les regroupements typologiques proposés dans la bibliographie

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Les groupes régionaux

Antioche-sur-l’Oronte et ses environs

La cité d’Antioche-sur-l’Oronte fut fondée en 300 av. J.- C. par Séleukos I dans un secteur connu pour l’abondance de ses sources69. Organisée selon un plan orthogonal, elle devint dès le règne d’Antiochos I la ville la plus importante du royaume séleucide, puis capitale de la province romaine de Syria en 64 avant J.-C.
A quelques kilomètres au sud, Séleukos fonda également une enceinte sacrée et un temple dédiés à Apollon à Daphnè (Harbiyé), lieu prétendu de la métamorphose de Daphnè poursuivie par Apollon ; Daphnè devint à l’époque impériale un lieu de villégiature et de loisirs très prisé (villae à mosaïques, théâtre, stade)70.
Sur la côte, à l’ouest d’Antioche, se trouve la ville portuaire de Séleucie-de-Piérie (actuel district de Samandağ), s’étageant sur plusieurs niveaux entre les contreforts de l’Amanus et la côte. Ephémère capitale séleucide dans les premières années du IIIe s. av. J.-C.71, Séleucie est bordée à l’est de falaises abruptes, propices au creusement de tombeaux rupestres.

La localisation des trouvailles

Antioche était environnée par plusieurs nécropoles72, comme l’ont révélé les fouilles américaines de 1932-193973 :
Au nord-est (secteur actuel de Narlıca), à l’extérieur de l’enceinte et en bordure de l’Oronte, dans un secteur manifestement jamais gagné par l’urbanisation, une nécropole, dite « nécropole nord-est » dans les archives, a été repérée (secteur 7-Y du carroyage des fouilleurs)74 ; de là proviennent la plus grande quantité de stèles trouvées in situ (17 numéros)75 ;
Voir Najbjerg 2001, p. 175.
Voir Sartre 2001, p. 118 (notamment note 29) rapportant les débats sur la question de savoir si Séleucie-de-Piérie a pu, ou non, être la première capitale séleucide avant de céder la place à Antioche ; les indices numismatiques semblent aller dans ce sens.
Voir Güven 2014, p. 601, carte n° 6, qui place les lieux de trouvaille probables ; ces informations sont complétées par les lieux de trouvaille attestés, sur les plans d’Antioche (carte n° 7 p.602), de Daphnè (carte n° 8 p.603) et de Séleucie (carte n° 9 p.604).
Fouilles de l’université de Princeton, voir Stillwell 1938 et Stillwell 1941. Un résumé des conditions de cette fouille et de son déroulement a été donné dans Najbjerg 2001, p. 178‑181.
Numérotée 32 sur le plan dressé par Jill Mazeika dans Padgett et al. 2001, p. 173, d’après Stillwell 1938, p. 215.
Au sud-ouest, également hors de l’enceinte, sur la rive droite de l’Oronte, deux nécropoles s’étiraient en bordure de voies menant vers Alexandrette et vers Séleucie-de-Piérie (secteurs 20-H et 22-E/F)76 ;
Au sud de la cité, entre le mur d’enceinte de Tibère et celui de Justinien, les secteurs de fouille 24-L et 23/24-K, explorés en 1934 et 1935, ont livré l’emplacement de plusieurs cimetières contigus, qui se trouvaient à l’extérieur de la cité au moins pendant tout le Haut-Empire ; le secteur 24-L a livré 13 reliefs funéraires77 ;
Plusieurs secteurs, bien que non identifiés comme des nécropoles, ont livré quelques reliefs funéraires, peut-être en remploi, d’après les archives de la mission américaine : 10-L et 11-L (secteur du stade), 13-R (partie septentrionale de la grande colonnade), 16-P (côté est de la grande colonnade), 22-K (partie méridionale de la grande colonnade), 25H (extérieur de la porte de Daphnè)78 ;
La mission a fouillé plusieurs années de suite à Daphné ; les observations faites lors des fouilles de 1932-1934 révèlent qu’au moins 18 stèles y ont été trouvées, le plus souvent en remploi dans des maisons modernes79 ;
En 1937 la mission a fouillé le site de Séleucie-de-Piérie : une tranchée dans le flanc de la montagne (secteur 20-K-L-M) a révélé une vaste nécropole à tombeaux rupestres ; une autre nécropole rupestre a également été repérée sur les contreforts du mont Amanus (secteurs 17-E)80.
La difficulté majeure dans la recherche de localisation des stèles funéraires d’Antioche, est qu’une grande partie des trouvailles des années 1930 n’a pas de contexte archéologique très précis. En effet, même pendant les campagnes, la mission a acquis des pièces apportées par la population, sans que le lieu de trouvaille puisse être précisé81. Le produit de la mission de Princeton provient donc à la fois des fouilles elles-mêmes mais également d’acquisitions non documentées, l’ensemble ayant représenté environ 150 stèles. Si la majorité des trouvailles est restée en Turquie, une partie a fait l’objet d’un partage entre le Baltimore Museum of Art, le Worcester Art Museum et
Numérotées 24 et 25 sur le plan de J. Mazeika ; voir aussi Güven 2014, p. 445‑446.
Numérotées 28, 29 et 30 sur le même plan. Voir Güven 2014, p. 448‑451.
Voir Güven 2014, p. 438-451.
Voir Güven 2014, p. 452.
Voir Güven 2014, p. 453‑456. Deux ans plus tard H. Seyrig publia une partie des incriptions découvertes dans le cimetière des officiers romains de la flotte de Séleucie (Seyrig 1939b) ; voir notre n° 115.
l’université de Princeton82. Par ailleurs, indépendamment de cette période de fouille, beaucoup de trouvailles réalisées par les habitants ont été apportées régulièrement aux autorités au cours du XXe siècle ou vendues83. Si les stèles issues des fouilles ont été étudiées de longue date84, les stèles conservées dans les collections publiques turques n’ont fait l’objet que récemment de publications systématiques détaillées85, qui permettent aujourd’hui d’avoir une idée des différentes typologies présentes dans les nécropoles d’Antioche.
Il faut donc admettre, pour l’ensemble du groupe des stèles d’Antioche, une provenance la fois assurée (avec une dominance des sites de la nécropole nord-est de Narlıca, de la nécropole sud du secteur 24-L, et de Daphnè-Harbiyé) et probable étant donné les informations présentes dans les archives de la mission américaine et dans les inventaires des différents musées, ainsi qu’en raison des fortes affinités typologiques et iconographiques.

Le catalogue sélectionné

Nous avons sélectionné 45 numéros qui sont représentatifs des différentes typologies repérées par les publications ou par le présent travail, au sein d’un groupe aux caractères très homogènes.
Voir Najbjerg 2001, p. 180.
En dehors des trois musées déjà cités, le fonds se trouve aujourd’hui principalement au musée archéologique d’Antakya, au musée archéologique d’Istanbul et au musée du Louvre ; voir Güven 2014, p. 18.
Voir IGLS 3,1 ; Kondoleon 2000, p. 139‑143 ; Weir 2001, p. 274‑277 propose une analyse quantitative et qualitative à partir des inscriptions des stèles conservées à Princeton, par rapport aux stèles présentes dans IGLS 3,1.
Voir Laflı, Meischner 2008, Laflı, Christof 2014, Güven 2015. Une cinquantaine de stèles du musée d’Antakya apparaissent dans IGLS 3, voir Güven 2014, p. 21. Sur l’ensemble du corpus connu (377 nos), Güven propose une localisation assurée ou très probable pour 135 d’entre elles (Güven 2014, p. 435).

