Prise en soin des adolescents en ergothérapie

Les rôles de l’ergothérapeute 

Les documents de cette revue traitent du rôle de l’ergothérapeute en santé mentale générale.  L’OEQ7 a défini le rôle de « l’ergothérapeute au sein des services de santé mentale en première ligne » pour la jeunesse. Dans ce document professionnel venant du Québec, il est décrit une clause spécifique du rôle de l’ergothérapeute dans ce domaine : évaluer les patients ayant eu un diagnostic ou une évaluation d’un trouble mental par un professionnel formé à l’élaboration des diagnostics . L’OEQ fait mention de la contribution de l’ergothérapeute dans le rassemblement des informations pour l’élaboration d’un diagnostic .
Finalement dans ce type d’établissement, l’organisme énonce que « les ergothérapeutes sont appelés à : Contribuer à l’établissement du diagnostic médical et du pronostic ; Participer à l’élaboration et à la réalisation du plan d’intervention interdisciplinaire ; Promouvoir la santé et la prévention auprès de public ou de groupes ciblés ; Participer à des activités d’éducation, de consultation, de recherche et de gestion. »
Ainsi, ce document professionnel décrit la base de la pratique de l’ergothérapeute au Québec. Il est expliqué aussi dans ce document que les ergothérapeutes se serviraient de leurs compétences pour analyser les problèmes rencontrés par les adolescents dans leur quotidien. Ils devraient alors, pour cela, prendre compte de l’environnement physique, social et des capacités de l’adolescent. Le fait de se concentrer sur l’occupation de l’adolescent est ancré dans le rôle de l’ergothérapeute : ce serait la base de son intervention . Ce rôle est d’ailleurs présenté aussi dans deux autres études venant toute deux du Canada. La première étude vise à déterminer le rôle de l’ergothérapeute auprès d’adolescents en santé mentale . Elle implique que l’ergothérapeute ne prendra pas lui-même les décisions pour le patient, mais il l’accompagnera tout au long de ses choix . En effet, l’ergothérapeute se servirait de ses compétences pour encourager, aider à l’adaptation, coordonner et être une source de savoir que le patient peut consulter . La deuxième étude traite aussi du rôle de l’ergothérapeute en santé mentale, mais aussi de son organisation . Elle précise que le rôle de l’ergothérapeute est de rester focalisé sur l’occupation. Elle détaille que pour les auteurs, l’ergothérapeute devrait jouer un rôle majeur dans la prise en soin en santé mentale . Ce rôle majeur découlerait de l’approche holistique de l’ergothérapeute et de son but d’agir sur la personne, son environnement et ses occupations.

Les prises en soin ergothérapiques 

D’après l’Ordre des ergothérapeutes du Québec, les thérapies pour les adolescents en santé mentale peuvent prendre diverses formes, de modèles et d’approches . Cet Ordre cite notamment le Modèle de l’occupation humaine, le Modèle Canadien du Rendement Occupationnel, l’Approche Cognitivo-comportementale, la Réadaptation psychosociale et la Réadaptation psychodynamique . Cependant, ces modèles et approches ne sont pas décrit par les auteurs et concernent les ergothérapeutes québécois. Pourquoi l’ergothérapeute choisit-il d’utiliser une approche/méthode plutôt qu’une autre ? Dans quelle mesure l’intervention de l’ergothérapeute français change-t-elle en fonction de ce que l’ergothérapeute choisi comme médiation ? Pourquoi les ergothérapeutes utilisent-ils une méthode ou une approche plutôt qu’une autre ? Quels sont ces modèles/approches utilisés par les ergothérapeutes français ?
Pour l’OEQ, le but des ergothérapeutes serait l’épanouissement du patient dans ses habitudes de vie. La prise en soin des adolescents s’inspirerait de celle faite chez les adultes . L’ergothérapeute évaluerait les troubles de l’adolescent pour orienter son intervention, notamment par une évaluation du rendement occupationnel du patient . Cela permettrait de mettre en place une activité thérapeutique centrée sur la personne . Pourquoi la prise en soin de l’adolescent s’inspire-t-elle de celle de l’adulte ? Y a-t-il des différences entre une prise en soin d’un adolescent et celle d’un adulte ?
Ensuite, concernant la composition des interventions, nous pouvons nous baser sur une étude faite au Canada et traitant de l’expérience des patients . D’après celle-ci, la plupart des interventions d’ergothérapie en psychiatrie sont des séances groupales de trois ou plus, centrées sur des activités . Ce document cite notamment différentes formes de thérapies de groupe qui seraient utilisées : groupes d’activités, groupes de tâches, groupes directifs, groupes d’intervention/modulation sensorielle, groupes psycho-éducatifs, groupes communautaires et d’entraides et bien d’autres . Ensuite, les résultats de cette étude montrent divers types d’activités utilisées en ergothérapie en groupe : atelier cuisine, atelier de création, atelier de jardinage, atelier de psychoéducation, etc . L’ergothérapeute français en santé mentale utilise-t-il également ces activités auprès d’adolescents ?
Concernant la prise en soin par les ergothérapeutes à distance, un seul document écrit par une ergothérapeute française a pu être trouvé. Ce dernier décrit des séances d’ergothérapie individuelles et groupales auprès d’adolescents en justifiant les choix des séances et des thèmes. Très peu de séances individuelles sont décrites dans les divers documents. Certains ne font que l’évoquer, c’est le cas du document écrit par l’ANFE concernant la pratique ergothérapique en santé mentale avec un public général . Pourquoi y a-t-il très peu d’études de recherche portant sur les séances individuelles ? Dans quelle mesure l’ergothérapeute choisit-il de réaliser des séances groupales plutôt qu’individuelles ?
Pour finir, dans l’article traitant des expériences des patients, les auteurs recueillent leurs avis sur des interventions groupales qu’ils ont expérimentées. D’après eux, les interventions ergothérapiques permettraient aux patients d’être concentrés sur le moment précis et non directement sur leurs maladies . Ces auteurs ajoutent aussi que ces groupes permettrait de rencontrer des personnes vivant des situations similaires à la leur .

