L’élevage du python royal

CONDITIONS D’ELEVAGE

Le Terrarium d’élevage

Il est indispensable d’utiliser un terrarium conçu pour les reptiles, comportant une ventilation haute et une ventilation basse et doté d’une ouverture frontale par glaces coulissantes, pour faciliter les manipulations et éviter d’effrayer l’animal, la main qui vient le saisir verticalement étant souvent prise pour un prédateur (DAOUES et GERARD, 1997). Une telle installation est pratique, sûre et non génératrice de stress inutile.

Dimensions et aménagement

Les dimensions souhaitables pour un à 5 pythons royaux juvéniles sont de 50 x 30 x 40 cm. Pour un adulte ou un couple d’adultes, un terrarium de 100 x 50 x 60 cm environ, voire 120 x 60 x 60 cm est nécessaire (CARPENTER et al., 2001; DE VOSJOLI et al., 1994).
Le terrarium doit en premier lieu répondre aux besoins du python, permettre une hygiène rigoureuse mais également être aussi esthétique que possible. Il doit donc comporter un système de chauffage, une ou plusieurs cachettes, un bac d’eau, un perchoir et un substrat adapté (DAOUES et GERARD, 1997).
Le python royal a tendance à se cacher durant la journée pour ne sortir que la nuit. En captivité, la présence de deux abris – l’un au point chaud (de 32 à 35 °C), l’autre au point froid (à environ 27 °C) – est donc rigoureusement indispensable pour cette espèce craintive qui doit pouvoir s’y abriter à volonté pour digérer ou en cas de stress par exemple. Peuvent ainsi convenir des écorces de chêne liège (Quercus suber), des pots de fleurs renversés, des boîtes à chaussures retournées et percées d’une ouverture arrondie de quelques cm de diamètre ou encore les cachettes spéciales pour reptiles du commerce, le but étant de procurer au serpent des abris obscurs (BARTLETT et al., 1999 ; DE VOSJOLI et al., 1994 ; DAOUES et GERARD, 1997 ; STAFFORD, 1986).
Au même titre que les cachettes, la présence d’un bac d’eau est indispensable. Il doit permettre au serpent de se désaltérer mais aussi de se baigner, par exemple en période de mue.
Les dimensions du bac doivent donc être prises en considération pour que le serpent puisse s’immerger entièrement. Le récipient d’eau participe également à l’hygrométrie à l’intérieur du terrarium. La température de l’eau devant se situer de préférence entre 25 et 28°C, on le positionnera, en tout ou partie, au niveau du point chaud du vivarium. Enfin, l’eau doit être changée tous les jours ou dès qu’elle est souillée (DAOUES et GERARD, 1997 ; DE VOSJOLI et al., 1994 ; STAFFORD, 1986).
Le python royal ayant tendance à se suspendre à des branches durant sa période d’activité nocturne, on lui fournira à cette fin une ou plusieurs grosses branches placées en diagonale dans la longueur du vivarium, que l’on aura pris soin de stériliser à l’eau bouillante pour éliminer germes et parasites éventuels (DAOUES et GERARD, 1997).
Plusieurs substrats peuvent convenir pour garnir le sol du terrarium, l’important étant de répondre aux impératifs suivants : le matériau utilisé doit rester sec sous peine de favoriser le développement de mycoses et maladies bactériennes. Il doit également être facile à désinfecter ou à remplacer. Il ne doit pas risquer d’occasionner des blessures en cas d’ingestion accidentelle, ce qui favoriserait l’apparition de stomatites, c’est pourquoi l’emploi de sable ou gravier sera absolument proscrit. Une des meilleures solutions est un substrat de type Biorep®, constitué d’éclats de bois, qui peut être aisément remplacé, totalement ou en partie. Une autre solution valable, moins esthétique mais préférable en phase d’acclimatation, est d’utiliser du papier absorbant, que l’on pourra aisément changer (DAOUES et GERARD, 1997 ; DE VOSJOLI et al., 1994).
En revanche, même si le résultat peut être esthétiquement intéressant, l’utilisation de plantes est à déconseiller car leur entretien nécessite des arrosages qui peuvent favoriser le développement de parasites, lichens ou champignons dans le terrarium (WALLS, 2000).

