Enseignement de l’expression orale

Définitions

Comme premier concept je vais définir le jeu dramatique. Tout d’abord, il faut comprendre que malgré les similitudes, il existe des différences entre les trois termes suivants: le jeu dramatique, le jeu spontané (le jeu d’improvisation ou le jeu symbolique) et le théâtre. Selon Christian Bizieau, « le jeu spontané est, la plupart du temps, création individuelle » (1994, p.5) alors que « le jeu dramatique est un jeu de groupe, soumis à des règles, dont la principale est d’accepter la participation des autres » (Bizieau, 1994, p.5). Tandis que « faire du théâtre, c’est jouer un texte écrit, appris, avec des actions, une mise en scène réglée, préétablie, même si c’est coopérativement » (Bizieau, 1994, p.5). Dans le cadre de mon mémoire, je travaillerai essentiellement le jeu dramatique car il me semble être le plus adéquat pour mon projet. En effet, lors des jeux spontanés, on ne travaille que très peu par groupes et en général, il n’y a pas de public. De plus, ils ne nécessitent normalement aucun ou peu de temps de préparation. Ayant une classe d’enfants de 4 à 6 ans, je trouve intéressant qu’ils puissent travailler par petits groupes. Au début, cela permet aux élèves timides de se sentir plus à l’aise.

Aussi, pour de si jeunes élèves, je pense qu’un temps de préparation, même court est essentiel. Le théâtre est la récitation d’un texte appris. Ceci ne m’intéresse pas non plus puisque je travaille avec de jeunes enfants qui ne savent pas encore lire, ni écrire. Contrairement au théâtre et aux jeux spontanés, le jeu dramatique permet aux enfants d’avoir un temps de préparation avant de jouer et ils ne doivent pas apprendre et réciter un texte. Ils improvisent une scénette à partir d’un thème donné. Ceci me semble être adéquat pour de jeunes élèves. De plus, le jeu permet à l’enfant d’apprendre en ayant du plaisir. Le jeu dramatique est avant tout un jeu collectif durant lequel les enfants échangent, partagent, donnent leurs avis, s’expriment, etc. Je retiens la citation suivante de Christiane Page afin de définir ce qu’est le jeu dramatique: C’est un jeu collectif pouvant se pratiquer au sein d’une classe par petits groupes. A partir d’une proposition de jeu, chaque groupe construit un projet dramaturgique: il invente une fiction, un projet de jeu, en élaborant le canevas d’une action dramatique (drama) puis la joue en improvisant sous couvert de personnages devant les autres groupes. Enfin, les participants échangent autour de l’expérience afin de rejouer. Tout au long de ce parcours ils sont guidés par l’enseignant […] (Page, 2000, p.134).

Un autre point intéressant concernant le jeu dramatique est l’échange entre les « joueurs » et les « spectateurs » afin d’améliorer la scénette. En effet, lors des jeux dramatiques, les enfants spectateurs observent leurs camarades afin de leur faire un retour sur ce qu’ils ont fait. Lors de chaque séance, les enfants jouent les deux rôles. Ce point m’intéresse beaucoup. En effet, on oublie souvent que l’on apprend aussi en observant, en donnant son avis, en critiquant, etc. Initier les enfants à la critique permet de les rendre attentifs, d’une part, et d’une autre, d’apprendre à observer ce que font leurs camarades et ainsi les féliciter, les encourager, leur donner des conseils. L’écoute est un élément fondamental dans toute communication orale. Il est important de bien écouter son interlocuteur afin de construire un dialogue. De plus, demander aux élèves d’observer leurs camarades et de donner leur avis sur leurs prestations, permet de créer un climat de confiance. « Il faut donc insister sur les notions d’écoute, de respect de l’autre, d’importance des critiques constructives afin qu’un climat de confiance et de sécurité puisse s’installer » (Diggelmann, 1999, p.8).

