L’impact de la libéralisation commerciale sur le marché du travail le cas des industries manufacturières

L’impact de la libéralisation commerciale sur le marché du travail le cas des industries
manufacturières

Structure d’emploi et système productif en Algérie

Les différentes réformes économiques, à caractère global ou sectoriel, engagées depuis une vingtaine d’années par les pouvoirs publics en Algérie ont visé, l’instauration des règles de l’économie de marché et du rétablissement des grands équilibres macroéconomiques. Cependant, la caractéristique de l’Algérie qui est une économie monoexportatrice des hydrocarbures rend plus difficile toute tentative de mise en œuvre d’une politique qui permet à la fois d’assurer un développement économique harmonisé et réduire le niveau du chômage. Par ailleurs, l’examen du marché de travail en Algérie, durant la période 1990- 2015, a révélé que le chômage apparait comme un problème de fond. Les pouvoirs publics essayent à travers des politiques et des programmes d’absorber le maximum de chômage par la création des postes d’emplois financés généralement par des organismes créés à cet effet (ANEM, DAS). Cette période est caractérisée par des réformes économiques et par de profondes mutations du marché du travail. Comme conséquence, de fortes pertes d’emplois sous l’effet des opérations de restructuration, de privatisation et de fermeture ayant concerné les entreprises publiques de tous les secteurs d’activité et en particulier le secteur manufacturier durant la période allant de 1990 à 1999. Cependant, une reprise à la hausse de la population occupée, durant la période allant de 2000 à 2015, expliquée par la mise en œuvre des dispositifs d’aide à la création d’emploi (ANEM et DAS) et la dynamique qu’a connu le secteur privé, notamment l’émergence du secteur des petites et moyennes entreprises (PME) du secteur des services et du commerce. La situation actuelle du marché du travail et les implications d’une politique nationale de l’emploi, orientée vers une gestion active, nécessite une politique d’accompagnement du secteur industriel. 

Emploi et création de la valeur

Selon Palméro et al (2010), La capacité de générer de l’emploi se diffère d’un secteur à un autre compte tenu de l’intensité capitalistique et de la capacité à générer de la richesse. Dans le cas algérien, le graphe ci-dessous, montre que le secteur du commerce et des services est considéré comme le noyau dur de la création d’emploi après l’effondrement du tissu industriel et agricole durant les années 80 et 90. Chapitre VI L’impact de la libéralisation commerciale sur le marché du travail : le cas des industries manufacturières algériennes 189 Graphe VI-1 : Variation comparée entre l’emploi et la valeur ajoutée (1995 – 2011) des principaux secteurs d’activité nationals Source: office nationale des statistique ONS Ces deux schémas montrent que le rôle du secteur tertiaire (Commerce et service) reste le plus élevé à la création d’emplois et de richesse. Durant toute la période considérée, la valeur ajoutée générée par le secteur du commerce et des services tire la valeur ajoutée globale vers le haut, tandis que les secteurs de l’agriculture, du BTP et de l’industrie évoluent moins vite. De plus à partir de 2001, le secteur du commerce et des services enregistre une croissance de la valeur ajoutée supérieure par rapport à l’ensemble des secteurs, portée essentiellement par les dépenses d’équipement des services administratifs qui ont connu une croissance significative. Durant la même période, l’écart en termes d’emploi est de plus en plus important, expliqué par la mise en œuvre des différents dispositifs d’aide et d’accompagnement à la création d’entreprises (ANSEJ, CNAC…etc.) et de création d’emplois tels que l’ANEM et DAS.

Contribution sectorielles à la variation de l’emploi et de la valeur ajoutée

Le schéma ci-dessous illustre la contribution des différents secteurs à la création de la richesse et de l’emploi durant les deux sous-périodes (1995-2001) et (2002-2011). En effet, le secteur de commerce et des services est marqué par une progression nette en termes d’emplois et de valeur ajoutée. Cela s’explique par la reconfiguration qu’a connue l’économie algérienne à partir de 2001, qui se fonde de plus en plus sur l’économie des services. Par contre, les secteurs de l’industrie et de l’agriculture enregistrent une régression en matière de valeur ajoutée et d’emploi durant les deux sous période. Cette situation s’explique par la difficulté de mise en place des politiques visant à diversifier l’économie algérienne malgré les tentatives qui ont accompagné les deux plans quinquennaux à savoir : le plan de soutien à la relance économique (2002/2004) et le plan complémentaire de soutien à la croissance (2005/2009). Ces deux programmes ont été lancés dans l’objectif de stimuler la croissance économique hors hydrocarbure et de créer un équilibre du marché de travail. Ajoutant à cela, les effets de l’ouverture commerciale et des programmes d’ajustement structurel qui ont perturbé le cycle de développement des secteurs tels que l’industrie et l’agriculture. Graphe VI-2 : Contribution sectorielles à la variation de l’emploi et de la valeur ajoutée durant les deux sous périodes 1995-2001 et 2002-2011. Source: Sur la base des données de l’ONS Le secteur du commerce et des services est devenu le secteur porteur de la croissance et de l’emploi. Cependant, le secteur de l’agriculture et de l’industrie sont les secteurs qui contribuent moins. Cette situation a permis au secteur public de devenir le premier employeur, notamment pour les jeunes diplômés, dans le cadre des dispositifs d’aide à la création d’emplois tels que l’ANEM et DAS.

