Archéologie du Népal occidental

Archéologie du Népal occidental

Longtemps tributaire des données de Ptolémée, la cartographie de l’Asie demeure lacu- naire jusqu’au XVII Willem Jansz Blaeu (1635) ne comportent aucune mention de lieux du Népal occidental ni des régions adjacentes. Occupant une position stratégique quasi-inévitable pour qui souhaite se rendre au Tibet et en Chine depuis l’Inde, et inversement, ce n’est que tardivement que le Népal est mentionné par les voyageurs occidentaux. Il s’agit pour l’essentiel de Jésuites et de Capu- cins, ces derniers ayant installé une mission opérant à Lhasa entre 1708 et 1760. En août 1624, le père Jésuite Portugais Antonio de Andrade, arrivant d’Inde par le Garhwal et le col de Mana (état de l’Uttarkhand), pénètre à Tsaparang (« Chaparangue »237), dans la haute vallée de la Sutlej. C’est le premier de deux voyages dans cette région du Tibet, voisine septentrionale de l’empire Khaśa Malla. La citadelle, dont les vestiges décrits en 1912 par le Captain G. M. Young laissent deviner la splendeur passée238, n’est cependant pas décrite par ce premier visiteur Européen. A. Andrade semble avoir été très bien accueilli par le roi bouddhiste de Guge, qui lui fait promettre de revenir à Tsaparang et lui offre quantité de vivres (riz, raisins, vin, etc.). Le missionnaire devine que ces mets ne peuvent être qu’importés des régions plus méridionales239. A. Andrade note également qu’une foire commerciale accueillant près de 200 marchands est organisée une fois par an. De la soie (« grossière ») et quantité de porcelaines de Chine y sont vendues240. Hormis cette foire annuelle, le commerce est habituel- lement aux mains des Cachemiris d’Agra et de Lahore (« Mouro queiximir », ou « More Queiximir » dans l’édition française de 1627). Son récit de voyage Novo Descobrimento do Gram Cathayo ou Reinos de Tibet est publié en Europe entre 1625 et 1626.

À cette époque A. Andrade est à nouveau à Tsaparang, où il érige, avec l’accord du roi, la première église chré- tienne du Tibet. Le Jésuite, qui semble avoir visité le monastère de Tholing, mentionne la pré- sence des ordres Nyingma et Gelug dans le royaume de Guge241. Un autre Jésuite, le Père J. Cabral, se rend en Inde depuis le Tibet en 1628. Arrivant de Shigatse, il passe logiquement par la vallée de Kathmandou (le « Népal » au sens premier du terme). Ce rapide passage fait de lui « le premier Européen à traverser cet état himalayen242 ». J. Cabral ne fournit cependant que peu d’informations sur la contrée. Au cours des années sui- vantes, les motivations prosélytes focalisées sur le Tibet feront de la vallée un lieu de passage et non une finalité du voyage. Les récits de ces premiers voyageurs-missionnaires vont per- mettre aux géographes européens d’ajouter quelques localités sur leurs cartes. Ainsi les cartes de Guillaume Delisle (1705) et de Jean-Baptiste Bourguignon d’Anville (1733) sont les pre- mières à indiquer Tsaparang. Il est intéressant de noter que sur la carte de G. Delisle la région au sud de Chaparang (Tsaparang) est notée comme le territoire de « Gor », avec une cité épo- nyme au centre (Fig. 3.1 et 3.2). L’indianiste français Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron publie en 1784 une Carte Générale du Cours du Gange et du Gagra, basée sur les observations et les informations récol- tées par le père jésuite Joseph Tieffenthaler. Cette carte, discutée plus avant dans le Ch. 10, donne le tracé de la rivière Karnali (« Kanar »), dont la dénomination se confond à l’occasion avec celles de la Mahakali et de la Kali Gandaki (Fig. 10.140 et 10.141). De nombreuses loca- lités sont indiquées le long de ce cours d’eau et peu d’entre elles sont présentement identifiables, à l’exception du « lieu où réside le Raja de Doulou Bassandar ».

Cette zone est représentée plus en détail dans un encadré de la carte intitulé « Volcan de Doulou Bassandar ». Comme on le verra plus loin il s’agit d’une description relativement précise de la région de Dullu fournie à J. Tieffenthaler par une personne vraisemblablement d’origine indienne et s’étant rendu sur place. Le Népal des XVIII stationnés dans leur résidence de Kathmandou243. Entre 1793 et 1799, William Kirkpatrick et Francis Buchanan-Hamilton sont les premiers occidentaux à se rendre au royaume du Népal, alors dirigé par les rois Shah de Gorkha244. Ils publieront tous deux des comptes rendus histo- riques et géographiques restés célèbres dans lesquels sont évoquées pour la première fois (en  mités à la vallée de Kathmandou. Des géographes soutenus par la East India Company démar- rent en 1800 la cartographie systématique de l’Inde dans un programme ambitieux connu sous le nom de Great Trigonometrical Survey of India246. De nombreux savants indiens (« pundit » ou « native explorers ») seront formés pour assister les Britanniques mais aussi pour accéder à des régions interdites à ces derniers, comme le Népal ou le Tibet. En 1873, le « pundit » ku- maoni Hari Ram se rend de Pithoragarh au Mustang. Il passe par Jumla (Chaughan), dont il livre la description suivante, publiée par T. G. Montgomerie :

 

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