L’importance de l’innovation agroalimentaire en afrique

Plus de la moitié de la croissance démographique dans le monde d’ici à 2050 aura lieu en Afrique. Proportionnellement, c’est la région qui connaîtra la plus forte évolution démographique. La population d’Afrique subsaharienne, par exemple, devrait doubler d’ici à 2050 (ONU, 2019). Les gouvernements africains, les bailleurs de fonds et le secteur privé ont intensifié leurs efforts pour revitaliser le secteur agricole en mobilisant des ressources supplémentaires et en mettant en œuvre de nouvelles initiatives en faveur des entreprises (OCDE, 2008). En Afrique de l’Ouest, la part des produits locaux et régionaux dans la consommation urbaine des pays est importante, et le panier de la ménagère dans cette région est suffisamment diversifié pour constituer un potentiel important pour le développement d’une grande variété de filières agricoles. De plus, malgré de faibles appuis de la part des politiques publiques, l’agriculture et l’agro-alimentaire parviennent à répondre partiellement à l’accroissement de la demande de consommateurs urbains toujours plus variée et exigeante (qualité, origine, praticité, goût pour la diversité, etc.). Pourtant, le secteur de la transformation agricole est aujourd’hui confronté à de nombreux défis d’ordres technique, organisationnel, commercial ainsi qu’aux contraintes liées à l’environnement des services indispensables à son essor (Grandval, Broutin et Delmas, 2012). Un des principaux défis est l’amélioration de la productivité des activités de transformation, notamment par l’adoption de technologies améliorées capables d’atténuer la pénibilité des opérations et d’introduire des innovations dans les procédés et les produits. Depuis quelques années, au Sénégal, l’on assiste à un développement soutenu des activités de transformation des produits agroalimentaires grâce à l’implantation de nouvelles entreprises sur le territoire national. Ces activités apportent des réponses considérables aux besoins alimentaires de la population. En effet, le secteur de l’agroalimentaire contribue à l’amélioration et à la diversité de la nutrition ; il crée des emplois et de la valeur ajoutée et augmente par conséquent les revenus de plusieurs acteurs : du producteur de la matière première à l’industriel en passant par les distributeurs et autres intermédiaires. Le secteur agroalimentaire s’est imposé durant cette dernière décennie comme un véritable poids lourd du tissu économique. Il représente au Sénégal 19,9% du PIB en 2009 et occupe une place de choix dans les politiques et stratégies à mettre en œuvre pour la réduction de la pauvreté et le développement économique, vu les potentialités agricoles et agro-industrielles existantes (DASP, 2012).

Les opportunités de développement du secteur de l’Industrie Agroalimentaire (IAA) se consolident davantage grâce à une forte croissance démographique qui augmente la taille du marché africain. Les potentialités agricoles, l’élargissement du marché et la modification des habitudes alimentaires sont les trois facteurs qui consolident davantage l’idée selon laquelle le développement de l’agroalimentaire et des agro-industries constitue un instrument majeur pour l’expansion et la diversification de l’économie et du commerce, ainsi que pour la sécurité alimentaire (DASP, 2012). De nombreux politiques, programmes et projets ont été mis en place par les pouvoirs publics au bénéfice des secteurs agricole et agro-industriel. Malgré toutes ces actions, le secteur est, dans son ensemble, caractérisé au Sénégal par un système productif fragile et faible et demeure tributaire de la forte dépendance vis-à vis de l’extérieur.