Le cadre prescriptif

Selon le Plan d’Etudes Romand, au cycle 1, la compréhension et la production de l’oral forment un seul objectif: « comprendre et produire des textes oraux d’usage familier et scolaire ». Dans le cadre de ce travail, je vais me focaliser sur la production. Différentes composantes s’y rattachent: en organisant et en restituant logiquement des propos, en adaptant sa prise de parole à la situation de communication, en prenant en compte le contexte de communication et les caractéristiques des divers genres oraux, en prenant en compte les caractéristiques de l’oralité (prononciation, volume, débit, gestes,…) (Le Plan d’Etudes Romand, 2010). Selon ce cadre prescriptif, les apprentissages sont organisés en fonction de différents genres de textes: les apprentissages communs à tous les genres de textes, le texte qui raconte, le texte qui relate, le texte qui argumente, le texte qui transmet des savoirs, le texte qui règle des comportements, le texte qui joue avec la langue. Il y a pour chacun d’eux des objectifs de compréhension et d’expression orale. Je décris ci-dessous les différents objectifs en lien avec ces différents genres de textes. Pour les deux premières années de ce cycle, les apprentissages communs à tous les genres de textes sont l’amélioration de l’élocution, l’utilisation de mots de grande fréquence en lien avec la vie de la classe, la découverte de mots nouveaux et d’expressions nouvelles. Il est aussi indiqué qu’il faut mettre en place des situations de communication où l’enfant est tantôt récepteur tantôt émetteur, favoriser un climat de confiance, une posture d’écoute adéquate (attention, regard dirigé, …).

En ce qui concerne le texte qui raconte, il est demandé aux enfants de pouvoir reformuler une histoire entendue et restituer l’ordre chronologique d’une histoire. Il est aussi indiqué qu’il faudrait favoriser l’utilisation de différents supports visuels (gestes, illustrations, marionnettes, …) pour accompagner l’expression orale. Pour le texte qui relate, il faudrait avoir des conversations à partir de situations vécues, se questionner pour enrichir ses informations, énoncer des événements connus. Le texte qui argumente comprend l’échange dans le cadre d’une discussion (conseil de classe, débat, …), le respect des règles convenues (prise de parole, divergence des avis, …), la formulation de la pensée: émettre une opinion et utiliser l’organisateur « parce que ». Pour le texte qui transmet des savoirs, les élèves doivent être capable de restituer quelques informations ainsi que présenter un sujet aux autres. Le texte qui règle des comportements se réfère à la création de consignes, comme par exemple une recette de cuisine ou une marche à suivre pour un bricolage. Pour terminer, le texte qui joue avec la langue comprend la création de textes poétiques ou de jeux de mots à l’aide de l’enseignant (chansons, poèmes, comptines, charades, …), ainsi que le développement de la prononciation, la récitation de comptines, de poésie et de chansons.

Il est mentionné qu’il faut aussi accompagner la parole par des mouvements (frappés, scandés, marchés, …) et utiliser la gestuelle pour soutenir l’oral (mime). Suite aux objectifs présentés dans le Plan d’Etudes Romand, nous pouvons nous demander quelle est la place consacrée au jeu dramatique dans ce dernier. Il n’est pas indiqué clairement que l’on peut travailler l’expression orale en faisant de l’improvisation. Dans le cadre de ma recherche, je vais utiliser certains de ces objectifs pour mon dispositif. Selon moi, l’expression orale englobe tous les éléments présents lors de la prise de parole en public, notamment l’intonation de la voix, l’articulation, le rythme, le souffle, etc. Je vais me focaliser sur ces éléments que l’on retrouve dans le Plan d’Etudes Romand. Notamment: « amélioration de l’élocution (articulation, respiration, volume, débit) », « interprétation du langage verbal et non verbal (expressions gestuelles, mimiques, intonations, volume, débit, etc.) pour montrer son intérêt, son incompréhension » (3ème et 4ème année) ainsi que la « prise de parole devant la classe: oser s’exprimer ». Comme il est mentionné dans le Plan d’Etudes Romand, l’expression orale inclut également l’expression corporelle (les gestes, les mimiques, la gestion de l’espace, etc.). C’est en particulier ces éléments que je vais développer avec les élèves à travers les jeux dramatiques, bien que l’expression corporelle soit un objectif de 3ème et 4ème Harmos.

Les fonctions de l’oral

Il existe bien évidemment plusieurs points de vue sur le rôle de l’expression orale. L’ouvrage Le Corporal (1999) définit dans une perspective militante la place et le sens que devrait gagner l’expression orale dans l’univers scolaire: L’expression nous amène vers la recherche, la découverte de soi et des autres. Elle permet d’aborder la vie avec beaucoup plus d’assurance, de maîtrise: savoir écouter l’autre, mieux comprendre les comportements de chacun, être convaincu que l’on a quelque chose à dire et se donner les moyens de s’exprimer (Diggelmann, 1999, p.7). Une démarche théâtrale intégrée à l’enseignement permet de former des enfants curieux, ouverts à la lecture et à l’écriture, créatifs, responsables, osant s’affirmer, sachant parler aux autres et les écouter, comprendre et ressentir les émotions, surprendre, se remettre en question (Diggelmann, 1999, p.7). Si l’on applique ces deux définitions dans le contexte scolaire, on remarque l’importance de travailler l’oral en classe. En effet, en travaillant l’expression orale, les enfants amélioreront sûrement leur façon de s’exprimer mais aussi leur rapport aux autres. De plus, une activité telle que les jeux dramatiques leur permet de développer plusieurs compétences différentes et importantes dans la vie de tous les jours. Ils vont apprendre à dire ce qu’ils pensent, à prendre position et à écouter les autres ainsi qu’à être à l’aise dans la vie sociale.

