Rythme alimentaire, embonpoint et dynamique spatio-temporelle du nématode Anguillicola crassus (Kuwahara, Niimi & Itagaki, 1974) chez l’anguille européenne Anguilla anguilla (Linnaeus, 1758)

Propriétés physico-chimique de l’eau

Les eaux du Lac Oubeïra sont considérées comme étant très turbides durant la période hivernale et forment un réservoir d’eau douce endoréique, alimentée par les eaux de pluies.
Les études du M.A.R.A (1976) donnent les valeurs de 10 à 15 cm au disque de Secchi, cette faible transparence serait due aux matériels en suspension venant pour la plus part de l’oued El Kébir et probablement à la faible profondeur qui favoriserait la remise en suspension perpétuelle des sédiments sous l’action du vent.
Le bassin versant du lac Oubeïra a un périmètre supérieur à celui du lac Mellah de 7,71 Km, ainsi que sa surface de 17,74 Km², ce qui lui donne une aptitude d’écoulement plus importante que celle du bassin versant du lac Mellah (Messerer, 1999). Avec un chevelu hydrologique lâche et immature, ne dépassant pas l’ordre 4 en absence des grands oueds, ce qui donne aux facteurs climatiques une importance primordiale exceptionnellement. On constate que la lame d’eau moyenne annuelle précipitée sur le bassin versant du lac Oubeïra est plus importante, 17,80 mm/an.
Les informations les plus récentes sur le lac Oubeïra, sont celle de Morgan (1982), et d’Arignon (1963) qui donnent respectivement les mesures de salinité et de PH : 0,1 g/L pour 14 /01 /1977 et 0,3 g/L pour le 4 /03/1957. Pour le PH, il varie entre 7,2 et 7,6 en fonction de la saison.
Miri (1996) donne aussi les mesures de PH et de température pendant les mois suivantes Janvier/Février/ Mars/ Avril. Pour le PH, il varie entre 6.5 et 8.95 en fonction des saisons et du temps. La température, elle se situe entre 10°C et 27°C.

Cycle biologique de l’anguille Européenne

Une particularité des plus frappantes de cette espèce est son cycle biologique particulièrement complexe : elle est amphibiotique et thalassotoque et passe les différentes étapes de son cycle vital en eau douce et en eau de mer. L’animal présente de ce fait une grande souplesse d’accommodation selon son milieu environnemental. Le schéma suivant résume le cycle vital de l’anguille européenne, détaillant les différentes phases caractérisées par les modifications morphologiques, anatomique physiologiques et comportementales .
Ponte et Migration larvaire : Depuis les campagnes de pêche effectuées par Schmitt l’aire de ponte des anguilles est localisée dans la mer des Sargasses au Sud- est des iles des Bermudes aux environs des 22 et 30° N de latitude et 48 à 65°W de longitude au large de la Floride. Les plus jeunes larves ont été rencontrées à une profondeur de 75 à 400 m. Cette partie de leur vie est mal connue par les scientifiques ce qui fait d’elle une espèce énigmatique.
La ponte, elle s’effectue probablement au-delà des 500 m d’Avril à Juillet-Août. Il est intéressant d’ajouter que l’aire de ponte de l’espèce américaine est située au Sud de l’aire de reproduction de l’espèce européenne, une partie des deux aires se chevauchent . Les œufs pélagiques remontent doucement vers la surface et éclosent en libérant les larves leptocéphales entraînées par le courant du golf Stream, elles vont être dérivées au Nord Atlantique jusqu’à atteindre le plateau continental européen ; ce long voyage de leur vie durera près de 3 années avec un parcours d’environ 4000 Km. Par la suite elles subissent une véritable métamorphose (diminution de taille), acquisition de la forme allongée et cylindrique (migration de l’anus).
A son éclosion la larve n’a que 7 à 15 mm de long, elle s’aplatit rapidement latéralement prenant la forme d’une feuille de saule et gagne peu à peu en taille, deux mois après l’éclosion elles atteignent 25 mm, 45 en 8 mois et 75 en 1 an 1/2 plus tard.
Bien que se laissant porter par les courants, elles sont toutefois capables de migration verticale nycthémérale de 35 à 130 m; de profondeur. La nuit elles plongent de 300 à 600 m le jour, L’amplitude de ces migrations augmente avec l’âge. Les larves leptocéphales des 2 espèces (Européenne et Américain) d’anguilles présentes en Mer des Sargasses vont se séparer (ségrégation géographique : Mccleave & Kleckner, 1987; Mccleave al., 1987) pour des raisons hydrographiques, respectivement en direction des continents européen pour l’une (A.anguilla) et américain pour l’autre (A.rostrata ).

