Exploration des risques pour le maintien à domicile et l’impact de l’introduction d’une solution innovante sur leur réduction

Exploration des risques pour le maintien à domicile et l’impact de l’introduction d’une solution innovante sur leur réduction

Maintien à domicile et risques pour les personnes âgées

Cette section présente une synthèse de la notion de maintien à domicile et des risques auxquels les personnes âgées peuvent être exposées. Le risque de chute est présenté plus en détail. Le maintien à domicile Le vieillissement de la population mondiale est une préoccupation majeure qui va encore s’amplifier dans les années à venir. En effet, les tendances démographiques révèlent une augmentation de la proportion de personnes âgées et un allongement de l’espérance de vie. Le maintien à domicile des personnes âgées est l’une des principales alternatives pour faire face à cette situation et aux risques de saturation des établissements de santé ou médicosociaux (Zefouni 2012). Le maintien à domicile peut être défini comme l’expression du désir des personnes qui ont fait le choix de continuer à vivre chez elles jusqu’à la fin de leurs jours (Ennuyer 2014). Différents facteurs influencent ce choix. Certains facteurs sont directement associés à la personne, comme ses ressources financières, le recours aux aidants familiaux ou les caractéristiques du logement habité. D’autres facteurs dépendent de l’accès aux lieux stratégiques et aux services de proximité comme les établissements de santé, les commerces, ou les espaces culturels (INSEE 2012). Les décideurs politiques et les prestataires de soins de santé préfèrent également que les personnes âgées restent chez elles et dans leur communauté, en raison de la saturation des structures de prise en charge et les coûts élevés du séjour dans ces établissements (Peek et al. 2014). Avec le vieillissement, plusieurs facteurs peuvent affecter l’autonomie des personnes âgées, notamment les troubles fonctionnels et cognitifs, les maladies chroniques, la diminution du réseau social, un faible niveau d’activité physique (Peek et al. 2014). Pour cette raison, le maintien à domicile doit s’accompagner de certaines adaptations à la maison et d’un soutien qui prend en compte toutes les dimensions de la personne, qu’elles soient physiques, psychiques ou sociales (Ennuyer 2014). Risques défavorables au maintien à domicile Le choix de rester à domicile comporte des risques pour les personnes vieillissantes (Ennuyer 2014). Différentes approches s’intéressent à un diagnostic de ces risques (Carter et al. 1997; Vandentorren et al. 2006; Vázquez-Sánchez, Gastelu-Cantero, and Casals-Sánchez 2008). Une revue de la littérature effectuée par Stuck et al. présente une liste des risques de Exploration des risques pour le maintien à domicile et l’impact de l’introduction… 93 déclin de l’état fonctionnel des personnes âgées vivant à domicile (Stuck et al. 1999). Cependant, ces risques se concentrent sur les aspects biologiques de la personne âgée, tels que la santé physique et mentale et les aspects sociaux. D’autres études ont identifié des risques supplémentaires qui tiennent compte de l’impact de l’environnement sur le bien-être d’une personne âgée à domicile (Berr et al. 2012; Clement, Rolland, and Thoer-Fabre 2007; Swift et al. 2017). Afin de proposer une classification des risques pour les personnes âgées à domicile, nous avons d’abord procédé à une analyse des études citées précédemment. Puis nous avons mené des entretiens avec un professionnel de santé (un expert en gériatrie) afin de valider une liste de risques identifiés et de proposer un regroupement. Au final, neuf catégories de risques ont été identifiées. Elles sont composées de facteurs de risque, certaines peuvent être divisées en d’autres risques (Figure 14).

Risque de chute

Les chutes comptent parmi les problèmes les plus courants et les plus graves pour les Personnes Agées. Leurs conséquences touchent principalement la santé des PA (déclin fonctionnel, morbidité, institutionnalisation, mortalité, etc.) et le fonctionnement du système de santé (Tinetti et al. 2006). Selon F. Bon (Bon 2013), des études ont montré qu’un tiers des sujets de plus de 65 ans vivant à domicile font au moins une chute par an. La plupart des chutes chez la personne âgée sont la résultante des interactions entre les facteurs intrinsèques (physiques et cognitifs) et extrinsèques (socio-économiques et liés à l’environnement) (Gaubert-Dahan et al. 2011). L’identification des facteurs de risque de chute des personnes âgées vivant à domicile a fait l’objet de plusieurs études (Leclerc et al. 2008; Pfortmueller, Lindner, and Exadaktylos 2014; Rajagopalan, Litvan, and Jung 2017; Rubenstein 2006). Elles ont démontré que le risque de chute augmente à mesure que le nombre de facteurs de risque augmente. L’attention portée à ces facteurs peut réduire favorablement les taux de chute. 