La filière mangue constitue un secteur prometteur et porteur de croissance et représente une part importante dans la production de fruits. C’est l’une des filières les plus dynamiques du secteur horticole du Sénégal. Elle enregistre annuellement une production qui se situe entre 125 000 à 130 000 tonne, et représente 63% de la production de la filière fruits et légumes. Les superficies couvertes par les vergers de mangue au Sénégal, sont estimées à 25 0001 ha. La production de mangues est estimée à près de 47 milliards de FCFA en 2018 soit environ 46,2% de la valeur de production fruitière nationale sur la même période (ANSD, 2018). La production est passée de 125 000 tonnes en 2014 à 133 518 tonnes en 2018, soit une hausse de 6,8%. Toutefois, comme les autres filières, la performance de celle de la mangue reste toujours en deçà de ses attentes. En effet, l’analyse faite autour de la filière révèle qu’une bonne partie de la production est faite de façon encore traditionnelle avec une certaine tendance à la modernisation, limitée par un nombre d’aléas dont la levée permettrait son plein essor pour satisfaire une demande croissante. Faute d’industries de transformation et de conservation, et à cause de la présence de la mouche des fruits et des pratiques post-récoltes, environ 60% de cette production est perdue après la récolte (Mbodj, 2005) . L’amélioration de la filière mangue et l’application de technologies appropriées tout au long de la chaîne de valeur (dès la production à la commercialisation et transformation), offre des opportunités de travail et d’emplois surtout aux femmes et aux jeunes, apporte des revenus additionnels en milieu rural et au niveau des exploitations familiales et valorise le travail en milieu rural (compétences améliorées et reconnues).

L’industrie agroalimentaire sénégalaise a accusé un retard considérable pour s’inscrire dans une dynamique d’industrie performante et profitable. Elle est confrontée à plusieurs d’obstacles protéiformes qui la rendent peu rentable comparés à ses possibilités réelles. L’insuffisance de la recherche & développement (innovation) dans le domaine de la technologie alimentaire est l’un des nombreux facteurs qui sont à l’origine de cette situation (DASP, 2012). La recherche & développement contribue de manière décisive à renforcer les capacités technologiques et les aptitudes à la maîtrise de la technologie dans des domaines plus innovants. Elle sous-tend l’innovation qui constitue l’un des principaux leviers de compétitivité des industries agroalimentaires dans les pays d’Europe tels que la France et l’Allemagne. L’innovation peut être à l’origine de gains de productivité importants ; elle peut également générer de nouveaux marchés et la création de valeur ajoutée. Le Sénégal a adopté en 2014 une nouvelle stratégie en matière de politique économique et sociale dénommée Plan Sénégal Emergence (PSE) pour atteindre l’émergence à l’horizon 2035. Pour atteindre ces objectifs plusieurs axes prioritaires ont été identifiés, parmi lesquels l’agroalimentaire à travers l’établissement de trois (03) pôles de transformation agroalimentaire (agropoles intégrées) pour le développement d’une agro-industrie à haute valeur ajoutée dans le domaine de la transformation des fruits et légumes, des huiles, des produits laitiers, des céréales et de l’aviculture (document PSE, 2014). Si le fort potentiel de contribution de l’agro-alimentaire au développement économique et social a été démontré, ce secteur demeure confronté à de nombreuses contraintes aussi bien techniques que liées à l’environnement des services nécessaires à son essor. Autant de défis à relever pour valoriser les produits locaux.

Sans innovation il est quasi impossible de disposer de produits agro-industriels de bonne qualité et compétitifs alors qu’ils constituent une exigence pour la pénétration des marchés des pays développés notamment européen et américain eu égard à la montée du néoprotectionnisme perçu comme une barrière non tarifaire (DASP, 2012). Il apparaît, dès lors, nécessaire de faire une étude approfondie pour identifier, les leviers de décollage de la chaine de valeur, en s’appuyant sur ses potentialités spécifiques, en vue de leur exploitation par le secteur privé, dans une logique de génération d’investissements privés et d’amélioration des parts de marchés à l’export. A travers la conduite de cette étude, on cherche à montrer l’importance de l’innovation dans la filière mangue pour le développement du secteur agroalimentaire sénégalais. Cette problématique est devenue une urgence et demande une réflexion profonde sur la manière d’encourager l’industrialisation de la filière mangue.

La fin d’un cycle de formation est généralement sanctionnée par la présentation d’un travail de recherche confiné dans un document appelé le « Mémoire ». Il s’agit donc pour nous, étudiants en fin de cycle Maitrise, Option Gestion des organisations, de se soumettre à la tradition pour non seulement jauger les connaissances acquises lors de la formation mais aussi pour nous confronter aux cas pratiques, proposer et défendre des solutions aux problèmes spécifiques qu’on peut rencontrer. Envisageant plus tard d’investir dans l’agrobusiness au Sénégal, ce sujet est au centre de mes préoccupations professionnelles. Cette étude va m’aider à orienter mes actions pour une meilleure implantation sur le marché sénégalais. En plus de l’intérêt personnel que suscite cette étude, elle peut aussi être servie par les personnes porteuses de projet d’investissement dans l’agroalimentaire au Sénégal, plus particulièrement dans la filière mangue. Elle met en avant les potentialités et les faiblesses de ce domaine et donne un avant-goût de la réalité sur le terrain. Aussi, Elle peut aussi être utile pour les entreprises agroalimentaires, déjà implantées. En effet, elle est supposée donner une vue holistique de l’agrobusiness au Sénégal. Les potentialités décelées par cette étude peuvent constituer des opportunités d’affaires pour ces sociétés industrielles

Des ministères de l’agriculture aux collectivités locales en passant par les ONG intervenant dans le développement de l’agriculture local, toutes ces structures sont au quotidien préoccupées par les questions touchant la transformation industrielle de l’agriculture et par ricochet le problème de développement de l’industrie agroalimentaire sénégalaises. Dans ce cadre, plusieurs projets sont mis en place dans les différentes localités pour encourager la production agricole et favoriser le développement local des populations rurales. Cette étude fait donc état de la situation et propose aussi des leviers de solutions susceptibles de les intéresser.

Table des matières

INTRODUCTION
Chapitre I : PROBLEMATHIQUE DE L’ETUDE
I.1. Importance de la recherche
I.2. Objectifs de l’étude et question de recherche
I.3. Intérêt pour l’étude
Chapitre II : REVUE DE LA LITTERATURE
II.1. Innovation, processus et déterminants
II.1.1. Concept d’innovation
I.1.2. Processus d’innovation
I.1.3. Déterminants de l’innovation
II.2. Agriculture et innovation
II.2.1. Innovation dans le secteur agricole
II.2.2. Différentes mutations de l’agroalimentaire
II.2.3. Impactes sur les conditions de vie
II.3. Effet sur l’environnement
Chapitre III : CADRE THEORIQUE
III.1. Analyse des filières de production
III.2. Analyse des grappes d’entreprises
III.3. Modèle d’acceptation technologique
Chapitre IV : METHODOLOGIQUE DE L’ETUDE
IV.1. Méthode de collecte des données
IV.2. Méthode d’analyse
IV.3. Présentation de la zone géographique
Chapitre V : PRESENTATION DES RESULTATS
V.1. Analyse de la chaine de valeurs de la mangue
V.1.1. Production de mangues
V.1.2. Collecte, conditionnement, commercialisation et transformation de la mangue
V.1.3. Acteurs de la filière
V.1.4. Présentation schématique de l’organisation fonctionnelle de la filière
V.2. Contraintes de développement de la filière
V.2.1. Au niveau de la production
V.2.3. Au niveau de la récolte et du conditionnement
V.2.4. Au niveau de la transformation
V.2.5. Au niveau de la commercialisation
V.2.6. Contraintes liées à la politique et organisation du Secteur
V.2.7. Contraintes liées à l’accès au financement
V.3. Opportunités de développement de la filière
V.3.1.Variation et diversité de la demande
V.3.2. Hausse de la production et de la valeur ajoutée
V.3.4. Politique favorable du Gouvernement et des bailleurs
Chapitre VI : INNOVATIONS POUR DEVELOPPER LA FILIERE
VI.1. Production
VI.2. Collecte, conditionnement et transformation
VI.3. Commercialisation
VI.4. Financement
Chapitre VII : SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS
VII.1. Points saillants de l’étude
VII.2. Intérêt scientifique de l’étude et Limites
VII.3. Recommandations
CONCLUSION

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