L’intelligence artificielle et la question du continu

L’intelligence artificielle et la question du continu

En repensant au chemin parcouru pendant les années qui ont vu mûrir mon projet de thèse, c’est tout d’abord à mon frère, Bernard Lassègue, que vont mes remerciements. C’est lui qui, en me montrant ses premiers programmes écrits sur cette antiquité qu’est aujourd’hui l’Apple IIc, m’a fait sentir que c’est moins l’autorité – transitoire – d’un paradigme scientifique qui devait retenir mon attention d’épistémologue que la satisfaction spécifique que procure l’attitude scientifique en elle-même. Il a par la suite soutenu matériellement mon travail en m’envoyant des États-Unis les nombreux livres et articles que j’aurais eu le plus grand mal à trouver en France. J’ai pu observer la satisfaction que procure l’attitude scientifique en d’autres occasions. Je pense à David Freedman, à nos après-midis d’algèbre à Oxford et à nos conversations sur Leibniz. Je pense aussi à Driss Abouabdillah qui a eu la patience, à Rabat, d’exercer avec moi son art de mathématicien : je me rappelle avec plaisir nos soirées où, abandonnant les exercices sur les pavages achevés, décidément trop difficiles pour moi, il lisait puis me traduisait Ibn Arabi. Je pense enfin tout particulièrement au dialogue avec Jacques Jeanjean dont les talents mathématiques et philosophiques conjugués m’ont apporté, durant toutes ces années, l’émulation nécessaire à la poursuite de mon travail.

Une place toute particulière doit être réservée aux remerciements que je dois à Jean-Michel Salanskis, l’une des rares personnes pour qui la transmission du savoir soit une vertu naturelle. C’est lui qui, voici quatre ans, a donné forme à mon projet de thèse et qui, depuis lors, n’a cessé de relire mon travail en respectant mes choix théoriques, qu’il ne partage pas toujours. Je lui dois beaucoup, tant pour le savoir que j’ai acquis auprès de lui que pour la liberté qu’il manifeste dans sa façon de le dispenser. J’ai mis un certain nombre de mes amis à contribution et je les remercie d’avoir répondu à mes demandes avec bonne grâce : Pierre Gervais qui le premier a corrigé un certain nombre d’erreurs touchant mon interprétation du jeu de l’imitation; Andrew Gumbel qui m’a donné force détails touchant la civilisation britannique; Nicolas Michel pour la finesse de ses critiques; Alexis Tadié à qui est revenue la tâche ingrate de la lecture du manuscrit et dont les conseils à la fois sur le fond et sur la forme m’ont beaucoup servi. Je remercie aussi mon maître en philosophie, Serge Boucheron, pour l’attention qu’il a portée à la lecture de mon travail et l’acuité de ses critiques. Les conversations que j’ai pu avoir avec Yves-Marie Visetti enfin m’ont été d’un précieux secours. J’ai bénéficié au cours de ces années de l’aide de plusieurs institutions.

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Les deux ans passés au CNRS au sein du laboratoire du Crea m’ont apporté une aide matérielle et intellectuelle décisive : je remercie tout particulièrement Daniel Andler qui fit le pari que mon sujet de thèse pouvait avoir un intérêt; Jean-Pierre Dupuy, Jean Petitot, André Orléans et Bénédicte Reynaud pour leur soutien. Ma dernière année, passée à la Fondation Thiers, m’a permis d’achever mon travail dans de bonnes conditions. Contrairement à l’habitude qui consiste à reléguer dans l’anonymat de la biographie de fin de volume tous les auteurs pêle-mêle, je voudrais mentionner quatre livres qui ont nourri ma réflexion : il s’agit du Recherches sur une logique de la pensée créatrice en mathématiques de Maurice Meigne; du From Mathematics to Philosophy de Wang Hao; du Principes classiques d’interprétation de la nature de Jean Largeault et du Alan Turing, The Enigma of Intelligence de Andrew Hodges. C’est aux auteurs de ces livres que j’aimerais témoigner de ma reconnaissance. C’est enfin à ma famille que vont mes remerciements : à mes parents tout d’abord qui m’ont soutenu matériellement et moralement tout au long de ces années; à Mouna ensuite qui m’a initié aux mystères de l’intelligence des enfants; à Tourya enfin sur qui je me repose tant pour la bonne marche de ma vie. C’est à elle que je dédie ce travail.L’expression “d’intelligence artificielle” peut être interprétée de façon plus ou moins large. Au sens étroit, il s’agit d’un projet technologique qui rend possible une connaissance positive de l’esprit humain.

Au sens large – que nous adoptons ici – l’expression désigne plutôt une conception philosophique qui émane du formalisme logique de la machine de Turing et qui utilise celui-ci comme un outil conceptuel pour penser la notion d’esprit. L’idée philosophique d’intelligence artificielle reprend ainsi sous une forme nouvelle un problème classique, celui de la possibilité de concevoir objectivement une “science de l’esprit”. Quelle est la nature de la difficulté rencontrée ? La difficulté provient de ce que, pour concevoir une science de l’esprit, il faudrait réussir à envisager le phénomène de la pensée comme de l’extérieur. Une telle attitude présuppose qu’il est possible, tout en étant immergé dans la pensée, d’en délimiter ce qu’il faudrait appeler les “bords extérieurs”. Il y a là une difficulté qui provient de ce qu’on ne voit pas par quel moyen on pourrait délimiter de l’extérieur la pensée, parce qu’il semble impossible de s’en détacher : c’est cette adhérence de la pensée à elle-même que nous caractérisons par le biais de la notion de continuité et qui apparaît comme un obstacle majeur pour qui veut décrire sur un mode objectif la nature de la pensée.

 

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