La Nature et le Citadin 

 La Nature et le Citadin 

« Le mot de nature est un de ces mots dont on se sert d’autant plus souvent que ceux qui les entendent ou qui les prononcent y attachent plus rarement une idée précise. » CONDORCET, Tronchin. Comme le soulignait Condorcet (1743 – 1794) déjà à son époque, la nature est un terme utilisé pour décrire des choses toutes aussi diverses que nombreuses. Ne serait-ce que dans le dictionnaire, on retrouve plus de dix définitions de ce mot, l’une faisant référence au monde physique, l’univers, l’ensemble des choses et des êtres ; une autre la décrivant comme l’ « ensemble de ce qui, dans le monde physique, n’apparaît pas comme (trop) transformé par l’homme (en particulier par opposition à la ville) […] » ; ou encore l’ensemble des caractères et propriétés qui font la spécificité des êtres vivants. (Le Grand Robert, 2005). Ainsi, selon les auteurs, la nature englobe le monde physique (vivant ou non), ce qui est opposé à l’homme et à ses créations, ou encore tous les êtres vivants. Pour Drouin (1997), « La nature comme étant tout ce qui, dans notre environnement, nous résiste, nous surprend et nous échappe, nous inquiète ou nous enchante, toutes les déterminations causales que nous pouvons étudier, sur lesquelles nous pouvons agir mais que nous ne pouvons pas supprimer ». On comprend bien ici qu’il n’est pas aisé d’étudier les attentes des citadins sur le sujet de la nature en ville, puisqu’il existe une multitude de représentations de celles-ci. Figure 1 : Définitions de la nature selon le CERTU (source : http://www.certu.fr/ .Pour le besoin de son étude sur le sujet de la nature en ville, un chercheur (Hucy Wandrille, 2010) a décomposé le terme « nature » afin de poser des définitions plus fines et claires de celle-ci. En partant de la définition de Droin qu’il jugeait suffisamment large pour embrasser les formes concrètes de la nature, mais aussi ses dimensions éthiques, symboliques, subjectives et donc sociales, il a défini trois catégories de nature afin de pouvoir analyser la nature dans le milieu urbain : – La nature sauvage : c’est une nature exempte de toute influence humaine. Dans le milieu urbain, W. HUCY indique qu’elle est plus fréquente qu’elle n’y parait, et cite qu’elle peut être représentée par les caractéristiques d’un site (nature du sous-sol, topographie…), les phénomènes météorologiques ou encore les espèces végétales et animales endogènes et/ou adventices, en somme, tout ce qui n’est pas maitrisé par l’homme. – La nature domestique : peut se résumer à la nature asservie par l’être humain. Elle est soumise à l’entretien, et au choix/sélection d’espèces ou individus. On a donc un contrôle qui a pour principal objectif de servir les attentes des hommes, soit d’améliorer l’environnement direct de celui-ci. On pensera notamment au chat, chien ou tout animal domestique, ou encore les plantations végétales d’ornement et d’agrément. – La nature de l’artefact : c’est une nature qui n’existe que dans l’environnement urbain, et qui ne pourrait être en dehors de ce milieu. Ici l’auteur y inclut les phénomènes naturels du à l’artificialité comme les inondations (à cause du sol imperméable), la pollution atmosphérique, prolifération d’espèces animales ou végétales (rats, blattes, moisissures, pigeon, etc.). La nature de l’artefact est une nature qui paradoxalement ne pourrait pas exister sans le milieu urbain, mais qui à aucun moment ne subit une influence humaine directe. Ainsi, Hucy Wandrille décrit différentes catégories de nature afin de l’étudier dans le milieu urbain. Sa nature sauvage et sa nature de l’artefact évoluent dans les cités aux dépends de l’homme, et cohabitent avec celui-ci sans qu’elle eut été voulues et sans pouvoir être maitrisées. La nature domestique, elle, a été introduite volontairement dans les cités afin de répondre à plusieurs critères sociaux ou culturels qui ont évolués au cours du temps. 

