VULNERABILITE AUX INONDATIONS DE LA ZONE PERIURBAINE

VULNERABILITE AUX INONDATIONS DE LA ZONE
PERIURBAINE

Le déphasage entre le code de l’urbanisme et son application 

Beaucoup de failles sont à noter dans la mise en œuvre de ces documents, dans la mesure où certaines de ses orientations sont totalement ignorées. Il s’agit notamment de la répartition et de l’organisation du sol en zones, suivant leur affectation et la délimitation des secteurs à préserver pour des motifs d’ordre historique ou écologique. Ainsi dans son article 11, il est signifié une « interdiction totale ou partielle de bâtir sur certaines zones dites non aedificandi ou réservées » (op.cit.p3) la construction des zones d’habitations sur ces espaces est donc une violation de ces dispositions laquelle expose les infrastructures et les hommes à de multiples risques. A cela s’ajoute le non-respect des dispositions relatives aux normes de densité qui « vise à limiter la superficie totale affectée aux parcelles, pour garantir un minimum de voirie, d’équipements collectifs et d’espaces publics ». Le problème majeur est qu’il y a concrètement une densification extrême des habitations sur des espaces où il ne devait pas exister de constructions durables alors qu’il y a un service « chargé de la surveillance et du contrôle de l’occupation du sol dans le cadre de la lutte contre les constructions irrégulières » Une autre faille concerne les conditions de délivrance des autorisations de construire par les mairies: comment on peut autoriser la construction sur des espaces à risques? Toutes ces failles montrent que la compréhension de l’habitat en tant que concept semble très limitée ; ne prenant en considération que l’aspect habitation au détriment de toutes les autres composantes liées aux infrastructures, aux espaces verts et aux cadres d’épanouissement des hommes. La pression démographique et la précarité des conditions économiques sont plus prégnantes que la volonté d’aménager durablement et rationnellement l’espace à Dakar et généralement dans presque toutes les villes des pays sous-développés. La zone périurbaine de Dakar apparaît comme un tissu composite où se côtoient ruralité et urbanité (par rapport au types d’habitat et aux activités économiques). Cette situation se reflète dans la répartition des ménages agricoles qui s’élèvent à 17.763 dans le département de Dakar et 24.657 dans celui de Pikine (ANSD, 2013). La configuration de l’espace découle d’une conjonction de facteurs dont on peut retenir deux à savoir : l’effet induit par les opérations de déguerpissement de populations venues de Dakar d’une part, et l’arrivée de migrants venus de l’intérieur du pays d’autre part. On peut toutefois y ajouter un autre Aminata DIOP 75 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) déterminant plus récent lié à la volonté de la classe moyenne d’accéder à une propriété privée. Les paysages ruraux se sont ainsi mutés en zones résidentielles avec toutefois une persistance de noyaux villageois. La région de Dakar garde tous les stigmates de cette urbanisation hybride. Dans cette périurbanisation l’impact de la libéralisation du foncier a été déterminant. En effet dans un contexte de « rigidité » du centre (pour des raisons d’indisponibilité de réserves, de coûts élevés des parcelles) et d’échec des politiques publiques, des promoteurs privés ont investi les zones périurbaines afin de satisfaire la demande et de faire des profits. L’émergence et l’extension des zones périurbaines ont introduit une nouvelle hiérarchisation de l’espace. En effet, elles sont passées d’une situation de dépendance extrême à une tendance à l’autonomisation. Les départements de Pikine et Guédiawaye étaient à leur création dépourvus d’infrastructures pourvoyeuses d’emploi ; c’étaient des sortes de cités dortoirs réservoirs de main d’œuvre. Au-delà de cette dépendance à l’emploi, il y en existe d’autres liées à l’approvisionnement, aux soins de santé, etc. Or, ces dernières années avec la décentralisation et le transferts de certaines compétences aux collectivités locales, il y a une certaine autonomisation avec la création d’infrastructures structurantes qui offrent de l’emploi aux populations et qui polarisent des espaces de plus en plus vastes, par exemple, les marché, les centres de santés, les écoles, etc. Les espaces périurbaines qui bénéficient ainsi d’une nouvelle centralité, concentrent des enjeux plus nombreux et plus diversifiés. Le département de Pikine est devenu un noyau doté d’espaces polarisants (zone industrielle par