La cabane, un refuge « ré-créatif »

« [les cabanes] offrent l’abri, l’évasion du quotidien, un repli sur soi, un moment de rêve, une échappée vers l’imaginaire » Bachelart Dominique, 2012, p. 41

« Une cabane, ça se respire, ça se touche, ça se fantasme, comme un lieu d’accueil possible qui fait rêver, penser, se perdre. » Bachelart Dominique, 2012, p. 48

« C’est en jouant et seulement en jouant que l’individu, enfant ou adulte, est capable d’être créatif » Winnicott Donald Woods, 1975, p. 108

Le thème de la cabane tient chez moi une place importante dans ce qu’elle représente comme lieu et comme espace à construire. Vous verrez à travers ce qui suit qu’elle est centrale par plusieurs aspects : tout d’abord celui du refuge où l’on retrouve la question de l’intime ; puis sous une forme plus esthétique répondant à mon désir d’expérimentation et d’apprentissage ; et enfin sous la forme du jeu divertissant.

La cabane, un refuge 

Les termes cabane et refuge sont intrinsèquement liés par leurs définitions communes. Le refuge signifie « Qui permet de se mettre à l’abri, de se mettre en sûreté. », quant à cabane, il désigne « l’espace dans lequel on s’abrite » (Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, 2012). L’abri est une forme. Il est lié à l’élément architectural fondamental qu’est le toit dont la fonction primaire est de protéger des intempéries et dangers afin d’assurer sécurité et confort. Une simple paroi horizontale incarne à elle seule une zone sous laquelle séjourner. Ainsi, ce qui « fait cabane » est avant tout le couvercle sur la boite. Cette boite est à concevoir ici telle une « peau » qui enroberait l’espace. Le terme « enrober » est à entendre ici selon sa définition culinaire : « Recouvrir d’une enveloppe protectrice » (Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, 2012). Quant au terme « peau », il est à interpréter comme une matière qui fait barrière avec l’extérieur. Le terme d’« enveloppe » est fondamental par l’action qu’il illustre: « qui entoure, environne, en recouvrant complètement » (Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, 2012), un peu comme le ferait une enveloppe utérine.

Le refuge est à concevoir tant vis-à-vis de la forme que par ce qu’il incarne comme zones de repli mentales. J’en évoquerai trois principales. La première est une zone de respiration. Un terme à saisir dans le sens d’une virgule, telle une retraite hors du temps, hors du monde avant de poursuivre dans le quotidien (Balestra, Charles & Roux, 2006, p. 6).

La seconde est une zone d’autorisation. Un lieu de liberté de faire et d’être plus vaste, dont les règles sont régies par le(s) « bâtisseur(s) » du lieu. (Huerre, 2006, p. 21) La dernière est une zone de détachement, où l’on se retrouve « entre soi(s) » (Huerre, 2006, p. 24) et où il est question de l’abandon du personnage social, c’est ce que Pluymaekers appelle l’« espace cabane »: « ce lieu […] où je peux être avec moi-même et me parler à moi-même sans danger » (Pluymaekers, 2006, p.76). La cabane est un refuge physique et mental en raison de sa forme et de ce qu’elle véhicule comme idéal d’espace hors du temps sans contraintes. De même que celle ci, l’une des vocations de l’art se retrouve dans ce qu’elle représente comme refuge créatif. Ainsi, chez moi, la cabane est un refuge double : un refuge-action (refuge mental = création artistique) et un refuge-lieu (refuge physique = la cabane).

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La cabane, une expérience

Cabane se définit comme une petite habitation sommaire servant d’abri ou de resserre. La cabane est fabriquée, bricolée. Elle ne possède pas le confort de la maison, mais représente un refuge maladroit formé de l’essentiel. La cabane est avant tout une forme à construire. Elle est bricolée, bancale, fragile. Fabriquée de bric et de broc, elle appelle à être perpétuellement entretenue et améliorée. La cabane est « une aventure à construire » (Bachelart, 2012, p. 41), qui s’adapte et intègre une perspective temporelle longue (Balestra, Charles & Roux, 2006). Non convenue dans une forme normalisée, elle est modulable à volonté, extensible en tous sens, sans être nécessairement logique. « [elle] n’est pas un projet descriptible avant sa mise en œuvre ; elle est avant tout une expérimentation » (Bachelart, 2012, p. 42). « La cabane se négocie avec le site » (Bachelart, 2012, p. 41). Elle est une greffe adaptée au milieu qui l’entoure. Ensemble, ils participent à une vie commune sans cesser d’être distincts. Elle représente par l’acte de construction l’idée de faire pour y accueillir soi-même. C’est ce que Dominique Bachelart appelle la « coémergence sujet-objet » : se construire en tant qu’être en produisant le lieu pour le corps (2012, p. 48).

Table des matières

INTRODUCTION
CHAPITRE I : MATRICE ET PROBLÈME
1.1 – Genèse : vers un traitement performatif de l’espace
1.1.1 : « On fait une cabane ? »
1.1.2 : Rencontre avec la performance
1.1.3 : Se cacher
1.2 – Mise en contexte : chercher l’ouverture
1.2.1 : Problématique
1.2.2 : Le projet
1.3 – Méthodologie : une approche systémique
1.3.1 : Méthode
CHAPITRE 2 : ANCRAGE THÉORIQUE : LA CABANE, UN
REFUGE « RÉ-CRÉATIF » OUVERT
2.1 – De l’intime au public : la vidéo / caméra comme support
d’ouverture
2.1.1 : L’intimité
2.1.2 : L’extimité
2.1.3 : La « désintimité » dans les arts numériques : du concept à la
pratique
2.1.4 : La vidéo/caméra comme outil de coprésence
2.2 – La cabane, un refuge « ré-créatif »
2.2.1 : La cabane, un refuge
2.2.2 : La cabane, une expérience
2.2.3 : La cabane ré-créative, un espace potentiel
2.3 – Un jeu de prolifération organisé et pénétrable
2.3.1 : Prolifération et recouvrement : biomorphisme et
biocentrisme
2.3.2 : Système (hyper)complexe et équilibre systémique
2.3.3 : « Entrer dans » : installation, parcours et immersion
2.4 – Art relationnel et processuel
2.4.1 : L’art relationnel
2.4.2 : Art processuel
CHAPITRE 3 : RÉFÉRENCES ARTISTIQUES
3.1 – Le Merzbau de Kurt Schwitters
3.2 – Allan Kaprow, l’art et la vie confondus
3.3 – L’Oeuvre pinte de Jean-Jules Soucy
3.4 – Le site internet de Stefan Sagmeister
3.5 – Fourmilière, une réalisation déterminante
CHAPITRE 4 : RÉALISATION DU PROJET DE CRÉATION
4.1 – Récit du projet
4.1.1 : La Grande Récolte
4.1.2 : Calcium
4.1.3 : La création d’une œuvre procesuelle
4.1.4 : Le vernissage comme une porte ouverte
4.2 – Retour à la théorie par le prisme de l’expérience
4.2.1 : De l’intime au public : La vidéo/caméra comme support
d’ouverture
4.2.2 : La cabane, un refuge « ré-créatif »
4.2.3 : Un jeu de prolifération organisé et pénétrable
4.2.4 : Art relationnel et processuel
CONCLUSION

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