Le capital humain et la croissance économique

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Concept de la croissance économique

Définitions de la croissance économique :

Etymologiquement, le terme croissance vient du mot latin crescerequi signifie croître, grandir.
Selon la définition dePerroux, « la croissance économique correspond à l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension pour une nation, le produit global brut ou net en termes réels » (PERROUX, 1991.in KINVI, 1994). A ce titre, elle est un phénomène quantitatif et un processus de longue période.
Kuznets7, introduit l’idée d’une amélioration du niveau de vie de la population et la présente comme : « la capacité permanente d’offrir à une population une quantité accrue de biens et services par habitant » (KUZNETS, 1971.in KINVI, 1994). Lors de son discours8 durant la réception du Prix Nobel, il a défini la croissance économique comme « une augmentation à long terme de la capacité d’offrir une diversité croissante de biens, cette capacité croissante étant fondée sur le progrès de la technologie et les ajustements institutionnels et idéologiques qu’il demande ».
Selon Schumpeter, « la croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques ». Pour lui, le moteur du système est l’innovation à travers le phénomène de « destruction créatrice » (SCHUMPETER, 1999.in KINVI, 1994).
La croissance économique est donc définie comme étant un accroissement9 de la production nationale, une hausse continue en volume de la production de biens et services d’un pays sur une période donnée. Elle désigne l’évolution exprimée en pourcentage du produit intérieur brut (PIB).
Le PIB est un indicateur économique principal qui mesure le niveau de production réalisée à l’intérieur d’un pays pour une période donnée. Une augmentation du PIB signifie qu’un pays connaît une croissance économique. A l’inverse, une diminution du PIB est une décroissance. Sachant que la croissance économique est un phénomène à long terme, il est important de la mesurer en terme réel c’est-à-dire indépendamment de la variation du prix. Le taux de croissance se définit comme la variation relative du PIB en volume d’une année sur l’autre.
Calcul du taux de croissance : − −1 −1 ×100%
Il existe trois manières de calculer le PIB : (RAJCA, 2015)
Par la production : Il s’agit de calculer comment il a été réalisé
PIB=∑Valeurs ajoutées+TVA+Droits et taxes sur les importations-Subvention sur les produits.
Par les revenus : On cherche à déterminer comment il est distribué10
PIB = Rémunération des salariés + Impôts sur les produits+ Autres impôts sur la production-Subvention sur les produits
Par la demande :On veut savoir à quoi servent les différentes productions.
PIB=Consommation Finale+FBCF+Variation des stocks+Acquisitions moins cessions de valeur+Exportation-Importation

Les principaux facteurs de croissance économique :

Tous ceux qui peuvent influer sur la hausse de la production sont considérés comme « facteurs de la croissance économique ». La croissance économique peut s’expliquer par l’augmentation de la quantité et de la qualité des facteurs de productions c’est-à-dire par les moyens mis en œuvre pour produire. Il y a principalement le travail et le capital. Il s’y ajoute les ressources naturelles dont un pays est doté ainsi que le progrès technique. D’après Samuelson, ce sont donc les quatre roues de croissance économique (SAMUELSON et NORDHAUS, 1998.in KINVI, 1994). Autres ces quatre facteurs, il y aussi les échanges extérieurs11.

Le travail :

Pour Smith, la division du travail12 est source de profit. Elle est alors à l’origine de la « richesse des nations ». Le travail est la fonction de production des classiques. Il désigne l’ensemble des activités humaines permettant la production de biens et services. Il est constitué des ressources en main d’œuvre (SMITH, 1776.in FRAISSE, 2009).

Aspect quantitatif :

La quantité de travail effectivement utilisée est mesurée par la population active et par la durée du travail.
La population active est le nombre de travailleurs disponibles. Mais elle dépend de plusieurs facteurs notamment par le facteur démographique qui conditionne les entrées et les sorties sur le marché du travail, il y a aussi les facteurs socio-économiques : le taux d’emploi et le taux de chômage.
Si la quantité de travail13 augmente dans un pays, il est logique que la production augmente.
Toutes choses égales par ailleurs, et il y aura donc une croissance économique.

