phase dans le développement de la compétence linguistique d’un apprenant » qui possède sous une forme atténuée « quelques unes des propriétés essentielles à tout système linguistique : systématicité, variabilité, autonomie ». Cette interlangue comporte des formes correctes ou non et se conforme à des normes grammaticales ou non. Vogel (ibid., p.20) évoque les recherches de Corder qui a mis en lumière « la coupure s d’enseignement et le résultat concret de l’apprentissage ». Ainsi se posent les questions de l’écart à la norme, de l’instabilité de l’interlangue et du caractère individuel et non social que revêt la langue de l’apprenant. Tentons maintenant, comme nous y engage Gaonac’h (1991 : 124), de « caractériser le système transitoire de langue » des apprenants et de « connaître les processus qui sont à l’origine de tels systèmes ». Marquillo Larruy (2003 : 49) rappelle que pour la psychologie cognitive, « l’erreur (…) est un moyen d’exhiber les processus mentaux auxquels on n’a pas directement accès ». De son côté, Widdowson a montré que la description de l’interlangue ne peut être pertinente au plan psycholinguistique qu’à la condition d’analyser l’activité de l’apprenant en plus du prod 25 cité par Vogel (1995 : 36). 69 développement de la compréhension de l’oral. Nous allons tout d’abord explorer ces objectifs didacti
Implications didactiques able de produire et de reconnaître les phrases correctes » (Cuq e d’usage de distinguer la performance, c’est- n un moment donné (selon le débit, la complexité, la longueur…), et ce qu’ils savent sur la langue. Cette connais ordan, 2004 : 6). Dès lors, l’accent a été mis sur les aspects pragmatiques de la iation. On s’est donc intéressé à la com ques à travers la notion de compétence.
La question de la compétence
La notion de compétence linguistique trouve son origine avec Chomsky et se réfère aux « connaissances intuitives des règles grammaticales sous-jacentes à la parole qu’un locuteur natif idéal a de sa langue et qui le rendent cap t al, 2003 : 48). Selon cette approche, il est à-dire ce que les gens so capables de comprendre t sance implique non seulement « la faculté de comprendre et de produire un nombre indéfini de phrases nouvelles, mais aussi la capacité de reconnaître les phrases mal formées » (Mounin, 1974 : 75). Depuis les années 1970 et l’avènement de l’approche communicative, la notion de compétence s’est élargie pour inclure les fonctions sociales remplies par la langue. Ainsi, selon l’approche communicative, la langue est une ressource systématique pour exprimer des significations en contexte, et non pas la gamme de toutes les phrases grammaticales possibles (J compétence en soulignant l’importance de la situation d’énonc préhension de l’oral comme à une compétence communicative. Enfin, plus récemment, l’accent a été mis sur la compréhension comme moyen d’appréhender une culture étrangère et d’avoir un comportement social (donc linguistique) approprié. On parle alors de compétence sociolinguistique.
La compétence langagière
Parce que, d’une part, le terme de « compétence linguistique » ne se réfère qu’à la seule connaissance grammaticale et parce que, d’autre part, notre approche vise à inclure les aspects communicatifs et sociolinguistiques, nous préférons concevoir la compréhension de l’oral comme une compétence langagière. Bachman (1990 : 66) décrit la compétence langagière comme « une gamme de savoirs spécifiques qui sont utilisés lors de la communication via la langue ». C’est à ce même Bachman que nous empruntons la description de la compétence langagière que nous avons résumée dans le tableau 2.2. Tableau 2.2 : La compétence langagière, d’après Bachman (1990 : 67) et Jordan (2004 : 8-9) Dans cette taxonomie, nous retrouvons les compétences grammaticale et textuelle, que Bachman désigne par le terme de compétence organisationnelle. Celles-ci correspondent plus ou moins à la « compétence linguistique » décrite plus haut. Mais, en s’inspirant des travaux de Widdowson et de Halliday, Bachman ajoute les aspects pragmatiques qui incluent les actes de langage, les registres, le contexte d’énonciation, autant d’éléments qui participent de la construction du sens par le compreneur. Nous verrons dans le chapitre 10 comment 71 différentes micro-tâches peuvent permettre de développer certains éléments de la compétence langagière.
