Analyse des programmes électoraux

LES PROXIMITES INTERTEXTUELLES D’UN TYPE DE DISCOURS CLINIQUE A LA RHETORIQUE DU CONSENSUS ET AU MYTHE TECHNOCRATIQUE

Ce chapitre, portant sur l’analyse des programmes électoraux cherche à analyser les proximités intertextuelles, c’est-à-dire les traits discursifs communs à l’ensemble des programmes. En effet la comparaison des neuf programmes électoraux de notre corpus montre que des rapports langagiers relativement stabilisés les caractérisent. Cette proximité concerne à la fois les thématiques et les enjeux traités dans les programmes électoraux et peut-être (surtout) la façon dont ces derniers se construisent et se légitiment en tant que tels. Cette proximité touche également à la manière dont ils envisagent le politique aussi bien dans sa dimension cognitive que praxéologique. Ainsi, si dans un premier temps les continuités de ces discours électoraux sont prises comme des indices de construction des mythes européens communs, dans un deuxième temps nous les considérons comme les traces dont l’étude permet de comprendre l’orientation du sens des mythes en construction.  Ce constat n’efface pas pour autant le caractère pluriaccentué des traits langagiers (Bakhtine, 1977). C’est une perspective d’observation d’un sens commun en construction en termes de direction et d’orientation historiques : un acte historique de construction d’un espace européen, plus ou moins communément acceptable. Nous pouvons en ce sens parler d’un « registre discursif » partagé par l’ensemble des programmes. Ceci réfère « à un espace de variation et de dispersion d’énoncés, de discours, dont l’appartenance à cet espace est due à une caractéristique commune » (Leimdorfer, 2011 : 235). Or, même si pour François Leimdorfer cette caractéristique commune n’est pas sémantique mais sociologique, l’analyse des traces langagières peut nous informer sur la dimension sociologique de ce registre. Prenant en compte le fait que ces programmes sont produits dans des contextes géopolitiques différents et rattachés à des principes idéologico-politiques divers, leurs proximités discursives intertextuelles ouvrent des pistes analytiques intéressantes.

Les registres-composants du Discours clinique

Les proximités sémantiques et syntaxiques des discours programmatiques permettent d’examiner dans quelle mesure la production de ces derniers repose sur des normes trans- idéologiques et trans-culturelles qui leur fournissent un code (plus ou moins) figé des pratiques d’énonciation et des pratiques discursives. L’analyse discursive montre que ces programmes présentent des proximités à la fois techniques (temporalité linéaire, rapports d’énonciation impersonnels ou a-partisans) et thématiques (la crise, l’économie, l’écologie). Ces traits de proximité entre les discours électoraux forment un genre particulier de discours que l’on le retrouve dans l’ensemble des programmes de notre corpus. Les traits techniques de ce type de discours nous renseignent sur la manière par laquelle il se construit et surtout sur les qualités qu’il attribue à son contenu mais aussi à son espace de construction. Les caractéristiques Plus précisément, les traits discursifs communs des programmes renvoient à la mise en place d’un registre de discours de type clinique. Nous définissons ce registre discursif comme un ensemble d’énoncés présentés de manière organisée, qui cherchent à construire un a priori historique ; c’est-à-dire un artifice rétrospectif qui rend possible et organise le champ du savoir et de la pratique (Foucault : 1971). Il y a, en effet, deux moments au sein du discours clinique : un temps rétrospectif et un temps prospectif ; l’un autorisant l’autre. Le premier renvoie au discours diagnostique et le second au discours thérapeutique. En ce sens, le discours clinique est fondé sur une relation argumentative qui lie ses deux composants : d’un discours diagnostique au discours thérapeutique.

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Ce chapitre est composé par deux parties : la première appréhende les proximités des discours européens en termes de discours diagnostique. Par là il cherche à montrer les principales caractéristiques de ce type de discours et l’utilisation que les partis en font au sein de leurs programmes. La seconde partie porte sur la manière dont les projets des partis politiques sont énoncés au sein des programmes et dans un deuxième temps sur leurs proximités thématiques. Il tente de montrer également que les projets exposés sont en lien avec le discours diagnostique Le discours de type diagnostique apparaît principalement dans l’introduction générale et dans les introductions de chaque chapitre des programmes. Il s’agit d’un mode d’énonciation qui cherche à qualifier une situation, un état des choses, en se référant à une période qui s’étale d’un passé proche à un temps présent, en rendant ainsi possible le contenu d’une énonciation donnée comme à venir. Ainsi sur le plan de la temporalité, le discours diagnostique se caractérise par l’emploi de verbes conjugués au présent et au passé composé. On constate notamment une forte présence des verbes d’état : « être » et « avoir ». Il se détermine également par la présence de déictiques temporels tels que : « aujourd’hui », « à présent », « actuel/le », etc.

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