Etats kérato-séborrhéiques

Cours Etats kérato-séborrhéiques, tutoriel & guide de travaux pratiques en pdf.

Les anomalies de renouvellement cellulaire

Les défauts de kératinisation altèrent l’apparence de la surface de la peau. L’épiderme est constamment renouvelé par des nouvelles cellules. Ce renouvellement s’effectue en 22 jours environ chez le chien. Malgré ce turn-over rapide, l’épiderme maintient son épaisseur normale, possède une couche cornée peu visible, et les cellules mortes sont exfoliées de façon invisible dans l’environnement. Si cet équilibre délicat entre le remplacement des cellules mortes par de nouvelles cellules est altéré, l’épaisseur de l’épiderme change et la couche cornée, ainsi que les cellules mortes, deviennent visibles. Les anomalies de kératinisation provoquent donc des anomalies de prolifération, de différenciation, de desquamation et parfois aussi de formation et de dépôt des lipides épidermiques (SCOTT et al., 2001).
Les anomalies de kératinisation peuvent être congénitales ou acquises. Les anomalies congénitales regroupent la séborrhée primaire, l’ichthyose, la dysplasie épidermique du West Highland White terrier, la dermatose psoriasiforme lichénoïde du Cocker anglais et le syndrome comédoneux du Schnauzer. L’anomalie de kératinisation acquise la plus commune est le «callus» circonscrit aux points de pression (coude, jarret) (SCOTT et al., 2001).
Des études concernant le renouvellement cellulaire de l’épiderme lors de troubles séborrhéiques ont été effectuées et ont montré qu’il est beaucoup plus rapide chez les chiens séborrhéiques que chez les chiens en bon état général.
La moyenne de durée de renouvellement est de 7,85 +/- 1,80 jours pour les chiens atteints de séborrhée primaire. L’épiderme, l’infundibulum du follicule pileux et les glandes sébacées sont hyper-prolifératifs chez les chiens séborrhéiques (KWOCHKA & RADEMAKERS, 1989).
Le taux de renouvellement cellulaire de l’épiderme a été évalué chez des Cockers anglais et des Setters irlandais séborrhéiques. Il est d’environ 7 jours et la kératinisation est anormale (BAKER & MAIBACH, 1987).
La durée de renouvellement cellulaire de l’épiderme chez des chiens atteints d’ichtyose est de 3,6 jours, soit 2 fois plus rapide que pour les chiens avec séborrhée primaire (7,9 jours) et 6 fois plus rapide que des chiens non atteints de troubles de la kératinisation (23,4 jours).

Prescription de la vitamine A et des rétinoïdes dans le traitement des états kérato-séborrhéiques