La nature en ville evolue avec une nouvelle demande sociale

« L’ensemble urbain est le témoin le plus achevé de la maitrise des systèmes anthropiques sur la nature. […] Parfois le résultat est probant : la ville est une généreuse alchimie entre le minéral et le végétal. […] Plus souvent, l’éloignement du monde naturel […] exacerbe les sentiments de frustrations et de nostalgie, qui résultent de l’absence de nature en ville. Car l’eau, les arbres, les fleurs, les animaux, le soleil, agissent comme des antidotes efficaces contre le stress urbain. » (CERTU, 2000). Aussi loin que l’on puisse remonter, la nature a toujours accompagné nos cités, et ce dans toutes les civilisations. Sous formes de parcs, de jardins, de boulevards plantés, les villes se sont parées de verdure pour servir les désirs des citadins. En France, il apparait que les premiers espaces publics plantés furent principalement créés pour le jeu, bien qu’il semble que les villes médiévales possédaient déjà d’importants parcs et jardins publics. Ces espaces de jeux qui ont été créés dans beaucoup de villes ont ensuite été bordés d’arbres, et ont acquis une vocation de promenade. Dès la fin du XVIIème siècle, l’introduction de nature en ville (nature ici employée pour désigner tout ce qui est vivant, notamment les végétaux) trouve une nouvelle justification dans les principes hygiénistes, qui trouvent applications dans plusieurs domaines dont l’urbanisme. Ainsi, on préconise de supprimer les anciennes fortifications des villes « intramuros », et de créer de larges boulevards plantés afin d’assainir et favoriser la circulation de l’air. Plusieurs parcs et jardins sont aménagés, toujours dans le but d’améliorer la qualité de l’air. En effet, les végétaux seront finalement la seule nature acceptée en ville, car contrairement aux animaux, le végétal assainit l’air que l’animal corrompt par sa respiration (Lavoisier, 1788). Le baron Haussmann (1809-1891) est une des figures les plus célèbres du mouvement hygiéniste en urbanisme, et ce dernier contribue à la création de plusieurs parcs et jardins dans la ville de Paris, et également à la plantation de grands boulevards. Cette nature parfaitement maitrisée, avec le célèbre jardin à la française qui ne laisse place à aucune fantaisie, accompagne la droiture des villes Haussmanniennes (bâtiments alignés uniformément et bordés de surfaces imperméables…) jusqu’au début du XXème siècle. Figure 2 : vue d’un Boulevard Haussmannien à Paris (Source : Thierry Bézecourt, 2005) Ainsi, l’introduction de la nature en ville n’est pas un fait nouveau, mais on peut noter un certain virement dans les désirs des citadins vis-à-vis de la nature souhaitée dans l’espace urbain. En effet, il existe une forte demande sociale concernant la présence d’une nature dans la ville, qui n’est certes pas récente, mais qui diffère dans sa formulation et les espèces concernées (Clergeau, 2007). Par exemple, une enquête réalisée à Paris il y a une dizaine d’années démontre que les espèces d’arbres souhaitées par les citadins sont non pas des espèces ornementales, mais plutôt des essences locales qui appartiennent au patrimoine culturel des personnes interrogées (Cadiou et Pissaro, 1995). De plus, une enquête réalisée sur quelques villes du grand Ouest a souligné une nouvelle tendance ; les citadins sembleraient (35% à l’issue l’enquête) mieux accepter la flore spontanée dans la ville (par exemple au pied des arbres), autrement dit, la « mauvaise herbe » (PIRVE, appel à projets 2008). D’autres enquêtes confortent le souhait général d’avoir une réelle présence de la faune et la flore en ville, et mettent également en lumière le fait que malgré quelques espèces écartées (pigeon, rat, étourneau, etc.), une certaine diversité est recherchée. Or, La biodiversité est en partie liée aux plantes mises en place dans les espaces publics et privés. Une meilleure information sur les essences locales et leur mise en œuvre sont importantes à soutenir. Comme pour les collectivités, c’est faire évoluer le modèle horticole standard en intégrant la notion de développement durable dans les jardins d’agrément et potagers. C’est un des éléments clefs d’une bonne gestion différenciée. C’est aussi favoriser le développement d’une diversité faunistique et floristique, le rétablissement des équilibres biologiques et le rétablissement de la biodiversité. De plus, les bénéfices psychologiques tirés de la fréquentation des espaces verts publics en ville augmentent avec la diversité des espèces (Arnould et al, 2011). 

Qu’est-ce que le Développement Durable ? 

« Le développement durable consiste à répondre aux besoins actuels sans compromettre la possibilité des générations futures à répondre aux leurs. On le définit également comme une façon de concilier environnement, économie et société. » (CAUE de la Vendée) Ces nouvelles considérations semblent donc exprimer une demande sociale de nature qui diffère des parcs et jardins retrouvés dans nos villes. Cette demande semble suivre le mouvement du développement durable et plus particulièrement celui de la Trame Verte, notion introduite dans le droit français par la loi Grenelle 1 de 2009. La Trame Verte est un outil d’aménagement qui a pour objectif de contribuer à la préservation de la biodiversité, et ce en (re)constituant un réseau écologique cohérent, à l’échelle du territoire national, pour permettre aux espèces animales et végétales d’assurer leur survie et permettre aux écosystèmes de continuer à rendre à l’homme leurs services. « Les continuités écologiques correspondent à l’ensemble des zones vitales (réservoirs de biodiversité) et des éléments (corridors écologiques) qui permettent à une population d’espèces de circuler et d’accéder aux zones vitales. La Trame verte et bleue est ainsi constituée des réservoirs de biodiversité et des corridors qui les relient. » (Ministère du Développement Durable). Dans l’espace urbain, on peut donc considérer que tous les espaces verts font partie de cette Trame verte, tantôt ayant la fonction de corridor, tantôt celui de réservoir. Dans cette étude, l’espace vert sera considéré tel que le définit la circulaire du 08 février 1973 relative à la politique des espaces verts : Espace vert : – toutes les réalisations vertes urbaines telles que bois, parcs, jardins, squares, et même les plantations d’alignement et d’accompagnement ; – toutes les superficies vertes périurbaines et rurales et en particulier les massifs forestiers, les forêts, les zones d’activité agricoles, les espaces naturels.

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