Mise en perspective du secteur bancaire et de sa transformation digitale 

Mise en perspective du secteur bancaire et de sa transformation digitale 

La banque, acteur d’intermédiation centrale des sociétés 

La banque est un acteur économique essentiel. Ainsi le rapport (CNN, 2015) mentionne « Les banques restent des acteurs incontournables du financement de l’économie. Il est nécessaire de les impliquer dans la définition de nouveaux produits à destination des modèles d’affaires numériques et définir des relations stables avec les start-up. La contribution des investisseurs privés doit être soutenue, via le crowdfunding et l’investissement des business angels. » 

Bref historique philosophique 

La monnaie répond à trois fonctions selon Aristote : intermédiaire dans les échanges, réserve de valeur et unité de compte. Progressivement s’est opérée une dématérialisation des supports monétaires. L’une des caractéristiques fondamentales est la notion de confiance en la persistance de sa valeur. La quantité de monnaie détenue correspondant à des objets, des produits et des services, il est apparu nécessaire de la protéger. Il existe par ailleurs des monnaies éphémères5 . Dans ce contexte, les banques6 sont des agents intermédiaires garants de la détention et de la 5 Par exemple, le whuffie qui est basée sur la réputation et la popularité dans une société où l’ensemble des biens sont gratuits. Cette monnaie est décrite dans le livre de science-fiction Down and Out in the Magical Kingdom, Cory Doctorow, 2003, Tor Books. 6 Le terme banque vient de l’italien banca et correspond à la table de changeur, lieu où s’effectuait le trafic et le commerce de l’argent avec l’échange des pièces étant donné la diversité des monnaies en circulation. Il retirait la sécurité.En outre, l’aspect régulation/fiscalisation pourrait également être adjoint sachant que beaucoup reste à faire en ce domaine pour les crypto-monnaies qui présentent un défi aux États et à leurs finances publiques. Les principaux rôles de la banque sont de servir d’intermédiaire entre les déposants et les emprunteurs, à gérer les risques pour les déposants et les prêteurs et à fournir des services de paiement avec un haut niveau de sécurité (Newzl, 2016) et de plus en plus de services connexes. Ils sont également des agents clés dans le cycle de vie de l’argent. Cependant avec des disruptions (principalement de la part des GAFA et des fintech), le modèle bancaire traditionnel est menacé. Outre l’agilité de ces nouveaux acteurs, ceux-ci sont en phase avec les changements sociétaux. Le changement est conduit par les consommateurs avec, par exemple, des interactions numériques en temps réel en utilisant des appareils mobiles et Internet. Les principales étapes dans les évolutions de la banque ont été l’apparition du chèque, du compte chèque (utilisé notamment pour le virement des salaires). Un essor de la banque s’est opéré à la fin des années 1960-début des années 1970 dans les pays occidentaux. En particulier pour la France, deux éléments ont été accélérateurs, d’une part la loi du 13 juillet 1965 sur la réforme des régimes matrimoniaux qui a permis aux femmes de travailler sans l’accord de leur mari et d’ouvrir un compte en banque à leur nom propre. D’autre part, l’imposition de la mensualisation des salaires par le président Pompidou avec la signature d’une déclaration commune avec les parties prenantes le 20 avril 1970. Jusqu’alors le paiement des salaires était effectué en liquide en fin de semaine. A suivi la carte bancaire (en 1967 en France avec les DAB en 1968 et une augmentation grandissante des dispositifs de sécurité mais également des menaces). À noter que la gratuité du chèque est paradoxale par rapport à son coût pour la banque alors qu’en même temps la carte bancaire est payante pour le client alors même que la banque prélève une commission lors de chaque transaction pour les paiements7 . C’est l’effet d’un service nouveau qu’il est généralement plus facile de facturer. Les banques françaises sont généralement ancrées dans le ni-ni (ni facturation des chèques ni rémunération des comptes) avec comme indicateur clé le produit net bancaire8 (PNB). La carte bleue a évolué au fil des années. Avec l’essor du paiement sans contact, elle est devenue le support de nouveaux paiements innovants et dématérialisés comme les wallets (Apple Pay, Google Pay, AliPay, Samsung Pay). Ces portemonnaies électroniques reliés à un numéro de carte bleue permettent aussi bien de régler des transactions de proximité qu’à distance sur des sites marchands. Nous avons aussi les banques (Paylib9 ), des acteurs mixtes (Lyf Pay) avec une union de BNP, Crédit Mutuel, Carrefour et Auchan pour faire face à Google et AliPay. Les fonctions se sont enrichies. Outre le paiement et le retrait d’argent, la question de la fidélité et de l’utilisation d’une cagnotte est une tendance forte pour de nombreux acteurs bancaires d’autant que les acteurs du Web proposent des e-coupons, des cartes de fidélité. La sécurité évolue au fil du temps (techniques de chiffrement et longueur des clés de chiffrement, cryptogramme au verso de la carte, plafond de transaction pour le sans contact de 30 euros pour fluidifier le paiement des petits montants) avec des recours à la biométrie, au QR code, à la tokenisation pour une transaction. La reconnaissance selon Apple (la voix avec Siri ou le visage avec l’iPhone X) pourrait bien devenir la norme. Pour les prochaines années, la tendance sera le paiement avec les objets connectés. (Shaikh et Karjaluoto, 2016) retracent l’évolution des canaux de distribution alternatifs innovants pour les transactions financières en faisant la distinction avec la banque numérique. Ils mentionnent également le développement des services bancaires par téléphone dans les années 1980, le POS (Point Of Sales) vers 1985 où est réalisée l’opération de paiement par carte, l’extension des services bancaires sur Internet dans les années 1990, l’utilisation croissante des smartphones et des tablettes qui a encouragé les sociétés bancaires à fournir des applications bancaires mobiles et sans succursale avec la banque mobile (m-banking) introduite par la société allemande Paybox en collaboration avec la Deutsche Bank à la fin de 1990 et des services bancaires mobiles introduits et testés principalement dans les pays développés (Allemagne, Espagne, Suède et États-Unis) avant de concerner les pays en voie de développement en 2007 avec le Kenya (service de banque mobile appelé « M-Pesa », disponible dans 11 pays). Tous ces canaux de distribution innovants permettent aux consommateurs de prendre des décisions financières en temps réel de manière pratique, quel que soit le moment et le lieu. 

