l’ATP synthase des mycobactéries
Les mycobactéries
Classification des mycobactéries
Les mycobactéries appartiennent au genre Mycobacterium, à la famille des Mycobacteriaceae et à l’ordre des Actinomycétales. Grâce aux nouvelles technologies qui ont énormément amélioré les méthodes d’identification, on compte à ce jour plus de 130 espèces mycobactériennes, avec une majorité d’espèces environnementales. On considère que les espèces isolées à partir de l’homme sont seulement la pointe de l’iceberg de toutes les espèces existantes (Hale, Pfyffer et al. 2001; Tortoli, Rindi et al. 2003; Primm, Lucero et al. 2004; Tortoli 2006). Les mycobactéries possèdent trois caractéristiques essentielles (Shinnick and Good 1994) : l’acido-alcoolo-résistance. Les mycobactéries sont résistantes à la décoloration par l’action simultanée de l’acide et de l’alcool, principe de base de la coloration de Ziehl-Neelsen, d’où l’appellation de bacilles acido-alcoolo-résistants (BAAR). Cette propriété est liée à la présence d’une paroi très riche en lipides spécifiques, les acides mycoliques, qui font de la paroi mycobactérienne la paroi plus épaisse du monde bactérien (9-10 nm). la nature des acides mycoliques. Les acides mycoliques sont les acides gras les plus longs synthétisés dans la nature (Niederweis 2003). Les genres Mycobacterium, Nocardia, Corynebacterium, Rhodococcus, Gordona et Tsukamurella ont tous des acides gras α-ramifiés β-hydroxylés : les acides mycoliques. Ceci explique que les germes correspondant peuvent être colorés par la coloration de Ziehl-Neelsen. Le genre Mycobacterium se différencie des autres par le haut poids moléculaire de ses acides mycoliques (chaînes de 60 à 90 atomes de carbone, contre 30 à 60 atomes de carbone pour Rhodococcus et Nocardia et de 20 à 30 pour les corynébactéries). un contenu élevé en G+C% de leur ADN. Le pourcentage en G+C de l’ADN des mycobactéries est élevé : 61% à 71%, excepté pour Mycobacterium leprae (55%) (Andersson and Sharp 1996). Différentes classifications ont été utilisées pour distinguer les nombreuses espèces de mycobactéries : selon le temps de croissance, croissance lente >7 jours ou croissance rapide <7 jours ; selon la pathogénicité, pathogènes stricts de l’homme ou des animaux, espèces saprophytes ou commensales, pathogènes opportunistes ou non pathogènes ; selon la maladie qu’elles entraînent, tuberculose (TB), lèpre ou mycobactérioses. D’un point de vue médical, les mycobactéries peuvent être classées en trois grandes catégories. La première comprend les mycobactéries responsables de la TB des mammifères ou mycobactéries du complexe Mycobacterium tuberculosis : M. tuberculosis, Mycobacterium africanum, Mycobacterium bovis, Mycobacterium canettii, Mycobacterium pinnipedii, Mycobacterium caprae et Mycobacterium microti. La deuxième catégorie est représentée par M. leprae et Mycobacterium lepraemurium, responsables respectivement de la lèpre de l’homme et de la lèpre du rat. La troisième catégorie comprend toutes les autres mycobactéries : saprophytes ou commensales des animaux, qui sont désignées par le terme générique de mycobactéries « atypiques » (NTM, Nontuberculous Mycobacteria). Ces espèces, dans certaines conditions, peuvent être responsables d’infections opportunistes chez l’homme (Mycobacterium avium, Mycobacterium xenopi, Mycobacterium kansasii, Mycobacterium marinum…). La plus pathogène d’entre elles produit une toxine dermonécrotique (Mycobacterium ulcerans).