exemple) autour duquel s’est développé un ensemble de quartiers qui, à force de s’agrandir, ont été érigés en communes. Sur le plan qualitatif, il y a discordance entre l’étalement urbain et la planification. Le principal révélateur de ce déphasage, est l’importance de l’occupation irrégulière. Elle s’est faite en parfaite négligence ou ignorance des normes urbanistiques. Les planificateurs ou les politiques ne semble avoir aucune emprise sur le processus : « l’urbanisation nouvelle a eu lieu là où les urbanistes étaient absents ». (Estèbes, 2004 p85). Il y a effectivement dans la perception de la ville, une dichotomie fondamentale qu’il convient de prendre en compte entre « ceux qui la vivent (résidents, entreprises, organisations) et ce qui la pensent (aménagistes, politiques et chercheurs) » (Laganier, 2011). En effet malgré l’existence des Plans de Développement Urbain (PDU) et de documents stratégiques, les populations se sont installées dans des espaces non urbanisables. La précarité de la situation économique des migrants fait que ces derniers se sont installés dans la périphérie de la ville où selon les Aminata DIOP 76 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) entretiens, les propriétaires ont parcellisé et vendu leurs terres dont la majeure partie se trouvait dans les dépressions servant d’exploitations agricoles. Cet afflux de population et cette conversion de terres de cultures en zones d’habitation pose aussi le problème de l’illégalité foncière car la plupart de ces terres n’ont pas fait l’objet d’immatriculation. Ce type d’habitat génère de graves problèmes environnementaux. La zone périurbaine offre, par conséquent, un visage hideux tant sur le plan social qu’environnemental ; « le périurbain est détestable car il concrétise l’effritement même de l’idée de ville compacte, solidaire et civique » (Estèbes, 2004 p83). Pour le cas de la zone périurbaine de Dakar, cette pensée est à nuancer si on considère les aspects de solidarité car il y au-delà de l’élan de solidarité nationale, une volonté de s’unir pour faire pression aux autorités politiques afin de susciter une meilleure prise en charge. Concernant l’aspect civique par contre, beaucoup de comportements sont préjudiciables à l’environnement et à la vie en communauté. On peut notamment citer l’évacuation des eaux usées et des ordures ménagères qui ont aggravé les inondations. Cette problématique de la zone périurbaine nous permet d’affirmer effectivement que « l’homme crée où aggrave les vulnérabilités » (Dubois- Maury et Chaline, 2002, p27) Dans cette analyse, la prise en compte de l’expression spatiale de l’histoire et de la culture de la communauté est aussi un aspect important. Nous allons donc dans une démarche qualitative, expliquer comment la perception de la vie peut imposer des marques spatiales. Pour cela nous utiliserons comme critères de différenciation les types d’habitat dont chacun a une spécificité dans la perception que les occupants ont de l’espace d’abord et ensuite de sa production et son vécu. III.Des différences de perception de l’espace selon les types d’habitat Les quartiers du village traditionnel occupent une surface très réduite et leur existence est de plus en plus menacée par l’érosion côtière selon la cartographie diachronique et les entretiens. Ils ne couvrent que 7.07% du territoire de la commune. Leur extension vers le nord est complètement freinée par les quartiers spontanés (fig.26). Ces derniers couvrent une superficie plus importante avec 39% de territoire communal. Les quartiers planifiés cernent la zone industrielle à l’est et à l’ouest avec 34.25% de la surface totale. Aminata DIOP 77 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) Figure 26: Les types d’habitat dans la commune de Thiaroye-sur-Mer L’analyse des perceptions de l’espace est importante à deux niveaux : d’abord parce que l’espace est social et constitue par conséquent « la projection des rapports sociaux». Sa morphologie et sa structure dépendent donc de la nature des rapports sociaux. Il convient dès lors de s’interroger sur ces paramètres dans les trois types d’habitat. Il y a ensuite le fait que l’occupation de l’espace et son organisation ne sont que les résultats de la perception des populations. Il est donc nécessaire de comprendre cette pensée afin de pouvoir analyser sa structure. L’espace est construit selon des connaissances et des aspirations. C’est pourquoi d’ailleurs Darel (1952) cité par Belhedi (1993), considère l’étude de la terre comme « une écriture à déchiffrer ». 