La vitamine A

La vitamine A et ses métabolites ont un rôle déterminant dans la différenciation cellulaire et sa carence provoque des troubles de la kératinisation telles qu’une xérose et une hyperkératose. De ce fait, la vitamine A a été introduite dans les traitements contre les états kérato-séborrhéiques chez l’homme, puis chez l’animal.
L’efficacité de la vitamine A dans le traitement des états kérato-séborrhéiques chez le chien n’a pas encore été démontrée de façon satisfaisante, sauf pour la dermatose améliorée par la vitamine A.
Ainsi une étude portant sur 40 chiens atteints d’adénite sébacée granulomateuse idiopathique a montré que la vitamine A permet une amélioration de plus de 25% de leurs lésions cutanées chez 70% des chiens ayant reçu de la vitamine A (15 sur 21) mais 3 d’entre eux ont eu des rechutes alors qu’ils étaient sous traitement. Ces chiens recevaient également les traitements topiques prescrits habituellement. La source de vitamine A n’a pas non plus été précisée, la forme estérifiée étant plus stable que le rétinol. L’étiologie et la pathogénie particulières de l’adénite sébacée granulomateuse peuvent être par ailleurs à l’origine des grandes différences de réponse au traitement observées chez les chiens (LAM et al., 2011).
L’adénite sébacée granulomateuse idiopathique canine est une dermatose due à une cornéification anormale. Elle est caractérisée par une réaction inflammatoire mixte dirigée contre les glandes sébacées. La destruction complète de ces glandes peut survenir dans les cas chroniques ou sévères. Les principales lésions cutanées observées sont des squames, des croûtes, des manchons pilaires et une alopécie. La répartition des lésions est souvent bilatérale et plus prononcée sur la tête, les pavillons auriculaires, le cou et le tronc. Les races à poils courts développent des zones d’alopécies multifocales avec un squamosis léger à modéré. Les races à poils longs, en revanche, présentent des lésions plus généralisées avec un squamosis et des croûtes sévères et adhérentes, ainsi que des manchons pilaires. Il n’y a pas de prurit, sauf en cas de pyodermite superficielle ou de dermatite à Malassezia. Certaines formes sont très inflammatoires, nodulaires, ulcératives chez le Vizsla et l’English Springer Spaniel.
La photographie 10 illustre les zones d’alopécies multifocales et le léger squamosis que l’on peut retrouver chez les chiens à poils courts atteints d’adénite sébacée granulomateuse idiopathique.
L’étiologie de cette maladie n’est pas encore connue. Elle est toutefois considérée comme une génodermatose chez l’Akita inu et le Caniche, pour lesquels un mode de transmission héréditaire autosomal récessif a été établi. L’âge et le sexe des animaux ne sont pas des facteurs prédisposant (LAM et al., 2011).
Plusieurs hypothèses ont été formulées concernant l’étiologie et la pathogénie de cette dermatose : attaque immunologique contre les glandes sébacées, défaut dans le métabolisme des lipides provoquant une kératinisation et une production de sébum anormales, un défaut de kératinisation provoquant l’obstruction des conduits sébacés et une inflammation sous-jacente, un défaut anatomique des conduits sébacés conduisant à des fuites de sébum et à une inflammation sous-jacente, une destruction génétiquement déterminée des glandes sébacées, ou une dermatose aggravée à la lumière. Les examens immunohistochimiques montrent la présence d’infiltrats de cellules dendritiques et de lymphocytes T, soutenant ainsi les hypothèses liées à une réponse immunitaire (LAM et al., 2011).
Aucun effet secondaire n’a été rapporté dans cette étude suite à l’administration orale de vitamine A à part une kératoconjonctivite sèche sur un chien qui a reçu des doses supérieures à 2000 mg/kg/j pendant 2 ans. Il est donc recommandé de pratiquer un test de Schirmer de façon régulière chez les chiens qui reçoivent de la vitamine A au long cours.
Chez l’homme, cependant, les doses de vitamine A nécessaires pour créer des améliorations relativement peu satisfaisantes provoquent des effets secondaires non négligeables. Des dérivés de synthèse, les rétinoïdes, plus efficaces et moins toxiques ont ainsi été élaborés.

Les rétinoïdes

Plus de 2000 molécules ont été synthétisées à partir de la vitamine A mais seules quelques-unes sont développées en clinique. Les rétinoïdes les plus utilisés dans les troubles de la kératinisation sont l’acide 13-cis-rétinoïque ou isotrétinoïne et l’étrétinate, un rétinoïde aromatique, aujourd’hui remplacé par l’acitrétine.
Les rétinoïdes de synthèse semblent chez le chien, comme chez l’homme, plus efficaces que la vitamine A mais leur coût important est un frein à leur utilisation en médecine vétérinaire.

Mécanisme d’action des rétinoïdes

Les rétinoïdes ont des effets anti-inflammatoires par leur action sur l’expression des cytokines et le chimiotactisme ainsi que la prolifération des lymphocytes. Ils normalisent le turn-over des cellules épidermiques. Ils augmentent la différenciation des kératinocytes en augmentant la production de filaggrine, le nombre et la taille des granules de kératohyaline ainsi que le nombre de filaments de kératine lors de la maturation des kératinocytes en se liant, comme la vitamine A, à des récepteurs nucléaires et/ou cytosoliques (TOMA & NOLI, 2005).
L’isotrétinoïne a des effets sébostatiques voire sébosuppresseurs. Elle inhibe de façon dose-dépendante la prolifération des sébocytes en culture et réduit leur capacité de synthèse des lipides. L’isotrétinoïne est administré par voie générale chez l’homme dans le traitement de l’acné et on observe une atrophie des glandes sébacées pouvant aller jusqu’à 90% de leur volume initial, ainsi qu’une réduction très significative de la sécrétion sébacée, dose-dépendante (80 à 90% après 12 à 16 semaines de traitement). Cette action inhibitrice sur la glande sébacée est spécifique à l’isotrétinoïne. L’acitrétine a prouvé son efficacité dans la plupart des troubles héréditaires de la kératinisation chez l’homme.
L’acitrétine est le métabolite acide et actif de l’étrétinate et n’est utilisée que depuis peu en médecine humaine. Les études sur l’efficacité des rétinoïdes dans le traitement des états kérato-séborrhéiques chez le chien ont donc plutôt été réalisées avec de l’étrétinate et de l’isotrétinoïne.

