DAVID LAGERCRANTZ histoire

L’ŒIL QUI VEILLE 1er-21 novembre

La NSA, National Security Agency, est un organisme fédéral placé sous l’autorité du département de la Défense des États-Unis. Son siège se trouve à Fort Meade dans le Maryland, au bord de l’autoroute Patuxent. Depuis sa fondation en 1952, la NSA s’occupe du renseignement d’origine électromagnétique – aujourd’hui principalement Internet et l’activité téléphonique. Les pouvoirs de l’organisme n’ont cessé d’être élargis, il intercepte désormais plus de vingt millions de messages et conversations par jour.

Frans balder s’était toujours considéré comme un père minable

Le petit August avait déjà huit ans, et jusqu’à ce jour Frans n’avait jamais essayé d’endosser son rôle de père. Même à cet instant, il eût été faux de prétendre qu’il se sentait à l’aise face à ses responsabilités. Mais il estimait que c’était son devoir. Son fils avait la vie dure chez son ex-femme et l’enfoiré qui lui tenait lieu de fiancé, Lasse Westman. Frans Balder avait donc lâché son poste dans la Silicon Valley et pris l’avion pour regagner son pays. Il se trouvait à présent à l’aéroport d’Arlanda et attendait un taxi.

Il se sentait un peu perdu. La météo était infernale. Pluie et tempête lui fouettaient le visage et il se demandait pour la énième fois s’il avait fait le bon choix. De tous les crétins égocentriques du monde, c’était lui qui allait se retrouver papa à plein temps. Un peu tordu, quand même… Autant aller travailler dans un zoo. Il ne connaissait rien aux enfants et pas grand-chose à la vie en général. Et le plus curieux dans l’histoire, c’est que personne ne lui avait rien demandé. Aucune mère ou grand-mère n’avait téléphoné pour le sommer d’assumer enfin ses responsabilités. Il avait pris la décision seul et s’apprêtait à débarquer chez son ex-femme pour récupérer son fils, sans prévenir et en dépit du jugement relatif à la garde.

Ça allait foutre la pagaille, évidemment. Il aurait certainement droit à une sacrée rouste de la part de cet abruti de Lasse. Tant pis. Il s’engouffra dans le taxi. Le chauffeur était une femme qui mâchait frénétiquement son chewing-gum tout en essayant de lui faire la conversation. Peine perdue : même en temps normal, Frans Balder n’était pas du genre bavard. Impassible, sur la banquette arrière, il songeait à son fils et à tout ce qui s’était passé ces derniers temps. August n’était pas l’unique ni même la principale raison de sa démission de chez Solifon. Frans était à un tournant de sa vie et, l’espace d’un instant, il se demanda s’il aurait le courage, finalement. À l’approche de Vasastan, il eut l’impression de se vider de ses forces et dut réprimer un désir impérieux de tout laisser tomber.

Il n’avait pas le droit d’abandonner maintenant. Il régla sa course sur Torsgatan, empoigna ses bagages et les déposa juste derrière la porte d’entrée de l’immeuble. Il monta l’escalier, ne gardant à la main que la valise vide achetée à l’aéroport international de San Francisco et décorée d’une carte du monde aux couleurs vives. Puis il s’arrêta, essoufflé, devant la porte et ferma les yeux en imaginant les scénarios de dispute les plus fous. Qui pourrait leur en vouloir, au fond ? se dit-il. Personne ne surgit comme ça de nulle part pour enlever un enfant à son environnement familial, encore moins un père dont l’implication s’était limitée jusqu’alors à des virements sur un compte bancaire. Mais pour lui il s’agissait d’une situation d’urgence et, malgré son envie de fuir, il prit son courage à deux mains et sonna à la porte.