L’habitat de type villageois : un lien affectif avec le terroir

 Dans la conception de l’espace comme un support, le paysage est certes décrit mais il est aussi expliqué. Si on considère l’organisation ancestrale du village traditionnel, il y a un déterminisme tel que conceptualisé par Karl Ritter (Claval, 1984) dans l’agencement des Aminata DIOP 78 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) éléments et leur localisation. En effet le cordon dunaire qui fait face à la mer est destiné à recevoir les habitations alors que les dépressions humides sont les sièges des activités agricoles Figure 27: Habitat de type villageois L’espace est perçu comme un patrimoine des ancêtres, il appartient à la communauté, c’est un héritage qui renforce aussi l’héritage culturel de toute la communauté. Ce lien entre la terre et le groupe et la nature des rapports sociaux basés sur les liens de parenté, ont fait que l’homme n’a pas forcément trouvé des cloisons, ou des marques personnalisées sur l’espace. Les signes d’appropriation individuelle sont presque absents dans le terroir lébou ancestral. La vie communautaire est privilégiée ce qui fait que les concessions sont en fait très grandes et les voies d’accès très réduits. La toponymie dans le village traditionnel montre l’intensité des liens de parenté car tous les noms de quartiers rattachent le nom de famille à la terre, par exemple, Niangué (chez les Niang), Ndiobène (chez les Diop) etc.… L’ouverture sur la mer pourvoyeuse d’activités économiques et siège d’activités cultuelles se reflètent à travers l’étalement des villages le long de l’océan (fig.27). Ainsi dans ce qui reste de ces villages, Aminata DIOP 79 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) notamment Thiaroye Guedj, nous avons des séquelles de cette vie communautaire avec notamment de très grandes concessions et des rues très exiguës, sans géométrie lisible. Il faut toutefois souligner que des changements sont survenus sur les plans naturel, sociologique, administratif et économique et ont imprimé aussi leurs marques sur cet espace villageois. En effet l’organisation spatiale a toujours bien fonctionné jusqu’à l’intervention de la sécheresse et l’accentuation de l’érosion côtière. Il a fallu donc trouver des palliatifs à l’exiguïté du cordon littoral et à la baisse des revenus générés par l’agriculture. D’autres facteurs liés à l’urbanisation, la croissance démographique, l’introduction de nouvelles activités économiques et l’ouverture sur les autres ont introduit une certaine dose d’individualisation dans le groupe et les cloisons apparaissent tant sur le plan social avec la fragmentation de la cellule familiale que sur le plan spatial avec la division du patrimoine foncier. Cette situation a accentué la densification du bâti. L’exposition aux inondations devient ainsi une réalité alors qu’à l’origine le village construit sur le cordon dunaire n’était pas affecté par celles-ci. Les rues qui sont aussi des axes de drainage des eaux sont étroites et sinueuses, donc elles ne jouent plus ce rôle. Il s’y ajoute l’imperméabilisation du substrat dunaire avec la densification du bâti qui réduit considérablement l’infiltration. Malgré tous ces facteurs les quartiers du village traditionnel restent moins vulnérables aux inondations que les quartiers d’extension spontanée. 

L’habitat spontané: accéder à une habitation, la principale préoccupation 

Il présente dans une large mesure les caractéristiques morphologiques de type villageois. En effet, dans les cas de Thiaroye et de Guinaw rail, cette similitude s’explique par le fait que l’essentiel de la surface couverte par l’habitat spontané constituaient les terres de culture des anciens habitants du village traditionnel de Thiaroye Guedj qui les ont morcelées et vendues. C’est pour cette raison, d’ailleurs, que dans la commune de Thiaroye, on les appelle des zones d’extension. La différence fondamentale est que dans ce type d’habitat les occupants n’ont pas ce lien profond avec la terre car la plupart des occupations sont le fruit de l’exode rural et des déguerpissements. La vulnérabilité s’explique par de développement de l’auto construction sans aménagement préalable dans un espace humide impropre à l’habitat (fig.28). Les concessions sont certes moins grandes, mais le caractère incohérent de leur agencement demeure. Aminata DIOP 80 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) Figure 28: Zone d’habitat spontané entièrement bâtie dans la dépression 

