Le cadre de l’hôpital psychiatrique

Le cadre de l’hôpital psychiatrique

Cette recherche sřinscrit dans un cadre défini, celui de lřhôpital psychiatrique. La mobilisation que nous faisons du terme « cadre » est donc à entendre dans cette acception. Pour ce qui est du « contexte », il en représente un élément ; cřest la réunion de différents contextes qui constitue le cadre. Dans ce chapitre, il sřagira dřapporter un éclairage sur lřévolution des hôpitaux psychiatriques (anciennement nommés asiles). Il est important de la prendre en compte, car elle participe de lřorientation actuelle des projets culturels. Nous concentrerons notre attention, en particulier, sur lřanalyse de lřévolution des interactions entre les différents acteurs de lřhôpital (patients et personnel). Lřapproche Goffmanienne sřavère particulièrement utile dans la compréhension de ce cadre et de son incidence sur les situations communicationnelles vécues. Dans une période plus contemporaine, la seconde moitié du vingtième siècle sřest révélée comme étant une phase importante de réorganisation du système hospitalier, et plus spécifiquement dans le secteur de la psychiatrie. De profonds bouleversements dřordre organisationnel et relationnel en ont découlé.  Plus récemment, nous avons assisté à une véritable « crise » de lřinstitution hospitalière. Dans ce contexte difficile, il convient dès lors dřinterroger la place que la culture peut y prendre.

Le poids de l’institution dans les rôles et les interactions à l’hôpital psychiatrique

Les travaux de la sociologie Goffmanienne restent la référence dans lřanalyse de lřancien système asilaire. Lřétude menée par lřauteur, à lřhôpital psychiatrique de Saint Élisabeth à Washington, révèle la nature et les conditions dřinteractions entre les acteurs (patients et personnel hospitalier) au sein de lřinstitution hospitalière, dans le courant du milieu du XXe siècle. Paru en 1961, son ouvrage Asylum permet de comprendre lřorganisation de lřhôpital psychiatrique du temps où celui-ci était encore considéré comme une « institution totalitaire »60. Ce travail est essentiel à la compréhension des codes inhérents à lřhôpital psychiatrique. Ils tiennent un rôle important dans le conditionnement des rapports sociaux entre les acteurs. Erving Goffman sřattache à détailler la manière dont les malades mentaux vivent leur existence au sein de lřhôpital psychiatrique. Les définitions détaillées quřil en donne passent par lřanalyse des rapports établis avec le personnel hospitalier. La non-conformité des comportements serait, selon lui, liée à lřaspect totalitaire de lřinstitution. Lorsquřil entre dans lřinstitution totale, le malade est dépossédé de son rôle (au sens sociologique du terme). Son existence se retrouve soumise aux règles qui régissent lřasile. Pour définir les rapports quřentretiennent les patients et le personnel, Goffman met en avant lřopposition qui caractérise ces deux catégories. Dans les années soixante, lřasile est un « microcosme social », il vit en autarcie et les patients internés ne ressortent que rarement, ils sont donc en coupure totale avec lřenvironnement extérieur et la vie sociale. Dans ce contexte, le personnel représente à la fois cet extérieur devenu inaccessible pour le patient et ce « donneur dřordre » auquel il faut se soumettre : dynamique de la vie sociale dans lřinstitution : le personnel représente des normes, les mythes et les pouvoirs de la vie normale pour des sujets définis par lřabolition de tous les privilèges dřune existence libre. Le Ŗsoignantŗ par rapport au Ŗsoignéŗ, cřest aussi lřhomme libre par rapport au prisonnier » (Castel in Asiles, 1968 :14). Les rapports entre personnel et patients mis au jour par lřétude dřErving Goffman  révèlent la présence de tensions liées aux représentations quřentretient chaque groupe lřun vis-à-vis de lřautre. Les stéréotypes sur les malades mentaux ne sont pas véhiculés que dans la société ; à lřintérieur même de lřinstitution, ils sont aussi très présents chez le personnel hospitalier. Souvent, ce dernier met en place une relation de pouvoir, de domination vis-à-vis du patient. Il exige de lui lřemploi dřun certain vocabulaire (souvent marqueur de soumission). Les représentations vont dans les deux sens. Les patients considèrent les membres du personnel comme des personnes peu agréables, jouant et abusant de leur autorité. Lřauteur insiste sur le peu de rapports entre ces deux groupes. Il y voit le résultat du cadre de lřinstitution asilaire. Nouer des relations autres avec un malade, faire preuve de compassion ou dřamitié était quelque chose de difficilement admissible au regard de lřinstitution et de son fonctionnement. Ce type de comportement était considéré comme dangereux et tabou par les deux parties. Lorsque cřétait le cas, Erving Goffman parle « dřabandon de rôle » (pour reprendre un terme introduit par Everett Hugues).

 

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