Différences entre les filles et les garçons

Venons-en aux différences qui existent entre les filles et les garçons HP. Selon le sexe, l’enfant ne réagit pas de la même manière à la surdouance. D’après Bersier, psychologue spécialisé dans la surdouance, il existe autant de filles que de garçons HP. Par contre, les filles ne sont pas détectées autant que les garçons (Bersier, in Bougeard, 2007).

Selon l’étude de Heller réalisée en 2000, parmi les enfants HP détectés officiellement, 30% sont des filles et 70% des garçons (Perrodin-Carlen, 2007). Cette étude corrobore le propos de Bersier ci-dessus. De plus, il faut souligner que les filles sont détectées parce qu’un membre de leur famille a déjà été diagnostiqué HP. Plusieurs raisons peuvent expliquer le fait qu’elles soient moins bien identifiées. Selon Claudia Jankech cité par Bougeard (2007), les filles sont en général plutôt caméléons, c’est-à-dire qu’elles s’adaptent totalement à la demande. Cette psychologue spécialisée dans le domaine du haut potentiel explique que les filles se fondent dans la masse et font ce qu’elles pensent qu’on attend d’elles. Elles adoptent un comportement internalisé se traduisant notamment par de l’anxiété. Il est rare que les filles manifestent leur mécontentement à l’école. Par conséquent, elles profitent moins des possibilités de soutien. A l’inverse, les garçons se montrent plus vifs et perturbateurs, ce qui incite les parents et les enseignants à chercher de l’aide professionnelle. Par opposition aux filles, le comportement adopté est externalisé notamment par des réactions violentes (Perrodin-Carlen, 2007).

Une autre explication, soutenue par ce schéma culturel, est le fait que l’on se soucie davantage des garçons, car il est normal que les filles travaillent bien. L’attitude parentale diffère selon le genre de l’enfant. En effet, ils ont de plus grandes préoccupations quant à la carrière professionnelle des garçons. Hormis la famille, nous retrouvons également dans la société un déséquilibre et les mêmes préjugés que dans la littérature. Dans les ouvrages littéraires, de nombreux dessins mettent en avant des garçons HP et très peu les filles (Bougeard, 2007).

Caractéristiques

Les enfants HP ont plusieurs caractéristiques communes au niveau affectif, intellectuel, scolaire et social. Cependant, il ne faut pas les considérer tous de la même manière, car chacun a ses spécificités.

Au niveau affectif
Tout d’abord, nous pouvons exposer diverses caractéristiques sur le plan affectif. Une des caractéristiques qui ressort le plus chez l’enfant HP est son émotivité. Effectivement, l’enfant HP est très émotif et sensible. Cette hypersensibilité est bel et bien présente chez tous les enfants HP (Siaud-Facchin, 2008). Par contre, elle n’est pas perceptible de la même manière par l’entourage suivant les capacités de l’enfant à gérer et à doser cette sensibilité. Au premier abord perçu comme un atout, cette hypersensibilité peut être vécue comme une souffrance, vu que l’enfant ressent un bon nombre d’informations sensorielles. De là découle une grande fragilité émotionnelle chez l’enfant HP, ainsi qu’une susceptibilité importante.

Un autre adjectif pour qualifier cet enfant est « empathique ». Selon Siaud-Facchin (2008, p. 45), « l’empathie définit la capacité à ressentir l’état émotionnel de l’autre, c’est-à-dire à avoir une réelle possibilité de le comprendre, de partager ce qu’il ressent ». Elle permet à un individu de s’ajuster à l’autre et de communiquer sincèrement avec lui. Il y a donc une recherche de compréhension. De plus, l’élève HP ressent avec beaucoup de finesse l’état émotionnel de l’autre et y réagit de manière spontanée. Il n’est pas rare qu’il perçoive une émotion qu’un individu souhaite cacher ou repousser. La perception émotionnelle se traduit par une importante instinctivité. Bien que cette caractéristique puisse paraître avantageuse, l’empathie engendre parfois des moments difficiles à vivre au quotidien. En effet, l’enfant « absorbe la plus infime variation émotionnelle chez l’autre » (Siaud-Facchin, 2008, p. 46). Par conséquent, il ne connaît pas l’insouciance, ce qui n’est donc pas de tout repos pour lui. Cela implique chez l’enfant une anxiété élevée. En effet, il anticipe l’anxiété et cela le fragilise donc sur le plan émotionnel.

