L’implication en sciences humaines

L’implication en sciences humaines

Le principe Lors d’une expérimentation, on « prouve » que A a un eet sur B si quand on modie la valeur de A, toutes choses égales par ailleurs, celle de B se modie. L’expérience se fait selon un protocole expérimental rigoureux : on dénit l’hypothèse de travail qu’on désire prouver, on cherche tous les paramètres pouvant intervenir, les diérentes valeurs à leur donner, comment faire varier la variable A, et on spécie le sens de la variation correspondante de B, les tests à utiliser, le seuil de signicativité. On réalise alors l’expérience, et si on obtient ce qu’on avait prévu, on déclare que A a un eet sur B et qu’on l’a prouvé. Toutefois, on sait que la règle n’est jamais prouvée dénitivement, car un paramètre oublié peut la remettre en cause. D’après Hume et Popper [197], seule la réfutation (falsication) de la règle peut être assurée de manière dénitive, dès qu’un chercheur découvre une condition dans laquelle elle ne se vérie pas.

Une petite expérience Imaginons par exemple qu’on désire prouver que le sectarisme est une caractéristique modi- able de l’individu. Pour cela, il est nécessaire de dénir de façon opérationnelle le sectarisme an d’en établir une mesure. La mesure idéale pour les calculs est quantitative, la moins bonne est binaire (oui/non). En eet, si la personne change « un peu » d’attitude, on doit pouvoir le repérer, et cela se fait facilement en regardant le signe de la diérence. Notons que la « bonne » mesure vérie un nombre important d’autres conditions qui sont décrites dans tous les manuels de sciences expérimentales, notamment « mesure-t-elle ce qu’elle est censée mesurer ? ».

Nous renvoyons le lecteur intéressé à ces ouvrages [65], et retournons au problème de la mesure de l’attitude sectaire. Si on peut mesurer en temps (par exemple le temps que la personne met à répondre à certaines questions, le temps de xation de la pupille de l’oeil), en intensité (par exemple le rythme cardiaque, la composition en certains éléments de la salive), on dispose d’une mesure objective. Sinon on élabore un questionnaire en suivant de nombreuses règles qu’on trouve exposées dans tous les manuels traitant des questionnaires [151], an que la mesure soit la plus objective possible.

Une fois qu’on a réuni ces conditions, on peut établir la mesure O de l’attitude. Mais l’expérience X n’est pas encore montée. Il faut maintenant trouver comment changer cette attitude. Imaginons qu’on passe un lm montrant une personne victime de sectarisme. Posons l’hypothèse suivante : « La visualisation du lm diminue l’attitude sectaire des personnes l’ayant vu »24. Appelons donc X la visualisation de ce lm. On peut supposer que si on mesure l’attitude O1 de quelqu’un avant le lm, puis O2 de la même personne après le lm, O2 est inférieur à O1, le sectarisme ayant diminué. Bien sûr nous faisons l’expérience sur plusieurs personnes, et toutes les personnes ne réagissent pas de la même façon, au point que certaines personnes ont même une valeur de O2 supérieure à O1.

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Premières réexions suite à l’examen des données collectées

Pour xer les idées, imaginons que l’on ait réuni un groupe de 10 personnes, et que l’on dispose pour chacune d’elle de la mesure O1 de son attitude avant la visualisation et O2 après, comme indiqué dans le tableau de la figure 2.1. Pour évaluer l’évolution de l’attitude de chaque personne, on calcule la diérence O2 − O1. Cette diérence n’est pas constante, mais elle varie selon les sujets. On peut voir sur le tableau qu’elle est plutôt négative, cette impression étant renforcée par le graphique de la figure 2.2. Dans ce graphique, l’évolution de chaque sujet est  indiquée par des traits, dont l’inclinaison permet de déterminer le sens et l’amplitude de cette variation. On peut ainsi constater que deux sujets seulement, s4 et s10, ont une augmentation de leur attitude sectaire (indiquée par un trait montant) alors que tous les autres ont une diminution de celle-ci.

L’évolution moyenne est indiquée par le trait en pointillés, qui est descendant, ce qui indique une diminution moyenne de l’attitude sectaire. Fig. 2.2  Les évolutions de chacun des 10 sujets Toutefois, le fait que l’évolution dière selon les sujets, au point même que deux personnes aient leur valeur de O2 supérieure à celle de O1, invite à se poser quelques questions avant de conclure que l’hypothèse « La visualisation du lm diminue bien lattitude sectaire » est vériée. Notamment cette question « Quel résultat attendait-on ? ». On aurait certainement aimé trouver l’équation O2 − O1 = t, où t est un nombre négatif exprimant l’eet du traitement, ici la visualisation du lm. Une telle équation est un modèle déterministe de la réalité (selon[16]), comme l’est la mécanique classique qui donne l’équation du mouvement des planètes de notre  système solaire.

Ce modèle peut aider à se la représenter, et à appuyer des raisonnements sur des calculs, comme ceux ayant permis d’établir l’existence de la planète Pluton et sa position, alors que la faible puissance des télescopes de l’époque, ne permettait pas de la trouver. Mais à côté de ces modèles déterministes en existent d’autres, plus adaptés aux objets d’études moins prévisibles que les planètes, comme les êtres vivants, en particulier les humains. Dans le cas de notre expérience, l’équation O2 − O1 = t + ² où la diérence n’est pas exactement égale à t, mais peut uctuer autour de cette valeur, représente beaucoup mieux cette réalité, ainsi qu’on le voit dans le graphique de la figure 2.3. 

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