Importance et utilisation des coproduits de crustacés et de la farine de crustacé en aquaculture

Effets de la substitution partielle de la farine de poisson par la farine de crustacé sur les performances de croissance et de survie du Tilapia du Nil

INTRODUCTION

 La forte croissance démographique a entrainé l’accroissement de la demande en produits halieutiques dont une part importante est assurée par les pêches de capture. La situation actuelle dans le monde est caractérisée par des prises en baisse qui s’expliquent par la rareté du poisson. Les pêcheries de capture étant pratiquement toutes surexploitées, l’aquaculture est considérée comme étant le secteur capable d’augmenter la production primaire de poisson et l’apport de protéines d’origine animale pour cette population démographique croissante. La consommation de poisson par habitant est montée en flèche, passant de 10 kg dans les années 60 à 19,7 kg en 2013 (FAO 2016).1 Parallèlement, la production mondiale de poissons d’élevage destinés à l’alimentation humaine est évaluée à 73,8 millions de tonnes en 2014 contre 1,6 millions de tonnes en 1960. (FAO 2016). Cette hausse progressive de la production durant ces décennies, l’accroissement de la demande des marchés ont fini de hisser l’aquaculture au rang des activités de production animale ayant le plus fort potentiel de développement. En 2014, la production aquacole s’est établie à 73,8 millions de tonnes, pour une valeur estimée à 160,2 milliards$ US lors de la première vente, dont 49,8 millions de tonnes de poissons (99,2 milliards $ US), 16,1 millions de tonnes de mollusques (19 milliards $ US), 6,9 millions de tonnes de crustacés (36,2 milliards $ US) et 7, 3 millions de tonnes d’autres animaux aquatiques (3,7 milliards$ US) (FAO 2016). Le développement durable de l’aquaculture exige un accès facile à un aliment de qualité et performant. L’essor de l’aquaculture dans le monde se traduit par l’utilisation croissante d’aliments composés, dont les apports protéiques sont fournis essentiellement par les farines de poissons. Face au développement de l’aquaculture et à la stagnation prévisible de la production des farines issues de la pêche des poissons pélagiques, il est nécessaire de réduire la proportion de farine de poisson dans les aliments aquacoles. Ainsi, des alternatives à l’utilisation de ces farines de poissons comme les farines de crustacés entre autres sont entrain d’être étudiées. Des travaux sont encore nécessaires pour trouver les substituts les plus efficaces. 1 FAO, (2016). Situation mondiale de la pêche et de l’aquaculture, Rome, 227p. 2 Les farines de crustacés riches en protéines pourraient être considérées comme une solution à la production d’aliments pour poissons. La présente étude s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’un aliment performant et disponible. L’objectif principal est d’étudier les effets de la substitution partielle de la farine de poisson par la farine de crustacé sur les performances de croissance du tilapia (O. niloticus). La première partie de ce document consiste en une revue bibliographique des connaissances actuelles sur l’espèce et l’utilisation des farines de crustacés dans les aliments aquacoles. La deuxième partie décrit le protocole expérimental, le matériel utilisé et la méthodologie suivie. La troisième partie présente les résultats obtenus suivis de leur discussion.

Taxonomie et morphologie

 Les tilapias constituent la sous-famille des Tilapiinae, appartenant à la famille des Cichlidae, à l’ordre des Perciformes et au sous-ordre des Labroidei. Cette famille des Cichlidae est composée de plus de 1200 espèces, originaires des eaux douces et saumâtres d’Afrique et introduites principalement en Asie, au Moyen Orient, en Amérique Centrale et Latine. La sous-famille des Tilapiinae compte plus de 70 espèces appartenant à 10 genres (Trewavas, 1983) dont principalement les genres Oreochromis, Sarotherodon (incubateurs buccaux avec soins parentaux soit exclusivement femelle ou mâle, soit mâle et femelle) et les Tilapias (pondeurs sur substrat). On reconnaît l’espèce Oreochromis niloticus par ses rayures verticales blanches et noires sur la nageoire caudale. Le corps, généralement de coloration grisâtre, avec des bandes verticales sombres assez bien marquées sur les flancs, est recouvert d’écailles cycloïdes. La nageoire dorsale à 17 à 18 rayons durs et 12 à 14 rayons mous. La ligne latérale supérieure couvre 21 à 24 écailles et la ligne latérale inférieure couvre 14 à 18 écailles. Il possède 21 à 26 branchiospines sur le bas du premier arc branchial et 5 à 7 branchiospines en haut du premier arc branchial. O. niloticus présente un dimorphisme sexuel au niveau de la papille génitale et de la croissance. La papille génitale des mâles est allongée alors que chez les femelles, elle est courte et présente une fente transversale en son milieu: c’est l’oviducte situé entre l’anus et l’orifice urétral de long et il existe un liséré noir en bordure de la nageoire dorsale et caudale chez les mâles. La croissance dépend aussi du sexe: dès que les individus atteignent l’âge de maturité, les mâles présentent une croissance plus rapide que les femelles et atteignent une taille nettement supérieure (Lowe-McConnell, 1982). Cette caractéristique amène de nombreux pisciculteurs à opter pour la méthode monosexe mâle.

