Les modes de présence du philosophique dans le littéraire

Philosophie et littérature: un comparatif 

Le but de ce comparatif est de mieux cerner ce que nous entendrons par philosophie et par littérature. Pour les comparer, nous devrons tout d’ abord tenter de les définir. Il est cependant difficile de circonscrire la philosophie, et l’ entreprise de la définir pose parfois quelques problèmes. Il faut admettre que « la philosophie est toujours fuyante, et que sous une dénomination unique se cachent en fait de multiples formes de philosophie, qui rendent impossible toute tentative de définition unitairé. » Ce qui ne signifie pas qu ‘il faille pour autant s’en abstenir puisqu ‘elle donne tout de même une meilleure idée de ce en quoi elle consiste et de l’ étendue de ses extensions. Définir la littérature est voué au même sort. Plusieurs théoriciens en ont donné différentes définitions afin de formuler la spécificité du littéraire (ou la littérarité), ce qui le caractérise essentiellement. Or, essayer de dire l’ essence de la littérature, c’est « inévitablement constater que cette inconditionnalité reste inséparable, dans sa notation, du constat que le littéraire échappe à tout jugement d’identification ». Dans ce cas-ci également, la difficulté de définir le littéraire ne signifie pas qu’ il soit préférable de cesser toute tentative définitoire puisqu’ elle a tout de même le mérite de circonscrire un tant soit peu ce à quoi renvoie la littérature, ce qui la caractérise, même si les caractéristiques qu’ on lui attribue ne lui paraissent pas toujours essentielles. Nous élaborerons cette section dans cette optique et sans prétendre dresser un portrait exhaustif de ce en quoi peuvent consister la philosophie et la littérature.

La philosophie 

Les champs de la philosophie 

La philosophie couvre plusieurs champs, mais, pour les besoins de la présente recherche, nous ne présenterons que brièvement les principaux . La philosophie de la connaissance s’ intéresse aux conditions de possibilité, aux limites et à la nature de la connaissance. En anglais, epistemology correspond à la philosophie de la connaissance française alors qu ‘en français, l’épistémologie est .1’étude et la critique des méthodes, des présupposés et des résultats scientifiques. L’équivalent anglais de cette épistémologie est philosophy of science. Il y a aussi la métaphysique qui constitue notamment un discours sur les causes premières et les premiers principes; l’ontologie fait partie de la métaphysique et s’interroge particulièrement sur l’être, sur les diverses formes qu’ il peut prendre, sur ce qui est et sur ce qui existe. Quant à elle, la philosophie de la nature se questionne entre autres sur la place de l’ homme dans la nature, sur la relation entre les deux qui peut parfois prendre la forme de questionnements éthiques sur l’environnement. L’éthique représente d’ ailleurs une autre branche de la philosophie qui étudie les principes qui guident les actions, la morale, le bien et le juste. Un autre des champs philosophiques couvre la politique et réfléchit sur le pouvoir ainsi que sur les différentes formes qu ‘ il peut ou devrait prendre dans les sociétés, il s’ agit de la philosophie politique. Parmi ces champs, pointons également l’ esthétique (étude du beau, du jugement sur le beau; la philosophie de l’art en fait partie), la philosophie de l’ esprit (étude de la relation entre le corps et l’esprit, et de la nature de cette relation) ainsi que la logique (étude portant souvent sur les raisonnements valides et l’argumentation). La logique sert parfois d’outil à la philosophie du langage lorsqu’ elle procède à l’analyse logique des énoncés linguistiques ou lorsqu’elle s’ interroge sur leur signification, et ce, afm de clarifier ces énoncés et d’identifier ceux qui sont douteux ou vides de sens.

Terminons avec les trois principaux champs philosophiques dans lesquels notre recherche s’inscrit. En ordre croissant d’ importance, quoique les deux derniers soient presque également présents, la phénoménologie, l’ herméneutique et la philosophie de la littérature. Pour Husserl, la phénoménologie doit aller directement aux choses mêmes par une pratique descriptive fondamentale dont le but est notamment de renouveler notre accès à la réalité en nous libérant de nos préjugés; elle étudie les phénomènes, ce qui apparaît à notre conscience et ce que la conscience vise (intentionnalité). En phénoménologie, la conscience est toujours conscience de quelque chose. En ce qui concerne l’herméneutique, Ricœur nous dit qu’ elle représente une méthode héritée de l’interprétation des textes religieux (exégèse), de la philologie (interprétation des textes anciens ou des textes littéraires classiques) et de la jurisprudence (interprétation des textes juridiques). En herméneutique, l’ accent « est mis sur la pluralité des interprétations liées à ce que l’on peut appeler la lecture de l’expérience humaine. Sous cette [ .. . ] forme, la philosophie met en question la prétention de toute autre philosophie à être dénuée de présuppositions . » Bien qu’elle mette l’ accent sur la pluralité des interprétations, elle n’ affirme pas que ce sont toutes les interprétations qui se valent: il y a des critères pour évaluer la qualité des interprétations, nous y reviendrons plus loin. Plus globalement, l’ herméneutique s’intéresse à l’interprétation et à son rôle dans la compréhension d’ un texte. La vérité herméneutique n’est pas à entendre dans le sens objectif des sciences naturelles, mais dans celui subjectif de notre expérience au monde et de notre compréhension. Quant à la philosophie de la littérature, elle fait partie de la philosophie de l’art (qui elle correspond à l’un des champs d’investigation de l’ esthétique). Il s’ agit, comme son nom l’ indique, de la branche de la philosophie qui fait de la littérature son sujet de réflexion au même titre que les autres champs philosophiques le font avec l’ esprit, le langage, la connaissance, la science, la morale, la politique, etc. Ses interrogations portent sur divers objets : les façons d’ interpréter philosophiquement une œuvre littéraire; les manières par lesquelles un contenu philosophique peut s’y présenter en tenant compte tant de sa production que de sa réception; le savoir que contiendrait un texte littéraire; la référentialité de la fiction; les distinctions et les points communs entre la philosophie et la littérature; l’ usage du langage; la temporalité, les valeurs et la subjectivité dans les œuvres; le rapport de ces œuvres à la société; l’ existence ou l’inexistence d’une claire distinction entre le littéraire et le nonlittéraire, entre la fiction et la non-fiction, etc. Comme vous l’ aurez peut-être deviné, ce sont les deux premiers objets qui retiendront particulièrement notre attention et qui guideront notre recherche. Nous ne pourrons toutefois pas ignorer constamment les autres éléments qui intéressent la philosophie de la littérature puisqu’ils s’ avèreront parfois nécessaires à la compréhension et à un meilleur enchaînement du discours.

De ce que nous venons de dire au sujet de la philosophie, on remarque entre autres que ses intérêts sont très variés. De plus, le fait qu’elle s’applique à diverses facettes de la réalité indique qu’ il s’agit peut-être plus d’ une méthode de recherche qu ‘ un domaine produisant des connaissances comme les sciences expérimentales.

 La philosophie en tant que méthode 

Pour certains philosophes grecs, la philosophie s’ exerce à travers la méthode dialectique, c’ est-à-dire l’ art du dialogue et de la discussion, ou « l’ art de diviser les choses en genres et en espèces » Par exemple, Socrate pratiquait l’ art d’ accoucher les esprits (la maïeutique) lorsqu’ il dialoguait. Il posait des questions à son interlocuteur, feignant parfois l’ignorance, notamment dans le but de remettre en cause le savoir ou les vérités que ce dernier défendait et de lui montrer qu’ ils correspondaient peut-être plus à l’opinion qu’à quelque vérité que ce soit. C’est d’ ailleurs en ce sens qu’Alain Badiou entend l’ expression « montrer les vérités » : « Les montrer veut essentiellement dire : les distinguer de l’opinion » Pour lui, la philosophie est « l’élaboration d’ une catégorie de vérité. Elle ne produit par elle même aucune vérité effective. Elle saisit les vérités, les montre, les expose, énonce qu’ il y en a . » Par exemple, la philosophie de l’art s’intéresse entre autres aux vérités qu’ indiqueraient les œuvres artistiques telles qu ‘une vérité morale rendue présente dans une œuvre littéraire à l’aide de la relation entre l’ individu et la société.

Table des matières

INTRODUCTION
CHAPITRE 1 – PHILOSOPHIE ET LITTÉRATURE: UN COMPARATIF
1.1. La philosophie
1.1.1. Les champs de la philosophie
1.1.2. La philosophie en tant que méthode
1.1.3. Quelques autres définitions de la philosophie
1.2. La littérature
1.2.1. Différentes théories de la littérature
1.2.2. La spécificité du littéraire
1.3. Retour sur le comparatif
CHAPITRE II – L’HERMÉNEUTE
2.1. Le travail de 1 ‘herrnéneute
2.2. Deux attitudes de l’interprète
CHAPITRE III – DU PHILOSOPHIQUE DANS LE LITTÉRAlRE
3.1. Quelques façons pour un contenu philosophique de se manifester dans le littéraire
3.1.1. Relation entre le fond et la forme
3.1.2. Les trois fonctions philosophiques du littéraire selon Macherey
3.1.3. La philosophie dans les œuvres de quelques écrivains
3.2. La littérature dirait plus et mieux que la philosophie
CHAPITRE IV – LA RÉCEPTION
4.1. Le contexte socio-historique d’une œuvre
4.2. Théorie de la réception
4.2.1. L’horizon d’attente
4.2.2. Quelques concrétisations d’Iphigénie
4.2.3. Potentiel de signification des œuvres
4.2.3 .1. Sélection
4.2.3.2. Rétention et protention
4.2.3.3. Synthèse
4.3. En quoi la réception s’avère pertinente dans le cadre de notre problématique?
CONCLUSION

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