Quelques faits stylisés du secteur manufacturier en Algérie

Pour bien explorer le comportement tendanciel de différents indicateurs du commerce extérieur, nous avons constitué une représentation graphique des variables telles que l’emploi, la part des exportations dans la valeur ajoutée (XVA) et la part des importations dans la valeur ajoutée (MVA). Ces variables ont été prises en logarithme, pour avoir la même unité de mesure pour chaque branche industrielle en l’occurrence, les Industries Sidérurgiques Métallurgiques, Mécaniques et Électromécaniques (ISMME), Matériaux de Construction (MC), Chimie Caoutchouc et Plastique (CCP), l’Industrie Agroalimentaire (IAA), Textile, Confection et Cuir (TCC) et enfin Bois Liège (BLID).  Graphe VI-3: Evolution de l’emploi, XVA, MVA Source: Sur la base des données de l’ONS L’ensemble des graphes montre que les différentes variables ont un comportement tendanciel similaire pour toutes les branches d’activité industrielle. De plus, les trois variables enregistrent des pics durant la période de 2001 à 2003. Qui est expliqué par le lancement du premier plan quinquennal 2001/2004, dans lequel de grands investissements ont été lancés, notamment le programme d’un million de logements et le projet de l’autoroute Est-Ouest. La réalisation de tous ces investissements demande des moyens matériels et humains considérables. Pour les satisfaire, l’importation de matières premières ainsi que les équipements nécessaires à la réalisation de ces projets s’est imposé ainsi les besoins en termes de main d’œuvre. La branche chimie et caoutchouc a enregistré une progression plus importante par rapport aux autres branches industrielles. Cela s’explique par la structure des produits exportés largement dominée par les produits dérivés des hydrocarbures tels que la pétrochimie. II-Le contenu en emploi des échanges des secteurs d’activité industrielle nationale Le calcul du contenu en emploi des échanges est un chiffrage de l’impact des échanges sur l’emploi, dans la lignée des travaux de Leontief sur les Etats-Unis. Il s’agit, pour le territoire national, du solde comptable des emplois supplémentaires créés par les exportations et des emplois perdus lors d’importations. Le calcul reconstitue un état autarcique de l’économie avec des hypothèses très simplificatrices : la suppression des flux  de commerce ne modifie ni les prix, ni les salaires, ni les productivités, pas plus que la demande et la nature des biens. L’application de la méthode du contenu en emploi des échanges en Algérie permet d’avoir une vue d’ensemble sur l’impact de l’ouverture de l’économie à partir des années 1990 sur la dynamique d’emploi par branches d’activité du secteur industriel. Pour cela, nous allons appliquer la formule telle qu’elle est présentée et utilisée par Hervé Bonnas, Natalie Cortot et Dominique Nivat (1994) et Boussida (2004) ; Palméro et Roux (2010). Ces auteurs ont tenté de calculer, respectivement, le solde du contenu en emploi des échanges pour les économies française et marocaine. Pour les exportations, l’estimation est obtenue en leur appliquant le coefficient moyen de contenu en emploi de la production du secteur domestique correspondant. Le coefficient moyen de contenu en emploi de la production du secteur national correspondant est appliqué aux exportations(1) : XLt =∑ 𝑋𝑖𝑡 𝑛 𝑖=1 𝐿𝑖𝑡 𝑄𝑖𝑡 où XLt est le contenu en emploi des exportations (en hommes-année), Xit est le flux d’exportation du secteur i, Qit est la production en valeur du secteur i, Lit est l’emploi du secteur i. Ce calcul est généralement étendu à l’emploi indirect, en prenant en compte les contenus en emploi des consommations intermédiaires (« effet TES »). Le contenu en emploi des importations correspond aux emplois qui seraient créés si l’on produisait sur le territoire national les biens importés. On suppose pour cela que les biens importés sont de même nature que ceux produits domestiquement dans le secteur, et les : MLt =∑ 𝑀𝑖𝑡 𝑛 𝑖=1 𝐿𝑖𝑡 𝑄𝑖𝑡 , où MLt est le contenu en emploi des importations, Mit est le flux d’importation du secteur i. Le solde correspond à une estimation de la demande implicite de travail (positive ou négative) créée par le commerce extérieur. Le calcul s’effectue le plus souvent en valeur : tel montant d’importation « remplace » un montant équivalent de production nationale. Il peut aussi s’effectuer en en volume. Les calculs du solde du contenu en emploi des échanges pour l’industrie algérienne sont représentés dans les tableaux et les graphes dessous.

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