Migration anadrome des civelles

Le passage de l’eau de mer à l’eau saumâtre puis douce (migration anadrome) s’effectue dès le mois de septembre plus tardivement en Janvier-Février-Mars pour certaine zone du nord méditerranéen. Les changements de milieux de salinités différentes (eaux douces-eaux saumâtres-eaux marines) au cours des migrations anadrome et catadrome (et même lors de ses déplacements intraestuariens et intralagunaires au cours de son séjour continental) supposent une tolérance et des capacités osmorégulatrices 14 importantes qui reposent sur des mécanismes de régulation hydrominérale des flux d’eau et d’ions (Na+, Cl-). Les mécanismes d’osmorégulation se situent au niveau branchial (Na+ K+ ATPases) et au niveau de l’œsophage (Kirsch, 1978). Ils permettent l’excrétion des ions Cl- et Na+ pendant la phase de vie marine, estuarienne et lagunaire des anguilles argentées. Les transports actifs d’ions sont réalisés par des cellules à chlorures branchiales ou ionocytes. Ces cellules, qui servent à absorber les ions en eau douce, sont particulièrement nombreuses, suite à une prolifération, au cours de l’adaptation à la vie en eau salée et destinées à éliminer, par une voie intercellulaire, l’excès d’ions absorbés dans les eaux méso- ou hyper-halines (Laurent & Dunel, 1978 ; Sargent et al., 1978).
Ces mécanismes branchiaux sont conditionnés, par une anticipation en eau douce par la prolactine d’origine hypophysaire et, en eau salée, par le cortisol, hormones sécrétée par l’inter-rénale. Cette dernière hormone agit également sur l’épithélium intestinal qui contrôle les échanges d’eau et d’ions (excrétion, en eau salée des ions Na+ par des échanges Na+ / K+’ et des ions Cl- : LelouP-Hatey, 1977). De plus, l’œsophage, imperméable à l’eau chez l’anguille jaune comme l’anguille argentée, acquiert chez cette dernière, en milieu hypertonique perméabilité sélective aux ions Na+
et Cl-.
Enfin, le rein joue un rôle mineur dans l’adaptation osmotique à l’eau salée, la production d’urine étant alors très réduite (réduction de l’ordre de 90% : Olivereau & Olivereau, 1977).
L’hypothèse selon laquelle toutes les anguilles ne migreraient pas en eau douce a été avancée (Anonyme, 1999). La quantité de strontium (Sr) trouvée dans certaines anguilles pêchées en mer rappelle, en effet, celle mesurée chez des poissons marins. Cette question mérite toutefois confirmation… (in Brusle & Quignard, 2006).
Pour notre région c’est vers le mois de janvier qu’elles remontent le fleuve en se déplaçant en un véritable cordon dense et compact, pouvant mesurer plusieurs mètres de long et de section quant le courant est fort ( > 2 M/S). Inutile de se faire une idée du nombre de civelles dans une telle formation, quant on songe que la taille des individus ne dépasse pas 6cm pour une section de 2mm. Cette tendance au rassemblement disparait par courant faible.

Généralités sur le parasite Anguillicola crassus

Systématique d’Anguillicola crassus : Faisant partie de la famille des Dracunculoïdea, et classé d’après Thorene (1961) comme suit : Phylum : Nemata, Classe : Secernentea (Phasmidia), Ordre : Camallanida, Famille : Dracunculoïdea (Anguillicolidae), Genre : Anguillicola, Espèce : Crassusse. Diagnose : Larve de 2ème stade (L2) Les larves libres : elles sont filiformes, elles maintiennent la cuticule des larves de 1er stade ; cette cuticule se présente sous forme d’une couche friable autour des larves L1 à l’exception de la partie postérieure. La partie conique antérieure porte une dent larvaire et la paroi interne de l’extrémité antérieure de l’œsophage est sclérifiée. Dans la même partie sont présentes de petites granulations qui peuvent être perçue à fort grossissement (100). L’œsophage bulbeux est gonflé au niveau de son extrémité postérieure et le contour du tractus digestif est difficilement reconnaissable. Dimensions : Longueurs (µm): 272 ± 16,27 ; largeurs (µm): 17,6 ± 0,97 (Blanc et al., 1992).
Larve de 4ème stade (L4) : Chez l’anguille, il est difficile de distinguer entre L3 et L4 car la 3ème mue n’a jamais été observée et il n’existe aucun caractère qui peut différencier les deux stades ; la forme et la taille des larves changent avec leur croissance. Quand les crêtes de la cuticule disparaissent et la taille de la larve passe de 1200 µm à 1600 µm, ceci annonce la 3ème mue. A ce moment, la forme et la partie apicale de la larve deviennent rondes.
La partie postérieure est incurvée ventralement, l’ornementation scléroïde ainsi que la papille céphalique sont les mêmes que celles présentes chez la larve L3. Les dérides, l’aile latérale ainsi que la pièce scléroïde en forme de V qui sont absente. La cavité buccale ne présente pas de paroi scléroïde. L’œsophage est court .
Le stade Adulte : Les adultes et les pré-adultes ont été décrits par plusieurs auteurs (Kuwahara & al., 1974 ; Moravec & Taraschewski, 1988). Ils différent des larves du 4ème stade par la paroi scléroïde de la capsule buccale présentée en une rangée de 17 à 22 dents relativement grandes
et par l’absence de l’ornementation scléroïde en forme de U. Chez la femelle, la vulve est ouverte ; alors que chez le mâle, 5 à 6 paires de papilles caudales sont présentes et le cloaque est primitif (Blanc & al., 1992).
Le cycle de vie des A. crassus en Europe a été étudié par plusieurs auteurs (Haenen & al., 1989, 1994, 1996 ; De Charleroy & al., 1990; Thomas Kennedy & Fitch, 1990; Ollevier 1992, 1993 ; Höglund & Thomas, 1992 ; Moravec & al., 1993, 1994b). Il est capable d’infecter des anguilles de toutes tailles, de (6-15 cm, dès qu’elles se nourrissent de zooplancton) en adaptant sa taille à celle de la vessie de l’hôte (Banning & Haenen, 1990; Lefebvre & al., 2002a). Il a un fort potentiel reproducteur. Une femelle d’A. crassus peut pondre jusqu’à 150 000 œufs (Vigier, 1997).

Table des matières

Introduction général
PARTIE I : Synthèse bibliographique
I. Présentation de la zone d’étude « Lac Oubeïra »
1.1. Localisation
1.2. Description Du Lac Oubeïra
1.3. Caractéristique Hydrographique Et Bathymétrique Du Lac Oubeïra
1.3.1. Bathymétrie
1.3.2 .Hydrodynamisme
1.3.3. Propriétés Physico-chimique De L’eau
1.4. Richesse Faunistique Et Floristique Du Lac Oubeïra
1.4.1. Végétation du Lac Oubeïra
a)- Végétation émergée (Halophyts)
b)- Végétation submergée
c)- Phytoplancton
d)-Zooplancton
1.4.2. L’ichthyofaune
1.5. Historique de l’exploitation de lac Oubeïra et cas particulier de l’introduction de la carpe chinoise
II. Généralités sur l’anguille européenne Anguille anguilla (Linnaeus, 1758)
2.1. taxonomie et répartition géographique
2.1.1. Aire de répartition
2.1.2. Morpho-anatomie
2.1.3 Anatomie
a)- Le tégument
b)- La ligne latérale
c)- Les muscles
d)- Le cerveau
e)- Les branchies
f)- Le cœur
g)- L’appareil digestif
h)- Appareil génital
i)- La vessie gazeuse
j)- Appareil urinaire
2.2. Cycle biologique de l’anguille
2.2.1. Ponte et Migration larvaire
2.2.2. Métamorphose Leptocéphale-civelle
2.2.3. Migration anadrome des civelles
2.3 Exigence écologique en milieu naturel
2.3.1. Besoins en oxygène
2.3.2. Exigence thermique
2.3.3. Salinité
2.3.4. Biotope et alimentation
2.4. Etat du stock
2.5. Importance Economique 
2.6. Parasitisme
III . Généralités sur Anguillicola crassus (KUWARA, NIIMI & ITAGAKI, 1974)
3.1. Systématique d’Anguillicola crassus
3.2. Diagnose
3.3. Répartition géographique du parasite 
a)- Transmission
b)- Traitement
3.4. L’indice de dégénérescence de la vessie (SDI)
PARTIE II : Expérimental
I. Matériel et méthode
1. Echantillonnage 
2. détermination des stades de développement et du sexe 
2.1. Examen macroscopique des gonades
2.2. Rapport gonado-somatique
2.3. Rapport hépato-somatique
2.4. Adiposité ou graisses mésentériques
3. Régime alimentaire
3.1. Méthodes analytiques
3.1.1. Prélèvement et conservation des tubes digestifs
3.2. Méthode qualitative
3.2.1. Analyse du contenu des tubes digestifs
3.3. Analyse quantitative
a)-Coefficient de vacuité (Cv%)
b)- Le pourcentage d’occurrence ou de fréquence (Fi%)
c)- Pourcentage numérique d’un groupe de proies (Cni%)
d)- Pourcentage pondéral d’un groupe de proies (Cpi%)
e)- Nombre moyen de proies par tube digestif (Nm)
f)- Poids moyen de proies par tube digestif (Pm)
g)- Indices alimentaires d’importance relative (IRI) et l’indice d’aliment principal (MFI)
3.4. Analyses statistiques
4. Analyse parasitaire 
4.1. Prélèvement des vessies natatoires
4.2. Indices épidémiologiques
5. Embonpoint ou indice de condition (K)
PARTIE II : Résultats & Discutions
1. Régime Alimentaire
1.1. Analyse qualitative
2.1. Analyse quantitative
1.2.1. Coefficient de vacuité (Cv%)
1. 2.2. Variations saisonnière
1.2.3. Variations en fonction du sexe
1.2.4. Variations ontogénétiques
1.2.5. Variations en fonction des centres de classe
1.3. Analyse quantitative et classement des proies
1.3.1. Variations saisonnière
1.3.2. Variations en fonction du sexe
1.3.3. Variations ontogénétiques
1.3.4. Variations en fonction des centres de classe
2. Résultat Epidémiologique
2.1. Analyse globale
2.2. Variation des indices parasitaires
2.2.1.Variation temporel
2.2.2. Variations sexuel
2.2.3. Variations parasitaire en fonction de la taille de l’hôte et des stades de développement
3. L’Embonpoint (K)
3.1. Indice de condition Kc
3 .1.1. Variations mensuelles et saisonnière du Kc
Discussion
1. Régime Alimentaire
2. Epidémiologie
3. Embonpoint 
Conclusion et perspective 

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