is structurée, et leur temps d’apprentissage n’est pas arithmétiquement multiplié par quatre
Toute avancée dans un domaine en . Compétences dissociées ou intégrées L’approche communicative a imposé comme postulat que les compétences langagières (généralement désignées par aptitudes linguistiques ou « four skills » dans la version anglaise), si elles ne pouvaient pas être enseignées distinctement les unes des autres, devaient cependant être évaluées de cette façon. Ainsi a-t-il été préconisé de faire, par exemple, des synthèses en français de documents sonores anglais pour ne pas tester l’expression écrite, ou bien a t-on demandé à des élèves de collège de flécher un parcours sur une carte pour éviter d’ajouter la lecture de consignes en anglais à la compréhension de l’oral. Par un effet d’homologie, l’évaluation a influencé la conception des tâches d’apprentissage et il a semblé important de distinguer ces quatre compétences. Depuis quelques années, cette répartition a été revue et la notion de compétences intégrées (« integrated skills ») est apparue au détriment des compétences distinctes (« segregated skills »). En effet, dans la perspective cognitiviste, cette distinction perdait de sa pertinence en ce qui concernait l’apprentissage de la langue, particulièrement à un niveau avancé (Oxford, 2001). Il ne paraît donc plus incongru d’associer la compréhension de l’oral à la lecture ou, plus couramment encore, la compréhension de l’oral à l’expression écrite pour évaluer cette compétence mais aussi pour la faire travailler. Ainsi, s’il est commode dans un premier temps de continuer à distinguer les quatre compétences26, il convient toutefois de ne pas voir l’apprentissage de la langue comme une accumulation de compétences cloisonnées car, comme le remarque Rivenc (2000 : 89), cette dissociation n’est guère pertinente : « L’acquisition des compétences de compréhension et de production n’est pas cumulative ma 26 Auxquelles on ajoute désormais la compétence à interagir à l’oral et à l’écrit. 72 entraîne d’autres ailleurs, dont il est dommage de ne pas exploiter la synergie ».
Compétences effectives ou virtuelles
compétences effectives d’un sujet ne peuvent se mesurer qu’a posteriori, les compétences virtuelles peuvent façons, à l’aide de référentiels ou de grilles d’autoévaluation. cités opératoires peut être utile car plus elle seront Jonnaert et Vander Borght (2003: 53) établissent une distinction profitable entre la compétence effective, c’est-à-dire la capacité à « traiter avec succès une situation inconnue » et la compétence virtuelle, qui correspond à « la description a priori et décontextualisée d’habiletés qu’un sujet devrait maîtriser au terme d’une formation ». Si les com être décrites a priori de deux Ainsi, des référentiels détaillent les capacités opératoires27 requises pour maîtriser une langue étrangère. Quelquefois désignées par le syntagme de sous-compétences en référence à l’anglais subskills ou « opérations de bas niveau » (Gaonac’h, 1991 : 203), les capacités opératoires correspondent à toutes les opérations subalternes qui participent à la compréhension de l’oral. Ces capacités opératoires recouvrent ainsi les opérations de reconnaissance (lexicale, syntaxique, pragmatique, morphologique) qui sont implicites lors de la construction du sens. Le repérage de ces capa automatisées, et donc peu coûteuses pour la mémoire de travail, plus la compréhension sera fluide et l’attention du sujet pourra être allouée à la justesse et à la gestion de la complexité. Rost (2002 : 119) propose, par exemple, un référentiel de capacités opératoires (cf. annexe II) qui énumère les différents savoir-faire (capacité à…) attachés à la compréhension de l’oral : « guessing the meaning of unknown words », « parsing an utterance into relationships », « making predictions as we listen »…. Nous verrons dans le chapitre 5 que de tels référentiels peuvent guider la conception de micro-tâches médiatisées. D’autre part, des grilles d’auto-évaluation, comme celle fournie par le Cadre européen commun de référence 27 Nous empruntons cette désignation à Narcy (1990 : 31). 73 pour les langues (cf. annexe III), établissent des critères précis donnant l’occasion à l’étudiant de se fixer des objectifs d’apprentissage de manière rationnelle et progressive et de pouvoir s’auto-évaluer avec pertinence. Ces grilles d’autoévaluation peuvent tenir le rôle de bilan de compétences qui correspondrait à l’élucidation d’un potentiel propice à la mise en confiance (Camus : 2003 : 120-1). Il convient toutefois de souligner, comme le fait Gremmo (2003), qu’il n’est pas toujours certain que les étudiants sachent ce que recouvre chacune de ces capacités opératoires.
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