Le matériau

Les publications mentionnent systématiquement le matériau employé86, à l’exception de celle des stèles du musée d’Antakya publiées par Laflı et Meischner87, où l’information fait défaut. Pour ces dernières stèles, ainsi que pour les inédites, nous avons pu compléter les données lacunaires grâce à la thèse d’Evrim Güven, qui a vu les stèles et a pu confirmer le matériau employé88.
Le matériau très majoritaire est le marbre : sur les 45 numéros de la sélection, 35 sont taillés dans du marbre, dont les caractéristiques sont parfois précisés dans les publications :
A la suite de ce constat, deux questions se posent. La première concerne le vocabulaire technique employé par les fouilleurs et catalogueurs. En effet, les descriptions, qui règlent rapidement la question du matériau102 , se basent très rarement sur des analyses pétrographiques (en général hors de propos dans les objectifs de publication)103 , et il faut bien reconnaître que distinguer à l’œil nu le marbre et le calcaire cristallisé n’est pas chose évidente, de surcroît sur une œuvre empoussiérée ou concrétionnée104. On peut supposer que les appellations « marbre » et « calcaire cristallisé » recouvrent en fait un même matériau dans ce groupe des reliefs d’Antioche et ses environs : les nos 3,
et 20 pourraient donc être rangés dans la même catégorie de matériau que les 35 numéros indiqués « marbre ». Quand au « calcaire dolomitique », il présente un aspect visuel très proche des marbres, avec des veinures ; nous pourrions donc également rapprocher les nos 5, 8 et 10 du groupe des marbres. Nous avons donc en réalité 41 reliefs réalisés en marbre (au sens large), et 4 reliefs en calcaire (crayeux).
Voir Güven 2014, p. 117‑118, n° 56.
Voir Güven 2014, p. 112‑113, n° 53.
Voir par ex. Laflı, Christof 2014, p. 162 : « Most of the Antiochian reliefs consist of local marble or some limestone » (avec renvoi en note à une publication qui n’apparaît pas dans la bibliographie de l’article) ; Kondoleon 2000, p. 139 : « These simply carved marble plaques […] ».
Depuis les années 1970 plusieurs équipes de recherche ont mis au point des méthodes d’analyse chimique et pétrographique pour caractériser les carrières de marbre exploitées dans l’Antiquité en Méditerranée. Voir un point récent dans Antonelli, Lazzarini 2015.
Pour une distinction scientifique des matériaux, on peut consulter Foucault et al. 2014, notamment les articles « calcaire » (p.59-60), « calcaire cristallin » (p.60), « marbre » (p.222). Les différences d’appellation géologique sont liées notamment au rapport de teneur en calcite/dolomite/magnésite, ainsi qu’à la taille du grain de la pierre.
La seconde question qui se pose évidemment est celle de la provenance des blocs à partir desquels ont été sculptées les stèles funéraires des nécropoles d’Antioche et de Séleucie-de-Piérie. En effet, comme le souligne Michel Gawlikowski : « Le vrai marbre est absent [de Syrie]. Par conséquent, tout morceau de marbre trouvé en Syrie était importé »105. Evrim Güven, dans le cadre de sa thèse, a pu faire réaliser des analyses pétrographiques sur quelques stèles, sans que les conclusions permettent d’en tirer des informations très précises : « […] la majorité des stèles sont en calcaire cristallisé marbré, faute de carrières de marbre, de meilleure qualité, dans la région » 106. On comprend donc que ce calcaire cristallisé viendrait de carrières locales. L’auteur mentionne également le cas de quelques stèles de belle qualité dont le matériau a été importé. Quand au calcaire dolomitique, elle propose d’identifier les carrières de Yayladağ, à une trentaine de kilomètres au sud d’Antioche107. La question de l’importation du marbre apparaît au détour de quelques publications : Parlasca, à propos d’une des deux stèles du musée Rodin (notre n° 38), évoque le marbre d’Asie Mineure en raison de la couleur grise du relief108. Weir évoque également l’origine d’Asie Mineure du marbre, à l’approvisionnement facile pour Antioche grâce à sa position côtière109. Braemer, à propos des pierres ornementales du Haut-Empire romain, désigne également les gisements d’Asie Mineure, notamment Dokimeion et Belevi pour le marbre blanc, mais surtout l’île de Proconnèse et sa position commerciale stratégique qui, à l’image des carrières pentéliques, a favorisé la diffusion de son marbre dans tout l’Est méditerranéen110 ; la facilité d’accès aux circuits maritimes en fit le marbre le meilleur marché de tout l’empire romain111. E. Friedland, à propos de la grande sculpture sur marbre au Proche- Orient, part du constat qu’il n’existe aucune carrière de marbre localement et propose d’identifier les carrières qui ont pu alimenter les grands chantiers de sculpture comme Césarée-Maritime, Gerasa, Apamée112 : s’appuyant notamment sur les recherches portant sur les marbres architecturaux et sculptés d’Israël et sur les sarcophages importés en Syrie113, elle rend compte de la forte prévalence des marbres de Grèce et de Turquie dans les importations aux Proche-Orient, au détriment des marbres italiques114. Bien que ces études concernent la sculpture monumentale et les décors architecturaux publics, et non la sculpture funéraire individuelle, il n’y a pas de raison de penser que le marbre, forcément importé, dans lequel furent sculptées les plus élégantes des stèles funéraire d’Antioche, n’ait pas eu le même circuit d’approvisionnement ; d’autant qu’une partie des reliefs funéraires sont issus d’une réutilisation secondaire de placages décoratifs architecturaux. En l’absence d’analyse pétrographique systématique, il est difficile d’aller plus loin.
Pour résumer, la plupart des stèles funéraires de la région d’Antioche ont été sculptées dans des marbres ou des calcaires cristallins sélectionnés pour leur qualité de polissage ; on peut supposer, à la suite des conclusions d’E. Friedland, qu’une partie des blocs a pu être importée d’Asie Mineure ; par ailleurs les carrières de Proconnèse, réputées meilleur marché aux Ier-IIe s. apr. J.-C., ont pu être une source d’approvisionnement non négligeable.