Aspect qualitatif :

La qualité du travail dépend du niveau de qualification des travailleurs telles que ses compétences et de la productivité du travail. Il est toutefois possible d’accroître la production sans augmenter la quantité du travail utilisée à condition d’améliorer le niveau de la formation, de l’organisation pour contribuer à améliorer la qualité du travail.
Une meilleure qualité du travail permet donc d’augmenter leurs productivités c’est-à-dire l’efficacité du travail.
L’amélioration de la qualité du facteur travail passe par l’amélioration de la formation initiale et de la formation continue et une amélioration des conditions de travail14. Becker a mis une grande importance à la qualité du travail, mesurée par la qualification de la main d’œuvre, l’amélioration des conditions sanitaires et de l’éducation pour pouvoir accroître la productivité. Le travail mis en œuvre dans un processus de production intègre des connaissances, des capacités, des compétences et des qualifications qui sont propres à chaque individu (BECKER, 1964.in FRAISSE, 2009).

Le capital :

Selon les classiques, seul le travail de l’homme peut créer la richesse. Selon eux, le travail est le seul créateur de valeur. La valeur des marchandises dépend de la quantité de travail nécessaire pour les produire (SMITH, 1776.in FRAISSE, 2009). K. Marx a repris cette théorie et affirme que la création de richesses ne dépend pas que de l’homme, et que les pays riches ne sont pas forcément les plus peuplés. La création dépend d’un autre facteur de production : le capital. Pour produire, le facteur capital est fondamental et c’est de lui dont dépend la productivité du travail (MARX, 1867.in FRAISSE, 2009).

Les différentes formes de capital :

Le capital comprend le capital technique, le capital financier, le capital humain et le capital social.
– Le capital technique ou capital physique désigne l’ensemble des moyens de production utilisés pour produire des biens et services. Il comprend le capital fixe qui est constitué par l’ensemble des biens durables qui peuvent intervenir dans plusieurs cycles de production sans subir de transformations autres que l’usure ou l’obsolescence15 et le capital circulant qui est constitué par l’ensemble des biens utilisés et transformés au cours du processus de production16.
– Le capital financier désigne la valeur des capitaux propres. Il permet de financer le capital technique.
– Le capital humain désigne les capacités intellectuelles et professionnelles acquises par un individu et propres à lui assurer des revenus monétaires futurs.
– Le capital social désigne toutes les ressources en numéraire et en nature effectuées par les actionnaires. C’est une composante des capitaux propres.
L’utilisation de capital permet des améliorations dans l’organisation du travail donc des gains de productivité.

L’investissement ou la formation du capital:

L’investissement représente le capital dans la production. L’investissement est une dépense importante engagée pour acquérir des biens de productions en vue d’en tirer un bénéfice. Il s’exprime en termes de flux. L’investissement est mesuré par la comptabilité nationale comme le FBCF qui correspond à l’ensemble des achats d’actifs fixes utilisés de façon répétée ou continue dans le processus de production pendant au moins un an. Il existe trois catégories d’investissements : les investissements matériels, les investissements immatériels et les investissements financiers.
Les investissements matériels :
C’est l’acquisition d’un bien matériel qui s’intègre au capital technique. Cet investissement donne lieu à une nouvelle ventilation en trois catégories :
o L’investissement d’expansion qui vise à l’augmentation des moyens de production
o L’investissement de remplacement qui renouvelle le matériel usé ou obsolescent. Par exemple remplacement d’une ancienne machine par une nouvelle.
o L’investissement de productivité qui concerne l’intégration du progrès technique pour améliorer l’utilisation du matériel dont dispose l’entreprise.
Les investissements immatériels :
C’est l’acquisition d’un bien non matériel pour améliorer le potentiel productif de l’entreprise. Sont ainsi des investissements immatériels l’achat de licence, de brevets, de marques ou de fonds de commerce, de la formation continue, R&D,…
Les investissements financiers :
C’est un investissement en portefeuille, un achat de titres. Cet investissement peut s’effectuer soit sous forme d’investissements indirects directs (IDE), transformation de fonds d’un pays à un autre, soit par l’implantation à l’étranger de filiales nouvelles.
Keynes montre à travers le mécanisme du multiplicateur d’investissement qu’une dépense supplémentaire d’investissement entraîne une augmentation plus que proportionnelle du revenu global donc de la croissance car une hausse de l’investissement va se traduire par une distribution supplémentaire de revenus vers ceux qui fabriquent les équipements productifs et vers ceux qui les utilisent (KEYNES, 1936.in KINVI, 1994).

