L’étatisation et la nationalisation de l’économie (1972-1982) 

Approchepragmatiquedusous-développement

L’analyse des facteurs du sous-développement qui suit repose sur la conjonction de plusieurs phénomènes historiques, parfois un simple hasard ou circonstance. Cette approche ne rejette pas les explications des approches précédentes, seulement, elle refuse d’y voir les seules causes du sous-développement. Le sous-développement est d’abord une insuffisance de la production dans une économie.

Le problème de facteurs de production

Ce sont tous les éléments qui entrent dans l’activité productive.

Facteursnaturels

Selon Gershenkron (1962), le processus de développement est « historique » c’est-à-dire que la forme qu’il prend dépend des conditions initiales. On fait référence ici à la richesse du sol et du sous-sol du pays qui constituent en général les ressources naturelles. Ces ressources favorisent ou désavantagent le développement du pays. Ce sont des atouts (théorie des avantages comparatifs). Par exemple l’USA grâce à l’abondance et la grande diversité de ses ressources, l’Angleterre avec l’existence des bassins houillers. Toutefois, dans les PVD on constate une mal exploitation de ces ressources malgré le potentiel du pays.

Facteurshumains

D’abord, la structure démographique d’une population est également un facteur essentiel.
En effet, Malthus d’après son analyse sur l’évolution de la population et de sa production affirme un équilibre nécessaire entre ces deux paramètres. Plus la croissance démographique s’accélère, plus les ressources par habitant sont faibles. Dans le cas où cette croissance démographique n’est pas suivie de la production, cela entrainerait non seulement un problème de choix entre la subsistance de la population et l’investissement pour une bonne croissance économique, mais également un risque de chômage.
Pour pouvoir produire, il faut du travail . Dans le tiers monde le comportement des travailleurs ne favorise pas toujours une augmentation de la production. Par exemple lorsqu’on augmente le salaire des agriculteurs (à travers le prix des produits), on assiste souvent à une baisse de la production dans la mesure où ces agriculteurs trouvent leurs besoins monétaires couverts et ne cherchent plus à augmenter son capital qui normalement est destiné à un autofinancement ou à un investissement. Dans le cas contraire c’est-à-dire il y a une baisse de prix, ils se contentent d’une activité de subsistance.

Le capital

Une croissance économique passe avant tout par une accumulation de capital. Dans le cas général, c’est par la transformation de l’épargne en investissement productif qu’on accède à cette accumulation. Mais ceci n’est pas toujours suffisant surtout dans les PVD où la population a un très faible revenu et où presque tout le revenu est affecté à la consommation. Parfois même si certaines minorités possèdent des revenus assez importants, ils font ce qu’on appelle épargne de sécurité c’est-à-dire pour les imprévus (ex : santé). En fait c’est juste une consommation différée.
Pour le cas des investissements étrangers comme les IDE, des blocages n’incitent pas les investisseurs malgré une main d’œuvre à bon marché. Il y a d’abord un problème d’infrastructure globale, d’environnement politique et économique non stable et non incitatif, de compétences pour les nouvelles technologies à utiliser.

La spécificité de l’épargne dans le Tiers-monde

Sur le plan théorique, rappelons que l’épargne est la différence le revenu (ou la production) et la consommation de chaque individu, ménage, entreprise ou nation au niveau macroéconomique. Pour contribuer à la formation du capital c’est à dire pour la capacité productive d’un pays, cette épargne doit être affectée à un investissement productif. Ce processus connaît quelques blocages dans les PVD et explique selon la vision libérale pour une part le sous-développement.
Un problème concerne la faiblesse de la motivation des hommes au travail ; la croissance du revenu incite certains individus à réduire leur activité productive au lieu de l’augmenter, ce cas se vérifie surtout dans le milieu rural où le besoin monétaire est relativement monétaire réduit.
Cette stagnation « volontaire » du revenu, liée uniquement au besoin de subsistance, diminue en conséquence et de façon mécanique la constitution de l’épargne notamment rurale. Cette situation a un double effet : la faiblesse de la production actuelle mais aussi la stagnation des capacités de production future.
Cette faiblesse structurelle de l’épargne s’accompagne souvent d’une affectation économiquement peu rationnelle de celle-ci. Au niveau de l’épargnant individuel, les études effectuées soulignent que les tendances récentes de recherche de gain existent réellement dans les PVD mais c’est dans la conception et dans l’affectation de l’épargne que des différences apparaissent dans les pays riches et pauvres.
En effet, dans les PVD, la majorité des individus considèrent l’épargne comme un moyen de différer la consommation, ce qu’on appelle une épargne de sécurité en cas d’imprévu.
Ceci fait qu’en réalité le lien épargne, investissement et production est assez mal perçu dans le Tiers-monde.