La forme

Pour ce qui est de la forme générale des reliefs, les travaux récents identifient trois types de structure architectonique : les stèles à fronton et tenon inférieur, les stèles à fronton et base sans tenon, et les stèles à cadre architecturé ; ces dernières sont considérées comme les plus tardives, et seraient représentatives de l’évolution des coutumes funéraires à l’époque romaine impériale115. Il faut noter que la question de la typologie de forme est peu traitée dans les publications, au profit quasi exclusif de la typologie iconographique116.
En plus de ces caractères architectoniques, nous proposons de prendre également en compte le critère de l’épaisseur du bloc dans lequel est sculpté le relief funéraire. Lorsque les données de dimensions sont disponibles, elles invitent à établir une distinction très nette entre deux types de productions : d’une part des stèles épaisses (plus de 10 cm d’épaisseur) manifestement destinées à être dressées librement (nos 1 à du catalogue) ; d’autre part des plaques fines (moins de 4 cm d’épaisseur) taillées et préparées pour être fixées au mur (nos 18 à 45 du catalogue). Les stèles ont une hauteur moyenne de 60-80 cm, tandis que les plaques ne dépassent pas 40 cm de hauteur. Cette distinction renvoie clairement à la destination des reliefs funéraires : par leur volume et la présence d’un tenon inférieur (conservé sur plus de la moitié des exemplaires), les stèles devaient être insérées dans une mortaise, aménagée soit en surface du sol, dans un socle ou massif signalant l’emplacement de la tombe, soit à l’entrée ou dans la salle centrale du tombeau creusé ou construit. Les plaques sont de taille standardisée et ont été amincies de sorte qu’il est impossible qu’elles aient été disposées librement, mais plutôt apposées verticalement sur une paroi (par scellement pour clore la cavité du loculus plutôt que par fixation grâce à des pattes métalliques à la manière d’un ex-voto moderne). Par ailleurs on constate fréquemment au revers des plaques des indices laissant penser que ce sont d’anciens plaquages décoratifs, retaillés en plaque funéraire117. Format standardisé et recyclage témoignent de sépultures certainement plus modestes que celles marquées par une stèle épaisse et sculptée en plus haut relief, ayant nécessité davantage de matière première et davantage de technicité.
Quelles que soient les interprétations liées à l’usage de ces reliefs, la distinction entre stèles et plaques est également intéressante du point de vue de la composition architectonique des reliefs. En effet, deux constatations peuvent être formulées. Premièrement, sur les deux types, le motif du fronton triangulaire est omniprésent118 : il peut être soit représenté en haut-relief et totalement dégagé, avec trois acrotères réservés en ronde-bosse, un central et deux aux angles119 ; soit représenté en relief, mais intégré dans le volume central de la stèle, dont la partie supérieure reste
Voir également Weir 2001, p. 275.
Mais pas exclusif : par exemple deux stèles du Princeton University Art Museum, inv. n° 2000-114 (notre n° 14) et 2000-115 (notre n° 16), voir Weir 2001, p. 80‑284.
Par ex. : Musée d’Antakya, inv. n° 2388 (notre n° 6), 8442 (notre n° 2), 9026 (notre n° 8) et 17737 (notre n° 10). quadrangulaire, les deux ou trois acrotères étant alors détachés en bas-relief120 ; enfin, pour les plaques, le rampant du fronton peut épouser le bandeau périphérique du relief, donnant au bord supérieur une forme triangulaire, avec parfois évocation des deux acrotères d’angle121. Deuxièmement, le niveau de représentation des détails architecturaux est beaucoup plus poussé sur les stèles que sur les plaques. Sur les premières, une moulure est quasi systématiquement représentée entre la base et le champ central (une combinaison tore/baguette et congé/cavet), ainsi qu’entre le champ central et le fronton (au moins un congé ; souvent un entablement ionique simplifié, avec deux ou trois fasces bien visibles supportant le fronton) ; dans 20% des cas, le champ central est encadré de colonnes ou pilastres lisses, à base attique (deux tores) et chapiteau dorique ou corinthien, donnant à la stèle une forme d’édicule ; le champ central, généralement rectangulaire, est parfois en forme de niche cintrée sous le fronton122 ; enfin le fronton est fréquemment occupé par une rosette centrale à quatre, six ou huit pétales. Pour les plaques au contraire, peu de détails architecturaux apparaissent : en général un simple bandeau plat continu fait office de base, de montants verticaux et de rampant du fronton ; aucun entablement ne sépare le champ et le fronton ; dans plusieurs cas, les montants verticaux sont des pilastres simplifiés, sans base, avec parfois un décrochement évoquant des chapiteaux123.

L’iconographie

Du point de vue iconographique, la sélection est également représentative de l’ensemble du corpus des stèles funéraires d’Antioche. E. Güven, dans sa thèse, répartit son étude en fonction des modèles iconographiques, en trois grands groupes (personnage principal debout, personnage principal assis, personnage principal couché) eux-mêmes subdivisés en sous-groupes (homme/femme, un ou plusieurs personnages principaux, avec personnages secondaires)124.
Les différents types présents dans notre catalogue sont les suivants :
Les deux types les plus représentés sont ceux du défunt debout de face, avec ou sans accessoire (14 numéros) et celui du défunt couché seul sur une klinè, avec un guéridon (12 numéros).
Au sein de cette typologie de représentation, plusieurs motifs se rattachent directement à des modèles utilisés au-delà de la sphère funéraire de la région d’Antioche :
La Tychè d’Antioche : cas unique, la stèle de Tryphè (n° 1) représente la défunte dans une posture très inspirée de la sculpture d’Eutychidès créée vers 296-293 pour représenter la personnification de la cité d’Antioche : assise (ici sur une chaise et non sur un rocher), les jambes croisées, la tête appuyée sur la main droite (adaptation du motif de lamentation, la Tychè d’Antioche portant normalement une corne d’abondance), le coude prenant appui sur la cuisse125.
Voir Kondoleon 2000, p. 139 et Sartre 2001, p. 123. Le rocher sur lequel la Tychè est assise représente la montagne d’Antioche, qui domine la cité. Elle porte une couronne crénelée, et à ses pieds un jeune homme symbolise l’Oronte. Pour une étude de ce type iconographique, et son utilisation rare en contexte funéraire, voir Meyer 2006, p. 105-107, et note 518.
Le guerrier (nos 5-6) : ce motif est très peu fréquent dans l’ensemble du corpus, de même que dans les groupes de comparaison126. L’interprétation n’en est pas assurée : héroïsation du défunt ? matérialisation de son métier ? Il trouve en tout cas un écho dans le groupe typologique établi par Pfuhl et Möbius, celui des gladiateurs et des guerriers combattant127, ce dernier motif étant caractéristique de l’époque hellénistique. On peut également le rapprocher des représentations des soldats défunts sur les stèles peintes de Sidon, datées du début du IIe s. av. J.-C.128. Il s’agit bien d’un motif hellénistique. On peut penser également à la tradition, plus tardive, de figurer le défunt en armes dans les légions romaines, notamment à Apamée-sur-l’Oronte aux IIe et IIIe s. apr. J.-C. Le banquet (nos 3, 8, 10, 11, 27, 28, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45) : ce motif très présent à Antioche appartient à un ensemble qui s’est diffusé depuis l’Orient méditerranéen dans toutes les provinces de l’Empire129. Si le thème du banquet funéraire a connu des développements régionaux variés, il semble en Syrie s’éloigner légèrement du modèle grec (banqueteur couché sur un lit et tendant un vase de la main droite, figure féminine assise, petit serviteur, table, cratère, le tout dans une composition paratactique) pour adopter une formule bien présente dans les Cyclades130 : le banqueteur s’y désintéresse du banquet lui-même, ne tient plus de coupe, et prend une attitude de repos ; le cratère n’est plus présent, le guéridon devient un motif décoratif. La série des plaques d’Antioche, découpées aux contours de l’édicule, invite à placer l’usage de ce motif du banquet dans les formules les plus populaires de l’époque romaine impériale dans cette cité ; mais il est présent également sur des stèles dont la datation à l’époque hellénistique est probable (n° 3, n° 8), ainsi que sur un exemplaire remarquable daté du début de l’époque antonine sur des critères stylistique (la stèle de Persée, n° 27)131.
Le motif iconographique de Pudicitia (nos 4, 30, 32, 33) : la défunte est représentée tenant le côté de son voile d’une main, comme pour l’écarter. Ce motif bien connu dans l’iconographie italique rappelle les qualités morales de la défunte, ayant eu un comportement vertueux, une réputation honorable et un seul époux, et se réfère aux vertus civiques exigées des servantes de la statue de Pudicitia à Rome132.

