LA PROVENANCE ET LE REMPLOI DES PLAQUES

LA PROVENANCE ET LE REMPLOI DES PLAQUES

Les plaques mises au jour dans le palais 

Les plaques relevées in situ 

Les 44 plaques inscrites trouvées in situ dans le palais royal proviennent toutes du lambris des antichambres ouvrant sur la cour centrale (infra, Fig. 25 et Pl. XVIII.1). Voici une liste détaillée des provenances, qui respecte le sens de lecture probable des inscriptions ainsi que l’ordre de présentation adopté dans la première partie de notre catalogue :  Côté ouest (nos cat. 1-36, Pl. XIX.1, XX-XXIII) : antichambre XIIId (4 plaques), antichambre XII (3 plaques), antichambre XI (9 plaques), antichambre X (12 plaques), pilier X-IX (2 plaques), antichambre IX (6 plaques).  Côté est (nos cat. 37-41, Pl. XIX.2, XXIV) : antichambre LII (3 plaques), antichambre LIII (2 plaques)  Côté nord (nos cat. 42-44, Pl. XIX.2, XXIV) : antichambre LVII (3 plaques) Le plan reconstitué du palais montre que la forme et les dimensions des 32 antichambres encadrant la cour sur ses quatre côtés ne sont pas parfaitement uniformes. En effet, chaque antichambre a une profondeur de 1,60 m, tandis que sa largeur varie entre 2,50 et 3,50 m.Le seuil qui donne accès à la salle postérieure a une largeur moyenne de 1,30 m et est rarement centré sur le mur du fond. Les dimensions des plaques qui revêtaient la partie inférieure des parois des antichambres sont également variables : leur hauteur est comprise entre 70 et 80 cm, tandis que leur largeur varie d’un minimum de 16,5 cm (cf. no cat. 20) à un maximum de 84,2 cm (cf. no cat. 45). Cela démontre que les plaques étaient taillées pour s’adapter aux dimensions du lambris et que leur agencement ne suivait pas un modèle fixe, mais changeait d’une antichambre à l’autre. Par conséquent, le nombre de plaques mises en œuvre à l’intérieur de chaque antichambre n’est pas constant. Dans les antichambres du côté ouest de la cour nous observons de trois (cf. nos cat. 171, 172, 8 et Pl. XXI.1) à cinq (cf. nos cat. 17-21 et Pl. XXII.1) plaques sur chaque mur latéral et deux, ou parfois une plaque (cf. no cat 5) sur le mur du fond, de chaque côté du seuil (Pl. XX.1, XXII.2). Le lambris se poursuivait sur la surface des piliers qui séparaient une antichambre de la suivante, comme le montrent les deux plaques relevées à la base du pilier entre les antichambres X et IX (cf. nos cat. 29, 30, Pl. XXIII.1), mais nous ignorons si, comme le pensait Bombaci, le même décor ornait les parois des quatre īvāns. Nous pouvons bien imaginer que des plaques de la même typologie revêtaient les antichambres précédant les īvāns ouest et est, où des fragments de plaques ont été découverts ex situ, 452 tandis que le plan et les matériaux découverts dans les īvāns sud et nord nous suggèrent que le décor architectural était ici d’autre nature.453 Selon notre hypothèse, le lambris en marbre se déroulait sur le périmètre des antichambres entourant la cour centrale et s’interrompait au niveau des seuils donnant accès aux salles postérieures et, probablement, des īvāns nord et sud. Il aurait atteint une longueur totale de 212 m : en considérant une largeur moyenne de 40 cm par plaque, cela impliquerait la mise en œuvre d’un nombre total de 530 plaques.454 La quantité assez réduite de plaques trouvées in situ correspond donc à 8% du chiffre total présumé. Cette circonstance, ainsi que les déplacements et les endommagements subis par le restant du corpus, compliquent la tâche de reconstituer les parties manquantes de ce décor, dont plusieurs sections ont vraisemblablement disparu sans laisser de traces. Le recoupement des données archéologiques et épigraphiques nous a permis néanmoins de proposer une restitution complète du lambris de l’antichambre XI, obtenue grâce au replacement de deux plaques relevées ex situ dans leur contexte d’origine (Pl. XXI.1, 2). Les deux plaques en question (nos cat. 171, 172) étaient remployées dans le mur du fond de l’īvān de la ziyāra de Sulṭān Ibrāhīm (Pl. XXXII.2), donc à une courte distance de leur contexte d’origine (5.2.1). Les archéologues devaient avoir déjà remarqué la cohérence du décor des plaques nos cat. 172 et 8, puisque dans une photo prise à l’époque des fouilles les deux éléments sont placés côte à côte (Pl. XX.3). En revanche, la continuité entre les plaques n os cat. 171 et 172 nous a été suggérée par Monchi-Zadeh qui a rapproché les textes de leurs bandeaux épigraphiques. 455 La cohérence des inscriptions et des motifs décoratifs de la section centrale, ainsi que les dimensions des plaques, prouvent que nos cat. 171 et 172 revêtaient originellement le mur nord de l’antichambre XI, à droite de la plaque no cat. 8, trouvée in situ. 456 En observant les sections du lambris relevées in situ, nous pouvons reconnaître au moins un indice qui nous parle de la localisation première d’une plaque : notamment, la présence d’une bande verticale lisse occupant toute la hauteur du support sur l’un de ses deux côtés. En effet, cette bande permettait d’encastrer deux plaques à angle droit sans cacher aucune section du bas-relief et elle apparaît sur certains éléments qui étaient originellement placés aux angles internes des antichambres (cf. nos cat. 8, 13, 21). Cependant, ce dispositif n’est pas systématiquement employé et plusieurs plaques placées dans un angle ne montrent pas de bandes verticales (cf. nos cat. 25-26, 37-38, 40-41, 42-43). Nous observons encore que la plaque no cat. 36 présente une bande verticale lisse bien qu’elle ne soit pas placée dans un angle. Cela pourrait suggérer que le positionnement des plaques a subi des variations pendant la mise en œuvre du lambris. Globalement, nous observons que les plaques contigües affichent des différences dans les dimensions et dans les décors épigraphiques et anépigraphes. Nous constatons par exemple que les tiges feuillues entrelacées du registre inférieur ne suivent pas toujours la même direction : dans les plaques nos cat. 1-19, 30, 35, 36 elles se déroulent de gauche à droite, tandis que dans les plaques nos cat. 20-29, 31-34, 37-44 elles vont de droite à gauche. Ces irrégularités sont le résultat d’un projet artistique auquel ont participé de nombreux artisans et elles devaient être atténuées par la couche de peinture qui recouvrait le lambris à l’origine. Mais ces facteurs de discontinuités sont aussi le signe d’un projet probablement conçu pour être apprécié à travers une vision globale plutôt que par une vue de détail. 457 Fig. 25 Plan de la cour du palais avec localisation des plaques relevées in situ et remployées V. Allegranzi et C. Passaro (2016) .

