CONSÉQUENCES POUR L’INTERPRÉTATION F/LSF

CONSÉQUENCES POUR L’INTERPRÉTATION F/LSF

Nous arrivons au terme de cette étude sur la place de la pensée visuelle en LSF. Ce quatrième chapitre abordera les conclusions que nous pouvons tirer de l’interrogation que nous avons menée sur l’utilisation d’une pensée visuelle. Dans cette dernière partie, nous allons aborder la mise en oeuvre de cette pensée, souvent ressentie et présentée comme essentielle en interprétation du français vers la LSF. En effet, la citation qui a motivé tout le travail que nous faisons actuellement est la suivante : « […] l’iconicité que déploie l’interprète dans son expression signée, est d’une part, la garantie d’une grande clarté de sa traduction et, d’autre part, un critère – conscient ou inconscient – souvent utilisé par les locuteurs sourds pour « classer » les interprètes : parmi ces dernier, ceux qui manient avec le plus de finesse et de « dextérité » l’iconicité souvent considérés comme de meilleurs interprètes » (Guitteny 2014 : 6)

Dans la mesure où l’iconicité est comprise comme pensée visuelle dans le domaine d’étude sur la LSF, nous déduisons de cette affirmation, que pour fournir une interprétation de qualité, l’ILS doit recourir à une pensée visuelle dans sa traduction. Dans ce chapitre, la distinction entre interprétation et traduction sera davantage respectée pour une meilleure compréhension des enjeux. Les écrits de Guitteny (2004, 2006, 2007 et 2014) sont tournés vers l’utilisation de l’iconicité
comme vecteur d’une pensée visuelle en langue des signes : « Et une certaine maîtrise de cette forme de pensée est un atout important pour un interprète. » (Guitteny 2004 : 46). Plusieurs interrogations naissent de cette affirmation :Il semble alors que la notion de qualité soit extrêmement délicate et nous oriente vers une pente glissante. Si nous ne pourrons pas apporter de réponses à toutes ces questions, nous nous efforcerons tout de même d’en comprendre les enjeux. Néanmoins, il semble pertinent d’interroger cette question et de voir si l’ILS use d’une forme de pensée visuelle ou non.

Le processus interprétatif en détails

Pour introduire notre propos, avant de voir les différentes étapes par lesquelles passe un interprète pour traduire, nous nous appuyons sur la citation de Reiss (2009 : 39) qui propose une définition générale d’une théorie de la traduction. Elle prend en compte tous les aspects de la traduction nécessaires à la compréhension, dans la continuité des objectifs de ce mémoire : « Une théorie de la traduction est bien sûr indispensable sans une théorie linguistique solide […] C’est dire qu’il faudra choisir une théorie linguistique qui prendra en compte toutes les dimensions des signes linguistiques (à savoir la syntaxe, la sémantique et la pragmatique) et donc ménageant une place au phénomène de la fonction communicative, autrement dit […] il faudra se fonder non pas sur une
linguistique de la langue (c’est-à-dire une théorie de la langue en tant que système) mais sur une linguistique de la parole (c’est-à-dire sur une théorie de l’usage qui est fait de la langue). » L’une des premières théories interprétatives ayant émergé est celle de Lederer (1981). Elle fut l’une des premières interprètes à mettre en évidence une théorie de l’acte interprétatif du point de vue de l’interprète et non d’un point de vue linguistique. Dans la mesure où l’acte de traduire d’une langue à l’autre n’est pas un transcodage (traduire un mot à mot en prenant un terme dans une langue A et le traduire par son équivalent dans une langue B), il convient de s’arrêter un instant sur ce qu’il se passe dans la tête de l’interprète avant, pendant et après la traduction. L’idée fondamentale dégagée par Lederer (1981 et 1985) mais aussi par Herbulot (2004) est que tout acte de traductionest intrinsèquement lié à un acte de compréhension. Il est presque impossible de traduire un discours s’il n’est pas compris au préalable.

Ce processus est constant, à chaque nouvel énoncé l’interprète aura recours à ces phases pour fournir une interprétation. Lors de la troisième étape, nous retrouvons ce que nous avons vu en  avec Bühler (1918). C’est ici que l’ILS puise volontairement dans ses connaissances pour amener une compréhension plus globale du discours. Ainsi, l’acte de comprendre possède deux faces : il s’agit dans un premier temps de comprendre la composante linguistique, et dans un second temps de comprendre la composante encyclopédique. Une connaissance de la langue en question est nécessaire (il est évident qu’une connaissance parfaite de ses langues de travail est nécessaire pour traduire, nous ne nous attarderons pas plus à ce propos). Pour traduire, l’ILS a besoin de s’appuyer sur les états de faits qu’il a acquis, stockés dans la mémoire à long terme (MLT). Après avoir fait resurgir ses connaissances une fois le discours entendu, l’ILS doit activement faire correspondre ses connaissances avec le discours qui se déroule. Le cycle continue jusqu’au moment où l’ILS donne une traduction du discours qu’il a entendu, il évoque les termes précis qui dépendent du discours (noms propres, chiffres, termes techniques) et enfin il effectue un retour sur sa production pour contrôler l’adéquation au discours de l’orateur. Puis il prend conscience de ce qu’il se passe autour de lui pour voir si quelque chose peut influencer le discours ou si des bruits environnants doivent être signalés. Ce cycle interprétatif est valable pour les langues vocales comme pour les langues signées, du français vers la LSF et de la LSF vers le français. Les deux phases qui nous intéressent particulièrement ici sont la compréhension et l’intégration des unités à des connaissances antérieures, aussi appelées « déverbalisation ».

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