Cyrrhestique

La plus ancienne mention d’une entité ethnique ou politique de Cyrrhestique ne remonte pas plus haut que 221 av. J.-C., selon Polybe133. La délimitation exacte de la région dénommée Cyrrhestique n’est pas évidente, et a dû évoluer au fil de la période hellénistique et romaine. Elle est bordée au sud par le Massif calcaire et la plaine d’Alep,
l’ouest par la vallée de l’Oronte et l’Amuq, à l’est par la vallée de l’Euphrate134 ; sa limite septentrionale n’est pas franche, en l’absence de barrière naturelle, les cours d’eau nombreux sur le plateau ayant tous une orientation nord/nord-est – sud/sud-ouest135 : Dolichè appartient bien à la Commagène, même à l’époque impériale136, et son territoire peut marquer la frontière avec la Cyrresthique. Cette région est donc composée d’un vaste plateau dans sa grande partie nord-ouest, avec beaucoup de reliefs et de cours d’eau, et d’une plaine au sud-est s’étalant vers l’Euphrate.
Selon cette définition, il faut donc intégrer à la Cyrrhestique les cités de Zeugma et de Hiérapolis. Or, l’analyse de notre corpus amène à faire des groupes distincts pour ces deux territoires ; l’appellation « Cyrrhestique » pour le présent ensemble n’est donc pas tout à fait exacte, et devrait être remplacée par celle de « Cyrrhestique centrale et occidentale », marquant ainsi une dualité territoriale plus efficace. En effet, les recherches menées durant cette étude ont permis de rassembler des stèles provenant de deux secteurs bien distincts : d’un côté, au centre, les nombreux villages occupant la frange sud du plateau central, le long de la route antique menant de Cyrrhus à Zeugma (et le long de la frontière moderne) ; de l’autre, à l’ouest, la cité de Cyrrhus et son territoire.
La date de fondation de Cyrrhus n’est pas fournie par les sources disponibles. Etant donné l’importance stratégique de sa position, à mi-chemin entre Antioche et l’Euphrate, il est vraisemblable que la cité ait été fondée, dans un objectif d’abord militaire, au tout début du IIIe s. av. J.-C.137 . Elle frappe monnaie de bronze au milieu du IIe s. av. J.-C. (Alexandre Bala/ temple de Zeus). Son rôle militaire n’échappe pas aux organisateurs de la conquête romaine : la Legio X Fretensis y séjourne certainement dès ou 17 apr. J-C. et jusqu’à la guerre de Judée en 69-70 apr. J.-C.138 ; des inscriptions mentionnent également la Legio VII Claudia, présente au IIIe s. apr. J.-C. pour les guerres parthiques139. Les fouilles menées en 2008 ont d’ailleurs révélé la zone d’implantation du camp romain, à l’extérieur de l’enceinte au nord-ouest140. Notons enfin que l’emplacement stratégique de la cité n’était pas qu’un atout militaire, mais également commercial, au carrefour de nombreuses routes reliant les cités de Syrie du Nord et de Commagène.
Voir Cohen 2006, p. 181‑182 ; Frézouls 2012, p. 84. Toutefois aucune trace archéologique n’est venu corroborer cette fondation macédonienne, voir Blömer 2020, p. 143‑144.

La localisation des trouvailles

Pour la « Cyrrhestique occidentale » de notre étude, c’est le site de Cyrrhus qui a fourni les stèles funéraires étudiées. Les fouilles françaises menées par Edmond Frézouls à partir de 1952 n’ont malheureusement pas été publiées141 ; elles s’étaient concentrées sur l’enceinte, sur le secteur situé entre le cardo et le théâtre et sur le théâtre lui-même. Une équipe menée par Jeanine Abdul Massih en a entrepris la publication à partir de 2012, en commençant par le théâtre142. Les données recueillies sont donc très parcellaires : les photographies de plusieurs stèles découvertes lors de la campagne de 1954 ont été publiées en 2012 pour illustrer la présentation des archives de fouilles (nos nos 61, 62, 63) ; d’autres, inédites, ont pu être présentées lors de communications scientifiques (nos 58, 60) ou glanées (n° 64)143. On peut mettre en parallèle, mais sans pouvoir établir de correspondance, ces stèles avec la localisation connue des nécropoles de la cité : à l’extérieur de l’enceinte, de forme triangulaire et englobant l’acropole, se trouvaient au moins deux nécropoles, l’une au nord-ouest et l’autre au sud- ouest. Cette dernière est bien repérable grâce au mausolée octogonal à étages ( Nebi Huri, qui a donné son nom moderne à la ville) encore en place et intégré dans le cimetière musulman recouvrant en partie la nécropole.
Pour notre « Cyrrhestique centrale », les informations disponibles dans les inventaires des musées de Gaziantep et d’Adana permettent de connaître le nom du village où les stèles ont été trouvées, mais sans aucun contexte archéologique ou de remploi. L’homogénéité de cet ensemble a été mis en valeur par Michaël Blömer144. Les lieux de trouvailles des stèles sélectionnées dans l’étude sont les suivants : Geçerli (antique Kumsurun) pour les nos 46, 49, 50, 52, 54, 56, 57 ; Üçkubbe (antique Kubbe, à 5 km à l’est de Geçerli) pour le n° 55 ; Duru Koÿ (antique Hameyli, à 15 km au nord de Geçerli) pour le n° 51 ; Oğuzeli, à 10 km au sud-est de Gaziantep, près de l’aéroport (n° 48 ) ; secteur de Nizip, à 30 km à l’est de Gaziantep (n° 53) ; sans localisation exacte (n° 47).
E. Frézouls a proposé une première synthèse des fouilles françaises de Cyrrhus lors du colloque d’Apamée de 1969 : Voir Frézouls 1969.
Abdul Massih et al. 2012. Bien que centré sur le bâtiment du théâtre, l’ouvrage inclut la présentation des carnets de fouilles de Frézouls et la publication, à titre posthume, d’un de ses manuscrits consacrés à l’histoire de Cyrrhus (= Frézouls 2012).
Une autre stèle était publiée par Cumont 1917, p. 50 et les IGLS, 1, 161 (n° 59), mais a été retrouvée à Smâlik, à cinq kilomètres à l’ouest de la cité.

