Dispensation des antipaludiques dans les officines privées

Le paludisme est une érythrocytopathie hémolysante et fébrile due au  développement et à la multiplication dans l’organisme(les hépatocytes puis les hématies) d’une des cinq espèces plasmodiales inféodées à l’homme. Il s’agit du Plasmodium falciparum, du Plasmodium ovale, du Plasmodium malaria du Plasmodium vivax et du Plasmodium knowlesi qui est transmis par la piqûre de l’anophèle femelle [1].

Au niveau mondial, 3,2 milliards de personnes dans 97 pays et territoires sont exposées au paludisme. Il pose un véritable problème de santé publique aux décideurs et aux responsables de la santé [2]. Selon les dernières estimations de l’OMS, en 2013, on estimait à 198 millions le nombre de cas du paludisme dans le monde, dont 82% dans la région africaine de l’OMS. Le paludisme a provoqué, selon les estimations, 584 000 décès dans le monde en 2013, et 453 000 décès d’enfants de moins de cinq ans [2].

Même si la plupart de ces décès surviennent toujours chez des enfants vivant en Afrique, on sait que depuis 2013 en Afrique le taux de mortalité des enfants avait diminué de 54% par rapport à 2000 [3]. Au Mali le paludisme demeure un problème de santé publique par son impact sur la mortalité, la morbidité, et ses répercutions socio-économiques sur la population en général, les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes en particulier [4].

En effet il est responsable de 43 % en 2010 des motifs de consultation dans les services de santé. C’est la première cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans et la 1ère cause d’anémie chez la femme enceinte (42%) [5].La lutte contre cette endémie parasitaire nécessite une approche intégrée, comprenant la prévention (en premier lieu la lutte anti vectorielle) et la prise en charge des cas au moyen d’antipaludiques efficaces.

Le Mali s’est doté d’une politique nationale de lutte contre le paludisme depuis 1993 suite à sa participation à la conférence ministérielle d’Amsterdam et a adhéré à  l’initiative ROLL BACK MALARIA/Faire reculer le paludisme en 1999. Cette politique fut révisée en 2005, puis en 2015. En 2011, nous étions à cinq ans du délai fixé à l’échelle internationale pour obtenir une mortalité zéro dans le cadre du paludisme, la communauté de lutte contre cette maladie arrivait à la croisée des chemins, tandis que l’année qui précédât 2011, nous avons obtenu une distribution de moustiquaires et une couverture plus élevée que jamais, les populations exposées au paludisme n’avaient toujours pas accès à des traitements antipaludiques efficaces et sans danger [6]. C’est pour cette raison que les années qui ont suivi 2011 avaient fait objet d’appels à une autre mobilisation internationale massive, qui visait cette fois à améliorer la mise à disposition d’antipaludiques de qualité et à un prix relativement bas.

Les pharmaciens sont en première ligne pour fournir des médicaments de qualité, un soutien et des informations aux patients. En outre, ils sont à même de vérifier la qualité des traitements et le respect de la réglementation, et ils apportent une contribution essentielle à la recherche et au développement. C’est pourquoi les pharmaciens sont la pierre angulaire de toute stratégie visant à augmenter la disponibilité d’antipaludiques abordables, efficaces et sans danger. Les programmes nationaux de lutte contre le paludisme soutenus par le Fonds mondial mobilisent essentiellement le secteur public ou parapublic. Les structures sanitaires publiques ou confessionnelles à but non lucratif sont approvisionnées en CTA et leurs personnels sont formés aux bonnes pratiques de diagnostic et de traitement. Cependant avec la croissance économique qui est loin d’être négligeable en Afrique, une classe moyenne se développe dans nombre de pays et fait recours de moins en moins aux structures publiques pour se soigner. En 2009, dans le cadre de «l’initiative santé en Afrique », le cabinet international de conseil « Boston consulting group (BCG) » a conduit une évaluation du secteur privé de la santé au Mali. Cette étude est arrivée à la conclusion que :
➤ La distribution des médicaments en ville est assurée par le secteur privé (officines, dépôts, grossistes)
➤ La filière privée supplée aussi à la filière publique (centrale d’achat) en cas de rupture de stocks (50% des besoins) .