Dans leur ouvrage, Claudine Garcia-Debanc et Sylvie Plane présentent plusieurs fonctions que peut remplir l’expression orale (2004). Elles proposent une typologie des formes de l’oral que l’on peut travailler en classe et qui permet d’identifier les différentes fonctions didactiques de l’oral. Ces chercheuses présentent cinq fonctions de l’oral: l’oral moyen d’expression, l’oral moyen d’enseignement, l’oral moyen d’apprentissage, l’oral objet d’apprentissage et l’oral objet d’enseignement. L’oral moyen d’expression « […] renvoie à des situations qui ont pour visée de permettre à l’élève de s’exprimer non plus en tant qu’élève, mais en tant que personne, enfant ou préadolescent, et de se construire par la parole » (Garcia-Debanc & Plane, 2004, p.34). Cette fonction de l’oral peut se travailler en donnant la parole aux élèves, en leur laissant, par exemple, des moments d’expression libre. Garcia-Debanc & Plane (2004) soulignent que l’oral moyen d’enseignement « […] renvoie à des situations caractérisées par le fait que l’oral est le plus souvent celui du maître, et que les objectifs affichés sont d’ordre disciplinaire ». (Garcia-Debanc & Plane, 2004, p.34). Cette fonction de l’oral permet à l’enseignant de transmettre des informations aux élèves. Il peut être travaillé à partir d’écoute d’exposés. Quand Garcia-Debanc et Plane (2004) parlent d’oral moyen d’apprentissage, elles entendent par là que l’on attend de l’effectuation d’une tâche langagière qu’elle provoque des apprentissages. Dans cette situation, les élèves apprennent par la verbalisation et par les interactions. Les situations impliquant une interaction promeuvent cet apprentissage. L’oral objet d’apprentissage « […] renvoie à des situations dans lesquelles l’objectif direct est celui de l’apprentissage d’une technique ou d’une procédure concernant directement l’oral » (Garcia-Debanc & Plane, 2004, p.35). Cet oral permet aux élèves « d’apprendre à communiquer, maîtriser la langue orale, maîtriser les genres oraux ». Il peut être travaillé en faisant des jeux de rôles, des exposés, etc. Et pour terminer, l’oral objet d’enseignement vise à: « [objectiver] les apprentissages relatifs à l’effectuation de [la] tâche langagière de façon à les signaler aux élèves » (Garcia-Debanc & Plane, 2004, p.36). Par exemple, suite à un enregistrement des élèves, il est possible de revenir sur certains éléments théoriques.

Table des matières

1. INTRODUCTION
2. CADRE THEORIQUE
2.1 LES JEUX DRAMATIQUES
2.1.1 Définitions
2.1.2 Fonctions
2.2 L’EXPRESSION ORALE EN CLASSE
2.2.1 Le cadre prescriptif
2.2.2 Les fonctions de l’oral
2.2.3 Enseignement de l’expression orale
2.2.4 Evaluation de l’expression orale
3. PROBLEMATIQUE ET QUESTION DE RECHERCHE
3.1 PROBLEMATIQUE
3.2 QUESTION ET HYPOTHESE DE RECHERCHE
3.3 INTERET DE LA RECHERCHE
4. METHODOLOGIE
4.1 LE DISPOSITIF DE RECHERCHE: DEMARCHE
4.1.1 Choix didactique
4.1.2 Population
4.2 LES SEQUENCES DIDACTIQUES D’ENSEIGNEMENT
4.2.1 Séquence didactique « type »
5. PRESENTATION DES RESULTATS
5.1 CLASSE A (CLASSE SUJETTE AUX SEQUENCES)
5.2 CLASSE B (CLASSE TEMOIN)
5.3 SYNTHESE DES RESULTATS
6. ANALYSE
6.1 VOIX ET DICTION
6.2 DISCOURS
6.3 COMMUNICATION
6.4 ESPACE
6.5 LIMITES DE LA RECHERCHE
7. CONCLUSION

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