ASPECTS PSYCHOPATHOLOGIQUES DES THYROIDECTOMIES

ASPECTS PSYCHOPATHOLOGIQUES DES THYROIDECTOMIES

MECANISMES PSYCHOPATHOLOGIQUES

 Généralement les facteurs favorisant l‟apparition des troubles psychopathologiques sont multiples ; d‟ordre biologiques et psychologiques, 

LES REACTIONS BIOCHIMIQUES NEUROENDOCRINIENNES 

 La thyroïdectomie comme acte chirurgical traumatique est pourvoyeuse d‟un stress « syndrome d‟adaptation générale » [9]. Ce syndrome d‟adaptation se caractérise par une série de réactions qui peuvent être biologiques, immunologiques, hormonales, et psycho comportementales. La réaction biologique qu‟entraine ce stress est très large sur le plan comportemental, hormonal et immunologique, impliquant l‟axe corticotrope, l‟adrénaline, mais aussi d‟autres hormones. Du point de vue immunologique, le« stress aigu »ou actuel entraine des réactions au niveau de plusieurs types d‟interleukines. Ils servent de messagers dans les communications entre les cellules et le système immunitaire. L‟un des interleukines (interleukine-1) intervient dans le « comportement de la maladie » simulant un modèle relativement proche du modèle de la dépression. Les interleukines pro-inflammatoires entrainent une activation de l‟ensemble du système immunitaire et induisent le comportement de la maladie, avec trouble du sommeil, anorexie, amaigrissement. Au niveau hormonal les perturbations des hormones thyroïdiennes rencontrées en Péri- opératoire correspondent au« sick euthyroid syndrome »ou «no thyroidal illness syndrome» (NTIS). Appelé syndrome de (T3 et T4 basses), il est caractérisé par la diminution de T3 sérique , des taux bas ou normaux de T4 et une T4 libre normale. Au niveau comportemental ce stress passe par trois phases : La phase d’alerte ou phase d’alarme caractérisée par la libération des corticoïdes : lorsque des stimulations agressent l’organisme, celui-ci mobilise instantanément ses ressources pour s’adapter à la situation. Le psychisme procède à l’évaluation de la situation pour mobiliser les ressources et les défenses, en vue de faire face. Le corps est tendu pour l’action. Cette phase est brève. La phase de résistance (phase d’endurance), le corps dispose alors d’une capacité de résistance accrue, mais le maintien de cette capacité entraîne une consommation des réserves d’énergie. La durée de cette phase est fonction du potentiel de l’individu, de l’expérience vécue, de l’intensité de son stress, de la capacité de l’individu à diminuer l’amplitude de son stress. La phase d’épuisement ou de décompensation, au cours de laquelle, les mécanismes de défense cèdent et le stress devient nocif (épuisement physique, maladie psychosomatiques, troubles psychiatriques). 

LES REACTIONS PSYCHOPATHOLOGIQUES 

La thyroïdectomie entraine une douleur vive et ou aiguë qui provoque d‟abord une forme de sidération, de destruction des systèmes de pensée et de communication habituels de la personne. Cette douleur provoque donc un double mouvement : Une centration (nom donné à une loi selon laquelle certains sujets ont tendance à exagérer l’importance du stimulus auquel ils portent attention au détriment des autres stimuli de la perception) sur le corps qui provoque une “hémorragie” psychique.Suite à ce surinvestissement narcissique, apparaît un désinvestissement conjoint du monde extérieur et des autres stimuli, et pour finir de tout ce qui n‟est pas la douleur. Dans la douleur comme dans l‟accès d‟effroi, l‟appareil psychique est mis en péril par l‟irruption d‟une sensation à laquelle le sujet n‟était pas préparé, le caractère traumatique est lié à cette absence de préparation et à l‟impossibilité pour le sujet de fuir l‟expérience douloureuse. L’effraction dans le psychisme du sujet est responsable d‟une paralysie des opérations mentales.  Le patient se focalise alors sur la zone corporelle algique. Dans le cas de la douleur corporelle, il se produit un investissement élevé qu‟il faut qualifier de narcissique à l‟endroit du corps douloureux. Cet investissement qui ne cesse d‟augmenter tend pour ainsi dire à « vider le moi ». La douleur provoque en ce sens une brèche dans les défenses psychiques du sujet (tout comme le traumatisme) ; il s‟agit d‟une sorte “d‟hémorragie” qui aspire toutes les capacités associatives du douloureux». L‟ensemble de ces phénomènes (sidération, destruction des systèmes de pensées, l‟accès d‟effroi, vidage du moi, absence de préparation à l‟expérience douloureuse…) au cours de la thyroïdectomie, génère les réactions psychologiques qui sont fonction :  De la souffrance du patient et de son inadaptation à la situation ;  Du caractère inhabituel de la réaction dans son intensité ;  Du caractère inhabituel de la réaction dans sa durée. 

