D’UNE PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT À UNE THÉORIE DE LA COMMUNICATION

D’UNE PHILOSOPHIE DE L’ESPRIT À UNE THÉORIE DE LA COMMUNICATION

Grâce aux précédentes recherches, nous avançons l’idée que la pensée visuelle est assimilée à l’iconicité dans le champ de la LSF et qu’un raccourci conceptuel entre langue et image a été pensé du fait de leur point commun visuel. Nous avons vu que cette assimilation n’était pas sans poser problème. Ainsi, dans ce mémoire, il nous a semblé pertinent de chercher à remonter à la nature même de la pensée avant de savoir s’il est possible qu’une faculté sensorielle y soit rattachée. Vouloir comprendre l’essence de la pensée est un parcours long et délicat en cours déjà depuis plus de deux mille ans. Ce mémoire n’a pas pour objectif d’en rappeler les étapes mais bien d’admettre qu’il s’agit d’une entreprise métaphysique sur la dynamique de l’esprit. Mais est-ce bien le travail de l’ILS que de savoir comment les Sourds pensent ? D’autant plus que cette question risque de demeurer sans réponse si les recherches en neuropsychologie ou en sciences humaines ne prennent en compte la dimension visuelle de l’incarnation du système linguistique et son déroulement dans l’espace. Nous émettons donc l’hypothèse à ce stade de l’analyse que le métier d’ILS est orienté vers une finalité de communication. De nombreuses fonctions sont attribuées au langage, Sperber et Wilson (1989 : 11) en évoquent une intéressante pour notre étude :

Ils poursuivent en indiquant que le sujet qui s’exprime a également une attitude réflexive dans le langage : « On utilise des énoncés non seulement pour exprimer des pensées mais aussi pour manifester sa propre attitude vis-à-vis de la pensée exprimée. » (Sperber et Wilson 1989 : 24). Les pensées sont comprises dans leur étude comme « représentations conceptuelles (par opposition à des représentations sensorielles ou à des états émotionnels) »35. Par conséquent, l’analyse qui se déroule ici tend progressivement à sortir d’une intériorité de la pensée pour aller vers l’extériorité. Dans un premier temps, nous reviendrons sur le concept d’image pour dans un second temps, prendre en compte sa place dans un processus de communication puis de traduction.

Le concept d’image

Ce terme est employé dans le champ des sciences cognitives. La place de l’image a été pendant longtemps l’objet de discussions et de débats (notamment The Imagery Debate quiinterroge la nature innée ou non de la représentation mentale, Kosslyn 1994). Pour argumenter en faveur de l’importance des images mentales, nous allons axer ce paragraphe sur leur utilisation dans les processus d’acquisition des connaissances et d’apprentissage. De plus, l’image, dans la mesure où elle est étroitement liée à l’activité de percevoir, serait le meilleur médium pour connaître le monde (Fortis 1994 : 20) : « Chez les empiristes (notamment Hume) l’essentiel des processus de connaissance est dévolu à l’image. » Cet auteur ici présente l’image étudiée par la philosophie pour détailler son propos. De la même façon, Kosslyn (1990 : 75) fait référence aux travaux de Paivio (1971) dont les résultats ont mis en lumière l’efficacité de l’utilisation des images pour une meilleure mémorisation et visualisation. En effet :

Une récente étude (Marschark et al. 2016) sur les stratégies d’apprentissage des Sourds avec des profils différents mais aussi des entendants démontre qu’il n’y a pas lieu de penser que les Sourds auraient une capacité à apprendre plus rapidement et plus efficacement grâce à des supports visuels (diagrammes, photos, films, schémas, etc.). Cette étude vise à revenir sur l’idée reçue que les Sourds sont automatiquement des « apprenants visuels », et qu’ils le sont davantage que ceux qui entendent. Sur un nombre de 102 élèves sourds (qui ne s’exprimaient pas tous avec la modalité gestuelle) et 21 élèves entendants, les résultats concernant un des tests (répondre vrai ou faux à un questionnaire sur les préférences et les méthodes d’apprentissage, visuel ou verbal) révèlent que :

Il faut cependant être prudent quant à la portée de tels résultats comme le signalent les chercheurs en conclusion. Cette étude n’a pas pour objectif de dire que les sourds ne sont pas des apprenants visuels et par là même bafouer leurs capacités. Elle cherche à interroger le rapport de supériorité qui est mis en avant. Marschark et al. (2016) conclut que, dans certains domaines, lesSourds seront plus compétents pour utiliser des matériaux ou des supports visuels que d’autres. Le mode d’apprentissage par des moyens visuels est possible autant pour les Sourds que pour les entendants. L’accent ne doit pas être mis sur les capacités ou incapacités physiques mais sur l’adaptation au mode de fonctionnement de l’apprenant. Cette stratégie est possible et plutôt bénéfique car les méthodes d’apprentissage sont comprises en fonction de l’individu et de ses capacités et non en fonction de la « catégorie » à laquelle il pourrait appartenir. Cette recherche est très intéressante pour notre propos puisqu’elle questionne également la prééminence du mode visuel sur la façon de penser chez les Sourds par rapport aux non-sourds.

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