Réflexion sur le rôle social de la banque, sécurité et évolution 

Selon (Durieux, Lorenzi, 2016), la logique d’une banque de détail traditionnelle s’inspire de la culture du coffre-fort et repose sur la relation singulière entre le gestionnaire de compte et son client au sein d’une agence sécurisée. La banque est fermée, secrète et globalement impénétrable. Ce n’est pas un hasard si une majorité des logos des banques sont en format carré, lesquelles symbolisent le coffre-fort et par conséquent la sécurité et la confiance avec la conservation des biens précieux. A contrario, la banque digitale fait sortir la banque du monde des chambres fortes pour la faire rentrer dans le monde des écosystèmes. Les peurs liées au risque de désintermédiation constituent davantage de formidables opportunités venant de ces écosystèmes en formation que la banque pourra intégrer et contrôler. Intégrer et contrôler un écosystème n’est pas se défendre ou se protéger, mais s’ouvrir et s’interfacer. En devenant une plateforme et en fédérant des API autour, le marketing et la stratégie prévalent alors que les firewalls et l’informatique traditionnelle passent au second plan. C’est ce changement de paradigme que les grandes banques doivent affronter aujourd’hui. Il existe également un côté peu enthousiasmant de la relation avec la banque : ouvrir un compte, négocier un prêt, gérer une succession. Ces moments sont plus vécus comme des tracas administratifs. Ce n’est pas une coïncidence si Fortuneo a lancé le slogan « J’aime ma banque » en 2012 en prenant le contre-pied des codes habituels de la communication bancaire. Cette déclaration d’amour était là pour matérialiser la différenciation de la banque en ligne des banques traditionnelles. Les piliers de la nouvelle offre étaient un nouveau parcours client avec une accessibilité des services, une simplicité de l’offre et une transparence avec des tarifs compétitifs. 

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La banque doublement menacée : ubérisation et clients volatiles