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Prescription des rétinoïdes en médecine vétérinaire

Du fait de leur succès en médecine humaine, les rétinoïdes ont été utilisés pour le traitement de dermatoses séborrhéiques chez le chien telles que la séborrhée primaire idiopathique, l’ichtyose et l’adénite sébacée granulomateuse idiopathique. Une amélioration des signes cliniques et des lésions histologiques est observée chez certains chiens mais pas d’autres, sans que l’on puisse corréler ces résultats aux signes cliniques observés ni aux lésions histologiques. Ils ne provoquent en revanche aucune amélioration sur les otites externes, fréquentes lors de séborrhée idiopathique des Cockers (POWER et al., 1992).
Pour la séborrhée primaire idiopathique, l’isotrétinoïne marche dans quelques cas à la posologie de 1 à 3 mg/kg 2 fois par jour PO mais se révèle peu efficace dans la majorité des cas. L’étrétinate à la dose de 1 mg/kg/j PO semble plus efficace. Près de la moitié des chiens traités avec des rétinoïdes ont eu des effets secondaires tels que des vomissements, du prurit, des douleurs osseuses et articulaires, des conjonctivites ou des dermatites exfoliatives. Il y a peu d’études concernant l’acitrétine mais il semblerait qu’elle soit aussi efficace que l’étrétinate à la dose de 1 mg/kg/j. Cependant son coût important limite son utilisation dans le domaine vétérinaire. Le rétinol peut être également utilisé mais il est beaucoup plus toxique que les acides rétinoïques et un suivi strict doit être préconisé. Si les acides rétinoïques ou le rétinol sont efficaces, le traitement doit être maintenu à vie. Pour éviter les effets secondaires, la molécule sera administrée une semaine sur deux (SCOTT et al., 2001).
Les acides rétinoïques peuvent également être bénéfiques dans la gestion de l’ichtyose mais il faut attendre parfois plusieurs mois de traitement avant de voir une amélioration de l’état de l’animal et certains chiens ne supportent pas ces molécules. L’isotrétinoïne est efficace à la dose de 1 à 2 mg/kg 2 fois par jour et l’étrétinate à la dose de 2,5 mg/kg/j. L’acitrétine serait efficace à la dose de 0,5 à 1 mg/kg/j (SCOTT et al., 2001).
Quant à l’adénite sébacée granulomateuse idiopahtique, les acides rétinoïques pourraient être utiles dans les cas sévères ou réfractaires au traitement habituel. Ils seraient efficaces, c’est-à-dire diminution de plus de 50% des squames et de l’alopécie, chez 60% des chiens. Ils sont administrés à la dose de 1 à 2 mg/kg/j sauf l’acitrétine qui est donnée à 0,5 à 2 mg/kg/j. On pense que ces bons résultats sont dus à la capacité de l’isotrétinoïne d’inhiber la différenciation des sébocytes matures. La réponse au traitement apparaît dans les 4 à 8 semaines et doit être continué tout au long de la vie de l’animal (SCOTT et al., 2001 ; WHITE et al., 1995)

Prescription des acides gras essentiels

Les troubles de la kératinisation s’accompagnent d’une inflammation de la peau et d’une diminution de la barrière cutanée de l’épiderme.
Une étude portant sur les concentrations cutanées et plasmatiques de divers lipides a été réalisée chez 21 chiens présentant une séborrhée chronique. Les concentrations plasmatiques d’acides gras des chiens séborrhéiques étaient dans les limites des valeurs usuelles. Toutefois, les concentrations d’acides gras au niveau cutané ont montré des élévations des concentrations d’acide oléique et d’acide arachidonique et une diminution des concentrations d’acide linoléique. Après 30 jours d’un supplément à base d’huile d’onagre (0,5 ml/kg/j), les concentrations cutanées d’acides gras étaient revenues à la normale et les signes cliniques de séborrhée avaient diminué (CAMPBELL & DORN, 1992).
Les signes cliniques de la séborrhée chez le chien pourraient en partie être dus à une concentration cutanée trop élevée d’acide oléique et d’acide arachidonique et/ou trop faible d’acide linoléique. Un apport en acides gras, particulièrement en acides gras essentiels, pourrait donc être bénéfique pour la restauration de la barrière cutanée et la diminution de l’inflammation.