Température, éclairage et hygrométrie

Tout reptile dépend essentiellement, en matière thermique, des facteurs extérieurs et possède une température interne optimale à laquelle ses fonctions vitales (activité, digestion, défenses immunitaires) peuvent s’accomplir correctement. Il est donc indispensable d’offrir au serpent la possibilité de se réchauffer ou de se rafraîchir. Pour cela, le terrarium doit présenter une zone chaude couvrant environ un tiers de la surface, et une zone fraîche couvrant le reste (DAOUES et GERARD, 1997 ; DE VOSJOLI et al., 1994). Ce principe de gradient thermique est très important.
Le chauffage peut être assuré par un câble ou un tapis chauffant disposé sous un quart ou un tiers du terrarium ou encore par une ampoule à infrarouges installée à une extrémité du terrarium. Il est cependant préférable d’opter pour un système de chauffage par câble sous le vivarium en raison des risques de brûlures que peuvent occasionner les ampoules chauffantes (BROGARD, 1987). L’usage de pierres chauffantes décoratives ne serait pas adapté (DAOUES et GERARD, 1997) dans la mesure où la chaleur produite est trop localisée et parfois trop intense, pouvant alors occasionner des brûlures au même titre que les lampes à infrarouges. En outre ce serait aller à l’encontre de l’espèce qui n’a absolument pas tendance à se chauffer à découvert (DAOUES et GERARD, 1997).
Il est également indispensable de créer des différences thermiques entre le jour et la nuit, en abaissant la température de quelques degrés la nuit. En effet un reptile maintenu constamment à une température élevée peut souffrir, au bout d’un délai variable, d’un dérèglement de l’activité thyroïdienne, d’anorexie et la fréquence des mues peut être perturbée (DAOUES et GERARD, 1997 ; BROGARD, 1987). Dans le cas du Python regius, les températures diurnes seront de 27 à 29 °C, avec un point chaud à 32-35 °C, et la température nocturne de 24 à 26 °C. Pour obtenir ces valeurs, l’utilisation d’un thermostat type Bioterm® ou Microclimate® est très utile (DAOUES et GERARD, 1997).
Notons toutefois que ces températures correspondent à des périodes d’activité du python ; elles devront donc être légèrement modifiées en période de repos instaurée si l’on désire obtenir des reproductions. En période normale, des cycles jour/nuit de 14/10 heures conviennent, à la fois pour le chauffage et l’éclairage (BARNARD, 1996 ; DAOUES et GERARD, 1997).
La qualité de l’éclairage ne constitue pas un paramètre fondamental s’agissant d’un serpent. A la différence des lézards, l’exposition aux rayons ultra-violets (UV) n’est pas strictement nécessaire pour que l’animal synthétise la vitamine D et, par conséquent, métabolise correctement le calcium (BENYON et al., 1992).
Il est cependant possible, à toutes fins utiles, d’installer dans le terrarium (car le verre filtre les UV) un tube diffusant des quantités modérées d’UV, type Reptisun UVB 2.0® de la marque Zoomed®. Il faut en revanche éviter d’utiliser des tubes ayant une teneur en UV plus élevée, tels les Reptisun UVB 5.0® qui seraient susceptibles de générer des conjonctivites (BROGARD, 1987 ; DAOUES et GERARD, 1997).
En terme d’hygrométrie, le meilleur compromis consiste à maintenir le substrat toujours sec tout en fournissant au serpent un bac d’eau (toujours propre) qui lui permettra de boire, se baigner et assurera, grâce à l’évaporation, une humidité atmosphérique suffisante, de l’ordre de 50 à 70 % (DE VOSJOLI et al., 1994).

Maintenance et hygiène

Une hygiène rigoureuse est un aspect fondamental pour la santé des animaux d’abord, et pour l’agrément visuel que présente le terrarium ensuite. A ce titre, les excréments et exuvies éventuelles doivent être retirés quotidiennement et l’eau changée tous les jours (BARNARD, 1996 ; DAOUES et GERARD, 1997). Il est par ailleurs indispensable, tous les deux mois environ, de remplacer le substrat après avoir soigneusement nettoyé à l’eau de javel diluée puis rincé le terrarium et ses accessoires (STAFFORD, 1986).