Le fait d’être à la fois hypersensible émotionnellement, empathique et doué intellectuellement, amène l’enfant HP à porter un regard lucide sur le monde qui l’entoure. Cette lucidité explique l’anxiété constante qui fragilise l’enfant sur le plan psychologique.

De plus, elle empêche l’enfant à lâcher prise, puisqu’il se sent toujours en état d’alerte et ne peut se dégager de l’emprise émotionnelle (Siaud-Facchin, 2008). Pour conclure sur le plan affectif, nous constatons que les particularités mentionnées cidessus peuvent être une force pour l’enfant, mais aussi une fragilité pour son développement psychologique.

Au niveau intellectuel
Concernant les caractéristiques de type intellectuel, l’élève HP se distingue déjà très tôt. Effectivement, dès l’âge préscolaire, il n’est pas rare qu’il comprenne déjà bien plus rapidement que les autres élèves et qu’il raisonne très bien. De plus, l’élève HP est doté de cette capacité d’apprendre à cet âge sans effort malgré le fait qu’il reçoive peu d’instructions. Une autre caractéristique propre à l’enfant HP est sa débordante curiosité. Ce trait de caractère se développe notamment grâce à sa forte motivation. Cette dernière permet de soutenir un effort jusqu’à l’atteinte d’un objectif. De plus, ces enfants ont un vocabulaire très riche et recherché. Enfin, ce type d’élève s’intéresse fortement aux questions métaphysiques, c’est-à-dire celles qui portent sur la vie et la mort (Perrodin-Carlen, 2007). Selon Revol, professeur en pédopsychiatrie et chef de service de neuropsychiatrie de l’enfant à Lyon, et Bléandonu, pédopsychiatre hospitalier, l’enfant HP ne traite pas les informations de la même manière que les autres enfants. A cet égard, l’enfant HP opte pour un traitement global et simultané de l’information, qui entraîne une très grande vitesse de la pensée. Sa pensée fonctionne donc différemment des autres. Habituellement, la pensée se construit sur des modèles linéaires. Dans ce cas, une donnée initiale entre dans le système, puis l’individu traite l’information pas à pas. Après avoir passé par cette phase d’élaboration, l’individu parvient à une solution. Ici, la pensée se construit sur une ligne progressive (Bléandonu & Revol, 2010).

À l’inverse, l’enfant HP pense en réseau, par conséquent il fonctionne selon un autre modèle. Les scientifiques ont nommé cette pensée, la pensée en arborescence. Comme son nom l’indique, l’enfant HP possède donc une pensée organisée en réseau. Ce modèle consiste à associer de nouvelles idées à partir de l’information initiale. Le principe est que chaque idée génère une ramification avec de nouvelles idées et ainsi de suite. Par conséquent, le réseau se déploie à l’infini et à une très grande vitesse. À ces caractéristiques s’ajoute également le fait d’intégrer dans ce réseau des connaissances antérieures stockées en mémoire à long terme. Ce fonctionnement particulier de la pensée ouvre la voie aux idées « géniales » comme l’affirme Jeanne Siaud-Facchin (in Tordjman, 2010). Ces idées émergent donc des multiples connexions dans le cerveau. Ainsi, cela permet de mettre en rapport des idées et des connaissances, qui en se connectant vont aboutir à une découverte ou à une connaissance nouvelle, d’où le mécanisme sous-tendant la pensée divergente. Cette dernière est aussi appelée la pensée créative. Ce fonctionnement de la pensée cause des difficultés à l’élève HP, puisqu’il lui est délicat de sélectionner l’information pertinente. En effet, la pensée a besoin d’un cadre, or chez celle de l’enfant HP cela n’est pas possible, puisqu’elle se déploie infiniment. En conséquence, l’enfant ne réussit pas à structurer et à organiser l’information dans une succession logique. C’est une des raisons qui expliquent les nombreuses difficultés d’expression écrite chez l’enfant HP. Souvent dans ce genre d’exercice, il n’arrive pas à sélectionner les données les plus adaptées à la consigne du problème (Siaud-Facchin, in Tordjman, 2010). Il est important de souligner que les autres enfants sont aussi dotés d’une pensée en réseau. Toutefois, ces individus l’utilisent dans une moindre mesure contrairement à l’enfant HP.