Répartition et exigence écologique 

Oreochromis niloticus présente une répartition originelle strictement africaine couvrant les bassins du Nil, du Tchad, du Niger, des Volta et du Sénégal ainsi que les lacs du Graben estafricain jusqu’au lac Tanganika (Philippart et Ruwet, 1982). Cette espèce a été largement répandue en Afrique hors de sa zone d’origine pour compléter le peuplement de lacs naturels ou de barrages déficients ou pauvres en espèces planctonophages ainsi que pour développer la pisciculture. Mais ces introductions ne se sont pas limitées à l’Afrique puisqu’on retrouve l’espèce (Welcomme, 1988) dans les lacs, les fleuves et les piscicultures aussi bien 5 d’Amérique Centrale, d’Amérique du Sud, d’Amérique du Nord et d’Asie, ce qui lui vaut une distribution actuelle pan-tropicale. Oreochromis niloticus est une espèce relativement eurytope, adaptée à de larges variations des facteurs écologiques du milieu aquatique et colonisant des milieux extrêmement variés. Espèce eurytherme avec des températures se situant entre 13,5°C et 33°C, euryhaline avec une gamme de salinités comprise entre 0,015 et 35 ppt. O. niloticus peut vivre à des profondeurs entre 0 et 5 m avec un pH compris entre 5 et 11 (Kestemont et al. 1989). Grâce à son hémoglobine particulière à haute affinité pour l’oxygène dissout (0,12 ppm), cette espèce peut supporter, sur de courtes périodes, des concentrations aussi faibles que 0,1 ppm d’oxygène dissout (Mélard, 1986). 

Importance économique 

 Production et marché 

Selon les rapports des principaux marchés et les producteurs, les exportations totales de tilapia dans le monde sont estimées avoir augmenté à hauteur de 18% au cours du premier trimestre de 2016. À l’inverse, les importations sont estimées avoir augmenté de 15% par rapport à la même période en 2015. En plus de l’Asie et de l’Amérique latine, qui continuent de produire et de consommer une quantité croissante de tilapia, les marchés africains prennent de plus en plus une part plus importante des exportations. L’élevage de tilapias joue également un rôle important dans la sécurité alimentaire des pays du Pacifique, comme les Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les États-Unis restent le principal marché du tilapia congelé chinois. Cependant, dans son élan de développement, la Côte d’Ivoire a dépassé les États-Unis comme le plus grand marché chinois pour le tilapia entier congelé en important 6.425 tonnes de Chine pendant le premier trimestre de 2016. Il s’agissait d’une énorme augmentation de 307% par rapport à la même période en 2015. Parmi les autres marchés africains qui connaissent une croissance du tilapia entier congelé en Chine, figurent le Ghana, le Kenya et la Tanzanie. Bien que les prix moyens des exportations vers ces marchés africains aient diminué au cours de la période considérée, ces marchés ont payé des prix plus élevés (2,20-2,60 $ US/kg) par rapport au marché américain (1,79 $ US/kg), en raison de la forte demande. Il est important de noter que le tilapia importé représente un défi pour le développement de l’aquaculture domestique de tilapia en Afrique. Les importations américaines de tilapia sur le marché américain au cours du premier trimestre de 2016 ont diminué de 14% en volume et en valeur de 24% par rapport à la même période de 6 l’année dernière. 61 400 tonnes ont été expédiées dans le pays pour une valeur de 247.976.000 $ US. Au cours des trois premiers mois de l’année, la Chine, comme d’habitude, est demeurée le principal fournisseur de tilapia aux États-Unis, avec 46 700 tonnes importées pour un montant de 166 838 millions de dollars. Ces chiffres montrent une diminution annuelle de 17% en volume et de 29% en valeur. La faiblesse de la demande dans l’UE a persisté au cours du premier trimestre de 2016, car cette dernière ayant importé 15,9% de tilapia congelé total par rapport à la même période en 2015. Au total, l’UE a importé 6 600 tonnes de tilapia pendant cette période. Les deux catégories de filets congelés et de tilapia entier congelé, qui occupent des parts presque égales, ont connu des baisses respectives de 7,3% et 26,4%. Au sein de l’UE, l’Espagne importe le plus grand volume de tilapia, principalement des filets, bien que, comme ailleurs dans l’UE, les importations aient diminués au cours de la période considérée. L’Asie reste la principale source d’approvisionnement de l’UE, les cinq principaux fournisseurs étant la Chine, le Vietnam, l’Indonésie, la Thaïlande et la province chinoise de Taïwan représentant près de 99% du total. Les filets de tilapia surgelés de la province chinoise de Taïwan obtiennent des prix élevés en raison de leur qualité élevée. Dans l’ensemble de la catégorie des produits congelés, les importations ont augmenté en provenance du Bangladesh. Malgré l’affaiblissement des principaux marchés, les perspectives semblent prometteuses au milieu des problèmes de production en Chine, car la demande continue d’être forte en Asie, en Afrique et en Amérique latine. L’espèce est également de plus en plus importante pour la sécurité alimentaire dans le Pacifique et certaines parties de l’Asie occidentale (FAO 2016). 

