Avantages et limitbilan contrasté du programme

Avantages et limitbilan contrasté du programme

L’analyse des stratégies communicationnelles menées par le gouvernement français nous permet de déboucher sur une nouvelle hypothèse : la Foire du livre de Francfort, loin de se résumer à une manifestation autour du livre, par et pour les professionnels de ce milieu, serait un sésame pour la stratégie d’influence des pays à l’honneur. Sous la pression d’enjeux économiques, le livre se fait outil politique de premier ordre. Non pas seulement pour tenter de redresser l’économie, comme ont pu le démontrer les efforts déployés entre France et Allemagne en vue de partenariats éditoriaux, mais également pour redorer l’image de la France aux yeux de l’Europe toute entière, et à l’international. Pourquoi cette démarche est-elle perceptible ? Loin d’être parfaite, l’organisation laisse voir quelques défauts qui en trahissent les objectifs. Dans cette partie, les points forts et surtout les points faibles de cette stratégie sont interrogés, disséqués, décryptés. Par exemple, on observe que l’Institut français et l’OFAJ, les deux réseaux les plus visibles et les mieux implantés sur le territoire allemand, n’ont pas collaboré à l’occasion de la préparation de Francfort. Ce cloisonnement des institutions sonnent l’alarme.

Le maillage du réseau culturel français, certes très dense, n’est-il pas entravé par le manque de coordination des institutions ? Celles-ci ne gagneraient-elles pas à travailler davantage ensemble, pour un plus large rayon d’action de la présence française à l’étranger ? Autre point sensible, la langue française, l’un des ressorts majeurs de la communication autour de Francfort en français, est-elle réellement au cœur des préoccupations, est- elle d’ailleurs réellement exploitée par les politiciens français sur la scène internationale, qui bien souvent multiplient les anglicismes ? Ce recours de plus en plus systématique à la langue anglaise même dans des contextes franco-français, évolue conjointement avec l’implantation de nouveaux modèles économiques, dont la start-up semble être le symbole le plus prégnant. Cette dernière influence aujourd’hui jusqu’au traitement de la culture, qui s’apparente de plus en plus au monde des affaires (pour ne pas employer le terme, aujourd’hui plus expressif, de business). S’il est naturel que les modèles évoluent, on en vient néanmoins à se demander si ce n’est pas souvent au détriment de la qualité. Un dernier point nous amène à interroger « l’après » Francfort : cette opération sera-t-elle efficace sur le long terme ? Les médiateurs franco-allemands s’inquiètent. À la suite de ce rapport sur les lacunes du programme, nous nous proposons de rédiger une série de recommandations, sous forme de propositions concrètes, visant à améliorer l’influence française en Allemagne.

Dans cette partie, à l’image de l’ensemble de notre étude, nous nous focalisons sur la représentation française en Allemagne. Elle est portée par une multitude d’organismes, d’associations et d’institutions consacrés au soutien des échanges franco-allemands tant au niveau culturel qu’éducatif ou professionnel. Les deux réseaux les plus visibles sont l’Institut français et l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, tous deux publics et partiellement subventionnés par l’État. À Berlin, l’association privée Centre français vient renforcer d’un cran l’esprit de concurrence. Force est de constater que ces entités ne collaborent que très occasionnellement et jouent, isolément, leur rôle de balise francophone sur le territoire. Il en découle une lisibilité malaisée pour les visiteurs étrangers désireux de rallier l’un ou l’autre et d’entrer en contact avec la France. À tel point que le Ministère des Affaires Étrangères (MAE), en 2013, a lancé l’idée d’un label unique, type « Espace France » qui rassemblerait précisément ces acteurs – que le réseau privé Fondation Alliance française vient encore complexifier dans certains pays, dont l’Allemagne ne fait pas partie – et faciliterait ainsi leur  aussi dans leurs missions. Dans le cas de l’Institut français, on est face à un service externe de l’Ambassade de France dont il dépend hiérarchiquement. D’un point de vue juridique, il est donc très encadré et obéit à des objectifs précis, définis par le Ministère des Affaires Étrangères. Il se décline selon trois axes, que sont les services de la Culture, des Cours et enfin de la Médiathèque, amenés à travailler très souvent ensemble.

D’un point de vue financier, les instituts sont indépendants : le budget est librement réparti entre les services, à condition d’être validé par le MAE et un commissaire  aux comptes.74 Jusqu’en 2012, 50% des subventions sont publiques. Pourtant, les instituts sont amenés progressivement à plus d’autonomie financière (60% à partir de 2012) et d’ici 2022 jusqu’à 80%. La situation économique périlleuse de l’État français n’y est pas étrangère. Ces mesures, loin d’accorder la liberté, est un fardeau pour les instituts pris à la gorge et contraints, de plus en plus souvent, de fermer. L’alternative : faire de la culture un business et valoriser les cours de français, payants. La culture ne rapporte pas, elle permet seulement d’accroître la visibilité. Dans les faits, l’IF est donc entièrement dépendant du gouvernement, seul à pouvoir décider de sa survie. C’est là tout le paradoxe d’un État qui, tout en souhaitant pourtant renforcer son rayonnement culturel, écrase son représentant.

 

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