L’affectation de l’épargne dans le Tiers-monde

Il existe en effet des épargnants qui peuvent réaliser des investissements conséquents mais deux phénomènes induisent un effet contraire.

L’effet d’imitation

Le comportement de ces gens tend vers l’achat de biens sophistiqués ou biens à forte intensité de capital qui sont souvent des produits importés. Cette tendance est entretenue par le rôle joué par les publicités et autres moyens de communication.

Les dépenses « ostentatoires »

Ce phénomène a fait également l’objet de diverses études dans les PVD où souvent on constate un type d’épargne non affectée à l’amélioration des moyens de production mais plutôt constituant une sorte de patrimoine de prestige social. Cette forme d’épargne s’assimile à une thésaurisation négative car elle ne contribue pas à fructifier l’économie du pays. Il en ainsi par exemple de l’élevage contemplatif (signe extérieur de richesse).

Le quatrième modèle, , celuides Programmes d’ ’ajustements tructurel(1980-2000)

Ces Programmes d’ajustement structurel (PAS) issus du consensus de Washington sont à la  base, et ce, pendant 20 ans (1980-2000), d’un «développement» libéral nouvelle manière 7 . La politique néolibérale des politiques d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale peut se résumerde la façon suivante :
1) maximiser l’insertion des pays du Sud sur le marché mondial, c’est-à-dire une ouverture forcée des économies sur l’extérieur ;
2) privatiser les entreprises de caractère public et libéraliser les prix ;
3) réduire les dépenses sociales (éducation, santé, habitation, etc.).
Mais les PAS sont aujourd’hui eux-mêmes déconsidérés tant les échecs sociaux ont été flagrants et que se sont manifestés les signes de l’explosion sociale (des émeutes en Amérique latine) ou de l’implosion sociale (en Afrique). Dans nombre de ces sociétés, les États ont tellement été affaiblis et discrédités que l’idée même d’intérêt général est devenue caduque aux yeux des populations qui ne s’en remettent qu’à eux-mêmes. Bref, dans les institutions internationales les plus fortes (Banque mondiale, FMI et OMC), la croissance et la compétitivité l’ont emporté sur le développement qui s’est réfugié au PNUD. Le résultat est désormais connu et confirmé : le développement est disparu de l’ordre du jour de la communauté internationale et de la plupart de ses institutions. Il a étéremplacé par celui de la lutte contre la pauvreté, et surtout, contre l’extrême pauvreté.
Certes le résultat global des PAS est contrasté. Mais il est plus négatif que positif : certains pays ont amélioré conditions et qualité de vie (éducation, espérance de vie, baisse de la mortalité infantile) mais globalement il y a creusement des inégalités économiques (PIB par habitant en dollars) et faible recul de la pauvreté absolue (le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour). Au final, selon le rapport annuel du PNUD de 1999, 100 pays sur 174 étaient en régression quant au revenu moyen et à l’espérance de vie.

Construction du référentiel du développement durable au niveau international

« Le développement durable est pour la première fois évoqué en 1980 par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, mais sa « maturation » est antérieure.
Dans la seconde moitié du XXème siècle apparaissent, dans les pays développés, les premières préoccupations environnementales. En 1972, le Club de Rome remet en cause le modèle de développement économique poursuivi qui conduit à une sensible dégradation des ressources naturelles : la publication du rapport « Halte à la croissance » pointe les problèmes de viabilité écologique et va donner lieu à l’organisation de la Conférence de Stockholm qui peut être considérée comme le premier « Sommet de la Terre ». Par ailleurs, à cette même période, au problème de viabilité s’ajoute un problème d’équité, avec une prise de conscience de l’augmentation de la pauvreté dans les pays en voie de développement. A la fin des années 1980, le développement est donc abordé à la fois au travers de ses dimensions économiques, sociales et environnementales (idée des trois piliers). Le développement durable est, selon la définition proposée en 1987 par le rapport Brundtland, un développement « qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Le concept de développement durable va se consolider et être consacré en 1992, lors de la Conférence des nations unies sur l’environnement et le développement (CNUED) plus connue sous l’appellation « Sommet de la Terre » (Déclaration de Rio sur l’environnement et le développement et adoption de l’Agenda 21) : la définition Brundtland, alors axée prioritairement sur la préservation de l’environnement, sera modifiée par la définition des trois piliers qui doivent être conciliés dans une perspective de développement durable. Aux trois piliers et selon les auteurs et les courants de pensée, des composantes sont progressivement ajoutées et très diversement prises en compte comme par exemple les dimensions institutionnelles, culturelles ou encore la question complexe de la gouvernance.
L’émergence de cet enjeu coïncide avec la montée des processus de démocratisation et de participation des acteurs de la société aux processus politiques. En 2002, le Sommet Mondial pour le Développement Durable a entériné ces principes par la « déclaration de Johannesburg »

Economie de l’ après période coloniale

Cette période est surtout marquée par un héritage structurel de la période coloniale. Car malgré le retour à une souveraineté politique, le pays a choisi de rester quand même dans la communauté française. On peut parler de néo-colonialisme du fait de cette nouvelle forme de domination et dépendance du pays.
L’économie du pays est caractérisée par une prédominance de l’agriculture, une dépendance économique et financière, une industrie dépendante de la production agricole et des équipements importés.

Grands équilibres macro-économiques

Pour les paiements extérieurs, l’équilibre est en principe maintenu car tout déficit étant automatiquement comblé. Durant cette période, la balance des opérations courantes de Madagascar était toujours excédentaire.
Le commerce extérieur du pays était protégé par cette relation préférentielle au sein de la zone-franc.
 Le budget de l’Etat suivait littéralement les règles d’équilibre budgétaire liées à la doctrine économique libérale. Pour l’époque, le rôle économique de l’Etat était réduit, certes, on a enregistré une hausse des impôts indirects mais elle se justifiait assez par la réalisation de grands travaux dans le domaine social, ou d’infrastructures…
On peut noter aussi l’existence d’un minimum fiscal qui frappait sans distinction, tous les hommes de plus de 21 ans. Ceci a entraîné une diminution significative del’exode rural car en ville le contrôle du paiement de cet impôt était plussystématique et obligeait particulièrement les paysans à commercialiser et donc de créer un surplus de production pour pouvoir payer cet impôt appelé « hetra isandahy » qui était d’ailleurs d’une grande impopularité. Quelques chiffres permettent d’illustrer cette orthodoxie budgétaire, en 1960-1961 le déficit budgétaire ne représentait que 1,8 % du PIB , en 1970-1971 il gardait quasiment la même proportion (2% du PIB).
 L’inflation n’était pas encore la grande préoccupation de l’époque, il faut dire que les années 60 furent la décennie de croissance sans grande hausse de prix dans les économies libérales. Le taux d’inflation en moyenne restait faible (3 % par an avec des années où il était de 0,86 % comme en 1967)
 Pour terminer cette série de résultats positifs de l’époque, l’évolution de la production est assez révélatrice. Jusqu’en 1970-1971 Madagascar connaît une croissance lente mais assez soutenue de sa production. Le PIB croît à un taux généralement supérieur à celui de la population autour de 1 % en plus.

Une structure socio-économique fragile

La faiblesse de l’accumulation et la dépendance caractérisent cette fragilité qui touche particulièrement le système productif.
La structure de l’agriculture de l’époque traduit fidèlement le principe des cultures de rente tournées vers l’exportation et la non diversité de ces cultures d’exportation. Le café seul représentait à l’époque les 55 % des gains d’exportation de Madagascar, on assiste à une spécialisation à outrance. Quant aux moyens de production pour les petits exploitants qui représentent la majorité des agriculteurs, aucune amélioration durant toute la période n’est enregistrée. La technique de production ancestrale aussi bien dans l’élevage que l’agriculture persiste.
Cette industrie de substitution aux importations manque d’intégration et se trouve fragilisée par la faiblesse de la structure agricole car elle utilise la production agricole comme matière première et par le fait que l’équipement industriel reste entièrement dépendant de l’extérieur. La technologie appliquée (matériel, organisation,…), les matières premières et les articles de conditionnement provenaient de la France. L’agro-industrie (sucrerie, conserverie de viande,..) formait l’essentiel des activités industrielles, mais à partir de 1966, une diversification apparaît avec les montages de voitures, filature, tissage du textile, production de papier, huile alimentaire, …
Devant une demande industrielle croissante de l’ordre de 5 % par an pour la période, la production suit ce rythme et croît de 6 % à partir de 1966, toutefois, certains points dénotent la fragilité de l’industrie de Madagascar à l’époque.
– Toute l’activité industrielle se déroulait dans le cadre des relations privilégiées avec l’ex-pays colonisateur.
– La plupart de ces industries ayant été créées à partir des bénéfices des activités commerciales des sociétés étrangères appartenant aux étrangers qui contrôlaient les 75 % de la valeur ajoutée de l’industrie pour un nombre d’entreprises relativement réduit (autour de 25 %), ce qui traduit la concentration des chiffres d’affaires dans ce domaine.
En bref, on peut dire qu’au niveau de l’agriculture, aucune amélioration du capital technique n’est enregistrée, cette situation se ressent dans la qualité et la quantité de la production qui sont tributaires des aléas de la nature. L’industrie est extravertie, les bénéfices sont plutôt transférés à l’extérieur qui investit dans le pays. Pour la période, HUGON dénonce la faiblesse de l’accumulation qui accentue encore plus la dépendance vis-à-vis de l’extérieur dans toute tentative de croissance économique.

Synthèse de cette période

De grandes réalisations sociales ont été effectuées durant cette période telles que les constructions de grands bâtiments administratifs, des logements sociaux à loyer modéré dans les principales villes de Madagascar (cité Ampefiloha à Antananarivo, les Béryls à Toamasina,…), l’université de Madagascar à Antananarivo appelée à l’époque université Charles de Gaulle, ce qui montre de façon éloquente cette domination même intellectuelle de la France sur Madagascar.
De même, on note des efforts dans l’entretien des infrastructures routières. Pour l’essentiel, l’autosuffisance alimentaire existait. Avant 1972, Madagascar a toujours été un exportateur net de riz. Le pouvoir d’achat évalué à partir du PIB, bien que de manière très timide, augmentait aussi à cette période. Dans les limites de ces résultats, on rappellera d’abord que, même si le pays connaît une croissance légèrement supérieure à la croissance démographique, on ne peut pas qualifier cette situation de véritable décollage économique car les conditions de production restent précaires ; la croissance n’est pas encore irréversible et encore non cumulative. Un sentiment d’injustice découlant de ces inégalités financière, économique entre les malgaches et les étrangers jugés comme des exploiteurs, dépouillant le pays de ses richesses…commence à se propager et explique pour une part les nouvelles orientations économiques d’après 1972 (année de changement de régime politique).

L’ étatisation et la nationalisation de l’ ’économie(1972-1982)

Cette période voit apparaître la définition d’une première véritable stratégie de développement économique de Madagascar en réaction à la domination étrangère qualifiée de néo-colonialisme des années précédentes. La nouvelle orientation économique du pays se basait sur deux axes fondamentaux : le nationalisme et le socialisme, l’idée force était « une maîtrise populaire de l’économie ». Pour cette période les objectifs économiques étaient clairs, les moyens mis en œuvre bien définis et les résultats obtenus significatifs.

Les nouvelles orientations de l’économie malgache

Certaines décisions d’inspirations nationalistes viendront pour la période modifier la structure économique de Madagascar. Nous allons reprendre ici les plus déterminantes et significatives de ces décisions.

Table des matières

REMERCIEMENTS
LISTE DES TABLEAUX
LISTE DES GRAPHIQUES
LISTE DES ANNEXES
LISTE DES SIGLES
AVANT-PROPOS
INTRODUCTION
Partie I : LES DIFFERENTES APPROCHES DU SOUS DEVELOPPEMENT
Section A : Explication marxisante du sous-développement
Concepts
Section B : Approche libérale du sous-développement
Le sous-développement : un retard de développement
Section C : Approche pragmatique du sous-développement
1/ Le problème de facteurs de production
1a) Facteurs naturels
1b) Facteurs humains
1c) Le capital
2/ Structure globale défavorable aux PVD
2a) Dépendance
2b) La théorie des cercles vicieux
Section D : Le quatrième modèle, celui des Programmes d’ajustement structurel
Partie II : CAS DE MADAGASCAR
Section A : Economie de l’après période coloniale
1/ Grands équilibres macro-économiques
2/ Une structure socio-économique fragile
3/ Synthèse de cette période
Section B : L’étatisation et la nationalisation de l’économie (1972-1982)
1/ Les nouvelles orientations de l’économie malgache
1a) L’agriculture et le monde rural
1b) Dans le monde industriel
2/ Analyse de la période
2a) Stagnation de la production
2b) Bilan de cette étatisation de l’économie
Section C : A partir de 1982 : ouverture à une économie de marché
1/ Les nouvelles données de la politique de développement à Madagascar
2/ La portée de cette politique de développement
3/ Les grands points de cette période
Section D : Madagascar vers le MAP
1/ Evolution économique vers le MAP
2/ Enjeu pour Madagascar
CONCLUSION 
GLOSSAIRE
ANNEXE
BIBLIOGRAPHIE

projet fin d'etude

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *