L’esclavage, phénomène sociétal à Rome

L’esclavage est un point tout à fait essentiel de l’histoire romaine. Chez les Romains, il était si omniprésent que très peu de textes antiques n’y font aucunement référence. Aujourd’hui, il est très aisé de trouver des articles de doctrine et des études entières observant chaque pan de cette pratique (cadre sociologique, légal, économique…). Ce travail, quant à lui, aura deux points d’ancrage qui constitueront les bases de son développement. Premièrement, le statut juridique de l’esclave et, deuxièmement, sa place dans la société décrite par l’auteur Plaute.

En songeant à l’esclavage, ne nourrissons-nous pas tous cette représentation de l’homme-objet traité comme une bête, abaissé aux plus basses besognes, brutalisé, etc. ? Les raisonnements juridiques convertis du droit romain en droit « moderne » et, avec eux, notre imaginaire populaire pourraient-ils avoir été basés sur une conception biaisée du phénomène sociétal que constituait alors l’esclavage ? En effet, la réalité concrète d’une situation peut s’avérer toute différente de l’apparente froideur d’un texte légal. C’est en cela que réside le but de ce travail qui cherchera à nuancer l’idée préconstruite de l’esclave romain par une approche pluridisciplinaire.

Les œuvres de fiction sont, habituellement, un moyen d’accès efficace aux représentations sociales au sein de la société. Elles permettent également de comprendre la façon dont sont vécus les rapports entre les différents groupes sociaux. Plaute était un des auteurs comiques les plus connus de l’Antiquité et ses pièces constituent, en quelque sorte, un miroir de la société dans laquelle il vivait, miroir regorgeant d’informations pouvant nous être utiles. Dans les œuvres de Plaute, le rôle des personnages dépend de leur statut social. Il met presque toujours en scène des esclaves et choisit, très souvent, le conflit du maître et de l’esclave comme élément clé de ses intrigues .

La période étudiée sera, bien entendu, basée sur la vie de Plaute et ira donc de la moitié du IIIème siècle (A.C.N.) à, grosso modo, la moitié du IIème siècle (A.C.N.). Cependant, comme l’explique très justement Jean-Christian Dumont, il est compliqué de dépeindre un tableau général de l’esclavage durant l’Antiquité puisqu’« une  description unificatrice de l’esclavage des origines à la fin serait obligatoirement fausse ou mutilante » . Il s’agissait d’un véritable phénomène social et sociétal qui subit des évolutions lentes, difficilement décelables, tout au long de sa pratique .

Plaute est, néanmoins, situé à une période des plus intéressantes pour l’étude de ce sujet. Effectivement, il est à cheval entre deux grandes tendances dont on a pu dessiner les contours. Initialement, le nombre d’esclaves était plus limité à Rome et ils étaient donc plus intégrés à la société romaine. Avec les guerres puniques et les conquêtes républicaines, notamment en Grèce, le nombre d’esclaves augmenta fortement. L’influence grecque, peuple qui pratiquait l’esclavage depuis des siècles, eut pour conséquence un certain changement de mentalité chez les Romains. Pour illustrer le nombre grandissant d’esclaves, on pourrait citer Sénèque qui dit : « On fit jadis, dans le sénat, la proposition de distinguer par le vêtement les esclaves des hommes libres ; mais l’on sentit bien vite quel péril nous menacerait du jour où nos esclaves commenceraient à nous compter » .

L’ESCLAVAGE, PHENOMENE SOCIETAL A ROME

Cette section aura pour objectif de décrire les éléments clés de l’esclavagisme romain tel qu’il est décrit par les auteurs antiques et la doctrine actuelle  . Cette description générale n’est pas à confondre avec le régime juridique qui sera développé par la suite.

L’origine de l’esclavage viendrait d’une logique guerrière. Les Romains étaient un peuple fortement empreint de la guerre comme le prouve leur impressionnante expansion grâce à leurs multiples conquêtes. Selon eux, les vainqueurs avaient le droit de tuer les vaincus ou de les épargner afin de les exploiter. En effet, il y avait des terres à cultiver, des mines à exploiter… et ils réalisèrent rapidement qu’il était moins profitable d’exécuter leurs adversaires que d’utiliser leur force de travail. C’est d’ailleurs de cette réflexion que serait né leur nom, servi, dérivant du verbe servare, signifiant garder, conserver. On les nommait également mancipia puisque les esclaves étaient des ennemis sur qui on avait mis la main.

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Qu’on ne se trompe pas pour autant, l’esclavage n’est pas une invention romaine. En effet, cette pratique était des plus répandues dans l’Antiquité : Grecs, Germains, Mésopotamiens, Egyptiens… La pratique séculaire de l’esclavage par le peuple grec ne sera, d’ailleurs, pas sans influence sur Rome.

Durant la Rome antique, la plupart des tâches pénibles étaient laissées aux esclaves et à la plèbe qui constituaient le fer de lance de l’économie de production romaine. Posséder un esclave était chose courante et n’était pas réservé à l’élite puisque même un citoyen modeste pouvait en avoir les moyens. Le travail manuel était méprisé par l’aristocratie romaine qui se consacrait pleinement à la vie politique et militaire de la Cité ainsi qu’à leurs multiples loisirs.

Le rôle et les tâches d’un esclave pouvaient varier fortement d’un individu à un autre. Certains, les moins chanceux de tous, s’occupaient des besognes les plus ingrates et les plus difficiles comme le travail agricole et les exploitations minières. L’espérance de vie de ces individus était des plus basses. D’autres se consacraient à des tâches domestiques et d’autres encore se chargeaient de travail bureaucratique pour l’Etat romain. Les fonctions des esclaves ne se limitaient pas simplement à du simple travail manuel et pouvait se révéler être très techniques (médecine, architecture, etc.). Il pouvait même exister une hiérarchie entre les esclaves afin de mettre en pratique l’adage bien connu : diviser pour mieux régner.

Les conditions de vie d’un esclave dépendaient fortement de la place qu’il occupait dans la société et de la personnalité de son maître. Par exemple, un maître possédant un grand nombre d’esclaves et ne s’occupant pas lui-même d’eux les dépersonnalisait plus facilement et les assimilait à des biens. A l’inverse, le précepteur de la famille, éduquant les enfants du Romain et le côtoyant au jour le jour, pouvait jouir d’une plus grande considération.

La valeur monétaire, qui pouvait aller de quelques pièces à une véritable petite fortune, variait en fonction de l’éducation de l’esclave, de ses différentes capacités techniques ou encore de ses caractéristiques physiques. De plus, n’était pas à négliger l’influence du jeu de l’offre et de la demande. Par exemple, en temps de guerre, les conquêtes provoquaient des arrivages importants d’esclaves sur les côtes romaines qui tendaient à réduire les prix. L’esclavage était, ainsi, un marché économique à part entière et les servi étaient des biens sujets à estimation économique. Demandant d’importants fonds de roulement, ces entreprises étaient généralement menées par plusieurs individus associés qui n’étaient guère bien perçus dans la société romaine puisque les marchands d’esclaves étaient vus comme des gens malhonnêtes et en contrariété avec les mœurs romaines.

L’esclavage était, en somme, une caractéristique fondamentale de la société romaine. Même si, aujourd’hui, un tel phénomène pourrait nous paraître inconcevable, il ne faut pas pour autant oublier qu’il constituait un élément central du mode de vie romain, profondément ancré dans leur culture. Dès lors, nous aurions tort de nous enfermer dans un jugement moral et on ne pourrait songer à étudier cette époque sans prendre en compte cette importante population travailleuse (dont on ne peut que difficilement estimer le nombre). Elle put construire les plus grands projets romains mais aussi, quelquefois, se rebeller contre l’ordre social établi.

Table des matières

A. Introduction
B. L’esclavage, phénomène sociétal à Rome
C. Cadre juridique
1. Un droit en mouvement
2. Régime juridique
2.1 Cadre général
2.2 Début de la servitude
2.3 Fin de la servitude
2.4 Une personne
2.5 Une chose
3. Synthèse du cadre juridique
D. Titus Maccius Plautus
1. Biographie
2. Œuvre
3. Fabula Palliata
E. Œuvres choisies
1. Avant-propos
2. Casina
2.1 Contexte historique
2.2 Intrigue
2.3 Points d’intérêt
3. Bacchides
3.1 Contexte
3.2 Intrigue
3.3 Points d’intérêt
4. Captivi
4.1 Contexte
4.2 Intrigue
4.3 Points d’intérêt
5. Synthèse
F. Conclusion

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