Néoplasies cutanées

La durée de vie des animaux de compagnie augmente si bien que l’oncologie est devenue une spécialité autonome de la médecine vétérinaire. Comme les tumeurs cutanées représentent une part primordiale de l’ensemble des tumeurs chez le chien, en quoi l’alimentation peut-elle jouer un rôle dans leur traitement ?

Généralités sur les tumeurs chez le chien

Importance des tumeurs cutanées chez le chien

Les chiens ont 6 fois plus de tumeurs que les chats et la peau est le premier site d’apparition de tumeur soit 30% des tumeurs canines. Parmi celles-ci, 55% sont des tumeurs mésenchymateuses, 40% sont épithéliales et 5% dérivent de mélanocytes. L’âge d’apparition s’étale entre 6 et 14 ans, avec une moyenne de 10,5 ans. La fréquence d’apparition de tumeurs cutanées varie selon les races de chien. Les plus concernées sont le Boxer, le Scottish terrier, le Bull mastiff, le Basset hound, le Braque de Weimar, le Kerry blue terrier, et l’Elkhound norvégien. Les femelles semblent plus touchées que les mâles (56% de femelles contre 44% de mâles). Chez le chien, les tumeurs malignes sont moitié moins nombreuses que les tumeurs bénignes et les tumeurs que l’on retrouve par ordre de fréquence sont le lipome, l’adénome des glandes sébacées, le mastocytome, l’histiocytome et le papillome (SCOTT et al., 2001).
Selon le type de tumeur, le traitement approprié peut être la chirurgie, la cryothérapie, l’électrochirurgie, la radiothérapie, la thérapie laser, la chimiothérapie, l’immunothérapie ou bien encore une combinaison de ces différentes méthodes.

Le développement d’une tumeur

La carcinogenèse représente l’ensemble des mécanismes conduisant à la transformation d’un tissu sain en un tissu cancéreux. Elle comprend 3 phases : l’initiation, la promotion et la progression.
La phase d’initiation désigne essentiellement une modification de l’ADN du noyau d’une cellule à cause d’une mutation (délétion, crossing over, etc…). Ces altérations de l’ADN sont permanentes et irréversibles. Si 3500 possibilités de cancérisation sont quotidiennes, en revanche, elles sont contrôlées dans l’instant par nos défenses sentinelles axées sur des mécanismes d’auto-immunité intrinsèque (cellules NK, lymphocytes cytotoxiques, mailles du réticulum splénique, macrophages hépatiques (cellules de Kupffer). Normalement, la cellule possède des gènes suppresseurs de tumeur qui permettent la synthèse de molécules capables de réparer les lésions de l’ADN et si l’ADN n’est pas réparé, la cellule entre en apoptose. Mais parfois cette transformation salutaire est prise en défaut : la cellule ne meurt pas, entre en division et transmet alors du matériel nucléaire altéré.
La modification de l’ADN peut se faire selon 5 mécanismes : elle peut être héréditaire, passive, biologique, physique ou chimique :
• Aucune altération génétique prédisposant certaines races de chien au développement de tumeur n’a été mise en évidence même si certaines races de chiens montrent une incidence de cancers plus élevée que d’autres. Le Boxer par exemple semble avoir un risque plus élevé de développer un lymphome.
• Des mutations ponctuelles, des translocations chromosomiques et des amplifications génétiques se produisent spontanément dans toute population de cellules en division. Ces altérations s’accumulent au cours de la vie de l’animal mais ne s’expriment que tardivement, expliquant sans doute la prévalence plus élevée des cancers chez les sujets adultes ou âgés.
• Les agents biologiques les plus susceptibles d’induire un cancer sont les rétrovirus (FeLV et lymphome félin) et quelques parasites (spirocercose).
• Les agents oncogènes physiques sont les rayons ultraviolets, en particulier les UVB et les radiations ionisantes
• De nombreux composés chimiques, naturels ou synthétiques, peuvent induire un processus néoplasique malin, notamment les dérivés benzéniques. L’effet pathologique des agents cancérigènes chimiques n’est obtenu qu’après un contact ou une administration répétée.
La phase d‘initiation correspond à la prolifération anormale des cellules tumorales conduisant à la constitution d’une tumeur, tout d’abord microscopique puis progressivement visible à l’œil nu.

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