MIGRATION FEMININE

MIGRATION FEMININE

GENERALITES SUR LA MIGRATION

 Dans tous les pays du monde, les mouvements migratoires se font, d’ordinaire en direction des centres urbains. Même si les approches causales sur la migration sont nombreuses et diverses, la plupart des auteurs, travaillant sur la question, mettent en exergue l’approche économique. Cette approche n’est pas toujours vérifiable dans tous les mouvements migratoires qui existent dans le monde entier. Le déplacement de milliers de personnes dans des zones conflictuelles vient s’ajouter à la liste des causes majeures de la migration actuelle. Au Sénégal, au lendemain de la première guerre mondiale émergeait un nouveau type de migration saisonnière appelée « navétanat ». Ce mot vient du wolof « navet » qui signifie hivernage. Le navétanat est une forme de migration à laquelle se livrent des saisonniers qui vont cultivaient dans les campagnes sénégalaises : Cayor, Baol, Sine, Saloum. Durant toute la saison des pluies, les navetanes associaient leurs bras à ceux du groupe domestique dont il était l’hôte et cultiver pour eux-mêmes quelques lopins de terres concédés. Le navetanat était encouragé par le régime colonial en vu de l’expansion de la culture d’exportation que constitue l’arachide. Le recrutement des navétanes se faisait sous la pression de l’administration. Aujourd’hui, l’attraction n’est plus le centre arachidier mais la capitale. Le mythe de la capitale fait que beaucoup de jeunes adultes, surtout soucieux du devenir de leur famille, migrent pour pouvoir trouver du travail et subvenir à leurs besoins. Bien qu’une littérature très faible lui ait été consacrée, la fuite des cerveaux est une autre forme de migration. Cette migration dite internationale connaît de plus en plus une ampleur considérable au niveau du groupe estudiantin et du corps professoral, mais également dans les autres secteurs de l’administration. Cette migration est surtout pratiquée par les intellectuels qui, pour mieux valoriser leur statut, mieux équilibrer leur connaissance par rapport à ce qu’on leur paie, aspirent à d’autres cieux mieux nantis, en général les pays occidentaux. De même, les étudiants, pour ne pas trop durer dans le monde du chômage, une fois les diplômes acquis, migrent eux aussi vers les pays occidentaux pour trouver facilement la clé qui leur ouvre les portes de l’emploi. La migration estudiantine est surtout accentuée par le fameux sésame qui est la « pré inscription ». Dans cette présente étude, il est question de l’approche genre de la migration, comme nous l’avons déjà expliqué au niveau de la définition conceptuelle, la migration féminine a été négligée par bon nombre de chercheurs car la migration a été surtout l’apanage des hommes. Dans les années 70 la migration féminine se faisait dans le cadre du regroupement familial. Dans ces conditions, l’essor des femmes était quasiment lié à celui des conjoints. En général, le nombre de femmes en situation régulière ou irrégulière devient de plus en plus important, c’est pourquoi on parle actuellement d’une « féminisation de la migration ». La grande majorité des femmes émigrées vivent dans une grande précarité, souvent, sans perspective d’avenir. Elles sont sujettes à tous les genres d’exploitation. La plupart des études en Afrique de l’ouest appréhendent la migration comme étant dominée essentiellement par les hommes. De même, dans la conscience qu’en ont les populations, la migration est tout un acte masculin, ce qui trouve sa justification dans l’histoire des migrations, soit à cause des risques associés à la migration, soit du fait du système patriarcal de l’organisation sociale, renforcée dans certains cas par l’idéologie islamique. La division du travail dans la plupart des sociétés ouest- africaines, faisait des hommes les premiers agents de l’entretien économique du groupe. Les femmes migrantes n’ayant pas à leur charge la fonction économique du groupe, leur migration est vue essentiellement comme une migration d’accompagnement, contrôlée par les hommes.   Même si la division sociale du travail privilégie le travail masculin, cela est toujours en vigueur, la mobilité de la main d’œuvre tend à s’amplifier. Cela est dû en particulier à l’évolution des modèles migratoires masculins. La migration des hommes par le passé était plutôt circulaire et ne donnait pas lieu à de longues périodes d’absence. Dans ce cas, la migration d’accompagnement des femmes se justifiait moins. Elles étaient difficilement autorisées à migrer par les membres des groupes (villages, lignages etc.). Actuellement les migrations masculines sont non seulement plus lointaines mais en plus elles donnent lieu à de longues périodes d’absence et sont parfois définitives. Dans ce nouveau modèle, les migrations d’accompagnement sont tolérées pour une raison essentielle, à savoir, la procréation et la survie du couple ( et, au-delà, du groupe), menacée par les longues périodes de séparation des époux.29 Comme nous l’avons déjà dit plus haut la migration féminine dépend des contextes, des communautés, des régions et des ethnies considérées pour Fatou Sow, c’est le cas des sérères, des joola et des wolofs. Pour le cas des sérères, elles s’orientent le plus souvent dans les activités domestiques. Notre échantillon est composé essentiellement de sérères et provient de la région de Thiès . Il faut préciser qu’en général les sérères sont plus concentrés au niveau des régions de Thiès, Fatick, Kaolack et Diourbel. Les femmes migrantes sérères, tous âges confondus, se livrent aux travaux domestiques pour les plus jeunes, de pileuses de mil ou de lingères pour les plus âgées

