L’obésité chez les adolescents

L’obésité chez les adolescents 

Épidémiologie du surpoids et de l’obésité

Au cours des deux dernières décennies, le taux de jeunes ayant des problèmes de surpoids et d’obésité a triplé aux États-Unis comme au Canada [9]. Chez les américains âgés entre 6 et 19 ans, plus de 9 millions sont considérés en surpoids et de ce nombre, 80 % développeront des problèmes d’obésité une fois devenus adultes [10]. Des données de recherche récentes démontrent que cette augmentation du taux d’obésité chez les jeunes a ralenti, pour tendre vers un plateau [2]. Par contre, comparativement aux taux de jeunes souffrant d’embonpoint ou d’obésité, le taux de jeunes souffrant d’obésité sévère (IMC pour l’âge et le sexe>99e percentile), ne cesse d’augmenter [2].

Une étude menée par Statistique Canada en 2004 a démontré que 8 % des jeunes canadiens âgés de deux à 17 ans étaient obèses alors que 18 % étaient en surpoids ce qui représente une prévalence combinée de surpoids et d’obésité de 26 % [11]. Cette étude a également permis de remarquer qu’il n’existait aucun lien entre l’excès de poids et le fait que ces jeunes résidaient dans un milieu urbain ou rural [11]. Lors d’une enquête plus récente, menée en 2010 et 2011 par le Ministère de la santé publique [12], on remarque que dans l’ensemble du Québec, un jeune du secondaire sur cinq présente un surplus pondéral ce qui, en pourcentage, représente 14 % d’embonpoint et 7 % d’obésité [12]. Au Saguenay-Lac-St-Jean, 12 % des jeunes souffrent d’embonpoint et 6 % souffrent d’obésité [12].

Évaluation de la présence d’obésité chez les adolescents

En raison des changements de composition corporelle observés au cours de la croissance, la mesure de l’excès de gras corporel chez les jeunes est beaucoup plus complexe que chez l’adulte [3]. Pour cette raison, on estime la présence de surpoids ou d’obésité en se servant de courbes de croissance de l’indice de masse corporelle (IMC) construites en fonction de l’âge et du sexe dans une population de référence [3]. Au Canada, depuis l’hiver 2010, le document de principes conjoint des Diététistes du Canada, de la Société canadienne de pédiatrie, du Collège des médecins de famille du Canada et des Infirmières et infirmiers en santé communautaire du Canada préconise l’utilisation des courbes de l’organisation mondiale de la santé (OMS) (Annexes 1 et 2) [3]. Selon ce document, un jeune de 5 à 19 ans est considéré en surpoids lorsque son IMC se situe entre le 85e et le 97e percentile pour l’âge et le sexe [13]. Le jeune est considéré comme obèse lorsque son IMC est supérieur ou égal au 97e percentile [13]. Finalement, un IMC pour l’âge et le sexe au-dessus ou égal au 99e percentile représente de l’obésité morbide ou sévère [2].

Étiologie du surpoids et de l’obésité

Les deux plus grands facteurs impliqués dans le développement des problèmes de poids corporel seraient la sédentarité ainsi que de mauvaises habitudes alimentaires[14].

Niveau d’activité physique
Selon la Société canadienne de physiologie de l’exercice (SCPE), pour favoriser la santé, un jeune âgé entre 12 et 17 ans devrait pratiquer au moins 60 minutes d’activité physique d’intensité modérée à élevée, et ce, à chaque jour [15]. Dans le rapport de l’Enquête sur la santé des jeunes du secondaire réalisée entre 2010 et 2011, on rapporte que seulement 30 % des élèves québécois du secondaire ont un volume d’activité physique de loisir et de transport combinés leur permettant d’être considérés comme actifs [4]. Il semble également que les garçons soient plus actifs que les filles [4]. Une étude menée par Colley et al. [16], effectuée entre 2007 et 2009, a aussi permis de déterminer le niveau d’activité physique de 1608 jeunes canadiens âgés de 6 à 19 ans à l’aide d’accéléromètres. Ils ont rapporté que seulement 7 % des jeunes participent à au moins 60 minutes d’exercice d’intensité modérée à élevée par jour [16]. Une autre étude menée entre 2007 et 2009 auprès de jeunes canadiens âgés de 6 à 19 ans a démontré que depuis 1981, la condition physique de ceux-ci s’est considérablement détériorée [17]. Pour les garçons et les filles de toutes les catégories d’âge (7 à 10 ans, 11 à 14 ans et 15 à 19 ans) la force musculaire et la flexibilité ont diminué comparativement aux résultats obtenus en 1981 [17]. On rapporte également que la capacité aérobie des adolescents obèses est à la baisse autant chez les garçons que chez les filles [17]. Cette diminution n’est pas uniquement reliée au degré d’obésité [17]. En effet, cette baisse pourrait aussi être reliée au fait que les jeunes ont diminué leur niveau d’activité physique [17]. À l’inverse, l’IMC, la somme des plis cutanés ainsi que la circonférence de la taille ont augmenté de façon significative au cours de cette même période [17]. Pourtant, il est reconnu que l’activité physique pratiqué 60 minutes quotidiennement contribue à améliorer la santé des jeunes, à avoir un meilleur rendement académique, à améliorer la condition physique, à devenir plus fort, à avoir du plaisir avec des amis, à se sentir plus heureux, à maintenir un poids corporel santé, à améliorer la confiance en soit et à développer de nouvelles habiletés [15].

Le temps d’écran et la participation à des loisirs sédentaires semblent aussi être problématiques chez les jeunes. Pour ces raisons, la SCPE en collaboration avec d’autres organismes, a élaboré les Directives canadiennes en matière de comportements sédentaires à l’intention des jeunes âgés de 12 à 17 ans [18]. Ces lignes directrices énoncent que pour favoriser la santé des jeunes de 12 à 17 ans, il est primordial de diminuer chaque jour le temps consacré à des activités sédentaires [18]. Pour ce faire, les jeunes doivent limiter le temps de loisirs passé devant l’écran à moins de deux heures par jour (moins de temps passé devant l’écran est associé à des bienfaits supplémentaires pour la santé) [18]. Ils peuvent aussi diminuer les déplacements en véhicule motorisé et réduire le temps passé assis à l’intérieur pendant la journée [18]. En effet, écouter la télévision plus de deux heures par jour est associé à une composition corporelle défavorable (IMC plus élevé), à une condition physique détériorée, à une diminution de l’estime de soi et à de moins bons résultats scolaires [19]. Une étude menée par Matthews et al. [20] démontre d’ailleurs que les jeunes américains âgés entre 12 et 19 ans passent plus de 50 % de leur temps à avoir des comportements sédentaires (7,53 heures par jour pour les 12 à 15 ans et 8,03 heures par jour pour les 16 à 19 ans) ce qui, selon les recommandations, est beaucoup trop élevé. Pourtant, il est démontré que consacrer moins de temps à des activités sédentaires peut aider les jeunes à : maintenir un poids corporel santé, améliorer leur confiance en soi, avoir une meilleur rendement académique, améliorer leur condition physique, avoir plus de plaisir avec leurs amis et avoir plus de temps pour développer de nouvelles habiletés [18].

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Alimentation
Le Guide alimentaire canadien pour manger sainement (GAC) recommande aux jeunes âgés de 9 à 13 ans de consommer à chaque jour six portions de légumes et fruits, six portions de produits céréaliers, trois à quatre portions de lait et substituts ainsi qu’une à deux portions de viandes et substituts [21]. Pour les jeunes âgés entre 14 et 18 ans, il est recommandé de consommer à chaque jour au moins sept à huit portions de légumes et fruits, six à sept portions de produits céréaliers, trois à quatre portions de lait et substituts et de deux à trois portions de viandes et substituts [21]. Dans le cas des fibres, l’apport suffisant a été fixé à 14 g/1000 kcal par jour chez tous les groupes d’âge d’un an et plus [21]. Cela représente environ 26 g/jour chez les filles de neuf à 18 ans, 31 g/jour chez les garçons de 9 à 13 ans et 38 g/jour chez les garçons de 14 à 18 ans [21]. L’enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ECSS) de 2004 réalisée auprès de 35 000 jeunes canadiens âgés entre 12 et 18 ans, démontre que la consommation quotidienne de légumes et de fruits dans ce segment de la population est largement insuffisante [22]. En effet, les résultats de cette étude démontrent que la consommation quotidienne se situerait à 4,5 portions de légumes et de fruits par jour [22]. Il est à noter que la consommation de légumes et de fruits est moindre chez les garçons que chez les filles [22]. Pour le groupe d’âge de 14 à 18 ans, 33 % des filles comparativement à 6 % des garçons consommeraient moins que les cinq portions quotidiennes de produits céréaliers recommandées [22]. Pour ce qui est de la consommation de lait et substituts, 61 % des garçons et 83 % des filles consommeraient moins que ce qui est recommandé [22]. L’ESCC a rapporté que chez le quart des individus, plus de 300 grammes de viandes cuites sont consommées chaque jour au lieu de 150 grammes [22]. Toutes catégories d’âge confondues, les femmes consommeraient moins de viande que les hommes [22]. Cette enquête a également révélé un apport médian de fibres inférieur à l’apport suffisant chez les garçons de neuf à 18 ans, soit 16,3 g/jour chez les neuf à 13 ans et 18,2 g/jour chez les 14 à 18 ans. Étant donné que les fibres alimentaires ne sont pas toutes digérées et absorbées dans notre système digestif et qu’elles absorbent beaucoup d’eau, elles apportent peu d’énergie et procurent un grand effet de satiété [21]. Il est donc primordial d’en consommer une bonne quantité [21]. Finalement, afin de diminuer le risque d’induire une relation malsaine à l’alimentation et d’aider les jeunes à effectuer de bons choix alimentaires, il est important d’axer sur l’adoption d’une saine alimentation et d’éviter la notion d’aliments interdits [3].

Par ailleurs, Wiecha J.L. et al. [23], ont constaté qu’une augmentation du temps de télévision était associée à une augmentation de l’apport calorique d’environ 167 calories par jour chez les jeunes. Cela serait associé aux publicités qui inciteraient les jeunes et même les adultes à consommer des aliments faibles en nutriments et à haute densité énergétique [23]. De plus, Chaput et al. [24] ont observé un lien entre les problèmes d’obésité et les jeux vidéo. Leur étude a été réalisée auprès de 22 garçons âgés de 16,7 ans qui ont été exposés à deux sessions d’une heure de jeux vidéo [24]. Ils ont remarqué que les fréquences cardiaques et les tensions artérielles étaient plus élevées durant ces périodes [24]. Les jeunes ont également augmenté leur consommation alimentaire d’environ 300 calories suite à ces sessions [24].

Il n’y aurait pas que les diètes riches en gras qui seraient responsables d’augmenter le taux d’obésité [25]. Selon la revue de littérature effectuée par Malik et al. [26], il a été rapporté qu’un des facteurs clé qui contribuerait à l’augmentation de l’obésité serait la consommation de boissons sucrées. À cet effet, il a été rapporté que chez les jeunes de 12 à 19 ans, 10 à 15 % des calories consommées pendant la journée proviendraient des boissons sucrées et des jus de fruits purs à 100 %, ce qui représente une moyenne de 356 calories par jour [27].

Table des matières

INTRODUCTION
L’OBÉSITÉ CHEZ LES ADOLESCENTS
1.1 ÉPIDEMIOLOGIE DU SURPOIDS ET DE L’OBESITE
1.2 ÉVALUATION DE LA PRESENCE D’OBESITE CHEZ LES ADOLESCENTS
1.3 ÉTIOLOGIE DU SURPOIDS ET DE L’OBESITE
1.3.1 Niveau d’activité physique
1.3.2 Alimentation
1.3.3 Sommeil et obésité
1.3.4 Génétique
1.4 COMPLICATIONS ASSOCIEES AU SURPOIDS ET A L’OBESITE
1.4.1 Impact du surpoids et de l’obésité sur le plan psychosocial
1.4.2 Impact du surpoids et de l’obésité sur les facteurs de risque de la maladie cardiovasculaire
1.5 CONCLUSION
LA PRISE EN CHARGE DE L’OBÉSITÉ
2.1 BUT ET INDICATIONS
2.2 RECOMMANDATIONS DES DIFFERENTS COMITES
2.3 NIVEAUX D’IMPLICATIONS
2.3.1 Implication parentale
2.3.2 Implication scolaire et communautaire
2.4 DIFFERENTES INTERVENTIONS
2.5 IMPACT D’INTERVENTIONS VISANT LA PERTE DE POIDS SUR LE PROFIL CARDIOMETABOLIQUE
2.5.1 Dyslipidémie
2.5.2 Homéostasie du glucose et de l’insuline
2.5.3 Marqueurs inflammatoires
2.5.4 Adiponectine
2.5.5 Syndrome métabolique
2.6 CONCLUSION
OBJECTIFS ET HYPOTHÈSES
3.1 FORMULATION DES OBJECTIFS
3.1.1 Premier objectif
3.1.2 Deuxième objectif
3.1.3 Troisième objectif
MÉTHODOLOGIE
4.1 POPULATION
4.1.1 Caractéristiques de l’échantillon
4.1.2 Recrutement des participants
4.1.3 Considérations d’ordre éthique
4.1.4 Consentement, confidentialité et divulgations obligatoires
4.2 DÉROULEMENT DU PROJET DE RECHERCHE
4.2.1 Protocole pré intervention
4.2.2 Protocole d’intervention
4.2.3 Protocole post intervention (Réévaluations 4 et 8 mois)
4.3 CUEILLETTE DES DONNÉES
4.3.1 Poids corporel
4.3.2 Taille
4.3.3 Indice de masse corporelle
4.3.4 Circonférence de taille
4.4 ANALYSES BIOCHIMIQUES
4.4.1 Bilan lipidique
4.4.2 Glucose à jeun, insuline et hémoglobine glyquée
4.5 LES ANALYSES STATISTIQUES
RÉSULTATS
5.1 CARACTÉRISTIQUES DE L’ÉCHANTILLON AU DÉBUT DU PROTOCOLE D’INTERVENTION DE 16 SEMAINES
5.2 VARIATIONS DES PARAMÈTRES ANTHROPOMÉTRIQUES DURANT LE PROTOCOLE D’INTERVENTION DE 16 SEMAINES AINSI QUE 4 ET 8 MOIS POST INTERVENTION 16
5.3 VARIATIONS DU PROFIL CARDIOMÉTABOLIQUE DURANT LE PROTOCOLE D’INTERVENTION DE SEMAINES AINSI QUE 4 ET 8 MOIS POST INTERVENTION
5.4 CORRÉLATION ENTRE L’IMC, LA CIRCONFÉRENCE DE TAILLE ET L’AMÉLIORATION DU PROFIL CARDIOMÉTABOLIQUE
DISCUSSION
6.1 AMELIORATIONS DU PROFIL CARDIOMETABOLIQUE
6.2 LIMITES ASSOCIEES AUX CRITERES DE RIGUEUR
6.3 FORCES ASSOCIÉES AUX CRITÈRES DE RIGUEUR
CONCLUSION

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