Epidémiologie des infections du tractus urinaire

Influence de l’âge

Chez les chats de moins de 10 ans, les cystites bactériennes apparaissent dans 1 à 2% des cas d’ABAU, alors que chez les chats de 10 ans ou plus, elles apparaissent dans 50% des cas (PASSMORE et al., 2008; BAILIFF et al., 2008; BARTGES, 1997; GIEG et al., 2006). De même les chats de plus de 15 ans ont 5 fois plus de chance de faire une ITU (LEKCHAROENSUK et al., 2001). Ainsi le vieillissement semble être un facteur de prédisposition aux ITU chez le chat.
Plusieurs hypothèses sont proposées afin d’expliquer le rôle du vieillissement dans l’apparition d’ITU. La plus répandue est celle de la plus grande sensibilité aux pathologies intercurrentes (insuffisance rénale chronique, diabète sucré, hyperthyroïdie) qui altèrent les défenses générales et locales (LEES, 1996). Un déficit de l’immunocompétence doit donc être considéré chez les chats âgés présentant une ITU (BAILIFF et al., 2006). D’une façon plus générale chez le chat âgé, on s’attend à une baisse de la concentration de l’urine, une altération des moyens de défense de la muqueuse vésicale par diminution de la production d’anticorps et de la synthèse de glycosaminoglycanes, une altération du péristaltisme urétral et une perte de la tonicité périnéale.
Les pyélonéphrites sont également plus fréquemment rencontrées chez le chat âgé (OSBORNE & LEES, 1995).

Influence du sexe

Prédominance des infections du tractus urinaire chez les femelles ?

La différence d’anatomie du tractus urinaire entre mâle et femelle, notamment la longueur de l’urètre, laisse supposer que les femelles, avec leur urètre plus court et la proximité avec l’appareil génital, sont plus sensibles aux infections urinaires que les mâles. A cela s’ajoute l’influence hormonale sur la composition de l’urine et le pouvoir antibactérien des sécrétions prostatiques qui protégeraient les mâles contre les ITU (SEGUIN et al., 2003).
Ainsi dans l’espèce humaine, il est prouvé que la femme est largement plus sujette aux infections urinaires que l’homme. De même chez le chien, les femelles stérilisées ont un risque augmenté face aux ITU (SEGUIN et al., 2003). Chez le chien, on montre également que les femelles ont plus d’infections mixtes du tractus urinaire que les mâles, que le nombre de cultures dépassant plus de 105 colonies/ml (lors de prélèvement par cystocentèse) est plus élevé chez les femelles que chez les mâles et que les mâles sont plus fréquemment atteints par des pathogènes rares (agents fongiques ou bactériens atypiques) (GV LING et al., 2001). Ces données sont en faveur des hypothèses annoncées : chez le chien, le mâle possède une meilleure résistance aux ITU que la femelle.
Des études ont été menées chez le chat afin de vérifier l’analogie éventuelle avec ces espèces. Certaines études montrent effectivement que les chattes sont plus sensibles aux ITU, le risque relatif est même précisé : les femelles ont 3,5 fois plus de risque de faire une ITU que les mâles (BAILIFF et al., 2008; BAILIFF et al., 2006). Cependant selon d’autres études, la différence d’atteinte entre sexes n’est pas significative (PASSMORE et al., 2008), il est même montré que les mâles castrés sont plus représentés parmi les chats atteints d’ITU (DAVIDSON et al., 1992). On ne peut donc pas conclure quant à l’influence du sexe sur les infections du tractus urinaire chez le chat.
Les chattes sont plus représentées lors de pyélonéphrites (BARTGES, 2005). Mais le nombre de cas étudiés est trop faible pour permettre de conclure en faveur d’une plus grande sensibilité des femelles par rapport aux mâles.

Influence de la stérilisation

On a vu précédemment que les sécrétions prostatiques pouvaient avoir un rôle protecteur contre les infections, il convient donc de se demander dans quelle mesure la castration des mâles peut constituer un facteur de risque d’infection du tractus urinaire.
Les chats mâles castrés sont rapportées dans une étude comme étant plus sensibles aux ITU (DAVIDSON et al., 1992). Or dans cette même étude et dans d’autres, les femelles stérilisées seraient également plus sensibles que celles intactes sans qu’une explication scientifique puisse être avancée (DAVIDSON et al., 1992; LEKCHAROENSUK et al., 2001). Un nombre plus important d’ITU rapporté chez le chat stérilisé que chez le chat intact doit donc être mis en relation avec une tendance des propriétaires d’animaux stérilisés à être plus vigilant et donc consulter plus souvent que ceux qui ne font pas la démarche de stériliser leur animaux de compagnie (DAVIDSON et al., 1992). Ainsi la stérilisation doit être envisagée uniquement en tant que facteur de risque statistique d’infection du tractus urinaire tant qu’aucun argument scientifique explicatif ne peut être étayé.
Néanmoins les données présentées sont en défaveur d’une théorie, prouvée chez l’Homme, selon laquelle secondairement à leur comportement sexuel les chats développeraient davantage d’infections urinaires (EGGERTSDOTTIR et al., 2007).

Influence de la race

Il a pu être constaté chez l’Homme que certains individus étaient prédisposés aux infections du tractus urinaire primaires. C’est pourquoi des études génétiques sont en cours afin de mettre en évidence un gène de prédisposition à ces infections (BARSANTI & JOHNSON, 2006). Chez l’animal, la recherche consiste à mettre en évidence des lignées prédisposées. Chez le chat il n’existe pas d’étude dans ce but pour le moment.
La prédisposition raciale a néanmoins été étudiée afin d’évaluer d’éventuelles différences morphologiques ou génétiques pouvant entrer en jeu dans le déterminisme d’une infection du tractus urinaire. Selon les études quelques espèces ont pu se démarquer, mais aucune cause n’a pu être identifiée, par conséquent le lien épidémiologique n’est pas certain et il convient de parler uniquement de lien statistique. On peut dégager trois espèces pour lesquelles un lien statistique a été signalé : le siamois (DAVIDSON et al., 1992), l’abyssin (LEKCHAROENSUK et al., 2001) et le persan (BAILIFF et al., 2008).

Diagnostic des infections du tractus urinaire

S’orienter vers une infection du tractus urinaire

Signes cliniques évocateurs d’infection du tractus urinaire

Signes cliniques d’affection du bas appareil urinaire

Les affections du bas appareil urinaire (ABAU) regroupent des entités pathologiques très différentes, pourtant les signes cliniques qui les caractérisent sont très homogènes. La réponse de la vessie à une agression est en effet peu variée et donc peu spécifique du type d’agression subie (GIEG et al., 2006). Toute affection basse du tractus urinaire entraine une inflammation vésicale et/ou urétrale qui se manifeste par des signes cliniques peu nombreux : pollakiurie, dysurie, strangurie, hématurie (Tableau 1). Chez le chat la malpropreté est également un symptôme d’ABAU, il faut néanmoins la différencier d’un trouble comportemental (le marquage urinaire se manifeste habituellement en position debout par éclaboussures en jets) (TYNES et al., 2003). On parle aussi de périurie en référence avec le fait d’uriner en des lieux inappropriés (HOSTUTLER et al., 2005).
Tableau 1 : Signes cliniques d’ABAUF (OSBORNE & LEES, 1995)
Il n’y a pas de signe d’atteinte systémique associée à une urétro-cystite (BARSANTI & JOHNSON, 2006). Lors d’affection chronique, la paroi vésicale s’épaissit et une douleur vésicale peut apparaitre (GERBER et al., 2005).
En ce qui concerne les infections du tractus urinaire félin, elles sont très fréquemment asymptomatiques (BARTGES, 2004; FREITAG et al., 2006) : l’incidence de l’hématurie et la dysurie chez le chat est de 0,5 à 0,8% des chats et moins de 1 à 5% des chats présentant ces signes ont une ITU (BARSANTI et al., 1994). En fait, l’apparition de symptôme varie en fonction de la virulence et du nombre d’uropathogènes, de la présence ou l’absence de causes prédisposantes à l’infection, de la réponse compensatoire de l’organisme à l’infection, de la durée de l’infection et du ou des sites d’infection (BARTGES, 2005; Y. SMITH, 2008). Si l’ITU ne provoque pas assez d’inflammation ou de lésions tissulaires, elle est asymptomatique (LEES, 1984).
Au bilan, aucun signe clinique ou combinaison de signes cliniques n’est diagnostique d’une ABAU particulière chez le chat, et a fortiori d’une ITU (HOSTUTLER et al., 2005). De plus ces signes sont rarement remarqués par les propriétaires du fait du comportement mictionnel propre au chat.

Signes cliniques en faveur d’une infection du haut appareil urinaire

Les signes en faveur d’une infection du haut appareil urinaire dépendent de l’importance des lésions parenchymateuses. On retrouve lors de pyélonéphrite aiguë chez le chat : fièvre, léthargie, anorexie, nephromégalie, douleur rénale, vomissements. En cas de pyélonéphrite chronique chez le chat, les symptômes sont plus frustes et on peut observer une polyuro-polydipsie, une perte de poids et une constipation (BARSANTI & JOHNSON, 2006; OSBORNE & LEES, 1995). On n’observe de signes d’insuffisance rénale que si les deux reins sont atteints. D’ailleurs les chiens peuvent vivre des années avec une pyélonéphrite sans développer de symptômes d’insuffisance rénale (BARSANTI & JOHNSON, 2006).
Enfin il faut se souvenir que l’infection urinaire peut concerner un ou les deux pôles du tractus urinaire (BARTGES, 2004). Le bilan clinique permet en outre de localiser l’affection à un site en particulier, par exemple en cas de dysurie on localise l’affection au bas appareil urinaire. On pourra aussi différencier les infections aiguës et chroniques (OSBORNE & LEES, 1995; BARSANTI & JOHNSON, 2006; MACINTIRE et al., 2008).

Signes biologiques évocateurs d’infection du tractus urinaire

Signes biologiques en faveur d’une infection du bas appareil urinaire

Signes urinaires

Examen macroscopique des urines
L’analyse urinaire débute toujours par une observation macroscopique de l’échantillon. L’observation de la turbidité, le dépôt, la couleur et l’odeur de l’urine est rapide et quelques données peuvent être recueillies. Physiologiquement chez le chat, l’urine est limpide, jaune clair à ambrée et sans dépôt.
Des modifications macroscopiques s’observent souvent lors de maladies et d’infections du bas appareil urinaire.
La densité urinaire peut être appréciée en fonction de la clarté des urines. Une turbidité anormale peut s’observer en présence de cristaux, de différents types cellulaires (hématies, leucocytes, cellules épithéliales) ou de bactéries. Il est particulièrement intéressant de rechercher un trouble ou un dépôt de couleur blanchâtre dans urines puisqu’ils sont observés lors de pyurie.
Le plus souvent une coloration rougeâtre à noire des urines est observée, ce qui peut signifier : hématurie macroscopique, hémoglobinurie ou myoglobinurie. On parle d’hématurie macroscopique.
Si cette hématurie se présente en fin de miction, le sang provient certainement de la vessie, si elle apparait au contraire en début de miction alors on pensera plutôt à une atteinte urétrale ou prostatique, enfin si la présence de sang est continuelle, on se penchera sur une affection du haut appareil urinaire (BARSANTI & JOHNSON, 2006; FORRESTER, 2004). Or, la phase mictionnelle pendant laquelle l’hématurie se produit est très difficile à objectiver chez le chat et ne peut être utilisée correctement pour localiser l’ITU. On s’intéresse également à une coloration blanchâtre des urines pouvant orienter vers une pyurie. La présence de Pseudomonas aeruginosa peut notamment entraîner une coloration des urines en vert.
Enfin, une odeur ammoniacale peut être associée à la présence de bactéries productrices d’uréase.
• Analyse de la bandelette urinaire
La bandelette urinaire est une analyse chimique de l’urine grâce à un test rapide du commerce, elle doit être réalisée selon les conditions dictées par le fabricant pour être interprétable. Il s’agit d’une série de réactions colorimétriques qui ont été mises au point sur de l’urine prélevée chez l’homme ainsi chez le chat seul certains paramètres seront interprétables.
• Analyse de la densité urinaire
La densité urinaire doit être mesurée au refractomètre pour être fiable, les donnés macroscopiques et de la bandelette sont incertaines. Cependant cette donnée est extrêmement utile puisqu’il est connu qu’une dilution des urines constitue un facteur de risque d’infection du tractus urinaire. En effet, l’existence d’une urine diluée (densité urinaire inférieure à 1,030) augmente l’index de suspicion d’ITU (HOSTUTLER et al., 2005). Mais la dilution n’est pas obligatoire et varie suivant la localisation de l’infection et les maladies concomitantes (BARTGES, 2004).
On remarque néanmoins qu’une faible densité urinaire est associée à une infection à Escherichia coli, cela s’explique par le fait qu’Escherichia coli secrète des toxines contre les mécanismes de concentration rénaux et se met alors en place un diabète insipide néphrogénique. D’ailleurs Escherichia coli est l’espèce la plus souvent retrouvée en cas de pyélonéphrite (DAVIDSON et al., 1992). Au contraire, les staphylocoques et streptocoques sont fréquemment associés à une densité urinaire supérieure à 1,025 (GERBER et al., 2005).
• Analyse du pH urinaire
Le pH urinaire est le reflet de l’équilibre acido-basique de l’organisme, les reins afin de maintenir cet équilibre excrètent en excès des métabolites acides. Le pH urinaire est donc physiologiquement acide, compris entre 5,5 et 6,5 chez le chat. Il subit néanmoins de nombreuses variations physiologiques (liées au moment de la journée, au type d’alimentation, …) et pathologiques (liées à des maladies intercurrentes). La différenciation entre un pH urinaire normal et anormal ne peut se faire qu’en ayant des informations complémentaires, une même valeur de pH pouvant être normale ou anormale suivant l’équilibre biologique de l’organisme. Néanmoins la connaissance du pH peut faciliter la détermination d’une affection. Par exemple, le pH urinaire s’il est alcalin permet de suspecter la présence de bactéries uréase + et de cristaux phosphato-ammoniaco-magnésiens ou phosphocalciques. S’il est acide (5,8 à 6,5), c’est plutôt en faveur d’une infection fongique lorsqu’il est associé à une glycosurie (OSBORNE & LEES, 1995; OSBORNE & STEVENS, 2001).
Les infections urinaires peuvent survenir sans modifier la valeur du pH urinaire et apparaitre ainsi dans des urines acides. Par contre, une ITU à bactéries productrices d’uréase, principalement rencontrée avec certaines souches de Staphylocoques et de Proteus spp., provoque une alcalinisation de l’urine. Ainsi, même si une infection urinaire peut survenir à tout pH, il est intéressant de contrôler régulièrement ce paramètre chez les chats susceptibles de développer une ITU, toute alcalinisation de l’urine devant être considérée comme un signal d’alerte.

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