Le catalogue sélectionné

Nous avons sélectionné 19 numéros, parmi deux sous-groupes bien distincts correspondant aux deux zones géographiques de Cyrrhestique centrale (12 numéros) et occidentale (7 numéros). Ces deux ensembles témoignent de deux traditions différentes, bien que contemporaines, qui s’expriment aussi bien dans le matériau employé que dans la forme et l’iconographie des stèles.
Il faut relever que le sous-groupe des stèles de Cyrrhestique centrale inclut une forte proportion de monuments datés : 9 numéros sur 12 portent la date de l’inscription, situant l’ensemble entre 120 et 180 apr. J.-C145. Cette indication est d’autant plus intéressante que les éléments iconographiques, mêlant des traditions différentes, ne sont pas suffisamment déterminants pour aider à une datation des reliefs.

Le matériau

Les stèles de Cyrrhestique centrale (nos 46-57) sont sculptées exclusivement dans des blocs de basalte. Cette pierre d’origine volcanique est très présente en Anatolie du Sud-Est (ainsi qu’en Syrie du Sud et dans les marges arides jordaniennes) : la zone de contact entre les plaques arabique et eurasienne a impliqué une forte activité volcanique, générant de nombreuses tables basaltiques et rochers isolés issus des coulées volcaniques successives, en particulier dans le sud de la Commagène et dans les plaines de Cyrrhestique146. Il est donc très vraisemblable que les blocs dans lesquels ont été taillés les stèles funéraires sont de provenance purement locale147.
A propos des conditions d’extraction des blocs ayant servi à sculpter les stèles funéraires, il a été établi que, de manière générale, les parties supérieures des coulées basaltiques, celles qui affleurent à la surface, sont celles qui contiennent le plus de bulles et de vésicules, du fait du lent refroidissement au contact de l’air lors des coulées successives148. C’est cette couche supérieure qui est la plus facile à travailler, en extraction de surface, contrairement aux couches médianes et inférieures nécessitant l’extraction à la verticale, en carrière. Les stèles de notre sélection montrent une densité importante de bulles, ce qui tendrait à penser que les blocs ont été extraits en surface de la table basaltique ; cela correspond assez bien avec l’usage de destination de ces blocs, pour des sépultures individuelles, alors que les blocs destinés à la construction nécessitaient une organisation du travail plus élaborée. Malheureusement aucun atelier d’extraction de surface n’a été identifié pour l’époque romaine impériale en Cyrrhestique ; mais on dispose d’information sur des ateliers de ce type à l’époque précédente, notamment à Sakizler (en Syrie, mais tout proche de la frontière, à seulement 9 km au sud de Geçerli)149.
Au contraire, les stèles de la Cyrrhestique occidentale (nos 58-64) sont taillées dans des blocs de calcaire. Les descriptions ne donnent pas de précision sur la nature du calcaire ; les photographies montrent une surface plutôt grise et un grain assez serré, pour une pierre de qualité moyenne. Cette roche sédimentaire est commune dans toute la Syrie et le sud et sud-est de l’Anatolie ; sa provenance locale pour les stèles de notre sélection semble tout à fait évidente.

La forme

Les stèles provenant des villages de Cyrrhestique centrale forment un lot important, apporté au fil des décennies dans les collections des musées d’Adana ou de Gaziantep150. La sélection (nos 46-57), représentative de la soixantaine d’exemples relevés par M. Blömer, révèle une forme extrêmement homogène : les stèles offrent des proportions élancées, et leur sommet adopte toujours une forme cintrée ; leur profil n’est pas régulier, mais en « pain de sucre », s’épaississant vers l’arrière et le bas, la partie inférieure du fût servant de socle. Au sein de ce groupe, M. Blömer distingue quatre types en fonction de la répartition du décor (type 1 : un champ unique, cintré ; type 2 : un champ figuré positionné au milieu ou en partie haut de la stèle, élancée ; type 3 : deux champs superposés ; type 4 : champ figuré positionné en partie haute de la stèle et décoré d’un encadrement architecturé)151. Nous proposons dans le catalogue une simple répartition en deux lots : les stèles à deux registres superposés (nos 46-51), et les stèles à un seul registre (nos 52-57). Pour l’analyse de la structure architectonique de ces stèles, on peut retenir les caractères suivants : lorsqu’un cadre architectural est représenté, il l’est sous forme d’un large bandeau plat (listel), qui environne le champ central de manière continue ; en partie inférieure ce bandeau peut se confondre avec le plan de la base ; les bandeaux latéraux peuvent jouer le rôle de pilastres lorsqu’un fronton est représenté, toujours en bas-relief, et en s’intégrant dans le sommet cintré, systématiquement préservé (n° 57) ; la haute taille de la stèle permet souvent la juxtaposition de plusieurs champs.
Dans la Cyrrhestique occidentale, autour de Cyrrhus, les stèles retenues (nos 58-64) sont différentes, adoptant la forme de stèles à niche aux proportions massives. Pour les stèles civiles, des types différents de ceux trouvés à Antioche ou Apamée sont utilisés : tantôt une représentation de porte de tombeau en bas-relief surmontée d’un tympan cintré accueillant un ou plusieurs bustes funéraires (n° 60), à la manière des stèles de Phrygie ; tantôt un type à édicule avec encadrement architectural et fronton décoré, le champ principal étant occupé non par l’inscription comme à Apamée, mais par la représentation du défunt en buste (nos 58, 59, 61, 63) ; enfin un type où la structure architectonique se limite à un ruban de guirlande funéraire dont les pans forment des bordures verticales (n° 62). Dans les deux cas, les proportions massives des stèles sont notables. Pour les stèles militaires (n° 64), un type simple se retrouve (encadrement architectural en large listel, couronnement simple par un arc cintré agrémenté de deux acrotères, champ central sculpté en relief dans le creux).