Mikael blomkvist n’avait dormi

que quelques heures. Il avait voulu lire jusqu’au bout un polar d’Elizabeth George. Ce n’était pas très raisonnable de sa part. Dans la matinée, Ove Levin, le gourou de la presse du groupe Serner Media, allait faire une déclaration concernant l’avenir de Millénium et Mikael aurait dû être frais et dispos pour le combat. Mais il n’avait aucune envie d’être raisonnable. Il se sentait mal luné et ce fut à contrecœur qu’il se tira du lit pour aller préparer un cappuccino particulièrement fort sur sa Jura Impressa X7, une machine qui lui avait été livrée un jour, accompagnée des mots suivants : “De toute façon, d’après toi, je ne sais pas m’en servir”, et qui depuis trônait dans sa cuisine comme un hommage à des jours meilleurs.

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Aujourd’hui, il n’avait plus de contact avec l’expéditeur. Quant à son travail, il ne le trouvait pas non plus particulièrement stimulant. Ce week-end, il s’était même demandé s’il ne devait pas changer de voie, une idée plutôt radicale pour un homme comme Mikael Blomkvist. Millénium avait été sa passion la plus tenace, et la plupart des événements dramatiques ou extraordinaires de sa vie étaient liés à la revue.

Mais rien n’était éternel, pas même peut-être son amour pour Millénium. Et puis, ce n’était pas une période prospère pour un propriétaire de journal d’investigation. Toutes les publications ambitieuses périclitaient, et il ne pouvait se débarrasser de l’idée que sa conception du journalisme, peut-être belle et sincère d’un point de vue moral, n’aidait pas forcément à la survie du journal. Il rejoignit le salon en sirotant son café et embrassa du regard la baie de Riddarfjärden. À l’extérieur, c’était plus ou moins la tempête.

L’été indien qui avait illuminé la ville une grande partie du mois d’octobre, permettant aux terrasses de cafés de rester ouvertes bien plus longtemps qu’à l’accoutumée, avait soudain laissé place à un climat affreux : rafales et pluies torrentielles in cessantes. La plupart du temps, les gens pressaient le pas à travers la ville, le col rabattu. Mikael n’avait pas mis le nez dehors de tout le week-end. À vrai dire, ce n’était pas uniquement à cause du temps.

Il avait passé deux jours à ruminer de grands projets de revanche, mais qui ne tenaient pas la route. Tout cela ne lui ressemblait pas. Il n’avait rien d’un chien hargneux avide de rendre les coups et, à la différence de tant de stars du paysage médiatique suédois, il ne souffrait pas d’un ego surdimensionné qu’il fallait sans cesse affirmer et engraisser. D’un autre côté, les dernières années avaient été difficiles et à peine un mois plus tôt, le journaliste économique William Borg avait rédigé une chronique dans le journal du groupe Serner Business Life sous le titre :

Les jours de mikael blomkvist sont comptés
Le simple fait que l’article ait été placé en une prouvait évidemment que Blomkvist occupait encore une position importante sur l’échiquier journalistique. D’ailleurs, personne ne prétendait que la chronique fût particulièrement bien tournée ni originale. Elle aurait facilement pu tomber à plat, comme avant elle tant d’autres attaques de la part de confrères envieux. Mais pour une raison obscure, assez incompréhensible après coup, cette histoire avait pris de l’ampleur. Au début, on aurait pu voir le débat comme une réflexion sur le métier de journaliste – fallait-il comme Blomkvist “fouiner sans cesse dans la vie économique et s’accrocher à un journalisme des années 1970 dépassé” ou, comme William Borg lui-même, “balancer toute cette jalousie par-dessus bord et reconnaître le prestige des grands entrepreneurs qui avaient permis à la Suède de passer à la vitesse supérieure”.

Mais peu à peu, la controverse avait dérapé et certains affirmaient avec véhémence que ce n’était pas un hasard si Blomkvist piétinait ces dernières années, “étant donné qu’il part du principe que tous les grands entrepreneurs sont des escrocs” et que, de ce fait, “il manque de discernement et dépasse les bornes dans ses articles”. Il finissait par en faire les frais, écrivait-on. Pour couronner le tout, le vieux bandit par excellence, HansErik Wennerström, que Blomkvist aurait poussé, au bout du compte, à la mort, bénéficia d’une légère vague de sympathie. Et, même si les médias sérieux se tenaient à l’écart, des attaques de tous calibres fleurirent sur les réseaux sociaux.

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