Les officines constituent une réalité de l’offre de soins qui correspond à une demande croissante de la population. Le Mali compte plus de 500 officines ouvertes au public et reparties dans toutes les villes du pays. Le PNLP, dans le cadre du renforcement des capacités s’est investi dans la formation des agents du secteur public et parapublic. Ainsi, 1306 prestataires de soins toutes catégories confondues ont eu à être formés sur les nouvelles directives thérapeutiques du paludisme au niveau périphérique et 471 agents des structures de référence au diagnostic biologique du paludisme. De même 3092 relais communautaires ont bénéficié de la formation sur la prise en charge des cas de paludisme simple [7].Toutefois, les praticiens d’officine sont très rarement inclus dans les formations et informations sur les politiques de lutte contre les endémies. S’il est vrai que certains pays ont formé quelques officinaux à la bonne dispensation des antirétroviraux, rien n’a été fait concernant le paludisme. De plus, force est de constater que malgré l’existence d’une politique pharmaceutique et d’une politique nationale de lutte contre le paludisme qui tentent de rationaliser l’approvisionnement en médicaments et la prescription des antipaludiques, des monothérapies à base d’amodiaquine ou d’artémisinine sont encore disponibles sur les rayons des officines pharmaceutiques. Par ailleurs, certaines combinaisons antipaludiques présentes dans les officines ne sont pas celles retenues par le Programme National de Lutte Contre le Paludisme. Aussi, on trouve dans les rayons des formulations liquides d’antipaludique à base d’artémisinine à usage pédiatrique, alors que les bonnes pratiques OMS recommandent d’éviter ces présentations[3].La participation effective des pharmaciens d’officines à la mise en œuvre des directives nationales de lutte contre le paludisme permettra d’améliorer les indicateurs d’impact du PNLP. Une meilleure synergie d’actions recherchée à travers cette implication des officines dans la lutte antipaludique nécessite une bonne formation des pharmaciens à la stratégie nationale de lutte contre le paludisme. Pour ce faire une évaluation de la délivrance des antipaludiques permettra de faire l’état des lieux, de bien cerner les besoins de formation et de sensibilisation non seulement des pharmaciens des dispensateurs mais aussi des clients d’officine.

Définition légale de l’officine

L’article 39 du décret N 91-106/P-RM du 15 Mars 1991 définit l’officine :’’On entend par officine de pharmacie l’établissement affecté à l’exécution des ordonnances magistrales, à la préparation des médicaments inscrits aux pharmacopées autorisées et à la vente des produits visés à l’article 34 du même décret’’. Cette référence doit être faite à l’article 4 de ‘l’arrêté N91-4318/MSP-AS-FF/CAB du 3 octobre 1991 qui énumère les produits dont la vente peut également être effectuée par les pharmaciens et qui complète cette définition [8].

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Définition de la Dispensation et de l’ordonnance

➤ La dispensation est l’ensemble des actes qu’un professionnel de la santé habilité effectue dans le cadre de la distribution d’un médicament à une personne ou à un groupe de personne [8].
➤ L’ordonnance est une feuille ou autre support sur laquelle figure la prescription rédigée et signée par le médecin. L’ordonnance peut comporter aussi bien une liste de médicament que recommander des séances de kinésithérapie, des examens radiologiques ou sanguins ou encore des cures thermales [8].

Définition de l’automédication

C’est l’institution d’un traitement médicamenteux par le patient, sur sa propre initiative et sans prescription [10].

Définition du paludisme

Paludisme (palus = marais) ou malaria (= mauvais air), est une érythrocytopathie fébrile et hémolysante, due à un hématozoaire du genre Plasmodium, transmis par la femelle d’un moustique, l’anophèle [11]

Historique

Sur le plan thérapeutique, la découverte des propriétés antipaludiques d’un fébrifuge utilisé traditionnellement par les Indiens et constitué par l’écorce d’un arbre (le quina quina ou quinquina), poussant en altitude dans les Andes, a été faite au Pérou, au début du XVIIe siècle (BOVAY 1972). La purification chimique des quatre principaux alcaloïdes de cette écorce (dont la quinine) à propriété thérapeutique, a été effectuée à Paris en 1820, par PELLETIER et CAVENTOUX. L’usage de la chloroquine (découvert en 1934 en Allemagne) comme anti malarique et de plusieurs amino-4 quinoléines a été établi aux USA lors, de la seconde guerre mondiale (alors que le Japon avait envahi Java rendant indisponible la précieuse écorce de quinquina). Une nouvelle classe d’anti malariques a été développée en Chine, en mettant à profit les connaissances de la pharmacopée traditionnelle, en particulier celles relatives aux propriétés du Qinghoasu qui était utilisé depuis 2000 ans pour traiter les crises de paludisme. Le principe actif original a été isolé en 1971. Après la quinine, il s’agit là du second succès majeur de la mise à disposition de médicaments antipaludiques dérivés de substances naturelles végétales.

Sur le plan parasitologique, la découverte par LAVERAN de la nature parasitaire de l’agent du paludisme a eu lieu en Algérie, en 1880 .

Peu après, CELLI & MARCHIAFAVA et BIGNAMI & GOLGI décrivent trois espèces plasmodiales parasites de l’homme (Plasmodium vivax, Plasmodium malariae et Plasmodium falciparum).La découverte du cycle sporogonique du parasite et de sa transmission par la piqûre d’un moustique aux Indes, en 1898, a ouvert la voie aux tentatives d’éradication du paludisme. La phase hépatique du parasite a été mise en évidence en Afrique de l’est par GARNHAM en 1947, et en Angleterre par SHORT, GARNHAM & MALANOS en 1948[11].