 LES FACTEURS PSYCHOPATHOLOGIQUES 

 Les effets du stress opératoire 

Les effets du stress pré et post opératoire(déroulement de l‟opération , la possibilité des complications opératoires , la crainte de la mort) altèrent la psyché (l‟imagination, la pensée, l‟agir, le comportement …) du patient qui doit être opéré. Le « coping » est un mécanisme de défense mis en place par un sujet stressé. Ce mécanisme consiste en des stratégies actives pour réduire la tension liée au stress qui est considéré comme étant une « réaction adaptative à un stimulus ». Cette situation ne dépendrait pas seulement de l‟événement, ni de l‟individu mais aussi d‟une transaction entre l‟individu et l‟environnement d‟où :  La recherche d‟information, l‟acceptation de la confrontation ;  La prise de distance ou minimisation des menaces, réévaluation positive, fuiteévitement ;  La Recherche d‟un soutien social, la maitrise de soi. 

 La perte de l’identité et la « défense du moi »

 L‟atteinte de l‟intégrité du sujet avec gêne à l‟exercice normal de sa vie entraîne une rupture de l‟équilibre antérieur, à laquelle le patient doit s‟adapter. Cette adaptation mobilise une quantité de l‟énergie psychique du patient. Ainsi la susceptibilité de déclencher chez l‟individu un certain nombre de réactions, variables selon sa personnalité, sa représentation imaginaire personnelle et collective de ce qui va lui arriver mobilisent profondément sa psychologie par une brusque résurgence de l‟angoisse de mort. [16] C. La réaction narcissique : Le narcissisme par référence au mythe grec de Narcisse désigne l‟amour d‟un individu pour son image. La thyroïdectomie menace l‟intégrité de l‟individu, ce qui induit des réactions variables sur son narcissisme. Ces réactions narcissiques sont fréquentes chez les sujets dont la dimension narcissique est dominante au niveau du fonctionnement psychique et elles diffèrent d‟un sujet à l‟autre, ainsi :  Certains patients se sentent avant tout blessés et vivent une expérience de « faille narcissique » ;  Certains la surmonteront en se repliant sur eux-mêmes et en « accentuant leur égocentrisme » ;  D‟autres développeront des « thèmes dépressifs » associés à la crainte de ne plus être dignes d‟être aimés.  Certains patients au contraire voient leur « narcissisme renforcé par l‟expérience de la maladie » : l‟intérêt porté à sa propre personne malade devient la source de nombreuses satisfactions 

LIRE AUSSI :  PROFIL DE L’OTITE MOYENNE CHRONIQUE  

Les Attitudes de régression et de dépendance 

La régression psychique est un retour à des modes de pensées, de comportement et de conduite ne correspondant ni à l‟âge ni à la maturité psychique de l‟individu. Elle peut être temporaire ou durable. La régression psychique peut aussi être un rappel des stades de la libido et de relations appartenant à des périodes dépassés du développement psychoaffectif. Cette régression se traduit par une réduction des intérêts, un égocentrisme, une dépendance vis à vis de l‟entourage et des soignants, un mode de pensée magique (croyance en la toute puissance du médecin, du médicament ou autres objets). Cette réaction revêt certaines caractéristiques :Elle est fonction de la gravité de la maladie et de la structure de la personnalité du sujet.  Elle permet au patient de s‟adapter à la situation nouvelle de sa souffrance.  Elle peut aussi être utile au processus thérapeutique (observance du traitement par exemple).  Elle peut être aussi pathologique si elle est trop importante en intensité et en durée et empêche la participation active et énergique du patient au processus thérapeutique. 

