Consommation de cannabis et travail 

Fréquence de l’usage de cannabis chez les travailleurs et répartition par secteur d’activité

Dans notre étude, nous trouvions parmi les actifs occupés 14,1% de consommateurs de cannabis au cours des douze derniers mois, avec une prédominance masculine significative (19,5% contre 10,6% de femmes) et un âge moyen significativement plus faible, ce qui est retrouvé dans les différentes études épidémiologiques. Dans la population générale en 2016 la consommation dans l’année s’élevait à 15% chez les hommes et 7% chez les femmes.  Une étude menée en 2006 auprès de 1046 salariés dans différents services de santé au travail du Limousin montrait une prévalence de la consommation de cannabis au moment de l’enquête à 3,5%.  Dans une étude réalisée en 2005 dans le département de la Loire à laquelle 43 médecins du travail ont participé, 10,2% des 1406 salariés inclus déclaraient avoir consommé du cannabis dans l’année. Parmi eux 25,9% étaient à risque de dépendance selon le Drug Abuse Screening Test (DAST-10). La répartition par contrat de travail montrait une prédominance des intérimaires.  Selon l’enquête «Mode de vie et travail» réalisée en 2006 auprès de 2213 salariés dans des services de santé au travail de la région toulousaine, 9,4 % des participants ont déclaré consommer du cannabis avant ou après une journée de travail. Le profil des consommateurs était principalement des hommes avec un emploi créatif, des prises de décision, des responsabilités satisfaisantes, sans pression temporelle, ni tension mais avec une insécurité d’emploi.
Le Baromètre Santé 2014 évaluait à 9% la prévalence de la consommation de cannabis des actifs occupés au cours des douze derniers mois. Chez les hommes, les catégories socioprofessionnelles (CSP) où les niveaux de consommation étaient les plus élevés étaient les employés (16,6%), les professions intermédiaires (13,9%) et les ouvriers (13,1%). Chez les femmes, les niveaux de consommation étaient bien moindres par rapport aux hommes, mais les plus élevés étaient chez les cadres (6,7%), les professions intermédiaires (6,1%) et les artisans, commerçants, chefs d’entreprise (4,8%), contre 0,2% chez les ouvrières et 4,5% chez les employées. Les secteurs d’activé où les niveaux de consommation de cannabis étaient les plus élevés sont ceux des arts et spectacle (16,6%), de la restauration (12,9%) et de la construction (13%). Les niveaux les plus faibles étaient trouvés dans les secteurs de l’administration, de l’enseignement, le milieu de la santé humaine et de l’action sociale et les activités de service aux ménages. A noter que les métiers de la construction sont majoritairement masculins, à contrario des secteurs de la restauration et des arts et spectacles où la répartition est équilibrée entre sexes. Les études réalisées spécifiquement dans le secteur de la santé sur le plan national  et international  montraient des niveaux plus faibles de consommation.
Une étude menée en Australie dans le secteur de la construction montrait également des niveaux élevés de consommation.  Concernant le secteur du transport, une étude française réalisée dans les années 2000 montrait un niveau de consommation significativement plus élevé par rapport au reste de la population.  Une revue de la littérature sur la consommation de SPA chez les conducteurs de camion montrait des niveaux de consommation de cannabis très variables en fonction des études, entre 0,2 et 29,9%. Un niveau plus élevé de consommation était souvent associé à de mauvaises conditions de travail (conduite de nuit, long trajet, faible temps de repos).  D’autres études s’intéressant aux travailleurs occupant des postes de sûreté ou de sécurité faisaient apparaître des niveaux de consommation supérieurs à la moyenne.

Liens entre consommation de cannabis et travail

Dans notre échantillon, plus d’un quart des fumeurs de cannabis établissaient un lien entre leur consommation et leur travail, la plupart évoquant le stress comme raison principale. En 2010, 13% des consommateurs de cannabis déclaraient augmenter leur consommation du fait de problèmes liés à leur travail ou à leur situation professionnelle au cours des douze derniers mois.
Dans de nombreuses études le stress, pouvant avoir de nombreux facteurs (charge de travail élevée, manque d’autonomie, emploi précaire, tâches répétitives, ambiance au travail, …) est très  souvent cité comme ayant un impact négatif sur le bien-être au travail. Différentes études ont voulu s’intéresser à la relation entre stress au travail et consommation de SPA, avec pour postulat que cette dernière pouvait aider à surmonter le mal-être engendré, ou à prévenir son apparition, avec des résultats variables. Certaines ne mettaient pas en évidence une relation entre stress au travail et consommation de SPA. Cependant ces études ne s’intéressaient pas spécifiquement à la consommation de SPA durant les journées de travail, et prenaient donc en compte l’ensemble des personnes ayant une consommation festive, lors des jours de repos.
Une étude américaine réalisée entre 2002 et 2003 et s’intéressant aux sujets ayant une consommation de SPA durant la journée de travail montrait un lien significatif entre consommation de cannabis et deux facteurs de stress : la surcharge de travail et l’insécurité de l’emploi. Une autre étude prospective s’intéressant à la dépendance à une SPA chez les jeunes adultes trouvait un lien significatif entre l’exposition à des facteurs de stress professionnel et la dépendance à une SPA.  Comme trouvé dans notre enquête à propos du cannabis, l’ennui est également évoqué dans certaines études comme pouvant influer sur la consommation d’alcool et de tabac. Au Canada, une étude longitudinale ayant inclus 6000 personnes sur 8 ans trouvait une augmentation de la consommation d’alcool lorsque le travail était considéré comme ennuyeux et monotone.
En France, le baromètre santé 2005 montrait un lien entre consommation abusive d’alcool et de tabac et insatisfaction au travail.

Cannabis et accidentologie

Dans notre étude aucun participant ne déclarait avoir été victime d’un accident de travail au cours des douze derniers mois en lien avec sa consommation de cannabis. Différentes études ont essayé de quantifier l’impact de la consommation de SPA, principalement l’alcool, sur la survenue d’accidents du travail (hors accident de la route). Les données du Baromètre santé 2010 ne montraient pas de lien significatif entre accident du travail et consommation de SPA.
En 2014, une étude cas-témoin américaine ne trouvait pas de différence significative de risque d’accident de travail entre les travailleurs ayant un test urinaire positif au cannabis et un échantillon aléatoire de travailleurs. Lors d’une enquête française menée en 2012 auprès d’employés du secteur de la construction, seuls 2,7% des participants déclaraient avoir été témoins d’un accident du travail en lien avec une consommation d’alcool ou de drogues illicites.
En 2006, une étude américaine basée sur le résultat de tests de dépistage urinaire de drogues illicites montrait que 5,8% des tests suite à un accident étaient positifs. Cependant, même si l’analyse des tests toxicologiques réalisés après accident peut apporter un certain éclairage, il manque dans la littérature actuelle des études démontrant le lien de causalité et la part attribuable aux SPA.
Concernant l’impact d’une consommation de cannabis sur les accidents de la route, des études expérimentales ont montré une diminution des performances de conduite en situation d’urgence. D’autres études ont trouvé que les conducteurs avec un test sanguin positif au THC avaient 3 à 6 fois plus de probabilité d’être impliqués dans un accident. Dans une méta-analyse d’études observationnelles de 1982 à 2015, une intoxication au THC détectée par des analyses de sang, de salive ou d’urine était associée à une augmentation faible à moyenne du risque d’accident de la route. En France, une analyse des défaillances de conduite sous l’influence du cannabis ayant entrainé un accident mortel confirmait les précédents résultats et montrait un risque accru en cas de consommation d’alcool associée. Une revue de la littérature publiée en 2016 montrait une altération de la performance de conduite induite par le cannabis, avec une augmentation du franchissement des lignes et de la distance moyenne par rapport au véhicule précédent. Des altérations aiguës et à long terme, dépendantes de la dose, des fonctions cognitives spécifiques et des capacités psychomotrices ont également été notées, s’étendant au-delà de quelques semaines après l’arrêt de la consommation.

Perception par les travailleurs de l’usage de cannabis en milieu professionnel

Alors que l’on trouve dans notre enquête que plus d’un tiers des actifs occupés considèrent le cannabis comme un sujet de préoccupation dans leur milieu de travail, peu d’études se sont penchées sur la perception par les travailleurs de la consommation de cannabis en milieu professionnel. La plupart des enquêtes réalisées auprès des travailleurs les questionnant sur les conduites addictives de leurs collègues et leur répercussion (en terme d’absentéisme, de retard, de problèmes relationnels, de baisse de qualité du travail…) concernaient l’alcool.
Une enquête américaine auprès de 2400 actifs occupés trouvait que 13% d’entre eux déclaraient avoir été au cours des douze derniers mois au contact d’un collègue de travail qui était sous l’influence de drogues illicites. Dans l’étude précédemment citée réalisée en 2006 dans le Limousin, 72,2% des usagers de cannabis déclaraient se rendre compte que leur consommation avait une répercussion néfaste sur leur activité professionnelle.

Table des matières

I- INTRODUCTION
II- MATERIELS ET METHODES 
III- RESULTATS 
a) Caractéristiques socioprofessionnelles de l’échantillon
b) Caractéristiques socioprofessionnelles des consommateurs de cannabis
c) Consommation de cannabis et travail
d) Perception de la consommation de cannabis en milieu professionnel
IV- DISCUSSION 
a) Limites méthodologiques
b) Fréquence de l’usage de cannabis chez les travailleurs et répartition par secteur d’activité
c) Usage régulier et usage problématique
d) Consommation de cannabis au travail
e) Liens entre consommation de cannabis et travail
f) Effets négatifs d’un usage de cannabis sur le travail
g) Cannabis et accidentologie
h) Cannabis et encadrement hiérarchique
i) Perception par les travailleurs de l’usage de cannabis en milieu professionnel
V- CONCLUSION
VI- BIBLIOGRAPHIE
VII- ANNEXE
a) Questionnaire (incluant le CAST)
b) Liste des catégories socioprofessionnelles
c) Résumé en anglais

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