Conséquences de l’ingestion aigue et chronique de lactose chez les malabsorbeurs

Conséquences de l’ingestion aigue et chronique de lactose chez les malabsorbeurs

Lors de certaines études portant sur la malabsorption ou l’intolérance au lactose, des recueils alimentaires sont proposés aux volontaires. De façon générale, la consommation de lactose ou de sources de lactose est plus faible chez les sujets malabsorbeurs que chez les sujets absorbeurs. Mais la significativité de ces différences restent discutée (Escribano Subias et al., 1993 ; Lember et al., 2006 ; Hutyra et al., 2009 ; Szilagyi et al., 2009 ; Keith et al., 2011 ). Peu de travaux ont étudié la composition du microbiote intestinal de sujets malabsorbeurs sans charge de lactose. Cependant les analyses qualitative et quantitative du microbiote intestinal pourraient apporter des informations complémentaires sur les mécanismes mis en jeu lors du déclenchement, plus ou moins rapide, des symptômes d’intensité variable ainsi que sur leur modulation au cours du temps. En effet, les symptômes cliniques développés après une ingestion ponctuelle de lactose chez les sujets malabsorbeurs sont hétérogènes (Ceriani et al., 1991 ; Suarez et al., 1995 ; De Vresse et al., 2001). Une étude a évalué le degré de digestion du lactose et le temps de transit oro-caecal, chez des sujets absorbeurs, malabsorbeurs avec des symptômes modérés et malabsorbeurs avec des symptômes sévères, après ingestion de 13C-lactose et de 2H-glucose. Le degré de digestion du lactose et le temps de transit oro-caecal étaient significativement différents entre les absorbeurs et tous les malabsorbeurs, mais similaires entre les sujets malabsorbeurs présentant des symptômes modérés et ceux présentant des symptômes sévères (Vonk et al., 2003). Cette étude conclut que le degré de digestion du lactose et le temps de transit oro-caecal sont des facteurs intervenant dans le déclenchement des symptômes et suggère que d’autres facteurs, comme par exemple la composition et l’activité du microbiote intestinal, détermineraient l’intensité des symptômes.

Quelques études ont quantifié, par des techniques de dénombrement après culture, les principales espèces bactériennes présentes dans les selles de malabsorbeurs comme les bifidobactéries, les lactobacilles, les entérobactéries et les anaérobies totales (Szilagyi et al., 2009 ; Szilagyi et al., 2010). On observe généralement une légère augmentation, mais non significative, du nombre de bactéries totales chez les individus malabsorbeurs après une ingestion prolongée de lactose (Szilagyi et al., 2010). Par ailleurs, aucune corrélation n’a été mise en évidence entre la composition fécale et l’ingestion chronique de lactose, toute source confondue (Szilagyi et al., 2009). Une analyse plus fine consisterait à comparer les malabsorbeurs avec des symptômes modérés versus les malabsorbeurs avec des diarrhées. Les dénombrements par des techniques moléculaires, ne nécessitant pas de culture préalable des micro-organismes, confirment un plus grand nombre de flore totale et de certains groupes bactériens. Ces techniques sont notamment la FISH (Fluorescence In Situ Hybridization) qui utilise des sondes fluorescentes pour marquer des séquences spécifiques de l’ADN et le DAPI (4′,6′-diamidino-2-phénylindole) qui est un colorant fluorescent se liant à des régions spécifiques de l’ADN riches en A et T, et sont souvent couplées à de la microscopie fluorescente. Après une charge de lactose, le nombre de bactéries totales et ceux de différents groupes (Bacteroides, Eubacterium/ Clostridium coccoides, Apotobium, Bifidobacterium) étaient globalement, mais non significativement, plus élevés dans les selles des sujets présentant des symptômes modérés que dans les selles des sujets présentant des symptômes sévères. Des corrélations négatives ont été également obtenues entre le score des symptômes et la quantité de bactéries totales, suggérant que la charge microbienne pourrait jouer un rôle essentiel dans la réduction des symptômes de l’intolérance au lactose (Zhong et al., 2004).

La principale activité enzymatique étudiée dans les selles est l’activité beta-galactosidase. Aucune différence significative n’est observée après ingestion de lactose entre les sujets absorbeurs et les sujets malabsorbeurs, ni dans le pourcentage ou le type d’espèces bactériennes présentant cette activité enzymatique ni dans l’activité fécale. Ces résultats suggèrent donc que la quantité de bactéries beta-galactosidase positive joue un rôle mineur dans l’apparition des symptômes lors d’une ingestion de lactose (He et al., 2005 ; Szilagyi et al., 2010). Par ailleurs, l’activité beta-galactosidase ne semble pas corrélée à l’ingestion quotidienne de lactose, toute source confondue (Szilagyi et al., 2009).

 

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