Les troubles de la conscience de soi et du vécu corporel 

La conscience serait la connaissance de soi et de son environnement. On parle de la conscience de soi quand des stimuli ont un impact direct sur soi.La conscience de soi peut être altérée par l‟existence de troubles instrumentaux tels que les troubles du schéma corporel ou dans le cadre de nombreux syndromes psychiatriques tels que la dépersonnalisation, la dysmorphophobie, l‟hypochondrie, le syndrome de dissociation et le syndrome délirant. Les troubles de la conscience de soi et du vécu corporel peuvent se traduire par un trouble de la perception de sa propre personne, de l‟existence intime de soimême et de ses limites, de l‟identification de soi et de l‟autre, de sa propre réalité, etc. La dépersonnalisation est un trouble de la conscience de soi caractérisé par le sentiment de n’être plus soi-même. Ce vécu angoissant et pénible peut concerner sa propre intégrité psychique (désanimation), corporelle (désincarnation : action de se désincarner c‟est-à-dire de se délivrer de l‟enveloppe corporelle), ou constituer une perte du sentiment de réalité et de familiarité (déréalisation : état dans lequel une personne éprouve un sentiment d’étrangeté à l’égard du réel, une sensation de perte de contact normal avec celui-ci.).Ce phénomène s‟accompagne assez fréquemment d‟une perception altérée de l‟environnement. Le monde extérieur étant vécu comme irréel, le sujet peut même avoir l‟impression de vivre comme dans un rêve. Le vécu de l‟opération associé à un pouvoir désorganisateur de l‟opération dans tous les secteurs de l‟existence entraine une rupture psychologique de l‟image de soi. Tout cela peut générer l‟angoisse chez le patient.

Table des matières

IN MEMORIAM
DEDICACE ET REMERCIEMENTS
LISTE DES SIGLES, ACRONYMES , ABREVIATIONS ET CODES
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I.GENERALITES
I.1. DEFINITIONS DES CONCEPTS.
I.2. HISTORIQUE DE LA THYROIDECTOMIE
I.3. RAPPEL ANATOMO PHYSIOPATHOLOGIQUE DE LA GLANDE THYROIDE
I.4. MECANISMES PSYCHOPATHOLOGIQUES
I.4.1 LES REACTIONS BIOCHIMIQUES NEUROENDOCRINIENNES
I .4.2. LES REACTIONS PSYCHOPATHOLOGIQUES
I.4.3. LES FACTEURS PSYCHOPATHOLOGIQUES
A. Les effets du stress opératoire
B. La perte de l‟identité et la « défense du moi »
C. La réaction narcissique
D. Les Attitudes de régression et de dépendance
E. Les troubles de la conscience de soi et du vécu corporel
F. La réaction liée à la relation malade- médecin
G. Les signifiants et pouvoir symbolique de la salle d‟opération
H. L‟idéation et l‟interprétation de la mort
II. MATERIEL ET METHODE
II.1. CADRE D‟ETUDE
II.2. METHODOLOGIE DE TRAVAIL
III.LES RESULTATS
III.1 PRÉSENTATIONS ET COMMENTAIRES DES OBSERVATIONS
ASPECTS PSYCHOPATHOLOGIQUES DE THYROÏDECTOMIES AU SENEGAL (A PROPOS DE DIX CAS CLINIQUES
ASPECTS PSYCHOPATHOLOGIQUES DES THYROIDECTOMIES AU SENEGAL : ETUDE D’UNE SERIE DE DIX CAS
III.1.1.Première observation
III .1.3. Troisième observation
III.1 .4.Quatrième observation
III.1.5 .Cinquième observation
II.1 .6. Sixièmeme observation
III.1 .7. Septième observation
III.1.8.Huitièmeme observation
III.1.9. Neuvième observation
III.1 .10. Dixième observation
III.2 . LA SYNTHESE DES OBSERVATIONS
CONCLUSION
RECOMMANDATIONS
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXES

 

projet fin d'etudeTélécharger le document complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *