Historique et représentation socioculturelle du cancer

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ENJEUX PSYCHOSOCIAUX DU CANCER

Historique et représentation socioculturelle du cancer

Les tumeurs malignes ont été décrites par Hippocrate (460-370 av. Jésus Christ); il parlait de carcinos qui signifie crabe. Cette description est reprise ultérieurement par Galien (131-2011 av.Jésus Christ) dans son traité de tumeur au XVII siècle. Le cancer est vu comme une maladie contagieuse et les patients sont exclus des hôpitaux. [6] Au début du XX siècle, dans les sociétés occidentales, le cancer a pris un rang de fléau. Ce terme vient du latin « fouet avec lequel on flagelle ». Il désignait une personne ou une chose funeste, paraissant à l’origine émaner de la colère divine. Il désigne aujourd’hui une calamité redoutable qui s’abat de façon incontrôlable sur l’individu [8]. De nos jours la spécificité du cancer reste liée non pas à la technique mais à la représentation de la maladie. En Algérie le cancer se dit de façon régulière « khenzir », ce mot signifie cochon [8]. Ceci permet de le rejeter hors des pratiques religieuses musulmanes. L’assimilation du cancer à l’animal transforme malheureusement chaque malade en déviant et surtout en coupable. Il est vu comme porteur d’une marque infâme L’image du cancer reste liée à la peur de la mutilation, de la souffrance et de la mort. Au Sénégal, la représentation sociale, culturelle ou symbolique de la maladie, est le plus souvent partagée par un certain groupe. Notamment les croyants de magie, de « khons », ou de maraboutage. Le « khon » est définit comme des moyens médico-religieux par lesquels un individu est agressé dans son intégrité (corporelle et mentale) par un ou des tiers afin de le nuire ou de le tuer. Ce sont des moyens occultes, surnaturels; culturels, visibles ou non sous forme de sorts, de potions; d’envoutements manipulés dans le silence par un officiant en vue de déstabiliser la vie de l’individu ou d’un groupe. Ils peuvent être les moyens de mise à mort à distance à la demande d’un tiers [54]. Au Mali les termes de « Bo » et « kortè » recouvrent cette réalité.

Terrain

Certains auteurs ont parlé de la personnalité du cancéreux. Goldfarb [24] a tenté d’établir un profil psychologique caractérisé par les traits suivants : immaturité, l’incapacité à supporter une perte d’objet, sentiment pré-néoplasique de découragement et d’impuissance. Tarlan[57] parle de dominance maternelle et d’une attitude négative vis-à-vis de a sexualité. Béatrix Cobbson,Revidi [51] évoque l’existence d’une opposition avec la famille, une tendance à éviter le stress et des difficultés à s’adapter aux relations sociales. Le Shan [51] qui a tenté de regrouper l’opinion générale des auteurs américains, affirme qu’une perte d’objet majeur précède l’apparition du cancer. Pour lui, il existe une relation entre la structure de la personnalité et la localisation de la tumeur dans le corps. D’aprèsBacon et Rennecker [4] chez 40 femmes atteintes de cancer du sein, on trouvait un conflit non résolu avec la mère et des structures masochistes. En définitive, il ne se dégage à un profil psychologique bien établi et admis par tous les auteurs. Seulement, nous nous rendons compte que toutes les études se rejoignent sur le fait que le cancer survient sur une personnalité « fragilisée ». Par ailleurs l’existence des facteurs aggravants ou déclenchants est envisagé par certains auteurs notamment Le Shan. Ce dernier a classé les femmes atteintes de cancer du sein en quatre catégories : les veuves, les divorcées, les mariées et les célibataires. Il prétend de morbidité va en décroissant dans l’ordre donnée. Selon Shands [55], au début, le malade est plongé dans un état vertigineux. Le choc moral est trop traumatisant. La vérité n’est assimilée que partiellement et par intermittence. L’anxiété est intense et c’est à cette période que l’on rencontre des réactions suicidaires brutales ou des refus thérapeutiques de même significations. Puis peu à peu le malade intègre sa maladie.