Le progrès technique :

Le progrès technique est le processus d’amélioration des techniques de production permettant une grande efficacité économique. Il est soutenu par l’innovation qui permet en effet une amélioration de la productivité globale.
Pour Schumpeter (1999), l’entrepreneur est l’agent économique grâce auquel les innovations alimentent la croissance. Les entreprises qui innovent avec succès et celles qui savent les imiter croissent, celles qui n’innovent pas ou sans succès disparaissent. Il s’agit en fait d’une « destruction créatrice 17».

Les ressources naturelles :

Toute production intègre à un niveau de ressources naturelles. Elles se composent des éléments qui proviennent :
– de la terre, comme le sol, la faune, la flore, l’espace, les reliefs, les minerais, les sources d’énergie,…
– du ciel, avec le climat, les énergies solaires et éoliennes,
– de la mer dont la faune, les matériaux sous marins, …
Elles jouent un rôle important dans de nombreux secteurs18. Elle dépend donc du facteur travail ainsi que des nouvelles technologies.
L’exploitation des ressources naturelles se fait parfois dans la seule optique de la rentabilité économique. La gestion des ressources naturelles consiste à mettre en adéquation l’offre et la demande car certaines ressources naturelles sont non renouvelables comme le fer, le pétrole,…

Autre facteur de production : Les échanges extérieurs :

Les importations et les exportations constituent ce que l’on appelle les échanges extérieurs. Ces échanges concernent toutes les opérations de vente et d’achat de marchandises réalisés entre deux pays. Leur influence sur la croissance économique dépend du degré d’ouverture du pays. Selon la loi des avantages absolus d’Adam Smith, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions sur lesquelles il dispose d’un avantage absolu c’est-à-dire dont les coûts de production sont moindres à ceux de tous les autres pays. Le pays peut exporter les produits dans lesquels il est doué et importer les biens pour lesquels ses coûts sont élevés (SMITH, 1776.in MALCOLM et Al, 1998).
Selon la loi des avantages comparatifs de David Ricardo, tout pays a intérêt à entrer dans le commerce international et à la spécialisation. Il a toujours intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels il possède un avantage relatif. L’exportation constitue la création d’un nouveau marché pour les producteurs (RICARDO, 1817.in MALCOLM et Al, 1998).
Les pays vont donc se spécialiser et exporter des produits qui nécessitent des facteurs de production abondants chez eux et importer des produits à des facteurs de production rares. Les échanges externes constituent donc un levier important pour accélérer la croissance économique.

La théorie de la croissance :

C’est dans les années 50 que les modèles théoriques de la croissance connaissent un véritable succès. Les modèles post-keynésiens (Harrod-Domar, 1947-1948) et néoclassiques (Solow, 1956) ont introduit un véritable débat sur la question de la croissance équilibrée. Depuis les années 80, la croissance a connu un nouvel essor sous l’impulsion des théoriciens de la croissance endogène

La théorie de la croissance exogène :

Le modèle déséquilibré de Harrod-Domar :

Les économistes Harrod et Domar sont influencés par l’analyse de Keynes que le sous emploi dans la croissance c’est-à-dire un accroissement de volume de production sans que toutes les mains d’œuvre disponibles soient utilisées est possible. Le modèle Harrod-Domar vise à étendre sur la longue période la théorie générale de Keynes qui ne portait que sur le court terme (MONTOUSSE 2002).
Selon Harrod (1948), ce phénomène est dû aux différents déterminants de la croissance et il différencie trois types de croissance :
– le taux de croissance effectif correspondant à ce qui se réalise vraiment.
– le taux de croissance garanti qui assure l’équilibre entre l’épargne et l’investissement. L’égalité entre épargne et investissement est fruit du hasard du fait que l’épargne est une partie du revenu.
– le taux de croissance naturel qui assure le plein emploi.
L’idéal est quand la croissance garantie et la croissance naturelle se coïncide. En d’autre terme, une croissance qui permet l’utilisation de toute la population active et la pleine utilisation du capital (MONTOUSSE, 2002).
Quant à Domar (1947), il porte son analyse sur la difficulté de réaliser une croissance équilibrée en tenant compte de la théorie keynésienne des investissements. Selon lui, l’investissement a deux effets : un effet de demande et un effet de capacité.
– L’effet de demande d’investissement ou effet ex ante induit une augmentation de la demande totale entraînant ainsi une augmentation de la production dont l’amplitude dépend de la propension marginale consommée. Y=1−cI
Cette augmentation est due au fait que pour qu’une entreprise puisse investir, il faut qu’une autre produise.
– L’effet de capacité ou l’effet ex post permet une augmentation de la quantité de capital utilisée et donc de la capacité productive. En d’autre terme, elle est déterminée inversement par la part de capital dans le revenu qu’on appelle souvent coefficient technique v tel que v = KY
Une croissance équilibrée se traduit pour Domar par l’égalité entre ces deux effets (MONTOUSSE, 1999).

