Le spiral de la récession et son facteur déclencheur

Le spiral de la récession et son facteur déclencheur

Les agriculteurs embrassent des performances positives voire spectaculaires pendant l’accompagnement des projets de développement (ADRA, 2008). Au lendemain du sevrage au tuteur de résilience, i.e. la fin de projet, la situation se renverse et la condition paysanne se dégrade au vu de la tendance dégressive de leur acculturation agricole et leur autonomie en riz dans le temps. Le sevrage au tuteur de résilience constitue ainsi le facteur déclencheur du spiral de la récession, les agriculteurs commencent à abandonner petit à petit les pratiques agricoles améliorées qu’ils ont adoptées (Andrianaivoarimanga & al., 2017b). Ceci a comme effet direct la diminution de leur autonomie en riz causée par la baisse de la production. En retour, cette baisse de production pousse les agriculteurs à délaisser de plus en plus les techniques améliorées qui sont jugées coûteuses en termes de temps et d’argent et ainsi de suite. Bref, le spiral de la récession s’installe et entraîne dans son sillage les agriculteurs qui étaient des références en matière d’adoption technique et en productivité agricole lors des projets. De surcroît, cette dégradation met les agriculteurs en situation de survie ; pour combler le gap de production et la baisse de l’autonomie en riz, ils sont obligés d’adopter une stratégie de survie et par préférence adaptive (Lalau, 2008) en s’en prenant aux ressources de fortune les plus près, entre autres les ressources naturelles et forestières de par leur proximité géographique. De là découle la recrudescence de la déforestation en dépit des projets d’intensification agricole qui visaient pourtant l’adoption des alternatives techniques pour mater la déforestation. Etant donné que le facteur déclencheur du spiral de la récession est le sevrage des agriculteurs bénéficiaires aux projets d’appuis, une réflexion voire un débat sur la durée du cycle de projet mérite d’être engagé afin de déterminer la durée optimale recommandée et de bien acculturer les techniques agricoles améliorées dans les pratiques paysannes. Sinon, les résultats des efforts à la conservation des ressources naturelles resteraient éphémères, volatiles sans l’ombre d’aucune durabilité et compromettant les ressources naturelles pour les générations futures. 5.6 Le développement rural résilient La résilience paysanne comporte différentes étapes progressives entre autres par ordre d’importance croissante la subsistance, la reconversion, la diversification, l’extension et la croissance. Le renforcement de la capabilité des agriculteurs, i.e. la possibilité d’agir moyennant des opportunités et des potentialités de développement, constitue le levier Discussions générales 178 principal pour que ces derniers puissent progresser, gravir les échelons et embrasser un sens ascendant dans la trajectoire de résilience. Dans cette progression, les agriculteurs ont leur priorité et leur logique : la logique économique et la sécurité foncière passent avant l’initiation aux innovations techniques qui est pourtant le précurseur de l’amélioration de capabilité et de résilience pour survivre voire résister aux chocs et fléaux i.e. renforcer la capacité d’anticiper et de réagir au lieu de rester dans la défensive (Lalau, 2008). Plus les exploitations agricoles parviennent à un meilleur niveau de résilience, plus elles ont la capacité de se préparer aux catastrophes et de surmonter leurs conséquences (PNUD, 2014). En effet, la résilience est « la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer, à continuer à se projeter dans l’avenir, malgré la présence d’événements déstabilisants, des conditions de vie difficiles et des traumatismes parfois sévères » (Koffi, 2014). Dans leur logique, les agriculteurs n’investiraient pas dans les innovations techniques tant qu’ils n’auront pas pour eux le minimum de sécurité financière et foncière. S’initier dans de nouvelles pratiques comporte des risques et des incertitudes (Lalau, 2008) ; pour les exploitations agricoles, les innovations revêtent un caractère probabiliste et faut-il prévoir à l’avance où l’on va atterrir au cas où les essais ne seraient pas fructifs. Bref, la décision paysanne est dictée successivement par le paramètre économique puis foncier et en dernier lieu technique. C’est la séquence décisionnelle EconomiqueFoncier-Technique en vigueur au niveau des exploitations agricoles que les parties prenantes du secteur de développement ont à considérer et à reconnaître afin d’orchestrer des interventions spécifiées visant un meilleur niveau de sécurité alimentaire et un développement inclusif.

L’optimisation par spécification et calibrage

Les exploitations agricoles sont réputées être la base de l’économie de la Grande Ile. Dans ce sens, nombreux sont les projets de développement entrepris et qui seront encore entrepris pour que le secteur primaire devienne un des piliers incontestables de l’économie du Pays (Ramananarivo S. , 2004). Ces exploitations agricoles, pour pourvoir honorer cette réputation, devront franchir la ligne de l’autosuffisance alimentaire et assurer elles-mêmes leur sécurité alimentaire au lieu d’être assistées occasionnellement voire continuellement. Pour ce faire, des changements sont à entreprendre du côté des décideurs et des concepteurs de projets en matière de sécurisation alimentaire, de diffusion technique et d’accompagnement des exploitations agricoles dans sa trajectoire de résilience. Dans ce sens, l’approche globalisante n’est plus ni valable ni recommandée si l’on veut atteindre la masse critique nécessaire afin de renforcer la capabilité des exploitations agricoles et promouvoir un Discussions générales 179 développement résiliençaire. Faut-il une approche calibrée et spécifiée à chaque catégorie d’exploitations agricoles tout en valorisant la capacité locale et les opportunités relatives aux ressources locales, que certains auteurs qualifient d’approche endogène (Razafiarijaona, 2007), afin de promouvoir la diversification de revenu des exploitations agricoles et leur conférer par la suite la possibilité d’améliorer leur sécurité alimentaire, de renforcer leur capabilité et de poursuivre une trajectoire de résilience ascendante. 

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