MODES D’EXPLOITATION DES SURFACES ARABLES EN VILLE

AVENIR ET PERSPECTIVES DE LA CULTURE MARAÎCHERE AVEC USAGE DES EAUX USEES TRAITEES A CAMBERENE

Les pays du tiers-monde ont connu ces dernières décennies une augmentation urbaine spectaculaire dont le rythme dépasse celui des pays développés, bien que le degré d’urbanisation y soit encore moins élevé qu’ailleurs. Ce rythme de croissance des villes du tiers-monde est loin d’être uniforme et varie d’un continent à l’autre et d’une région à l’autre à l’intérieur d’un même continent. L’Afrique est le continent le moins urbanisé du tiers- monde et l’Afrique sub-saharienne, la région du monde où le taux d’urbanisation croît actuellement le plus rapidement27. Les villes du Sénégal, Dakar en particulier n’échappent pas au processus de croissance accélérée, qui exerce une forte pression foncière. Face à cette croissance incontrôlée et les contraintes liées à ses impacts négatifs, il est important de penser à l’avenir de la culture maraîchère. C’est pourquoi nous allons évoquer à ce niveau la culture maraîchère face à la pression foncière et penser à l’amélioration des pratiques qui existent.

PROBLEMATIQUE DE L’ACCES AU FONCIER

La région des niayes de Dakar a connu, au cours des dernières décennies, de profondes mutations que lui ont imposées de fortes contraintes naturelles et anthropiques qui, combinée à la vulnérabilité écologique et climatique, se traduit aujourd’hui par une précarité qui risque à long terme de réduire très significativement le potentiel de sécurité alimentaire de la région. Parmi ces facteurs de vulnérabilités, on peut citer une forte croissance urbaine entrainant une énorme pression sur le foncier arable. La grande sécheresse des années 1970 qui a frappé l’ensemble des pays du Sahel, est également responsable d’un afflux de population rurale venu chercher dans les niayes des conditions de vie meilleures. Cette migration massive a considérablement augmenté la pression foncière et a engendré un surcroît d’urbanisation « spontanée », notamment autour des grandes agglomérations (exemple de Pikine). Le changement d’occupation des sols résultant est la cause d’une diminution durable des surfaces agricoles (Diop A, 2006). Le problème lié au foncier est souvent évoqué par les maraîchers lors de l’enquête (Cf. Tab.32). Environ 66% ont évoqué la pression foncière comme obstacle à la culture maraîchère urbaine.

MODES D’EXPLOITATION DES SURFACES ARABLES EN VILLE

A l’intérieur de la ville, la population a développé une stratégie locale de production maraîchère qui s’est traduite par la réutilisation des eaux usées. L’usage des eaux usées traitées présentent, d’après les producteurs, plusieurs avantages. Cette pratique réduit les quantités de fertilisants minéraux utilisées, raccourcit le cycle des cultures (gain d’une semaine pour la laitue), améliore le développement végétatif et augmente les rendements. Au- delà de la mise à disposition de fertilisants, la réutilisation des eaux usées épurées réduit les besoins en pesticides et en herbicides. Ces maraîchers exploitent des domaines relativement bassin arachidier et de la Guinée.

Ils cultivent des espèces locales, bon marché, pour les consommateurs à moindre revenu. Les légumes récoltés, s’ils ne sont pas autoconsommés, suivent un circuit de commercialisation de proximité. Malgré la petitesse des superficies, les cultures sont très diversifiées. Une dizaine de spéculations est notée mais la laitue, la tomate et le piment sont les plus cultivés. Les deux premières spéculations sont des espèces susceptibles d’être consommées crues, ce qui accroît les risques sanitaires liés à la réutilisation des eaux usées brutes. Sur le plan foncier, la situation de ces maraîchers est assez précaire. En effet, les terres leur sont prêtées, louées ou données en métayage. Ils peuvent en perdre l’usage à tout moment ; ce qui peut justifier la faiblesse des investissements limités à la mobilisation de la ressource « eau ».

La loi 64-46 du 17 juin 1964 définit l’ensemble des terroirs comme appartenant à un « domaine national », différent du domaine de l’Etat dont les composantes publiques et privées sont déterminés par la loi 76-66 du 2 juillet 1976. Le domaine national qui regroupe à sa création plus de 98% du sol sénégalais est confié à l’Etat « en vue d’assurer leur utilisation et leur mise en valeur rationnelles, conformément aux plans de développement et aux programmes d’aménagement » (Art.2). Aucune terre du domaine national ne peut être vendue. Elles ne peuvent être immatriculées qu’au nom de l’Etat (Art. 3).

Parmi les quatre catégories de classement des espaces du domaine national (zones urbaines ; zones classées ; zones des terroirs et zones pionnières), la zone des terroirs correspond « aux terres qui sont régulièrement exploitées pour l’habitat rural, la culture ou l’élevage » (Art.7). Ces terres sont affectées aux « membres des communautés rurales qui assurent leur mise en valeur et les exploitent sous le contrôle de l’Etat et conformément aux lois et règlements. Ces communautés sont créées par décret pris sur proposition du Gouverneur après avis du comité régional de développement ; le même décret définit les limites du terroir correspondant » (Art. 8). Enfin « les terres de la zone des terroirs sont gérées sous l’autorité de l’Etat et dans les conditions fixées par décret, par un Conseil rural et par le Président dudit Conseil » (Art. 9). Démarche juridique d’une grande originalité, la loi de 64 tente de reconduire les droits traditionnels sous une forme modernisée puisque « le maintien en l’état des modes ancestraux.

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