Implications structurelles de la libéralisation sur l’agriculture et le développement rural

PLACE ET ROLES DE L’AGRICULTURE DANS LA CONFIGURATION NATIONALE : LES GRANDES TENDANCES

Repères historiques : chronologie des évènements politiques

Ancien protectorat français, le Maroc est devenu indépendant le 18 novembre 1955. Rétabli sur son trône, le Roi Mohammed V dirigea le pays en collaboration avec les forces du mouvement national qui avaient combattu pour l’indépendance du pays. Décédé subitement en 1961, ce dernier cédera le trône au prince héritier qui deviendra Hassan II. Le nouveau monarque entamera son long règne en marquant une certaine rupture avec le « style » et certaines velléités démocratiques de son père : campagnes de répression contre les forces de gauche, réhabilitation des anciens collaborateurs de la période coloniale et recherche d’alliances avec les notables locaux, en milieu rural en particulier, remise en cause des projets de réforme agraire et d’industrialisation « lourde » prévue dans le premier plan quinquennal, « affaire Ben Barka » et état d’exception à partir de 1965… En pleines années de plomb, le régime vacillera à plusieurs reprises au début des années 70 (coups d’état de 1971 et 1972, insurrection armée en 1973…), mais finira par reprendre la situation en main, notamment à partir de 1975, avec la récupération du Sahara occidental jusqu’alors sous domination espagnole, et le climat d’union nationale créé autour de cette question d’intégrité territoriale. Dans la foulée, un nouveau « processus démocratique » sera engagé avec la tenue d’élections locales et nationales, mais chacun conviendra que la « démocratie hassanienne » sera largement une démocratie de façade, et pour l’essentiel, le pouvoir restera concentré entre les mains du monarque. Sur le plan économique, on chercha durant les années 60 et 70 à développer à la fois un modèle d’import-substitution nourri par une forte protection à la frontière et de substantielles rentes de situation, et –surtout à partir de 1973- une certaine politique de promotion des exportations et d’ouverture sur les investissements étrangers. Cependant, le lourd endettement de la décennie 70; conjugué à un certain laxisme monétaire et budgétaire, finit par précipiter l’économie du pays dans une grave crise financière. Celle-ci ne sera surmontée qu’au prix de l’engagement dans une laborieuse « politique d’ajustement structurel » en étroite collaboration avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Cette politique avait pour double ambition de rétablir les équilibres macro-économiques et libéraliser les structures de l’économie pour les soumettre à la logique du marché, et partant en améliorer les performances et l’insertion dans l’économie mondiale. Lorsque les « programmes » en question prirent fin en 1993 (du moins officiellement), on pouvait certes enregistrer quelques acquis au niveau des équilibres macro-économiques, mais beaucoup restait encore à faire sur le front des réformes structurelles, et surtout, les responsables eux-mêmes durent reconnaître que le « coût social » de cette politique avait été très lourd. En 1995, au vu du diagnostic établi par un rapport alarmant de la Banque mondiale, le chef de l’état n’hésita guère à considérer que le pays était au bord de la « crise cardiaque »…Dans ce climat de morosité économique et d’attentisme social, aggravé par un sentiment diffus d’ambiance de fin de règne, c’est le « politique » qui revient sur le devant de la scène à partir de 1998, avec l’entrée au gouvernement de partis qui avaient auparavant été maintenus dans l’opposition des décennies durant. Une expérience qui sera toutefois rapidement dépassée par la nouvelle donne, majeure dans le système politique du pays : le décès de Hassan II en juillet 1999 et l’accès au trône de son fils Mohamed VI. Sur le fond, très vite, le nouveau roi va affirmer une volonté de continuité qui consacre la « monarchie exécutive » et la subordination de toutes les autres institutions du pays à son autorité. Le « style » apparaît cependant différent. Le nouveau monarque fait montre en tout cas d’un activisme débordant, ne laissant que de maigres espaces d’expression au gouvernement : création de « Fondations » à vocation sociale présidées par lui-même, constitution de diverses « instances spécifiques » directement rattachées au Palais et chargées des grands dossiers du pays (enseignement, condition de la femme, droits de l’homme et indemnisation des victimes des années de plomb, question amazigh, Sahara, investissement, communication audiovisuelle…), lancement de chantiers de grands travaux, inauguration de grandes comme de petites réalisations aux quatre coins du royaume, « Initiative nationale pour le développement humain »… En somme le roi gouverne et son champ d’action apparaît plus étendu que jamais. Au demeurant, les élections de 2002 ayant donné lieu à une carte politique très éclatée, le roi a fini par choisir son premier ministre en dehors des principales formations politiques représentées au parlement. Si, formellement, le gouvernement actuel est composé d’une coalition de plusieurs partis politiques couvrant un large spectre idéologique (conservateurs, nationalistes, libéraux, socio-démocrates…), dans les faits, les ministres les plus « en vue », à commencer par le premier parmi eux, ont plutôt un profil de « technocrates » travaillant directement avec le Palais et mettant en œuvre ses orientations.

Caractéristiques générales du pays et de sa population
Caractéristiques géographiques et démographiques

Situé au Nord-Ouest du continent africain, à quelques kilomètres de l’Europe dont il n’est séparé que par le détroit de Gibraltar, le Maroc bénéficie d’une situation géographique, voire géostratégique intéressante. Etendu sur deux façades, l’une atlantique et l’autre méditerranéenne, d’une longueur de 3500 km, le pays est également riche de reliefs et d’écosystèmes variés : chaînes de montagnes au Nord et du Nord-Est au Sud-Ouest, plateaux à l’Est, plaines à l’Ouest et au Centre, désert au Sud. De climat méditerranéen, le pays se distingue cependant par une aridité croissante du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est. Près de la moitié de la superficie du pays est désertique. L’autre moitié comprend près de 9 millions d’hectares de terres cultivables, 6 millions d’hectares de forêts, 3 millions d’hectares de nappes alfatières, et 21 millions d’hectares de terrains de parcours. Les 9 millions d’hectares cultivables sont couverts de manière assez typiquement méditerranéenne. Ils le sont généralement à plus de 60% en céréales (soit environ 5.2 millions d’hectares). Les cultures légumineuses, industrielles, fourragères et maraîchères couvrent en moyenne chacune entre 2% et 5% de la surface agricole utile. Les plantations fruitières, largement dominées par l’olivier, et dans une moindre mesure l’amandier et les agrumes, représentent près de 7% de la même surface.
Le dernier recensement général de la population, réalisé en septembre 2004, permet de se faire une idée assez précise de l’évolution démographique du pays (HCP, 2005a, 2006a). Ce dernier comptait à cette date 29.9 millions d’habitants, dont 16.5 millions en milieu urbain et 13.4 millions en milieu rural (soit respectivement 55.2 et 44.8%). Par rapport au précédent recensement général effectué en 1994, la population totale s’est accrue de 3.8 millions d’habitants, ce qui correspond à un taux d’accroissement annuel moyen de 1.4%. Ce rythme marque une sensible décélération de la croissance démographique dont l’évolution était quasiment deux fois plus rapide depuis l’indépendance. Il reste cependant plus élevé en milieu urbain (2.1%) qu’en milieu rural (0.6%). Au demeurant, la population rurale voit certes sa part dans la population totale poursuivre sa baisse tendancielle, mais n’en continue pas moins d’augmenter en valeur absolue, gagnant encore quelques 762.000 personnes entre les deux précédents recensements.
Le Maroc connaît ainsi une transition démographique qui semble s’accélérer, avec des taux de natalité et de mortalité qui baissent sensiblement (l’indice synthétique de fécondité a baissé de 7 à 2.5 entre 1960 et 2004, la mortalité infantile de 150 à 47.9°/°°, et l’espérance de vie a augmenté de 47 à 71 ans durant la même période) . Il en résulte progressivement une modification de la structure d’âge de la population totale, et partant de la population active : la proportion de celle ayant moins de 15 ans (et donc à charge) baisse alors que celle de la population en âge d’activité augmente. Cette situation, qualifiée par les spécialistes « d’aubaine démographique », ne le serait qu’à la condition que l’économie soit en mesure de créer suffisamment d’emplois pour tirer avantage de cette disponibilité accrue de force de travail, de sorte que, en l’absence d’une telle capacité, « l’aubaine » pourrait au contraire se transformer en fardeau de plus en plus lourd à porter.

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