L’effet de l’ergothérapie 

Trois articles de recherches traitent de l’efficacité de l’ergothérapie sur la santé mentale adolescente . Deux études démontrent tout d’abord une possible efficacité de cette thérapie. Puis, au contraire de ces résultats, ceux donnés par Brooks et Bannigan dans leur étude, ne montrent pas une efficacité évidente. La première étude, affirmant l’efficacité de cette pratique, vient des États-Unis. Elle est une revue de littérature recherchant l’efficacité de l’ergothérapie en santé mentale adolescente dans 124 articles . Les auteurs de cette revue (Arbesman, Bazyk et Nochajski) ont classé ces articles sélectionnés en termes de niveau d’évidence, avec le niveau I étant un haut niveau d’évidence et le niveau V un niveau pauvre en évidence. Il faut savoir que 84% de ces articles ont obtenu un niveau I et II d’évidence . Dans la discussion des résultats de cette revue, les auteurs ont écrit avoir trouvé une abondance de l’évidente efficacité de cette thérapie pour les enfants et les adolescents âgés de 3 à 21 ans . Cependant, ces résultats ne sont pas décrits en termes de chiffre pouvant prouver ces dires.
La deuxième étude affirmant l’efficacité de cette prise en soin, vient du Royaume-Unis. Elle est une recherche quantitative quasi expérimentale dont le but est de découvrir l’influence de l’ergothérapie sur la détresse psychologique des patients . Kohn, Hitch et Stagnitti, les auteurs de cette étude, ont utilisé l’outil Kessler psychological distress scale (K10) pour évaluer le niveau de détresse psychologique des patients sujets de cette étude, avant et après les interventions (ici le public n’est pas seulement adolescent) . L’échelle de cet outil correspond à :
En dessous de 20 : personne susceptible d’être en bonne santé ;  Entre 20 et 24 : personne susceptible de présenter un trouble mental léger ;  Entre 25 et 29 : personne à risque de troubles mentaux modérés ;  Au-dessus de 30 : personne à risque de troubles mentaux graves ; Ils ont découvert une grande différence de niveau dans ce score entre avant l’intervention en ergothérapie et après l’intervention. En faisant une moyenne des résultats des scores, celui-ci passe de 25.68 à 21.00 avec une valeur de probabilité de 0.001. Cette valeur étant une valeur de haute probabilité de significativité des résultats : plus la valeur est faible, plus la probabilité de commettre une erreur dans les résultats et de rejeter l’hypothèse nulle est faible. Donc, pour cette étude, l’ergothérapie aurait un effet positif sur la détresse psychologique de l’adolescent . Cependant, ces deux études présentent des limites, par exemple : l’efficacité démontrée peut être due à une thérapie parallèle à l’intervention réalisée.
En opposition des 2 études précédentes, celle réalisée par Brooks et Bannigan en Australie, ne démontre pas une efficacité évidente de l’ergothérapie dans la prise en soin des adolescents ayant un trouble de santé mentale . Elle prend la forme d’une revue de littérature où les articles sélectionnés ont des résultats trop divergeant pour démontrer une telle évidence.
Cependant, cette étude a seulement sélectionné neuf articles et elle ne présente pas de résultats numériques dans ses résultats. Ainsi, son niveau de scientificité n’est pas très haut . Nous pouvons alors nous demander : pourquoi existe-t-il une telle différence dans les résultats ?
Quelles sont les modalités de prise en soin ergothérapiques observées dans ces études ? Est-ce que les modalités de prises en soin utilisées pourraient expliquer la différence dans les résultats de ces trois études ?
Si l’on considère que cette pratique serait effective, d’après l’étude qualitative de Zedel et Chen, l’ergothérapie aurait de l’impact en santé mentale sur : les activités, les connections interpersonnelles, la confiance en soi, le sentiment d’appartenance, le développement des compétences et les expériences émotionnelles . L’ergothérapie agirait aussi sur la détresse psychologique, les facultés sociales et le stress des patients.