Troubles psychiques liés au cancer :Ethiopathogénie

Les troubles psychiques liés au cancer peuvent découler de trois mécanismes majeurs. Il s’agit de troubles réactionnels à l’annonce du diagnostic de la maladie et au vécu psychosocial de la maladie, soit une atteinte organique liée aux métastases cérébrales et aux syndromes paranéoplasiques, soit la conséquence des troubles métaboliques. Nous nous intéresserons principalement aux troubles liées au vécu de la maladie. Les troubles liés au vécu de la maladie

L’enjeu psychosocial

La révélation d’une maladie grave comme le cancer peut révéler un véritable choc psychologique. Pour beaucoup de personnes, le mot cancer reste associé aux images de souffrance, de tristesse, de déchéance et de mort. L’annonce de la maladie peut provoquer une véritable réaction post traumatique si le diagnostic est brutal, inattendu , et annoncé dans de mauvaises conditions d’écoute laissant le sujet laissant le sujet seul, impuissant et sans espoir. Ce choc peut mener à une dépression qui va entraver la mise en place du traitement. Souvent, le patient se réfugie dans un déni voir un délire. Les pertes potentielles et les peurs sont nombreuses: peur de mourir, d’être abandonné par ses proches, de perdre son travail, ses revenus financiers et son rôle dans la société. L’impact psychologique de la maladie varie d’un individu à un autre. Le cancer est venu détrôner grandes les épidémies du passé. Il véhicule une angoisse qui fait taire son nom. La condition de l’être humain est d’être, par essence, mortelle. Dès que nous venons au monde, nous sommes encagés dans un processus de vie que la mort ordonne .Pourtant la mortalité n’est pas éprouvée de l’intérieur. Elles ne sont pas représentables. Au fond, personne ne croit à sa propre mort. Dans son inconscient « chacun de nous est persuadé de son immortalité » dira Freud [21]. La tristesse, le découragement, sont des sentiments normaux et adaptés et à certaines étapes de la maladie cancéreuse. Leur expression dépend des relations avec les soignants, les affects dépressifs sont souvent négligés, dissimulés, voire niés par les patients. Il convient de les reconnaitre pour asseoir les différentes modalités de prise en charge.

Le cancéreux, son entourage, et ses possibilités de réadaptation

Le patient atteint de cancer est confronté à la perte du sentiment d’invulnérabilité et à la perte du sentiment identitaire sur le plan psychique et physique. Cette rencontre avec le cancer induit une rupture dans la vie du sujet et met en jeu ses capacités d’adaptation [8]. Elles peuvent déborder ponctuellement ou durablement. Ceci donne lieu à différentes manifestations de détresse émotionnelle. Face à une réalité nouvelle, à un traumatisme, l’individu développera une série de réactions cognitives, émotionnelles, et comportementales. Elles lui permettront d’évaluer les difficultés et d’y réagir. Soit elles favorisent l’adaptation de la personne, soit elles sont tenues en échec. Ces réactions individuelles sont extrêmement diversifiées et dépendantes de facteurs multiples tant sur le plan physique, psychologique que social.

Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE
I-RAPPELS SUR LE CANCER
I-1-DEFINITION
I-2- Les causes du cancer et l’épidémiologie
I-3- Présentations cliniques caractéristiques
I-4- Diagnostic clinique précoce
I-5- Moyens diagnostics
I-5-1-Biopsie
I-5-2-Imagerie en oncologie
I-6-Classification clinique des tumeurs
I-7-Classifications morphologiques des tumeurs
I-8-Marqueurs tumoraux circulants
I-9-Les traitements du cancer
I-9-1- Les thérapeutiques classiques
I-9-2- Les nouveaux traitements
I-10-Stratégie décisionnelle
I-10-1-Décision pluridisciplinaire
I-10-2-Principes de l’association thérapeutique
II-ENJEUX PSYCHOSOCIAUX DU CANCER
II-1- Historique et représentation socioculturelle du cancer
II-2-Terrain
II-3-Troubles psychiques liés au cancer :Ethiopathogénie
II-3-1- L’enjeu psychosocial
II-3-2- Le cancéreux, son entourage, et ses possibilités de réadaptation
II-4-Le niveau socioéconomique
II-5- Crises existentielles
II-5-1-Dépression et cancer
II-5-2-Cancer et suicide
II-5-3- Rémissions et cancer
II-6-Prise en charge psychique du cancer
II-6-1-Principes du traitement
II-6-2-Moyens
III-ASPECTS MEDICOLEGAUX
DEUXIEME PARTIE
I-CADRE D’ETUDE
II-METHODES
III-MATERIELS
IV-RESULTATS
V-DISCUSSION
CONCLUSION
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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