Table des matières

INTRODUCTION 
PARTIE I : CADRE CONCEPTUEL ET THEORIQUE
Chapitre 1- Le capital humain et la croissance économique
Section 1- Concept de capital humain
1- Définitions du capital humain
2- Le développement humain
2.1- Notion de développement humain
2.2- Indicateur de mesure
Section 2- Concept de la croissance économique
1- Définitions de la croissance économique
2- Les principaux facteurs de croissance économique
2.1- Le travail
2.1.1 Aspect quantitatif
2.1.2 Aspect qualitatif
2.2- Le capital
2.2.1- Les différentes formes de capital
2.2.2- L’investissement ou la formation du capital
2.3- Le progrès technique
2.4- Les ressources naturelles
2.5- Autre facteur de production : Les échanges extérieurs
3- La théorie de la croissance
3.1- La théorie de la croissance exogène
3.1.1- Le modèle déséquilibré de Harrod-Domar
3.1.2- Le modèle de Solow
3.2- La théorie de la croissance endogène
3.2.1- Paul Romer et le progrès technique
3.2.2- Robert Lucas et le capital humain
3.2.3- Robert Barro et le rôle de l’Etat
Chapitre 2- Cadre théorique du capital humain et relation entre développement humain et 16
Section 1- Soubassement théorique du capital humain
1- La théorie traditionnelle du capital humain
2- La théorie moderne du capital humain
2.1- La théorie du capital humain selon Théodore Schultz
2.2- La théorie du capital humain selon Gary Becker
2.3- La théorie des capabilités ou de la capacité d’Armatya Sen
Section 2- Lien de causalité entre développement humain et croissance économique :
1- Les facteurs du développement humain
1.1- L’éducation
1.2- La santé
1.3- Le progrès technique (Technologie de l’information et de la
2- Les liens de causalité entre croissance économique et développement humain :
PARTIE II : ANALYSE EMPIRIQUE : CAS DE MADAGASCAR
Chapitre 1 – Analyse de la situation à Madagascar
Section 1- Bilan de la situation sociale à Madagascar
1- L’évolution démographique à Madagascar
2- L’éducation
2.1- Les objectifs et les stratégies du Ministère de l’Education Nationale
2.2- Les réalisations
2.2.1- Le préscolaire
2.2.2- L’enseignement fondamental 1er cycle (éducation primaire)
2.2.3- L’enseignement fondamental 2nd cycle (collège)
2.2.4- L’enseignement secondaire général (Lycée)
2.3- Évolution des effectifs des enseignants qualifiés
3- La santé
3.1- Les objectifs et les stratégies du Ministère de la Santé Publique
3.2- Les réalisations
Section 2- L’évolution de l’IDH et du PIB à Madagascar
1- L’évolution de l’IDH
2- L’évolution du PIB à Madagascar
Chapitre 2- Débats et controverses
Section 1- L’évaluation des investissements publics en capital humain à Madagascar
1- La revue des dépenses publiques relatives aux secteurs sociaux
2- Les problèmes constatés
Section 2- L’impact du capital humain dans la croissance économique de Madagascar
1- Les résultats au niveau du marché du travail
1.1- Effets de l’éducation sur les revenus individuels
1.2- Situation sur le marché du travail à Madagascar
2- Effets du capital humain sur la réduction de la pauvreté
3- Effets sur la croissance économique
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE

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