Caractéristiques bactériologiques des mycobactéries
Les mycobactéries sont des bacilles aérobies stricts ou microaérophiles, immobiles, non sporulés. Elles sont très résistantes à la dessiccation et survivent jusqu’à plusieurs années à l’état desséché. Bien qu’elles ne se colorent que très faiblement par la coloration de Gram, les mycobactéries ont longtemps été rattachées aux bactéries à Gram positif mais leur paroi possède toutefois des caractéristiques communes aux bactéries à Gram négatif (Fu and Fu-Liu 2002). Les mycobactéries se distinguent des autres espèces bactériennes par leurs exigences de culture et leur lenteur de croissance. Seuls les milieux qui contiennent du sérum, de la glycérine, de la pomme de terre glycérinée, de l’œuf ou de l’albumine bovine permettent une culture abondante : milieu LöwensteinJensen, milieux de Middlebrook (7H9, 7H10, 7H11) supplémentés par de l’OADC (acide oléique, albumine, dextrose et catalase). Leur température optimale de croissance varie de 30°C à 45°C. Leur temps de génération varie de 2 heures à 20 heures pour la majorité des mycobactéries mais peut aller jusqu’à 14 jours pour M. leprae, seule mycobactérie qui ne peut pas être cultivée in vitro. Des colonies sur milieux gélosés apparaissent après 2 jours d’incubation pour les mycobactéries à croissance rapide et jusqu’à 12 semaines pour les mycobactéries à croissance lente. Parasite strict de l’homme, M. tuberculosis est le principal agent de la tuberculose (TB) humaine. Son temps de division est en moyenne de 20 heures, les cultures sur milieu solide ne sont positives qu’après 21 à 28 jours d’incubation à 37°C, et après un délai un peu plus court (10 à 15 jours) lorsqu’on utilise un milieu liquide. Sur les milieux contenant de l’œuf, les colonies sont de couleur crème-beige, sèches, rugueuses, en « chou-fleur ».
Principales caractéristiques du génome des mycobactéries
Aujourd’hui, nous avons à notre disposition sur le site du NCBI (National Center for Biotechnology Information) la séquence du génome de 13 mycobactéries, dont M. tuberculosis, M. leprae, M. bovis, M. smegmatis et M. ulcerans. La taille du génome des mycobactéries varie de 3.2×106 pb pour M. leprae à pratiquement 7×106 pb pour M. smegmatis. Il est en général plus grand que celui des autres organismes procaryotes (le génome de Streptococcus pneumoniae a par exemple une taille de 2.0×106 pb, celui de Escherichia coli de 4.6X106 pb). La séquence complète du génome de M. tuberculosis H37Rv a été publiée en 1998. Le génome contient 4.4×106 pb et se caractérise par une teneur en guanine et cytosine (G+C) élevée (66%) (Cole, Brosch et al. 1998) La teneur en G+C% est élevée pour toutes les mycobactéries, entre 61 et 71% contre 25 à 75% dans le monde procaryote (56% pour E. coli). La richesse en G+C du genre mycobactérien explique en partie que le codon GTG soit utilisé comme codon d’initiation pour 35% des gènes de M. tuberculosis (contre 14% chez E. coli), mais également que les différentes protéines de mycobactéries soient composées préférentiellement d’acides aminés codés par des codons riches en G et C (Ala, Gly, Pro, Arg et Trp) (Cole, Brosch et al. 1998; Cole 2002). M. tuberculosis, comme les autres mycobactéries à croissance lente, possède une seule copie de l’opéron ribosomal qui est éloigné de 1 Mpb de l’origine de réplication oriC. Chez les autres espèces bactériennes, il y a en général plusieurs copies de cet opéron (7 chez E. coli) dont l’une au moins est située près de l’origine de réplication (Cole, Brosch et al. 1998). Par ailleurs, 59% des gènes sont transcrits dans le même sens que la fourche de réplication ce qui peut expliquer en partie la lenteur de croissance. Le génome de M. tuberculosis est caractérisé par un grand nombre de gènes impliqués dans le métabolisme des acides gras (8% du génome environ) : il en contient 250, alors que le génome de E. coli n’en contient que 50 (1.5% du génome environ). Ceci est vraisemblablement lié à la capacité de M. tuberculosis à synthétiser des acides gras, des plus simples comme l’acide palmitique aux plus complexes comme les acides mycoliques qui entrent dans la composition de sa paroi (Cole, Brosch et al. 1998).
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