L’iconographie

Concernant d’abord le sous- groupe de Cyrrhestique centrale (nos 46-57), on constate qu’aussi bien pour le lot des stèles à deux registres que pour celui des stèles à un seul registre, le décor consiste soit à représenter le défunt (nos 46-48 et nos 52-53 : en buste, assis ou en pied), soit à figurer des motifs funéraires conventionnels (nos 49-51 et nos 54- : aigle, corbeille, couronne, mains supines), selon la répartition suivante : En buste Assis En pied
Trois remarques peuvent être formulées sur l’iconographie de ce sous- groupe, concernant : l’usage du modèle romain du défunt en buste ; l’usage des motifs funéraires conventionnels ; la ténacité de traditions de représentation héritées de l’Âge du Fer.
Premièrement, la représentation des défunts en buste, de face, prédomine dans les stèles où le défunt est figuré (défunte seule au n° 53 ; défunts en couple aux nos 46 et 52 ; représentation familiale au n° 48 avec cinq bustes répartis en deux registres) ; rappelons que ce sous-groupe est daté précisément entre 120 et 180 apr. J.-C. : ce mode de représentation, prédominant par exemple à Zeugma, Hiérapolis ou Palmyre, semble tout droit tiré de la tradition iconographique romaine, telle qu’on peut la voir sur les façades des tombes familiales de Rome152. Il est intéressant de noter la transposition de cette tradition exogène dans la sculpture locale, celle-ci se caractérisant à la fois par le choix du basalte, par la forme du bloc et par la manière de le sculpter. La stèle est en effet sculptée en faible relief, sans aller loin dans le détail anatomique ou vestimentaire, le basalte étant certes moins facile à travailler qu’un calcaire tendre. Hommes et femmes portent la tenue courante (himation, voile pour les femmes), sans jeu de plis. Les stèles n° 46 et n° 52 offrent quand même des détails plus précis153 : on y voit un bracelet torsadé, un collier de perles, des fibules portées à l’épaule gauche (selon la mode présente à Palmyre), les fuseaux et quenouilles portées par les défuntes, quelques efforts pour représenter la chevelure, notamment en tresses retombant sur les épaules pour la défunte de la stèle n° 52. Les autres stèles à bustes sont plus économes de détails, les plis des vêtements sont plus gravés que taillés, les efforts du sculpteur se concentrant sur les visages et la chevelure (notamment le n° 48), mais dans un style raide et figé. On retrouve donc les éléments d’une influence romaine : le buste de face, la tenue vestimentaire, la position des mains et les accessoires tenus, mais traités dans une tradition artistique et technique locale (basalte, taille, style), tout cela se situant dans un créneau de date resserré au IIe s. apr. J.-C.
Une deuxième remarque importante concerne la représentation de l’aigle154 . Ce motif funéraire conventionnel est présent de deux manières : en accompagnement de bustes funéraire ou comme motif principal. Dans le premier cas, il s’agit d’une tradition que l’on ne retrouve dans aucun autre groupe étudié (sauf à Hiérapolis, voir notre n° 110) : épousant la forme cintrée du sommet de la stèle, qui forme un cul-de-four, l’aigle n’est figuré que par sa tête, qui dépasse en plus haut relief au-dessus du buste du défunt, et par ses ailes, traitées en très faible relief et exagérément étirées pour se confondre avec le fond du champ. Ce motif est visible sur les n° 46 et n° 52, lesquels ont par ailleurs bénéficié d’une taille plus fine ; on peut en rapprocher l’aigle stylisé occupant le tympan du fronton sur la stèle n° 48. Dans le second cas, l’aigle occupe un des registres sculptés, soit seul, soit en combinaison avec une corbeille ou une couronne ; si la stèle concerne plusieurs défunts, il peut être répété plusieurs fois. Les différentes combinaisons sont :
Aigle posé sur une corbeille elle-même posée sur une estrade : registre supérieur du n° 49 ; aigle de droite du registre supérieur du n° 50 ; deux des trois aigles du n° 51 ; aigle du n° 54 ; aigle du n° 57.
Aigle tenant une couronne : aigle de gauche du registre supérieur du n° 50 ; un des trois aigles du n° 51 ; l’aigle du n° 55.
Aigle posé sur une estrade ou une guirlande : registre inférieur du n° 49.
On voit ainsi que l’aigle a ici une valeur de substitution à la représentation figurée du défunt, au même titre que la corbeille (présente comme motif central au n° 56, ou accompagnée de mains supines au registre inférieur du n° 50) ou la couronne (présente trois fois en combinaison avec l’aigle, aux n° 50, 51 et 55). De même que pour les groupes de Zeugma et de Hiérapolis, la question se pose de savoir s’il y a une correspondance entre le choix du symbole (aigle, corbeille) et le genre du défunt (femme ou homme) ; la réponse n’est pas univoque, comme nous le verrons plus loin155.
Voir Cumont 1917, p. 35‑118, notamment p. 35-71, pour une étude de fond sur la question de la valeur symbolique de l’aigle funéraire ; bien que daté quant à ses conclusions, l’article fournit beaucoup de matière à réflexion. Voir infra p. 147s.
Troisièmement, il faut s’arrêter sur la stèle n° 47 et sa manière de représenter les défunts, assis pour les deux personnages du registre supérieur, debout sur une estrade pour celui du registre inférieur. Malgré la stylisation importante du relief, la position assise des deux premiers paraît confirmée par la présence d’un sillon horizontal profond, séparant le buste et les jambes (vues de face, en un raccourci oblitérant les cuisses) ; ce sillon n’est pas visible sur le personnage du bas, debout. La posture assise du couple, de face, dans une attitude raide, rappelle avec intensité les statues funéraires néo-hittites des Xe-IXe s. av. J.-C., notamment celle découverte à Tell Halaf (musée du Proche-Orient de Berlin)156 ; ce motif trouve ses racines dans une tradition remontant même à l’Âge du Bronze moyen, avec par exemple les statues funéraires gardant l’entrée de l’hypogée royale de Qatna/Mishrifeh. De même, la position du bras droit relevé à mi -chemin, en travers de la poitrine, semble a priori rappeler la manière romaine de tenir les plis du vêtement ou du voile pour les défuntes ; mais à y regarder de plus près, on pourrait tout aussi bien rapprocher cette posture de celles visibles également sur les stèles néo-hittites et araméennes réalisées dans la même région au début du premier millénaire avant J.-C. : stèles de Sin-Zer-Ibni (fig. 3) et de Si’ Gabbor (fig. 52) de Neirab (Musée du Louvre inv. n° AO3026 et n° AO3027), stèle de Kuttamuwa (fig. 53), trouvée à Zincirli/Sam’al et datant de 743-732 av. J.-C. (musée de Gaziantep), stèle d’une défunte (fig. 4) provenant également de Zincirli/Sam’al et datant des années 730-700 av. J.-C. (musée du Proche-Orient de Berlin, inv. n° VA02995)157. Sur ces stèles, le défunt peut lever la main au niveau de sa poitrine en un geste de prière ou bien en brandissant une coupe de banquet funéraire. Même si la coupe n’est pas figurée sur notre stèle de Cyrrhestique romaine, il y a peut-être ici une référence aux représentations de l’Âge du Fer, qui se serait mêlée au canon stylistique romain.
L’iconographie du sous-groupe de Cyrrhestique occidentale (nos 58-64) présente des caractéristiques différentes, beaucoup plus proches des stèles présentes dans les territoires de cités comme Zeugma. Excepté le n° 62, dont le seul décor consiste à représenter le cadre architectural sous forme de bandeaux et guirlandes, toutes les stèles civiles de ce sous-groupe figurent le ou les défunts en buste : Couple dans le registre principal (n° 58 et n° 60)
Couple dans le registre supérieur, couple au registre inférieur (n° 59) Défunt dans le registre principal (n° 61 et n° 63)
Les bustes sont coupés sous la poitrine ; tantôt les bras sont représentés et tiennent des accessoires (n° 61 : fuseau et quenouille) ou le pli du vêtement (n° 63), tantôt le buste est coupé aux épaules pour permettre la représentation côte-à-côte des bustes (nos 58-60) . Dans la mesure où les documents iconographiques le permettent, on peut noter que les efforts du sculpteur se sont portés sur la représentation des plis des vêtements ainsi que sur les détails du visage et de la coiffure. Dans deux cas (nos 58-59), un aigle occupe le tympan du fronton.
De ce lot plus classique se dégage une tendance à adapter le modèle du buste funéraire un format de stèle haut et massif ; la représentation du défunt occupe plutôt la moitié supérieure de la stèle. Dans un autre gabarit, mais avec les mêmes proportions, ce type rappelle les stèles de Cyzique romaine (figs. 61-62)158. La stèle n° 60 est particulièrement intéressante à cet égard : elle place les bustes des deux défunts dans un registre supérieur qui s’apparente à un tympan cintré, tandis que le champ central de la stèle figure un motif gravé de double porte. Cette configuration rappelle évidemment les stèles de Phrygie romaine et leur positionnement des bustes au sommet d’une porte (bien que dans les exemples phrygiens la porte soit elle-même le support de représentations accessoires : objets de la vie quotidienne, symboles de métier, etc)159.
Quant aux stèles militaires, elles sont représentées par le n° 64, tout à fait fidèle aux stèles militaires produites dans les autres secteurs géographiques : le registre supérieur, cintré, est occupé sur toute sa hauteur par la représentation du militaire défunt, debout de face, les pieds reposant sur le fond du registre ; il tient dans sa main droite la lance, dans sa main gauche un bouclier rond posé au sol.

Séleucie/ Zeugma

La boucle du Moyen Euphrate, limite naturelle à l’est du Massif calcaire et de la Cyrrhestique sur la route d’Édesse, voit la fondation de cités et la densification de son occupation à l’époque hellénistique et romaine160. Les sites les plus importants sont Séleucie/Zeugma et Apamée- de-l’Euphrate, deux cités jumelles bien distinctes de part et d’autre du fleuve161 ayant fait l’objet d’un programme international de sauvetage depuis 1992, préalablement à la mise en eau du barrage de Birecik162 . Le site de Belkis, très étendu (75 ha) et développé en terrasses sur la rive droite, a été identifié à Séleucie/Zeugma par Franz Cumont dès le début du XXe siècle163. Les deux cités ont été fondées vraisemblablement en même temps, au début du IIIe s. av. J.-C.164, à un emplacement stratégique pour contrôler la traversée de l’Euphrate, en bordure du royaume séleucide, « at the crossing of two major ancient highways that linked the Mediterranean coast and Anatolia with northern and southern Mesopotamia »165. Après un bref rattachement au royaume de Commagène en 64 av. J.-C., Zeugma est intégrée dans la province de Syrie en 31 av. J.-C. et connait un développement urbain très important du Ier au milieu du IIIe s. apr. J.- C. La position stratégique de Zeugma pour la défense des frontières orientales (jusqu’à la création de la province d’Osrhoène en 195) entraîne le stationnement régulier de l’armée romaine : même si les camps devaient se trouver en dehors de la ville, le secteur « Meydani », au sud du site, a révélé l’emplacement d’un camp militaire, occupé du Ier au milieu du IIIe s. apr. J.-C.166. On sait que la Legio X Fretensis a hiverné à Cyrrhus en 19 apr. J.-C. en se rendant sur l’Euphrate167, Voir Sartre 2001, p.118 et 151 : vingt-cinq sites repérés dans ce secteur. Voir Gaborit 2007, p.219.
Pline, Hist. Nat., V, 86 ; voir Abadie-Reynal 2001, p. 9.
Voir Gaborit 2012, vol. 2, notices A08 (Belkis-Zeugma), A08a (Bahce Dere Nécropole Ouest) et A08b (Belkis nécropole Est), pour un historique de la recherche et des fouilles. Pour Séleucie : voir Wagner 1976, notamment p. 85-89, et Kennedy 1998 ; pour Apamée : voir Desreumaux, Caillou, Gaborit 1999. Les fouilles d’Apamée et de ses tombeaux d’époque impériale, recouvrant l’ancien quartier hellénistique, ont permis d’établir que les traditions funéraires d’Apamée relèvent plutôt de la zone d’aire culturelle de l’Osrhoène (inscriptions araméennes, style de représentation des défunts) où elle a certainement assuré la présence militaire romaine jusqu’en 66. Il est probable que la Legio IV Scythica ait ensuite assumé ce rôle168 ; de nombreux indices matériels vont dans ce sens (nombreuses briques estampillées à l’emblème de la légion, monnaies, stèles funéraires, équipement militaire)169.

La localisation des trouvailles

Séleucie/Zeugma est entourée de trois nécropoles connues pour l’époque impériale (à l’est et au sud, au pied du Bâlkis Tepe, et à l’ouest dans la vallée du Bahce Dere)170 : la nécropole occidentale comprenait notamment 144 tombes rupestres à alcôves ou en hypogée, dont les reliefs rupestres fournissent d’excellents éléments de comparaison avec les stèles funéraires ; les nécropoles orientale et méridionale ont livré plusieurs tombes non pillées, avec des sculptures funéraires encore en place171. Ces fouilles donnent un contexte archéologique ferme aux nombreux reliefs funéraires (quelque cent-soixante-neuf) découverts épars et publiés par J. Wagner en 1976 puis par R. Ergeç et J.-B. Yon172 ; dans les vestibules de ces tombes rupestres « étaient représentés ou nommés les défunts (reliefs ou inscriptions sur les parois ou sur des stèles posées) »173 ; en particulier, la tombe E 27 (nécropole orientale), non pillée, a fourni trois stèles in situ, à proximité de la porte d’entrée (dont notre n° 66)174.
La nécropole d’époque hellénistique est connue seulement par quelques tombes, sous l’extension urbaine ultérieure (chantier 6), voir Gaborit 2012, notice A08, § 50-51. Pour une présentation synthétique des nécropoles, voir Manière-Lévêque 2000.
Par ex. la tombe TS3 de Zôpis et sa famille, voir Ergeç, Yon 2012, p. 174‑177 = tombe T91 dans Görkay 2012, p. 295‑297.
Wagner 1976 publie 131 stèles ; ce corpus est complété par Ergeç, Yon 2012 avec 11 stèles au contexte archéologique connu, et 24 de provenance indéterminée. Il faut y ajouter trois stèles du musée de Şanlıurfa publiées dans Laflı 2018. Sans compter les stèles entrées dans les musées syriens et turcs avec la simple mention « Moyen Euphrate » ou sans provenance identifiées (musées de Deir ez-Zor, Tartous, Antakya), ou encore celles passées sur le marché de l’art et acquises par des musées européens ou américains (Avignon, Lyon, Boston).
Gaborit 2012, notice A08a, § 10.

Le catalogue sélectionné

Sur les environ cent-soixante-dix reliefs funéraires attribuables à Zeugma, nous avons sélectionné vingt-neuf stèles, correspondant à deux ensembles typologiques :
Les stèles à cadre architecturé (nos 65 à 77) Les stèles à niche (nos 78 à 93)
Ces deux lots comprennent chacun les deux types de décor que l’on trouve à Zeugma : les motifs funéraires conventionnels que sont l’aigle et la corbeille d’une part, les bustes funéraires d’autre part.
Sur les ving-neuf reliefs sélectionnés, deux portent une date : 64 apr. J.-C. (n° 74) et 162 apr. J.-C. (n° 93). Cela est représentatif du corpus dans son ensemble : contrairement au groupe de Cyrrhestique centrale, la mention de la date ne semble pas avoir été un élément des formulaires standards à Zeugma.