Chaque grand acteur bancaire10 a tout d’abord plusieurs atouts. Pierre Blanc dans (Mateu & al, 2018) 11 en distingue trois fondamentaux : – La dimension internationale – La tuyauterie résiliente, invisible et fiable – L’actif unique La banque adopte un modèle de plateforme biface : emprunts et créances se renforcent les uns les autres. Pour autant, la banque de détail repose sur un modèle de stock (constitution sur la durée d’un fonds de commerce) alors que les activités de paiement où la concurrence est forte de la part de nouveaux entrants reposent sur un business model de flux (avec des commissions sur les transactions). Typiquement, le coût de gestion des comptes bancaires est compensé par la rémunération effectué sur les placements des dépôts et le fonctionnement du compte courant rarement gratuit et non rémunéré. Cette situation est d’autant plus intéressante pour les banques que les taux de rémunération de l’épargne sont faibles, ce qui incite peu les clients à laisser le moins d’argent possible sur leur compte courant pour le placer ailleurs. La banque génère des bénéfices avec des frais (de gestion, de découverts avec intérêts débiteurs, de virements, de paiement par carte bancaire à l’international) qui constituent une rente laquelle est potentiellement menacée avec de nouveaux acteurs. La suppression des intermédiaires à l’image d’Uber et d’AirBnb se retrouve dans le secteur bancaire (par exemple Ripple ou Transferwise) et la fragilise si elle ne se transforme pas. Transferwise est né d’un problème que rencontraient deux amis estoniens. Résidant à Londres, ils étaient payés, l’un en euros, l’autre en livres sterling, avec des problématiques de conversion dans des sens différents. De là est venue l’idée d’un service de conversion et de transfert de devises participatif. Les frais de transferts pour virements internationaux sont plus faibles alors que le taux de change adopté est celui réel (moyen du marché et non le propre taux de change de la banque), ce qui est plus favorable au client. Pour cette question des transferts de fonds, de nombreux autres acteurs sont apparus comme PayTop, Azimo ou encore MoneyGram acquise par une filiale d’Alibaba12 et non par une banque. La philosophie qui guide la création d’entreprises innovantes en Californie et en particulier à San Francisco et dans la Silicon Valley est que plus le problème auquel on est confronté est important plus l’opportunité business est grande13 . De là, des irritants pour les clients de banques peuvent alimenter la création de fintech par exemple et ce n’est pas un hasard si la concentration de fintech est très forte à San Francisco et dans la Silicon Valley. La perception des jeunes générations de la banque et de leurs usages est révélatrice sur le côté non inféodé à une institution. Les jeunes générations sont en effet moins fidèles à une banque. La portabilité bancaire et la loi du 6 février 201714 en France, qui est dans la droite ligne de celle quelques années plus tôt pour la portabilité d’un numéro de portable, va dans ce sens de changement : côté zapping, davantage de déménagement dans la vie et travail dans de nombreuses entreprises au cours de l’activité professionnelle et non plan de carrière dans une organisation unique qui devient l’exception. Elles tirent profit des gains procurés par les anticipations de leurs souhaits comme peuvent le proposer Google ou Criteo. Toutefois, il semble important d’assurer une loyauté des plateformes (CNN, 2015) qui revient à « fournir la bonne information au bon moment » et « assurer la loyauté des algorithmes destinés à la personnalisation ». Si en 2020, les générations Y et Z représentent la majorité de la population européenne, une bascule va s’opérer par rapport à sa nature : mise en concurrence, choix après avis des pairs sur les réseaux sociaux, importance des communautés, ce qui va nécessiter des nouvelles compétences pour l’analyse des transactions en ligne (web analytique et analyse comportementale). Ces éléments sociologiques et démographiques sont à intégrer dans les évolutions prévisibles. Le souhait de mobilité, de simplicité, d’immédiateté est souligné dans les résultats de l’enquête menée (Fayon, 2018). Par ailleurs, les micro-paiements se développent avec de nouveaux acteurs, les adolescents des pays développés ainsi que les PVD constituent des nouvelles opportunités de marché et les nouveaux entrants se positionnent souvent sur cette clientèle. 

 Une économie parallèle coûteuse pour la société

L’évasion fiscale, la fraude fiscale, le blanchiment et toute l’économie souterraine ont un coût pour la société qui doit supporter une pression fiscale plus forte en conséquence. L’affaire Panama Papers a mis en lumière le côté obscur de la finance offshore et de l’évasion qui est a résulté. Des mouvements citoyens se créent pour dénoncer les méfaits. Par exemple la BNP a annoncé son retrait des îles Caïmans15 à la suite d’actions militantes citoyennes. Des réglementations pour les banques aident à la lutte contre le financement du terrorisme lesquelles ont un coût pour elles. C’est notamment le cas de KYC* (Know Your Customer). Ces processus permettent d’effectuer des vérifications des clients par rapport à la lutte contre la corruption, l’usurpation d’identité, la fraude financière, le blanchiment d’argent et même le terrorisme mais nécessitent outre l’analyse des transactions de mobiliser des moyens (en termes de personnes) et a un impact sur l’expérience client (par exemple client d’une banque rappelé sur son portable alors qu’il est en déplacement à l’autre bout du monde afin de vérifier que c’est bien lui qui a effectué des achats avec sa carte de crédit et sans tenir compte du décalage horaire). 

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