Soutien social, famille & mortalité

Soutien social, famille & mortalité

Si d’après ce que nous avons pu observer, la santé d’un individu – et donc les possibilités qu’il a de réduire les risques de mortalité afin de s’inscrire dans la durée : longévité – est largement soumise à l’influence des conditions de travail, des modes de vie, des pratiques, voire même des conditions de logement, il faut toujours avoir en tête que nous ne saisissons qu’une partie des facteurs susceptibles d’exercer des effets propres sur la longévité, et donc sur les différences sociales de mortalité. Privilégiant, dans notre analyse, l’attention portée aux causes sociales qui, selon la formule, produisent de l’inégalité devant la maladie et la mort, nous sentons aussi qu’il est nécessaire, dans une perspective sociologique, de ne pas mésestimer l’influence que peut avoir le soutien social, la vie sociale sur la santé des individus. Le constat selon lequel les personnes seules, célibataires, veuves ou divorcées/séparées ont davantage de problèmes de santé que les individus mariés a été effectué il y a déjà plus d’un siècle. Durkheim, dans sa célèbre étude du suicide, a lui-même souligné les bienfaits de la vie sociale et notamment de la vie de famille (intégration domestique) pour prévenir du penchant au suicide. D’une façon plus générale, la mortalité des célibataires, supérieure à celle des mariés, quelque soit l’âge, a été mise en évidence par Bertillon à la fin du 19ème siècle, celui-ci attribuant la moindre mortalité des mariés à la régularité de la vie conjugale. Mais ce n’est qu’à partir des années 1970 que des recherches empiriques se sont développées sur ces  questions.2 Après avoir pris soin d’apporter quelques éléments (études) qui montrent combien le mariage, et plus explicitement la vie de famille qui est susceptible d’en découler, prémunit contre la mortalité précoce, nous interrogerons les interprétations classiques qui suggèrent que les responsabilités familiales amènent les hommes mariés à devenir plus prudents et à mesurer les risques, argumentation qui va dans le sens d’un effet protecteur de la vie domestique auquel s’ajouterait un phénomène de sélection indiqué par le mariage, les personnes de santé médiocre trouvant plus difficilement à se marier que les personnes bien portantes. Mais avant d’essayer de comprendre en vertu de quels principes ou selon quelle logique s’établit un rapport de causalité entre qualité, densité, ou au contraire pauvreté des liens sociaux et mortalité (et sans omettre, aussi, d’indiquer que la propension à l’isolement relationnel – et toutes les conséquences que cela peut avoir…- est en partie dépendante du milieu social), nous pensons nécessaire, dans un premier temps, de rendre compte « objectivement » de ce que l’on entend par vie sociale d’un individu, de voir quels sont les indicateurs qui permettent de mesurer l’intensité de cette vie sociale, ou, au contraire, la fragilité, voire le délitement de liens conduisant à l’isolement.

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Nous n’allons pas entreprendre ici une étude approfondie, un long développement sur la question du lien social, sur un objet qui a longtemps – et qui continue encore – mobilisé les sciences humaines (on pense notamment à la problématique classique héritée des « Lumières » : pourquoi et comment les hommes vivent ensemble…). Au-delà du temps qui nous ferait défaut, nous risquerions aussi de nous égarer dans des discussions qui ne pourraient être que partiellement en lien avec les sujets qui nous préoccupent, même si la question de l’inégalité devant la mort rejoint aussi, d’une certaine façon, celle du délitement du lien social, de l’isolement, de la perte de ressources affectives et symboliques. Aussi essayerons-nous, pour penser les rapports entre vie sociale, soutien social et santé, mortalité, de réfléchir un tant soit peu sur ce qu’apporte à l’homme la vie en société (quelle qu’en soit sa forme, sa nature…), sur ce besoin quasi vital qu’ont les individus d’être intégrés, soutenus par divers groupes sociaux. « Etres humains, avant tout autre caractéristique, nous sommes des animaux vivant en société »3, précise Leakey, dans un bel ouvrage consacré aux origines de l’Homme. « Au point de vue émotionnel, ajoute-t-il, nous avons besoin de faire partie d’un groupe ». L’homme est donc, avant tout, un animal social, et cette vielle considération anthropologique, exprimant une réalité qui est au fondement même des sociétés, prend tout son sens lorsqu’on observe de plus près les relations entre ressources sociales – entendues comme support, soutien social – et mortalité. Cela étant dit, comment mesurer le degré de sociabilité d’un individu, l’intensité de sa vie sociale ? Quels sont les indicateurs pertinents qui permettent de rendre compte objectivement de la solidité, de qualité, de la fréquence, ou au contraire de la fragilité des liens sociaux et du support dont celui-ci peut bénéficier ? Répondre avec rigueur et précision à ces interrogations n’est pas chose facile, néanmoins, pour avoir une idée à peu près objective du soutien social dont un individu profite (ce qui renvoie aussi à la notion de « capital social » – Bourdieu -, désignant, en partie, des ressources liées à la possession d’un réseau durable de relations, d’interconnaissances, ou encore l’appartenance à un groupe…), on peut s’appuyer sur quelques indicateurs de lien social, identifier quelques sources de soutien .

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