CLiCours.com :  Prise en charge du trouble de l'usage de l'alcool

La santé mentale et la psychiatrie 

Deux textes professionnels français se distinguent des documents de cette revue de littérature. Ils traitent de la séparation de la santé mentale et de la psychiatrie. Le premier, écrit en 2019, nous relate la distinction faite entre ces deux domaines. En effet, « La santé mentale se distingue de l’aliénisme et de la médecine psychiatrique » . La vision se serait élargie aux citoyens et ne concernerait donc plus seulement les spécialistes et les médecins. D’autres domaines comme le droit, l’économie ou la politique entreraient en jeu désormais. La santé mentale devient une culture propre de l’individu. La psychiatrie serait quant à elle reléguée à une discipline qui mobilise à la fois le savoir, mais aussi les techniques . Ce texte évoque également la définition produite par l’OMS sur la santé mentale . L’utilisation des mots « bien-être » impliquerait que l’on ne juge pas celui-ci par rapport à l’accomplissement propre de l’individu, mais de celui de la communauté . C’est-à-dire que l’individu contribuerait à son accomplissement personnel en ayant un bon épanouissement auprès de sa communauté . Ensuite, concernant le deuxième texte, c’est un écrit professionnel de 2017 . Celui-ci évoque une certaine distinction se faisant entre la psychiatrie et la santé mentale. Il introduit la notion de globalisation de la psychiatrie dans le but de l’intégrer dans la prise en soin générale . Il « souligne la priorité d’œuvrer pour la santé mentale afin d’obtenir une parité réelle entre santé physique et mentale, dans le programme des années à venir visant le développement global de la santé » . Pour finir, ces deux documents présentés n’ont pas suivi une méthode scientifique. De plus, ce sont des documents écrits par des professionnels sans recherche scientifique rigoureuse. Ainsi, leur niveaux de scientificité sont relativement bas.

Table des matières

Introduction
1.1 Emergence du thème
1.2 Explication du thème
1.3 Résonance du thème
1.4 Revue de la littérature 
1.4.1 Méthodologie de recherche de la revue de littérature
1.4.2 Analyse critique de la revue de littérature
1.5 Résonance du thème 
1.6 Synthèse de la problématisation pratique 
1.7 Enquête exploratoire 
1.7.1 Méthodologie de l’enquête exploratoire
1.7.2 Entretien test du dispositif de recueil de données
1.7.3 Outil d’analyse de l’enquête exploratoire
1.7.4 Résultats
1.7.5 Analyse verticale des entretiens
1.7.6 Cas clinique
1.7.7 Liens avec la revue de littérature
1.8 Critique de l’enquête exploratoire 
1.9 Problématisation pratique 
1.10 Cadre de référence
1.10.1 Cadre théorico-conceptuel de l’autonomie
1.10.2 Cadre conceptuel du jeu
1.11 Problématisation théorique
1.12 Confrontation des éléments théoriques et pratiques
1.13 Question de recherche
2 Matériels et méthode
2.1 Choix de la méthode de recherche
2.2 Choix de la population cible
2.3 Outil de recueil de données
2.3.1 Choix de l’outil de recueil de données
2.3.2 Loi Jardé
2.3.3 Création de la matrice d’entretien
2.4 Biais et stratégies d’atténuation
2.5 Test de l’outil
2.6 Déroulement de l’enquête
2.7 Outil d’analyse des résultats
3 Résultats
3.1 Données Descriptives
3.2 Analyse thématique
3.2.1 Analyse verticale
3.2.2 Analyse horizontale
4 Discussion 
4.1 Interprétation des résultats
4.1.1 Interprétation selon le cadre conceptuel
4.1.2 Interprétation selon la revue de littérature et l’enquête exploratoire
4.1.3 Interprétation selon de nouvelles sources
4.2 Eléments de réponse à l’objet de recherche 
4.3 Critique du dispositif de recherche
4.4 Apport, intérêts, limites et transférabilité professionnelle
4.5 Perspective de recherche 
Bibliographie
Annexes

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