Amorce de développement territorial grâce à la conjugaison des actions publiques et citoyennes

Rapport amorce de développement territorial grâce à la conjugaison des actions publiques et citoyennes, tutoriel & guide de travaux pratiques en pdf.

Transfert des fonds des immigrés au développement local

Selon les Nations Unis en 2007, plus de 175 millions de la population mondiale sont des émigrés, personnes qui vivent en dehors de leur Pays d‟origine, soit 3 % de la population mondiale. Dans plusieurs pays, les transferts de fonds des migrés sont devenus la première source de financement extérieur, loin devant l‟aide publique au développement et sans cesser d‟accroitre. Ils contribuent sur le plan micro économique à améliorer les conditions de vie des ménages bénéficiaires et les indicateurs macroéconomiques19. Les pays en développement sont les principaux bénéficiaires de ces transferts de fonds des migrés. Il s‟agit de l‟Inde, de la Chine et du Mexique avec plus de 20 milliards d‟euros. Toutefois, les pays sous-développés sont ceux qui reçoivent le plus de transferts en termes de proportion du PIB. Il s‟agit du Tadjikistan (36 %), de la Moldovie (36 %), du Tonga (32 %) et de la République de Kyrgyz (27 %) ; un peu plus loin des Comores (24 %).
Des études récentes montrent qu‟environ 50 %20 des Comoriens vivent à l‟étranger, plus particulièrement en France. Ils constituent les principaux pourvoyeurs de fonds extérieurs
à destination des Comores. Les transferts de fonds constituent une ressource sûre en pleine croissance et qui, à travers les ménages et les institutions communautaires, contribue à la réduction de la pauvreté et aux investissements immobiliers ou communautaires.

Importance du transfert de fonds aux deux communes

Peu après son indépendance le 6 juillet 1975, une vingtaine de tentatives de coups d‟Etats s‟en suivit parmi lesquelles figurent quatre réussies et cinq amendements constitutionnels. Ces alternances politiques engendrèrent des départs massifs vers l‟étranger, dont certains contraints de s‟exiler pour fuir les mesures brutales imposées par les jeunes révolutionnaires du président Ali Soilih (1975-1978). Des cadres administratifs lassés par les promotions claniques profitèrent de leurs missions à l‟étranger pour s‟installer en France. En outre, des crises séparatistes rendirent difficile l‟enchaînement d‟une politique de développement économique et social susceptible de relancer l‟économie du pays et donc de retenir les jeunes Comoriens dans leur pays. Aujourd‟hui, ces émigrés constituent la diaspora Comorienne, plus particulièrement celle de la France, qui représente l‟une des principales sources de revenus du pays, notamment de la Grande Comore, apport qui revêt des formes multiples : envoi de véhicules, d‟or, d‟appareils ménagers. Toutefois, les formes les plus courantes sont les envois de fonds. Ces derniers font l‟objet d‟un soutien économique des ménages mais aussi d‟un développement communautaire dans la mesure où chaque localité et aujourd‟hui chaque commune à l‟instar de Mitsamiouli et d‟Itsahidi, constituent à travers leur diaspora une étroite collaboration pour se développer.

Communes très actives au transfert des fonds

La répartition des transferts de fonds laisse apparaitre un déséquilibre au niveau national et régional. La Grande Comore reste l‟île qui possède le plus grand nombre d‟émigrés et reçoit 91 % des transferts de fonds de l‟ensemble de la diaspora Comorienne. Une telle distribution s‟expliquerait par le fait que plus de 90 % des migrants comoriens en France en sont originaires. Réunir les chiffres de la diaspora grande-comorienne reste un vide statistique, les nombreux de Comoriens qui ont la nationalité Française soit par conservation, soit par réintégration soit par acquisition ne sont pas enregistrés dans les consulats comoriens de France ; cela rend difficile le travail de recensement et réoriente le sentiment d’appartenance à cette communauté non déterminée par la nationalité officielle de chacun, mais par la participation au mode de vie comorien sur le sol français. Il en est déduit qu‟il n‟existe pas de chiffres des migrés Comoriens en relation avec leur localité leur commune aux Comores. Toutefois, des chiffres approximatifs ne cessent d‟être spéculés sur de nombre des Comoriens vivant sur l‟ensemble du territoire Français par les différentes préfectures de France, l‟Association de Solidarité et d’Insertion de Jeunes Comoriens (A.S.I.J.C.R.), du démographe Lohle Tachtou encore par P. Vérin et R. Battistini. Pour cela, il est à noter qu‟environ 80 % des migrants comoriens vivant en France jouissent de la nationalité française. Malgré la diversité de son statut de résidence, la diaspora comorienne y résidant constitue le principal pourvoyeur de fonds extérieurs à destination des Comores. Basée sur le principe de « Anda na Mila » (us et coutumes), elle engendre une très forte solidarité familiale. Le fait d‟envoyer de l‟argent à distance symbolise son attachement avec sa famille et fait preuve de sa capacité à être toujours là Ces transferts représentent une manne financière en pleine expansion, à hauteur de 24 % du PIB national et de 346 % de l‟aide au développement loin devant l‟aide publique s‟élevant à 6 % PIB en 200721.Cependant, la répartition de ces transferts des fonds qui transitent par les canaux officiels s‟effectue de manière inégalé et rend difficile d‟établir les chiffres exacts correspondant à chaque commune.
Tableau n° 9: Structure de transfert de fonds des migrants en 2007
Dans les deux communes comme dans l‟ensemble de l‟île de la Grande Comore, plus de 95 %22de ces mouvements financiers sont destinés à des fins ostentatoires (c élébration des Grands-Mariages, funérailles) et à soutenir les familles (santé, nourriture et scolarité) ; moins de 5 % sont consacrés à des fins productives. En d‟autres termes, moins de 5 % des transferts sont utilisés de manière directe à des fins productives telles la construction des ruelles de Simamboini, la mosquée de vendredi de Simamboini, le terrain sportif de Foumbouni toutes dans la commune d‟Itsahidi. S‟ajoutent encore la construction des places publiques, le foyer, la réhabilitation du centre de santé dans la commune de Mitsamiouli. Quant aux 95 %, ils contribuent à des fins innovantes de manière indirecte dans la mesure où c‟est avec l‟argent des cérémonies que se prélèvent les taxes et les impôts municipaux. Toutefois, valoriser les fonds utilisés à des fins coutumières est beaucoup plus conséquent que ceux consacrés à des fins profitables. Une étude d‟innovation de la diaspora Comorienne est en cours de traitement en vue de corriger les fonds des migrés pour pouvoir en profiter à des fins productives. Elle consiste à réduire le nombre de cérémonies des mariages coutumiers et leurs exigences financières, et à incitant à les investir dans le pays. C‟est durant la période de célébration des fêtes du Grand-Mariage, du mois de juin jusqu‟à septembre que les mouvements de transferts s‟intensifient.
En effet ceci, confirme l‟idée selon laquelle le financement du mariage coutumier constitue le principal motif des transferts de fonds aux Comores.
Tableau n° 10: Répartition par milieu de résidence des ménages bénéficiaires des envois de fonds
Ce tableau synthétise la répartition d‟envois des fonds des migrés par rapport aux milieux de résidences des ménages bénéficiaires. Il est constaté que 24 % de ces transferts de la diaspora Comorienne sont destinés au milieu urbain, plus précisément à Moroni. Quant aux milieux ruraux, ils en sont les principaux bénéficiaires, à concurrence d‟environ 76 % des fonds des migrés, loin du taux des milieux urbains, destinés au développement local et municipal. Aujourd‟hui les communes sont les principales bénéficiaires des fonds de la diaspora Comorienne à travers les aides familiales et la construction des infrastructures locales et municipales ou encore l‟apport de budget en tant que bénéficiaires des projets communaux.
La contribution des migrants trouve sa signification et son sens dans les villages qui manifestent le dynamisme de la diaspora. Le village est le miroir par lequel s‟affirme le migré dans sa quête de l‟honneur. Les Grands-Comoriens dans leur représentation placent leurs villages d‟origine au centre de leurs préoccupations. L‟un des principaux critères identifiant le Grand-Comorien dans l‟organisation communautaire, y compris en France, est très certainement l‟entité villageoise. Le migrant naturellement lié à sa famille, l‟est tout autant à son village d‟origine vers lequel il consacre une importante partie de son temps, en plus de son argent. Les projets villageois, initiés depuis le pays reçoivent aussitôt le soutien de la diaspora même au prix de lourds sacrifices. Pour le migrant, participer activement et financièrement dans les projets villageois rehausse son image à la fois auprès de ses co-villageois et de ses compatriotes ; le contraire serait un sacrilège, une humiliation qui conduirait à l‟exclusion de la communauté. Dans un contexte de surenchère généralisée, les villages se lancent dans des compétitions de projets inter villages qui tournent très vite en affrontements dépensiers.
Les migrés sont souvent sollicités dans des réalisations qui touchent l‟intérêt public. Le village participe aussi à réaliser des projets, lesquels sont financés à hauteur de 70 à 75 % par la communauté expatriée et 25 à 30 % par les fonds propres du village. La coordination s‟organisait souvent avec les chefs des villages, qui assuraient la synchronisation et le suivi des projets en accord avec les responsables d‟associations en France. Aujourd‟hui avec le système de la décentralisation, la coordination des projets principaux s‟effectue directement au bureau communal avec les responsables des associations ou de la diaspora concernée se trouvant en France.

Ressource en pleine croissance pour les ménages menant vers la réduction de la pauvreté

Les envois de fonds à la Grande Comore ont souvent des motivations dominées par l‟altruisme familial et social. La priorité accordée à l‟aide familiale (biens et services de première nécessité y compris les dépenses des festivités) s‟explique par les motifs de départ à la migration. Le migrant a une « obligation morale et sociale » d‟améliorer les conditions de vie de sa famille et de répondre aux dépenses sociales (forme de contrat implicite entre le migrant et la famille). Ce motif devient le cordon ombilical entre les migrants et leur famille. La consommation et la santé deviennent les postes de première destination des fonds. Des envois de biens en nature contribuent aussi à soutenir les objectifs de consommation familiale.
Graphique n° 3: Répartition de l’utilisation des envois de fonds à la Grande Comore

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