 Situation et tendances 

Le tilapia, la plus diversifiée géographiquement de toutes les espèces de poissons d’élevage (ainsi que dans d’autres dimensions), a connu une production croissante dans le temps, comme le montre la Figure 1. On prévoit de produire 5,6 millions de tonnes métriques(TMM) en 2016, soit une croissance de 4 %à partir de 2015. L’an prochain, on prévoit qu’elle croîtra de 4,5 %à 5,8 millions de tonnes métriques. Ce taux est encore nettement inférieur au taux moyen de croissance sur la période 2007-2016, qui a été de 9,5%. La Chine est le premier producteur de tilapia, suivie de l’Indonésie et de l’Égypte. Cette année, l’estimation moyenne de nos sources est de 1,7 MMT pour la Chine, de près de 1,1 MMT pour l’Indonésie et de 700 000 MT pour l’Égypte. Pour tous ces pays, la production devrait augmenter l’an prochain. La fourchette des estimations de différentes sources pour la 7 Chine pour 2016 est comprise entre 1,2 et 2 MMT, avec une moyenne de 1,7 MMT. En 2017, la fourchette est comprise entre 1,3 et 2,1 MMT, avec une moyenne de 1,8 MMT (FAO 2016).

Table des matières

INTRODUCTION
PREMIERE PARTIE : SYNTHESE BIBLIOGRAPHIQUE
I. 1. Présentation de l’espèce
I. 1. 1. Taxonomie et morphologie
I. 1. 2. Répartition et exigence écologique
I. 2. Importance économique
I. 2. 1. Production et marché
I. 2. 2. Situation et tendances
I. 3. Présentation du crustacé
I. 4. Importance et utilisation des coproduits de crustacés et de la farine de crustacé en aquaculture
DEUXIEME PARTIE : MATERIEL ET METHODES
Milieu d’étude
II. 1. Matériel
II. 1 .1. Le matériel biologique
II. 1. 2. Le matériel de fabrication d’aliments et d’élevage
II. 1. 3. Le matériel de mesure
II. 1. 4. Le matériel d’analyse statistique
II. 2. Méthodes
II. 2. 1. Ingrédients utilisés pour la fabrication des aliments
II. 2. 2. Procédure de fabrication des aliments
II. 2. 3. Conditions d’élevage
II. 2. 5. Analyses bromatologiques de la chair des poissons.
II. 2. 6. Paramètres physico-chimiques
II. 2. 7. Paramètres de croissance
TROISIEME PARTIE: RESULTATS ET DISCUSSION
III. 1. Résultats
III. 1.1. Paramètres physico chimiques
III. 1. 2. Paramètres de croissance.
III. 1. 3. Evolution du taux de survie
III. 1. 4. Composition bromatologique de la chair des poissons
III. 2. Discussion
III. 2. 1. Les paramètres physico-chimiques
III. 2. 2. Paramètres de croissance, d’efficacité alimentaire et taux de survie
III. 2. 3. Protéines et lipides de la chair
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
BIBLIOGRAPHIE

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