Acclimatation et quarantaine

Si l’animal choisi est un python d’origine sauvage, plusieurs précautions sont alors nécessaires.
La première, surtout si l’élevage comporte déjà d’autres spécimens, est de mettre le nouvel arrivant durant deux mois en quarantaine, c’est à dire dans un terrarium isolé dans une autre pièce, avec ses propres accessoires (gamelle d’eau, cachettes, etc.) qu’on évitera d’utiliser pour d’autres spécimens. Le mieux est ainsi de prévoir un terrarium simplement aménagé, avec du papier en guise de substrat (facilitant l’examen des fèces par ailleurs), des cachettes, un bol d’eau changée régulièrement et un chauffage assurant un gradient de température identique au terrarium d’élevage (BARNARD, 1996 ; DAOUES et GERARD, 1997 ; DE VOSJOLI et al., 1994 ; JES et BRANDSTETTER, 2000).
Cette période permettra de s’assurer du bon état sanitaire du serpent, avant de le mettre éventuellement en contact avec d’autres congénères, de la même espèce uniquement (DAOUES et GERARD, 1997).
Il convient également de baigner le nouvel arrivant dans de l’eau à 30 °C afin de retirer toute particule de son tégument et de faciliter la sortie de cristaux d’acide urique ou de matières fécales du cloaque. Ce bain permet également d’inspecter l’animal (blessures éventuelles, parasites externes) et de le traiter le cas échéant. Il est aussi conseillé de faire procéder à un examen des selles pour repérer d’éventuels parasites. Les nématodes et les segments de cestodes sont visibles à l’œil nu mais un examen microscopique est cependant nécessaire pour les œufs d’helminthes et kystes de protozoaires enkystés (FRANK, 1979).
Durant les deux premières semaines de quarantaine, on laissera le serpent tranquille et on évitera de le manipuler, sauf en cas de stricte nécessité comme le changement d’eau par exemple. Ce n’est qu’après ces deux semaines d’acclimatation que l’on proposera un premier repas au python (DAOUES et GERARD, 1997).

Alimentation

Règles et précautions préalables

Le refus de s’alimenter chez le Python regius constitue l’un des principaux motifs de consultation des vétérinaires spécialisés (BROGARD, 1987). L’anorexie du python royal touche essentiellement les individus prélevés dans la nature. L’une des causes du phénomène, en dehors du stress et des parasites, est le fait qu’à l’état sauvage, ce serpent se nourrisse de rongeurs divers, gerbilles notamment, mais pas de souris domestiques (STAFFORD, 1986). Ainsi, un python capturé dans la nature ne reconnaîtra ni l’apparence ni l’odeur des proies qui lui seront proposées en captivité (DAOUES et GERARD, 1997).
D’autre part, il ne faut pas oublier que les rongeurs, dès lors qu’ils ont dépassé le stade du « blanchon » (individu commençant tout juste à avoir des poils), sont susceptibles d’occasionner de sévères morsures à un reptile (DE VOSJOLI, 1994 ; STAFFORD, 1986). En conséquence, il faut éviter de laisser pendant des heures un rongeur vivant non consommé dans le terrarium ou bien distribuer des proies fraîchement sacrifiées au serpent (DAOUES et GERARD, 1997).
Notons toutefois qu’il est rare qu’un python royal accepte des proies mortes, à l’exception des serpents habitués dès la naissance.
Pour finir, signalons que chez les boïdés la supplémentation vitaminique ou minérale est superflue, voire néfaste dans la mesure où elle peut conduire à une hypervitaminose. En effet, contrairement aux lézards ou aux serpents insectivores (Opheodrysus spp. par exemple) ou piscivores (Thamnophis spp. par exemple), les serpents se nourrissant de rongeurs ne développent quasiment jamais de carences (DAOUES et GERARD, 1997).

Alimentation des juvéniles

L’alimentation des juvéniles ne pose généralement pas de problèmes.
Dans le cas d’un python nouveau-né, le premier repas est généralement accepté dans les quinze jours suivant la première mue qui se déroule au bout d’une à deux semaines à compter de l’éclosion. Le mieux est alors de lui donner un ou deux souriceaux âgés de huit jours approximativement tous les six jours. Au fur et à mesure de la croissance du serpent, on augmentera la taille des proies, en proposant des souris ou de jeunes rats ou gerbilles une fois par semaine (DAOUES et GERARD, 1997 ; DE VOSJOLI et al., 1994 ; FRANK, 1979 ; STAFFORD, 1986).
Si jamais le jeune serpent ne s’alimente pas dans les quatre semaines suivant sa première mue, malgré de multiples propositions de nourriture, il faut alors envisager le gavage (DAOUES et GERARD, 1997). Cette opération étant stressante, il ne faut y procéder qu’en dernier recours et en agissant le plus en douceur possible (BROGARD, 1987 ; STAFFORD, 1986). Après avoir saisi le jeune serpent derrière la tête, tout en supportant le reste de son corps, on lui ouvre doucement la gueule et on y glisse très doucement un souriceau préalablement sacrifié, tête la première. Lorsque ce dernier est arrivé au niveau de la gorge, on repose doucement le serpent dans son terrarium (BROGARD, 1987).
La plupart du temps, il achève d’avaler son repas tout seul. Cependant, si le serpent rejette la proie, il faut refaire une tentative le lendemain, mais certains individus sont totalement réfractaires au gavage (BROGARD, 1987 ; DAOUES et GERARD, 1997 ; RIVAL, 1999).

Cours gratuitTélécharger le cours complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *