Précisions sur la notion de curriculum formel : un construit social en évolution

Débat de société autour de la place de la religion à l’école

Au cours de la dernière décennie, la place de I’EMRC dans le curriculum scolaire de l’école québécoise a été questionnée. Dans son rapport final (1996), la commission des États généraux sur l’Éducation recommandait qu’un cours d’enseignement moral (EM) soit offert à tous les élèves des niveaux primaire et secondaire, privilégiant ainsi la disparition de I’EMRC et de l’enseignement moral et religieux protestant (EMRP) du programme de formation de l’école québécoise. En 1997, dans le contexte de ce débat de société, la ministre de l’Éducation, Madame Pauline Marois, forma un groupe de travail sur la place de la religion à l’école. Au printemps 1999, le groupe publia son rapport intitulé Laïcité et religions : Perspective nouvelle pour l’école québécoise. Ce groupe de travail proposa que l’enseignement religieux, qui a un caractère confessionnel et qui « … emprunte à l’approche catéchétique la dynamique de l’invitation spirituelle .. . » (Cadrin-Pelletier 1996, p. 71), fasse place à un enseignement culturel des religions, enseignement ayant un caractère non-confessionnel et s’adressant à tous les élèves {MEQ 1999, p. 230). De telles propositions ont amené un débat sur la place de la religion à l’école. Par exemple, le mouvement laïc québécois a continué à demander la disparition des cours d’enseignement religieux à caractère confessionnel et a recommandé de ne pas instaurer d’enseignement culturel des religions en réaction au rapport du groupe de travail sur la place de la religion à l’école {1999). Mais, en même temps, l’Assemblée des évêques du Québec (1999) demandait au gouvernement, en réaction au rapport du groupe de travail, de laisser aux parents le choix entre un cours d’enseignement moral et un cours d’enseignement religieux de type confessionnel. Faisant écho à une proposition de la Société québécoise d’étude de la religion, Fernand Ouellet {1996) suggère de son côté « . . . de mettre au point des programmes d’éducation au phénomène religieux en dehors de toute forme de contrôle confessionnel, dans une perspective de formation civique et démocratique » (p. 57)

Divers enjeux sous-tendent ce débat sur la pertinence de l’éducation religieuse à l’école. L’évolution sociale du Québec au cours des quarante dernières années a alimenté ce questionnement. Fernand Ouellet (1996) souligne d’ailleurs que « …t’immigration et le pluralisme social ont diversifié grandement le paysage religieux québécois » (p. 56). Dans un tel contexte, l’Église catholique n’occupe plus la place prépondérante qu’elle a déjà occupée, ce qui permet au gouvernement, selon Micheline Milot (2001), d’envisager un aménagement différent de la place de la religion à l’école. Aussi, certaines pressions sociales ont amené à concevoir davantage l’école sous un angle utilitariste selon Louis LeVasseur (2002), ce qui a eu pour effet d’accorder moins d’importance à des matières comme la littérature, la philosophie et fa religion dans le curriculum. C’est dans un tel contexte que le ministre de l’Éducation, Monsieur François Legault, a présenté au printemps 2000 les orientations gouvernementales à l’égard de la place de la religion à l’école dans un document intitulé Dans les écoles publiques du Québec: une réponse à la diversité des attentes morales et religieuses (MEQ 2000). Ces nouvelles orientations ont amené des changements dans la place qu’occupe I’EMRC dans le curriculum de l’école québécoise, cédant même éventuellement la place à un cours intitulé Éthique et culture religieuse (ÉCR) au deuxième cycle du secondaire. Il est pertinent de mentionner ces changements, considérant que notre recherche portant sur le programme d’études en EMRC de troisième secondaire s’inscrit dans cette mouvance.

Alors que la réforme du curriculum au secondaire a été élaborée, le débat concernant les changements à apporter concernant la place de la religion à l’école s’est poursuivi. Ainsi, en 2001, le Conseil supérieur de l’Éducation (CSE) recommandait au ministre de remplacer les cours d’EMRC, d’EM et d’EMRP de troisième secondaire par le cours d’Éthique et de culture religieuse. la publication d’un avis du Comité sur les affaires religieuses au printemps 2004, Éduquer à la religion au Québec : enjeux actuels et pistes d’avenir (CAR 2004), montre que la question n’est toujours pas tranchée, ce comité préconisant de mettre de côté tous les changements initialement prévus, y compris le cours d’Éthique et culture religieuse, pour mettre en place un cours d’Éducation à la religion obligatoire pour tous, cours à caractère non confessionnel mais où « … le champ religieux n’est pas considéré seulement comme un fait de culture de l’histoire des sociétés, mais aussi, pour plusieurs personnes, comme une composante intime de leur expérience du monde et de leur identité» (CAR, 2004, p.10). Dans son avis (CAR 2004), le Comité reconnaît que le débat sur la place de la religion à l’école et le changement curriculaire qui en découle ont eu une incidence sur le travail des enseignants en EMRC, en EM et en EMRP et a eu pour effet de réduire le nombre de futurs maîtres en formation dans ce champ d’enseignement. Ainsi, nous pouvons saisir un peu plus que les enseignants en EMRC de troisième secondaire ont été affectés dans leur travail quotidien par tout ce remue-ménage. C’est pour mieux comprendre leur point de vue spécifique de la situation de l’enseignement d’un nouveau programme d’EMRC en tant qu’innovation pédagogique dont l’existence s’annonce brève que notre recherche a pris forme.

Contexte institutionnel du changement curriculaire

Le contexte institutionnel de l’enseignement du programme d’EMRe reflète cette dynamique de changement qui s’opère dans la société québécoise. Au cours des dernières années, des modifications ont été apportées aux cours d’EMRC. Le cours d’EMRC de cinquième secondaire a été retiré du régime pédagogique à la fin de l’année scolaire 2001-2002 (Bianchette 2002). Le cours d’EMRC de troisième secondaire a été retiré du curriculum à la fin de l’année scolaire 2002-2003 (Bianchette 2002). En troisième secondaire, le régime pédagogique de l’enseignement secondaire prévoyait que le cours d’EMRC se donnait à raison de cinquante heures par année (MEQ 1996, p. 20). La réussite de ce cours permettait à l’élève d’accumuler deux unités pour l’obtention du diplôme d’études secondaires sur un total de trente-six unités pouvant être CI,Jmulées au cours d’une année. Considérant que ces changements étaient déjà annoncés à l’hiver 2002 (Bianchette 2002), il est à se demander en quoi ils ont affecté les enseignants dans leur travail. Depuis le milieu de la décennie quatre-vingt, les enseignants ont travaillé successivement avec deux programmes d’études différents, l’un édité en 1985 et l’autre en 1996; ce dernier a été d’application obligatoire du 1er juillet 1998 au 30 juin 2003. Le contenu du programme d’études en EMRC de troisième secondaire, qui a été en vigueur de 1985 à 1998, était structuré à partir d’objectifs à la fois cognitifs et affectifs. L’objectif global cognitif était le suivant : « A la lumière de la Bible, découvrir l’expérience spirituelle de la foi» (MEQ 1985, p. 31). L’objectif global affectif visait à amener l’élève à reconnaître son identité chrétienne (MEQ 1985, p. 30). Les trois thèmes abordés dans ce programme portaient sur la connaissance de Dieu (module 1), la rencontre avec Jésus-Christ (module Il) et sur les signes de la foi permettant de vivre cette rencontre (module Ill) (MEQ 1985, p. 27).

Table des matières

INTRODUCTION
CHAPITRE II LA PROBLEMATIQUE
1.1 Débat de société autour de la place de la religion à l’école
1.2 Contexte institutionnel du changement curriculaire
1.3 Le travail des enseignants en Abitibi-Témiscamingue en situation de changement de programme d’études
CHAPITRE Il Cadre conceptuel, but et limites
2.1 Précisions sur la notion de curriculum formel : un construit social en évolution
2.2 Exp1icitation du passage du curriculum formel au curriculum réel du point de vue de l’enseignant
2.3 Explicitation du concept de représentation
2.4 Les étapes du processus de l’action didactique
2.4.1 La phase pré-active du processus de l’action didactique
2.4.2 La phase interactive du processus de l’action didactique
2.4.3 La phase post-active du processus de l’action didactique
2.5 Le processus de l’action didactique dans un contexte d’innovation pédagogique
2.6 Questions spécifiques de recherche
2.7 But et limites de la recherche
CHAPITRE Ill La méthodologie
3.1 La population à l’étude
3.2 Les instruments de recherche
3.3 Les étapes du projet de recherche
CHAPITRE IV Présentation des résultats
4.1 Le travail en présence des élèves
4.1.1 Les formes du travail didactique
4.1.2 Les médias
4.1.3 La relation avec les élèves
4.2 Le travail en absence des élèves
4.2.1 Le travail d’appropriation du programme d’études formel
4.2.2 Le travail de planification de l’interaction avec les élèves
4.2.3 Le travail d’évaluation
4.3 Le travail des enseignants en contexte d’innovation pédagogique
4.3.1 Les indicateurs d’inquiétude
4.3.2 Les indicateurs de questionnement
4.3.3 Les indicateurs de résistance
4.4 Discussion des résultats de l’analyse des données
4.4.1 L’appropriation du curriculum formel
4.4.2 Les impacts des changements socio-administratifs
4.4.3 Les conditions de mise en œuvre de l’innovation
CONCLUSION
APPENDICE A Les volets thématiques et les compétences particulières du programme d’études en
enseignement moral et religieux catholique de troisième secondaire
APPENDICE B Les étapes de la démarche pédagogique du programme d’études en enseignement
moral et religieux catholique de troisième secondaire
APPENDICE C Canevas d’entrevue
APPENDICE D Extrait de la grille d’analyse du contenu des entrevues
APPENDICE E Exemple d’un extrait du corpus résultant du travail de transcription
APPENDICE F Exemple d’un extrait du corpus étudié à l’aide des indicateurs identifiés précédemment dans le cadre conceptuel
BIBLIOGRAPHIE

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