LA SITUATION FAMILIALE DES LAVANDIERES DANS LEUR LIEU D’ORIGINE

Les besoins des femmes, surtout des femmes rurales, se définissent par référence aux deux dimensions de leur rôle : leurs activités et responsabilités familiales (ou dimensions intra-familiale) et leurs activités et responsabilités qui peuvent se dérouler sans référence explicite à leur ménage ( ou dimension extra-familiale). L’élément unificateur de ces deux dimensions est le travail que les femmes fournissent. La part du travail que les femmes consacrent à la reconstitution des forces de travail de leur ménage (mari, enfants, etc.) est dépourvue de valeur marchande. Il est vu comme un travail d’entretien et comme tel, n’a qu’une « valeur d’usage ». pour leur travail agricole, surtout lorsque celui-ci s’exerce dans le cadre d’une économie de subsistance – orientée essentiellement vers la consommation familiale- le même étalon de mesure lui est appliqué. Ainsi malgré la quantité de travail qu’elles effectuent dans les champs, malgré l’apport économique réel de leur production à la survie de leur famille et de leurs pays, les femmes rurales ne jouissent d’aucune prérogative attachée au travail rémunéré. De là découle le statut social inférieure qui leur est dévolu : étant dépourvu de valeur marchande, le travail des femmes dans l’économie de subsistance ne leur procure pas un statut comparable à celui auquel elles auraient pu prétendre en théorie, si leur travail s’effectuait dans une économie de marché et s’il était rémunéré selon son importance ou, tout le moins, autant que celui des hommes […]. Le travail des femmes n’a pas de valeur d’échange mais seulement une valeur d’usage dans le cas du travail fourni par les femmes rurales au sein d’une économie vivrière.  Frappée par une extrême pauvreté, la situation de la femme rurale reste plus que jamais préoccupante. En plus de cette précarité, les femmes rurales ont peu ou pas de perspectives de changements dans leur condition sociale au cours de leur vie. Elles exercent leurs activités, centrées exclusivement sur la promotion de la vie, dans un milieu masculin peu amical qui ne leur laisse pas de possibilités d’évolution. A part la maternité, toutes les activités de la femme concourent à l’entretien de la vie : les corvées d’eau et de bois avec portage sur la tête, le pilage du grain, la cuisson des aliments, le nettoyage et l’entretien des enfants, etc… Toute sa vie est centrée sur sa mission essentielle.

La préparation des repas 

Les femmes dans les ménages polygames ont à tour de rôle la charge de faire la cuisine pour toute la famille qui peut varier de 10 à 20 personnes. Cela s’explique par la vie en communauté qui fait partie des spécificités l’Afrique. La famille ce n’est pas seulement papa, maman et les enfants, mais aussi une famille qui inclut parents proches et collatéraux. Toutes les femmes que nous avons rencontrées, qu’elles soient mariées, veuves, monoparentales ou célibataires sont issues de familles polygames. Quand c’est le tour de l’une des co-épouses, celle-ci doit tout faire pour préparer un plat délicieux en grande quantité, et peu importe la qualité, pour montrer aux membres de la famille son dévouement dans son ménage. 

 Le ramassage du bois

 Pour la préparation des repas, il faut préalablement avoir à sa disposition du bois de chauffage qui est la principale source d’énergie des femmes. Le bois de chauffage est de plus en plus rare en savane et devient un casse tête pour ces femmes. Il faut parcourir de longues distances, dès fois toute seule, pour aller le chercher. 

 Le pilage

 Le mil et le sorgho constituent les principales bases du repas familial. La préparation demande des efforts physiques extrêmement durs avec l’utilisation du matériel rudimentaire comme le mortier et le pilon. La. séparation du grain et du son constitue la première phase de l’opération. La deuxième concerne la transformation en farine avec toujours comme moyen le mortier et le pilon. La troisième et dernière phase concerne la cuisson

 La corvée d’eau 

L’eau est une denrée précieuse et rare dans certaines contrées du sénégal. La corvée d’eau représente pour les femmes rurales une tâche pénible et fatigante. En général, les puits et les habitations sont séparés par une longue distance et les femmes sont dans l’obligation de faire la navette à plusieurs reprises. Lorsqu’une femme est de tour, elle puise environ 10 à 15 36 bassines d’eau pour elle-même, c’est- à- dire pour sa case et ce dont elle aura besoin pour la cuisson. Elle doit remplir également le canari de sa belle mère comme il est de coutume dans les villages. Le portage se fait sur la tête.

L’entretien des enfants

 L’effet de la polygamie ne cesse d’être, surtout dans certaines zones rurales, une course vers une progéniture nombreuse. Ce calcul des femmes pour un quelconque héritage fait qu’elles ont en moyenne une dizaine d’enfants. Leur situation précaire ne les stimule pas à revoir leur fécondité car estimant que se sont des troupeaux de Dieu, et que Dieu pourvoira à leur nourriture. Chaque femme entretient ses propres enfants, et que tout ce qui est des chaussures, vêtements lui revient. Chaque épouse dispose de sa propre hutte ou case où elle vit avec ses enfants en bas âge. Toutes ces activités que nous avons énumérées ci dessus n’épargnent pas les célibataires qui, pour entretenir un futur ménage, doivent travailler, en secondant leur maman dans les travaux ménagers. Toutes les célibataires que nous avons rencontrées sont fiancées ou sont en voie de l’être. Elles sont âgées de 20 à 24 ans. Ce qui montre que l’âge au mariage des jeunes filles augmente de plus en plus par rapport à ce qu’il était dans les temps passés. Les femmes adultes estiment lors de leur premier mariage elles avaient environ 15 à 17 ans. Le plus souvent le mari était un proche parent. Le père ou l’oncle maternel décide du sort de la jeune fille en lui proposant un mari même contre son gré. Ainsi, une fois mariée, elle ne peut que subir l’arrivée de nouvelles épouses au foyer du mari et doit se plier aux usages de la cohabitation. La polygamie est conforme aux prescriptions des ancêtres. Elle est bénéfique pour le lignage et le clan, car elle conduit à leur accroissement et à leur force. Cependant, malgré la situation de crise, la polygamie reste une pratique courante. Toutes les lavandières mariées ont des coépouses. La polygamie reste valorisée par les perceptions collectives. Elle est considérée comme un régime tout à fait « normal » pour les hommes qui font, unanimement, l’éloge de la polygamie dont les avantages pour eux l’emportent largement sur les inconvénients. Ils admettent que l’entretien de plusieurs épouses est plus difficile à réaliser ; ils posent donc comme condition que le mari en ait les moyens. Il n’est pas facile, aussi, de faire l’égalité entre les épouses et, en ayant une préférence, on pêche contre les recommandations du Coran. Pour les hommes, les avantages de cette institution sont nombreux. Certains sont d’ordre économique et social. La polygamie élargit la parente et, partant, le cercle premier des relations sociales de solidarité. De manière plus immédiate et plus concrète, elle agrandit la famille ( augmente le nombre de ses bras) et rend possible l’accroissement de la production et de biens en général (dans une économie peu ou pas mécanisée). Elle assure la sécurité du père de famille dans ses vieux jours, en lui permettant d’avoir beaucoup d’enfants, même si tous ne survivent pas, ne réussissent pas ou ne s’occupent pas de lui. Toutes ces considérations font que certains même sans revenu ou avec un revenu moyen, aspirent à la polygamie. Ceci étant dit, les maris des lavandières sont des agriculteurs et cette profession, comme nous l’avons déjà expliqué dans les pages précédentes, ne donne plus satisfaction au niveau des villages avec les nombreux obstacles autour. Au village, les lavandières n’avaient aucune source de revenus à part les produits des efforts physiques consentis pour la famille. 

Table des matières

INTRODUCTION GENERALE
PREMIERE PARTIE : CADRE GENERAL ET
METHODOLOGIQUE
CHAPITRE 1 : CADRE GENERAL
1. 1. Contexte et justification
1. 2. Problématique
1. 3. Objectifs de la recherche
1. 4. Hypothèses
1. 5. Modèle théorique
1. 6. Revue critique de la littérature
1. 7. Définitions conceptuelles
CHAPITRE 2 : CADRE METHODOLOGIQUE
2. 1. Cadre d’étude
2. 1.1. La région de Dakar
2. 1. 2. La Gueule Tapée
2. 2. Méthodes et technique de recueil de données
2. 2. 1. Echantillonnage
2. 2. 2. Les techniques de recherches
2. 2. 2. 1. La recherche documentaire
2. 2. 2. 2. Les entretiens exploratoires
2. 2. 2. 3. L’ observation
2. 2. 2. 4. L’enquête par entretien
2. 3. Les difficultés rencontrées
DEUXIEME PARTIE : ANALYSE ET INTERPRETATION DES RESULTATS
CHAPITRE 3 : GENERALITES SUR LA MIGRATION25
CHAPITRE 4 : SITUATION FAMILIALE DES LAVANDIERES DANS LEUR LIEU D’ ORIGINE
4. 1. La préparation des repas
4. 2. Le ramassage du bois
4. 3. Le pilage
4. 4. La corvée d’eau
4. 5. L’entretien des enfants
CHAPITRE 5 : LES MOTIVATIONS DU DEPART
5. 1. La motivation des femmes adultes
5.2. La motivation des jeunes filles
CHAPITRE 6 : LES CONDITIONS DE TRAVAIL
6. 1. L’organisation du travail
6. 2. Le rapport avec les clients
CHAPITRE 7 : LES CONDITIONS DE VIE
7. 1. Le logement
7. 2. Les conditions de restauration
7. 3. Les conditions de santé
7. 4. Le revenu mensuel
7. 5. Les activités parallèles
CHAPITRE 8 : LES PROBLEMES RENCONTRES
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXE

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