« Eurêka » à une innovation ouverte et globalisée

« Eurêka » à une innovation ouverte et globalisée

C’est depuis sa cellule de prison que le jeune Werner Von Siemens inventa un processus de galvanisation par électrolyse1 qui allait donner naissance, en 1842, à son premier brevet. Quelques années plus tard, après avoir appris les techniques de la télégraphie dans un magasin d’artillerie à Berlin, il inventa le télégraphe pointeur, outil beaucoup moins contraignant d’utilisation que le télégraphe optique qui était alors en circulation. Il comprit que son invention pouvait être d’une grande utilité pour le développement des communications internationales et décida de créer en 1847 une entreprise pour produire et commercialiser son invention : l’entreprise Siemens & Halske Telegraph Construction Company, l’actuelle Siemens. Le soutien de ses frères et sœurs au développement commercial de la firme lui permit de consacrer du temps à la recherche dans son atelier où il découvrit en 1866 le principe de la dynamo électrique. Prouver l’intérêt de ses activités de recherche pour la firme ne fut pas toujours une tâche facile. Mais W. Von Siemens pensa très tôt que la recherche garantirait l’avenir de son entreprise, comme le montre cette phrase qu’il écrivit à son frère après une dispute à ce sujet « I do not sell the future to have a momentary profit ». En 1895, il décida d’officialiser la place de la recherche dans la firme, en créant un espace qui lui serait entièrement dédié : le Siemens Research Laboratory, localisé à Munich.

115 ans plus tard, le site Internet de Siemens affiche fièrement que ce sont plus de 30 000 personnes, dans 30 localisations différentes qui sont impliquées dans l’activité d’innovation du groupe. 8 800 découvertes – soit 40 par jour – ont été faites durant l’année 2010 et le groupe peut aujourd’hui compter sur un portefeuille de 57 900 brevets. Siemens lance tous les ans plus d’un millier de partenariats de recherche avec des universités, des instituts de recherche et des entreprises. Les histoires comme celles de Siemens sont nombreuses. Celle de Kodak est également intéressante. Qui imaginerait en effet aujourd’hui que le créateur de cette entreprise, George Eastman, était d’abord un clerc de banque peu doué pour les sciences? Le jeune Eastman avait cependant une passion pour la photographie et fabriquait pendant ses heures de loisirs des émulsions en gélatine pour son usage personnel. Après trois ans d’expérimentations nocturnes dans la cuisine de sa mère, il parvint non seulement à améliorer la fabrication des plaques photographiques sèches mais il breveta également une machine permettant de produire ces plaques en grande quantité. Il fut alors convaincu que son invention pouvait être commercialisée à grande échelle. En 1880, c’est au troisième étage d’un petit immeuble qu’il commença à produire pour la vente ces plaques sèches dans l’objectif de faire de la photographie « an everyday affair »2. L’entreprise Kodak était née. En 1912, la firme créait aux États-Unis les « Kodak Research Laboratories », premiers laboratoires de recherche de la firme et parmi les premiers laboratoires de recherche industrielle du pays. Ce sont dans ces laboratoires que furent inventés le scanner électronique pour les arts graphiques en 1937 et la caméra électronique qui permit en 1969 à la mission Apollon 11 d’envoyer sur Terre des photos prises de la Lune. En tout, ce sont plus de 19 500 brevets que Kodak déposa entre 1900 et 1999. L’activité de recherche de la firme est aujourd’hui conduite dans trois localisations dans le monde.En quelques décennies, ces firmes sont passées d’une logique de découvertes faites par des inventeurs géniaux dans une cuisine de famille ou une cellule de prison, à l’institutionnalisation d’une activité d’innovation conduite par un grand nombre de personnes dans plusieurs centres de recherche et développement (« R&D ») progressivement dispersés dans plusieurs pays et privilégiant de plus en plus les partenariats avec des organisations extérieures à la firme. Cette évolution s’est faite autour de trois types d’ouvertures.recherche « Eurêka », gérée comme un « Trésor National »3 : les découvertes technologiques précédaient l’identification des besoins du marché et étaient faites dans le laboratoire de recherche de la firme, souvent localisé dans son pays d’origine. Progressivement, l’activité d’innovation est sortie du laboratoire de R&D : l’innovation est devenue un objectif commun pour l’ensemble des départements de la firme ; l’environnement extérieur, une source d’innovation de premier plan et la création de centres de R&D à l’étranger, une nécessité. Nous esquissons ici chacune de ces évolutions avant de les étudier plus longuement dans les chapitres suivants.

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