Le matériau

Le creusement progressif du lit de l’Euphrate, en dessinant les vallons environnants, a dégagé l’accès aux différents bancs calcaires autour du Belkis Tepe ; ces bancs ont été exploités en nécropoles rupestres. La pierre très tendre était propice à l’excavation et la sculpture des façades et des murs intérieurs. Il est fort probable que les blocs dans lesquels les stèles (et statues) funéraires ont été taillés proviennent de ces chantiers d’excavations ; ils ont également pu être extraits des fines strates calcaires des niveaux plus élevés, impropres à l’excavation (notamment la partie sud du Bahçe Dere)175. Il s’agit en tout cas du même calcaire, clair et tendre.
On peut noter que le marbre n’est jamais utilisé pour sculpter les stèles funéraires de Zeugma, alors que ce matériau est bien présent dans la cité, importé pour servir au décor des riches maisons.
Le second type, à niche, se caractérise par un champ figuré dégagé du fond de la stèle, comme dans une niche de décor rupestre, horizontale à la base, cintrée au sommet ; la stèle est alors plus épaisse et sculptée en haut-relief, formule particulièrement adaptée la sculpture d’un buste funéraire, qu’on trouve sur la majorité des cas (treize sur seize dans notre sélection), alors qu’aucune stèle du premier type n’en figure. Généralement la niche n’est environnée que par le plan de référence du bloc, sur lequel est directement gravée l’inscription, sous la niche ; parfois la niche est travaillée sous forme d’édicule, par le dégagement d’un arc cintré et d’acrotères au sommet du bloc, ou par la sculpture en bas-relief de pilastres et d’un arc cintré (n° 80, n° 85).
On peut rattacher à ce dernier type les quelques reliefs parfaitement rectangulaires, sans cadre architectural détaillé sur le plan de référence, figurant deux ou trois bustes côte à côte (nos 90 à 93).

L’iconographie

Le groupe des stèles de Zeugma forme un ensemble très homogène du point de vue de l’iconographie, avec l’utilisation de motifs standardisés sur une période manifestement assez longue, du Ier au IIIe siècle apr. J.-C.177 : le buste funéraire, individuel ou en groupe familial, la représentation en pied, les motifs funéraires conventionnels (aigle, corbeille) ; s’y ajoutent des motifs décoratifs (guirlande) agrémentant le cadre architecturé, dans ce calcaire facile à travailler178.

Table des matières

1. INTRODUCTION
1.1. Définition du sujet
1.2. Le cadre géographique
1.3. Le cadre chronologique
1.4. Définition de la « stèle funéraire »
1.5. Historiographie
1.6. Présentation de la méthodologie
1.6.1. Une approche sélective
1.6.2. Une répart it ion par zone géographique
1.6.3. Le lemme d’analyse
1.6.4. Une documentat ion inégale
1.6.5. Remarques de style
1.7. Annonce du plan
2. ANALYSE DU CATALOGUE
2.1. Vue d’ensemble
2.1.1. Quelques chiffres
2.2. Les groupes régionaux
2.2.1. Ant ioche-sur-l’Oronte et ses environs
2.2.1.1. La localisation des t rouvailles
2.2.1.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.1.2.1. Le matériau
2.2.1.2.2. La forme
2.2.1.2.3. L’iconographie
2.2.2. Cyrrhestique
2.2.2.1. La localisation des t rouvailles
2.2.2.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.2.2.1. Le matériau
2.2.2.2.2. La forme
2.2.2.2.3. L’iconographie
2.2.3. Séleucie/ Zeugma
2.2.3.1. La localisation des t rouvailles
2.2.3.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.3.2.1. Le matériau
2.2.3.2.2. La forme
2.2.3.2.3. L’iconographie
2.2.4. Hiérapolis
2.2.4.1. La localisation des t rouvailles
2.2.4.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.4.2.1. Le matériau
2.2.4.2.2. La forme
2.2.4.2.3. L’iconographie
2.2.5. Syrie côt ière
2.2.5.1. La localisation des t rouvailles
2.2.5.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.5.2.1. Le matériau
2.2.5.2.2. La forme
2.2.5.2.3. L’iconographie
2.2.6. Apamée-de-l’Oronte et l’Apamène
2.2.6.1. La localisation des t rouvailles
2.2.6.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.6.2.1. Le matériau
2.2.6.2.2. La forme
2.2.6.2.3. L’iconographie
2.2.7. Emésène et la Syrie intérieure
2.2.7.1. La localisation des t rouvailles
2.2.7.2. Le catalogue sélect ionné
2.2.7.2.1. Le matériau
2.2.7.2.2. La forme
2.2.7.2.3. L’iconographie
2.2.8. Les provenances incertaines
2.2.8.1. La localisation des t rouvailles
2.2.8.2. Le matériau
2.2.8.3. La forme
2.2.8.4. L’iconographie
3. INTERPRÉTATION DES DONNÉES
3.1. L’architecture de la stèle
3.1.1. Une diversité typologique évidente
3.1.2. Rappel sur les regroupements typologiques proposés dans la bibliographie
3.1.3. Des critères de regroupement à préciser
3.1.3.1. Le matériau
3.1.3.2. Les proport ions de la stèle
3.1.3.3. L’encadrement architecturé
3.2. L’iconographie
3.2.1. La représentat ion du défunt : quelles tendances ?
3.2.1.1. La quest ion du genre des défunts
3.2.2. La représentat ion humaine du défunt
3.2.2.1. Le vêtement et les accessoires
3.2.2.2. Le choix du cadrage
3.2.2.3. Le choix de la mise en scène
3.2.2.4. La quest ion du port rait
3.2.3. La représentat ion métaphorique du défunt
3.2.3.1. Pourquoi parler de motifs convent ionnels ?
3.2.3.2. Répart it ion dans le catalogue
3.2.3.3. L’aigle, la corbeille et la couronne
3.2.4. Ent re non-représentation du défunt et métaphore du tombeau
3.3. Approche contextuelle
3.3.1. Des groupes présentant des parentés avec les stèles de Syrie du Nord
3.3.1.1. Palmyre
3.3.1.2. Édesse
3.3.1.3. La Syrie du Sud
3.3.1.4. La Phrygie : les stèles-portes
3.3.2. Aut res marqueurs funéraires
3.3.2.1. Stèles peintes et cippes sidoniens
3.3.2.2. Statues funéraires
3.3.2.3. Sarcophages
3.3.3. Quelques thématiques t ransversales
3.3.3.1. Buste, « demi-figure » et imago clipeata
3.3.3.2. Le mot if de la couronne
3.3.3.3. Le mot if du « banquet funéraire »
3.3.4. Stèles et reliefs rupest res
3.3.5. Emplacement et valeur de la stèle
3.3.6. Hellénisme, romanisation, « globalizat ion »
CONCLUSION
Récapitulatif
Les apports
Les limites d’une recherche
Quest ions ouvertes
ANNEXES
BIBLIOGRAPHIE
Abréviat ions part iculières (hors Année philologique et GrEpiAbbr)
Sources lit téraires
Travaux modernes (hors GrEpiAbbr)
TABLES DE CONCORDANCE
Stèles du catalogue répertoriées dans les IGLS
Lieux de conservat ion des stèles du catalogue
TABLE DES FIGURES
FIGURES

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