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Les plaques relevées ex situ

 En plus des exemplaires trouvés in situ, 125 autres plaques « dado 14 » pourvues d’inscriptions ont été mises au jour pendant les fouilles du palais. La plupart de ces éléments ont été trouvés hors contexte dans différents secteurs de la fouille, tandis que certains avaient été déplacés et remployés dans des structures tardives (1.2.1). Les inscriptions de 84 de ces plaques sont inédites : 28 figurent sur des bandeaux épigraphiques complets ou presque complets458 et 56 sur des fragments de bandeau.459 Les textes des plaques trouvées ex situ dans le palais sont présentés dans la deuxième partie de notre catalogue, selon un ordre basé sur leur provenance archéologique que nous pouvons récapituler ainsi : 460  Plaques relevées ex situ dans les antichambres et les salles ouvrant sur les quatre côtés de la cour centrale (nos cat. 45-76)461  Plaques remployées dans un podium et dans d’autres structures tardives se situant dans l’angle nord-est de la cour centrale (nos cat. 77-92, Pl. XXV.1, XXVI, XXVII)  Plaques remployées dans le vestibule d’entrée XVII (nos cat. 94-105, Pl. XXVIII-XXX.1)  Plaques relevées ex situ dans la cour centrale (nos cat. 106-120)  Plaques relevées ex situ dans la zone sud-ouest du palais (nos cat. 121-155)  Plaques relevées à un endroit non identifié du palais (nos cat. 156-69) Nous pouvons constater que la plupart des éléments énumérés proviennent soit des salles qui ouvraient sur la cour centrale soit de la cour elle-même. Cependant, l’état fragmentaire des structures qui ont été mises au jour sur le périmètre de la cour, conjointement avec les endommagements qui affectent de nombreuses plaques, nous empêchent de déterminer de manière plus exacte leur localisation première. Nous remarquons également qu’un groupe considérable de plaques proviennent de la zone sud-ouest du palais, qui comprend le complexe nommé « appartement III » et d’autres salles se situant à l’ouest de la zone cérémoniale. Le secteur sud-ouest correspond au premier secteur fouillé pendant les campagnes de 1957 et 1958.462 Malheureusement, les indications de provenance adoptées pendant les premières enquêtes archéologiques ont été abandonnées par la suite et il est assez difficile d’établir le lieu de découverte exact des plaques provenant de cette zone. Pour retracer la provenance probable de ces éléments, nous nous sommes appuyée sur un quadrillage du plan de la première fouille, élaboré par Giunta, Maria Vittoria Fontana et Rosati sur la base d’une étude croisée des données archéologiques et des livres d’inventaire (Pl. XXX.3). Cette démarche nous a permis d’uniformiser et de simplifier les références aux lieux de découverte dans les fiches du catalogue. Nous avons pourtant noté entre parenthèses les appelations contenues dans les inventaires. Nous avons tendance à croire que la concentration de plaques dans le secteur sud-ouest soit le résultat d’un déplacement et d’un possible remploi qui aurait eu lieu dans une phase d’occupation tardive du palais. Par ailleurs, le phénomène des remplois est largement attesté à l’intérieur du palais, où de nombreux éléments en marbre issus du décor primitif ont été mis en œuvre dans des structures tardives. Dans certains cas, les modalités du remploi imitent la disposition originelle des éléments, sans pourtant respecter leur ordre : en observant les plaques remployées dans le soubassement du podium situé à l’angle nord-est de la cour (Pl. XXVI.2, 3, XXVII.2), ainsi que celles qui revêtaient les murs latéraux du vestibule d’entrée (Pl. XXVIII, XXIX), nous remarquons qu’elles constituent bien un lambris. Toutefois, ni les textes des inscriptions ni les décors des registres inférieurs ne donnent lieu à une séquence cohérente et des plaques de typologie différente s’intercalent avec les « dado 14 ». Dans d’autres cas, les plaques remployées sont investies d’une fonction nouvelle, comme le montre la plaque utilisée dans la niche du miḥrāb de l’oratoire dressé dans l’angle nordouest de la cour (cf. no cat. 45 et Pl. XXV.2) ou bien celle insérée dans la structure d’un foyer installé sur la surface supérieure du podium (cf. no cat. 89 et Pl. XXVII.3). Ces divers cas nous suggèrent que, à l’époque du remploi, la richesse et la valeur décorative des marbres étaient encore appréciées, tandis que la logique de leur composition d’arabesques, ainsi que les inscriptions qu’ils portaient étaient désormais vidés de leur sens. 

 Inscriptions martelées

 Comme nous aurons l’occasion de le noter à plusieurs reprises au fil de l’analyse du contenu, notre corpus comprend un bon ensemble de bandeaux épigraphiques qui montrent des dégradations plus ou moins importantes de la surface du relief. Parmi les nombreuses inscriptions qui présentent des érosions et des arasements imputables aux agents naturels, à l’écroulement des structures avoisinantes et aux déplacements et remplois de leurs supports, nous distinguons deux bandeaux qui portent les signes d’un martèlement subi à une époque inconnue. Le premier est le no cat. 52, figurant sur une plaque trouvée ex situ dans le palais, qui semble contenir l’expression niẓām-i ḫudā suivie par une série de lettres non déchiffrées (7.2.2). Le deuxième est le no cat. 102, remployé dans le vestibule du palais, au milieu duquel nous pouvons reconnaître le nom de « ʿAlī ». Les textes de ces inscriptions sont trop courts et leurs interprétations trop incertaines pour comprendre les raisons cachées derrière cette probable opération de censure.463 Un cas plus problématique est celui du bandeau no cat. 80, contenant la partie d’une titulature : en effet, sans pouvoir se baser sur l’observation directe, il est assez difficile d’établir si les arasements dérivent du mauvais état de conservation de l’objet ou bien d’un acte délibéré visant à effacer ou modifier une partie du texte (voir 7.1.1).

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