Des insecticides organochlorés ou organophosphorés tel que HCH, dieldrine, chlordane, chlorpyrifos éthyle, etc. Entre 1942 et 1946, et des pyréthrinoïdes de synthèse, à partir de 1970, ont été produits par divers pays industriels. La mise au point des cultures continues in vitro des stades sanguins du parasite a été réalisée aux USA en 1976. Ce procédé a permis l’analyse des interactions parasites/globules rouges, l’étude du développement des gamétocytes de Plasmodium falciparum. L’observation de Plasmodium ovale, a été effectuée par MAC FIE & INGRAM en 1917 dans le sang d’un enfant ghanéen. Cette quatrième espèce plasmodiale parasitant l’homme a été décrite en 1922 par STEPHENS. « Le 5ème agent » du paludisme humain est Un plasmodium simien (paludisme du singe) décrit par Knowles en 1932, est un parasite des singes d’Asie, genres Presbyties et Macaca, vivant en forêt. Il est transmis par un Anophèle de forêt / canopée. Celui-ci pique surtout le singe, mais peut aussi piquer l’homme. Premier cas humain décrit en 1956. [12] L’étude des anophèles a commencée au tout début du siècle puisque les deux principales espèces vectrices de paludisme ont été décrites par GILES en 1900 pour Anophèles funestus, et en 1903 pour Anophèles gambiae, respectivement à partir d’un type d’Anophèles de Sierra Leone et de Gambie. Ces espèces anophèliennes sont très largement rependues en Afrique et font que l’Afrique intertropicale est un vaste foyer endémique. Actuellement, la recherche demeure orientée vers la lutte anti vectorielle, le traitement curatif et prophylactique et la vaccination.

Table des matières

1. Introduction
2. Objectifs
2.1 Objectif générale
2.2 Objectifs spécifiques
3. Généralité
3.1 Définition l’égale de l’officine
3.2 Dispensation et ordonnance
3.3 Automédication
3.4. Définition du paludisme
3.5 Historique
3.6 Faciès épidémiologiques du paludisme au Mali
3.7 Aspect économique du paludisme
3.8 Agents pathogènes et vecteurs
3.8.1 Agents pathogènes
3.8.2 Vecteurs
3.9 Physiopathologie et signes cliniques du paludisme
3.9.1 L’accès palustre simple
3.9.2 L’accès palustre compliqué
3.9.3 Paludisme cérébral
3.9.4 L’anémie sévère
3.9.5 La défaillance rénale
3.9.6 L’œdème pulmonaire
3.9.7 L’hypoglycémie
3.9.8 Paludisme viscéral évolutif
3.9.9 Fièvre bilieuse hémoglobinurique
3.10 Forme selon le terrain
3.10.1 Le paludisme congénital
3.10.2 Le paludisme de l’enfant
3.10.3 Paludisme de la femme enceinte
3.10.4 Le paludisme transfusionnel
3.10.5 Paludisme des aéroports
3.10.6 Paludisme du sujet prémuni
3.10.7 Paludisme des sujets immunodéprimés et des opérés
3.10.8 L’anatomie pathologique
3.11 Diagnostic parasitologique
3.11.1 Frottis mince
3.11.2 Goutte épaisse
3.11.3 QBC Malaria
3.11.4 Diagnostic immunologique
3.11.5 La sérologie immunofluorescence indirecte
3.12 Les Antipaludiques
3.12.1 Définition
3.12.2 Classification
3.12.3 Schizonticides érythrocytaires
3.12.4 Les Schizonticides hépatiques
3.13 Résistance aux antipaludiques
3.13.1 Définition
3.13.2 Mécanisme de la chimiorésistance
3.13.3 Chimiorésistance au Mali
3. 14 Stratégies de lutte contre le paludisme au Mali
3.14.1 Stratégies majeures
3.14.2 Stratégie de soutien
4. Méthodologie
4.1 Lieu d’étude
4.2 Type d’étude et période
4.3 Population étudiée
4.4 Critère d’inclusion et de non inclusion
4.5 Echantillonnage
4.6 Les données statistiques
4.7 Outils et mode de recueil des données
4.8 Variables d’études
4.9 Saisie et traitement des données
5. Résultat
5.1 Les clients avec ordonnance
5.1.1 Caractéristiques des personnes enquêtées
5.1.2 Comportement des clients porteurs d’ordonnance et compréhension du traitement
5.1.3 Sources d’informations générales sur le paludisme des clients avec ordonnance
5.2 Les clients sans ordonnance
5.2.1 Caractéristique des clients sans ordonnances et des malades
5.2.2 Données concernant le comportement des clients et le traitement acheté
5.2.3 Sources d’informations générales sur le paludisme des clients sans ordonnance
6. Commentaire et discussion
6.1 Les clients avec ordonnance
6.1.1 Caractéristiques des personnes enquêtées
6.1.2 Comportement des clients porteurs d’ordonnance et compréhension
6.1.3 Informations générales sur le paludisme
6.2 Les clients sans ordonnance
6.2.1 Caractéristiques des clients et des malades
6.2.2 Comportements des clients et traitements achetés
6.2.3 Informations générales sur le paludisme
7. Conclusion 

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