Proposition d’un modèle pour l’estimation du risque de chute

Comme mentionné précédemment, le risque de chute est un événement grave qui peut remettre en cause le maintien à domicile de la personne âgée. L’estimation de la probabilité d’occurrence de ce risque pourrait améliorer la compréhension de la situation de vie de la personne âgée. Cela pourrait faciliter la conception et mise en œuvre de solutions adaptées pour prévenir la chute et ainsi améliorer le bien-être des personnes âgées à domicile. Cet outil pourrait également être utile pour évaluer l’impact de l’introduction de nouvelles solutions sur la réduction du risque. C’est pourquoi, dans cette section, nous proposons un modèle d’estimation du risque de chute. Pour la construction de ce modèle, nous avons estimé que la technique des réseaux bayésiens, présentée dans le deuxième chapitre, est l’outil le plus pertinent. En effet, parmi les techniques de modélisation et d’analyse de données existantes, les réseaux bayésiens sont bien adaptés pour l’acquisition, la représentation et la manipulation de connaissances (Naïm et al. 2007). Cette technique permet de raisonner sur un problème en évaluant la causalité entre facteurs et sous-facteurs. En outre, elle permet de traiter des informations incertaines, qui proviennent des différentes sources : connaissances d’experts, données issues de questionnaires ou de la littérature. Les réseaux bayésiens ont été déjà utilisés pour l’analyse de risque de chute (Koshmak, Linden, and Loutfi 2014; Wang et al. 2016). Cependant, ces recherches n’ont pas intégré les Exploration des risques pour le maintien à domicile et l’impact de l’introduction… 95 résultats de leur analyse dans l’exploration d’une situation de vie pour la proposition des nouvelles solutions et pour l’évaluation de leur impact sur la réduction du risque. Nous avons utilisé cette technique pour évaluer la probabilité d’occurrence du risque de chute des personnes âgées à domicile. Comme nous ne disposons pas d’analyse statistique sur les chutes à domicile corrélées à des facteurs de risque, nous avons décidé d’estimer cette probabilité en utilisant une connaissance experte. La construction du réseau bayésien pour l’estimation du risque de chute a été réalisée en suivant les étapes proposées par Naim et ses collègues (Naïm et al. 2007). La première consiste à identifier les facteurs de risque et les états que chacun d’eux peut avoir. La deuxième est la définition de la structure du réseau bayésien et la troisième est la construction des tableaux de probabilité conditionnelle. Ces trois étapes sont présentées ci-dessous. Identification des facteurs de risque Dans un premier temps, les facteurs ont été identifiés principalement dans la littérature traitant le risque de chute (American Geriatrics Society 2002; Fos and McLin 1990; GaubertDahan et al. 2011; HAS (Haute Autorité de Santé) 2009; Pfortmueller et al. 2014; Rajagopalan et al. 2017; Rubenstein 2006). Une liste de facteurs a ainsi été préparée et a été ensuite présentée à un expert en gériatrie et à deux chercheurs de notre laboratoire spécialisés dans l’analyse de besoin et dans l’évaluation de l’acceptabilité. Ils ont procédé à l’analyse et à la classification de ces facteurs (Tableau 16). Les facteurs ont été classés en 6 groupes (composés de sous-facteurs) : troubles physiologiques, troubles cognitifs, isolement social, environnement inadapté, mauvaise configuration du lieu de vie et problème de médication. Trois des facteurs identifiés sont évalués individuellement : l’âge, le sexe et les antécédents de chute. Les deux premiers facteurs correspondent à des caractéristiques de la personne et le troisième, à son vécu. Ensuite, nous avons défini deux états possibles pour chaque facteur et sous-facteur : « oui » et « non ». Ces états représentent les variables d’intérêt, c’est-à-dire, les variations que chacun des facteurs peut présenter.  

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