Mis à part la pensée en arborescence, il est intéressant de nous focaliser sur le modèle de l’hémisphéricité qui permet lui aussi d’expliquer la spécificité de l’organisation cognitive de la pensée de l’enfant HP. Ainsi, il faut savoir que le cerveau droit et le cerveau gauche sont activés différemment suivant les tâches que l’individu pratique. Effectivement, certaines sollicitent plus l’hémisphère gauche comme lors de raisonnement, de justification, de rationalisation, de traitement auditif et de traitement séquentiel (élément par élément). A l’inverse, en ce qui concerne les tâches dans lesquelles la créativité, la pensée divergente, l’intuition, le traitement visuel et le traitement simultané (global) sont mises à contribution, c’est l’hémisphère droit qui est sollicité. Autrement dit, les tâches verbales appartiennent au cerveau gauche et les tâches non verbales au cerveau droit. Toutefois, bien souvent les deux hémisphères sont activés simultanément pour travailler ensemble (Siaud-Facchin, in Tordjman, 2010).

Il faut souligner qu’à l’école, les compétences du cerveau gauche, aussi appelé le cerveau logique rationnel, sont plus sollicitées. Seulement, les dernières études neuropsychologiques démontrent que l’enfant HP active beaucoup plus la zone cérébrale droite, siège des émotions. Cela explique notamment la difficulté à élaborer des traitements séquentiels. Le mode de traitement séquentiel a une grande importance puisqu’il permet d’argumenter, de développer une idée et de déchiffrer un texte. Par contre, le cerveau droit fonctionne avec le mode de traitement simultané, dont la fonction principale est de repérer et d’interpréter le sens global d’un mot par exemple. En fonctionnant davantage avec le cerveau droit, il est donc plus facile maintenant de comprendre les raisons pour lesquelles un enfant HP éprouve de la difficulté à justifier ses réponses. Même si le cerveau fonctionne en réseau, nous pouvons admettre que cette capacité à argumenter appartient davantage à la zone cérébrale gauche. Ainsi, il n’est donc pas rare de rencontrer un élève HP ayant une réponse, mais ne sachant pas expliquer sa démarche pour arriver au résultat (SiaudFacchin, in Tordjman, 2010).

Table des matières

I INTRODUCTION 
II PARTIE THÉORIQUE 
1. La problématique
1.1 Présentation de la thématique étudiée
1.2 Importance de la thématique étudiée
1.3 Contexte de la recherche
1.4 Etat des connaissances
1.5 Introduction des concepts
1.6 Orientation disciplinaire
2. Le cadre conceptuel
2.1 La surdouance
2.1.1 Historique
2.1.2 Définition
2.1.3 Identification
2.1.4 Différences entre les filles et les garçons
2.1.5 Caractéristiques
2.1.6 Dyssynchronie
2.1.7 Difficultés et échec scolaire
2.2 L’intégration
2.2.1 Définition
2.2.2 Modèles intégratifs du développement de l’élève HP
2.2.3 Différenciation
2.2.4 Mesures préconisées en Valais
2.2.4.1 Hors de l’école
2.2.4.2 Dans la région scolaire
2.2.4.3 Dans l’établissement scolaire
2.2.4.4 Dans la classe
3. CONCLUSION

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