L’habitat de type planifié : des exigences d’aménagement affirmées 

La planification dont il est question est un aspect d’organisation de l’espace (fig. 29), de projection d’une certaine vision qu’on a de l’habitat. Le principal souci du promoteur est de tirer des profits des parcelles à vendre alors que celui qui investit aspire à plus de modernité et de fonctionnalité. Il cherche donc à acquérir une propriété qui répond aux normes et qui lui permet de vivre dans un endroit sécurisé, c’est-à-dire d’avoir son « chez soi ». Cette notion qui fait intervenir plusieurs paramètres dont la centralité, la sécurité, dicte la nécessité d’aménager en respect de normes édictées par le code de l’urbanisme. Thiaroye-sur-Mer présente aussi l’attrait de la mer qui entraîne un certain « bon vivre ». Il n’y a donc pas un lien historique ou familial avec la terre. La zone d’habitat planifié est donc un espace construit selon ces aspirations ; ce qui la différencie fondamentalement des autres. Certains de ces quartiers sont néanmoins construits dans des zones de Niayes, ce qui les prédispose aux inondations malgré les remblaiements. Aminata DIOP 81 thèse de doctorat unique (ED-SEV ,2015) Figure 29: Zone d’habitat planifié Conclusion partielle L’ensemble des conditions naturelles, tant sur le plan géomorphologique, hydrogéologique que pédologiques, présage de la présence de l’eau dans le paysage de la zone périurbaine de Dakar. L’habitat est venu se surimposer sur ce type de paysage, soit de manière spontanée, soit de manière planifiée ; c’est ce qui explique dans une large mesure l’exposition de tout un département aux inondations. L’étalement de l’habitat s’est fait au gré des migrations et autres mouvements démographiques et souvent en parfaite ignorance de la législation dans ce domaine. Ce déphasage entre les lois et règlements et leurs applications concrètes explique l’importance de l’exposition des deux communes. Il traduit une mauvaise exploitation des ressources foncières aux dépends des espèces naturels. Il y a certes moins de zones inondables dans la commune de Guinaw-rail-Nord que dans celle de Thiaroye-sur-Mer, mais cette dernière abrite une zone d’habitat plus diversifié avec un espace planifié qui couvre 34.25% de sa superficie.

Table des matières

LISTES DES FIGURES
LISTES DES TABLEAUX
LISTE DES PHOTOS
INTRODUCTION GENERALE
CONTEXTE ET JUSTIFICATION
CADRE THEORIQUE ET CONCEPTUEL
CADRE PHYSIQUE DE LA REGION DE DAKAR
CADRE SOCIO-ECONOMIQUE DE LA REGION DE DAKAR .
CARACTERISATION DES DEUX ZONES ETUDIEES : THIAROYE-SUR-MER ET GUINAW-RAIL-NORD
DEMARCHE METHODOLOGIQUE
CARACTERISTIQUES SOCIO-ECONOMIQUES DE L’ECHANTILLON
PREMIERE PARTIE
LES FACTEURS DE VULNERABILITE AUX INONDATIONS
Chapitre 1 : LES FACTEURS PHYSIQUES
Chapitre II : LES FACTEURS POLITIQUES ET TECHNIQUES : LES FAILLES D’UNE PLANIFICATION URBAINE
Chapitre III : LES FACTEURS SOCIO-ECONOMIQUES
DEUXIEME PARTIE : LES EFFETS DES INONDATIONS
Chapitre IV: SITUATION DES LIEUX INONDES
Chapitre V: DES NIVEAUX D’ENDOMMAGEMENT DIFFERENTS SELON LES DEUX COMMUNES
TROISIEME PARTIE:LES REPONSES APPORTEES PAR LES DIFFERENTS ACTEURS ET LEURS EFFETS
Chapitre VI : LES REPONSES APPORTEES PAR LES MENAGES
CHAPITRE VII : LES REPONSES DES ACTEURS COMMUNAUTAIRES ET DE LA COLLECTIVITE LOCALE
Chapitre VIII : LES REPONSES APPORTEES PAR L’ÉTAT SENEGALAIS
Chapitre IX : LES CHANGEMENTS QUALITATIFS INDUITS PAR LES STRATEGIES DE REDUCTION DE LA VULNERABILITE
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE
ANNEXE

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