Céphalées de tension chroniques et gestion de la douleur

Céphalées de tension chroniques et gestion de la douleur

Différentes formes de douleurs

 

Les différentes formes cliniques de douleurs sont extrêmement difficiles à décrire, d’autant qu’il existe énormément de formes et de niveau d’intensité de la douleur. Et il n’y a aucune unicité dans ce domaine. Par ailleurs les niveaux de douleurs sont extrêmement variables dans leurs manifestations.Par exemple, dans l’association « Papillons en cage »[1], on a l’habitude de mesurer le niveau de la douleur sur une échelle de 1 à 10. Or cette échelle, plus que suggestive, n’a rien de rigoureuse ou de scientifique

 

On sait bien sûr qu’il y a des douleurs insupportables. Si par exemple, vous mettez votre main sur une plaque électrique chauffée au rouge, vous ne pouvez strictement pas tenir votre main, sur cette plaque, plus de quelques secondes (ne serait-ce même une minute). La douleur des céphalées de tension n’atteint pas à ce niveau là. L’impression de brûlure qu’on ressent le plus souvent n’est certainement qu’une impression erronée.En plus, par la force des choses, parce qu’on n’a pas le choix, sur 10 ans ou plus, on peut devenir entraîné à bien plus supporter sa douleur chronique qu’au début de son apparition, tout comme les sportifs peuvent aussi résister, à la longue, à la douleur liée aux efforts physiques[1]. Et donc, alors le ressenti de la douleur diffère ou peut différer aussi au cours du temps.De  ce fait, il est souvent difficile d’évaluer le ressenti de la douleur. On ne sait pas mesurer d’une façon scientifique, le niveau de la douleur, lui-même dépendant d’un grand nombre de facteurs encore mal connu.

Par ailleurs, quand les céphalées de tension sont fortes, de multiples phénomènes connexes, mystérieux et souvent rares, peuvent aussi apparaître, tels que (voir ci-après) :

 

  1. a) vertiges,
  2. b) impression d’écœurement, de nausée ou d’amertume intense[2],
  3. c) fatigue anormale très forte et systématique,
  4. d) voire désir irrésistible de dormir (induction d’une sorte d’hypersomnie anormale) ou de se coucher.

 

Dans le cas de certains malades, la douleur liée à la céphalée peut les réveiller systématiquement dans la nuit (par exemple, toujours vers 2 à 4 h du matin), quand elle est forte, voire trop fortes, tant que dure la crise. Donc ces phénomènes, comme le réveil la nuit sous l’effet de la douleur, pourraient  être l’indicateur que, malgré tout, la douleur, à ce moment là du moins, est quand même forte, voire très intense.Et tous ces phénomènes connexes précédents peuvent encore renforcer ou entretenir aussi l’impression douloureuse[3].En recueillant le témoignage de personnes souffrant de céphalées de tension chroniques, au sein de notre association, on peut définir grosso modo, 4 niveaux schématiques de douleur (voir ci-après) :

 

Niveau(x) Description, caractéristiques Fréquence / prévalence
1-2 Légère à modérée. simple gêne, mais pas vraiment la cause d’une réelle gêne intellectuelle. On peut vivre avec sans problème. Parfois, on ne s’en aperçoit même pas. Souvent, en fait, on ne s’en aperçoit, que lorsqu’on se repose. Rare parmi les membres
2-4 Douleur modérée, mais vraie gêne intellectuelle. Début de la réduction des capacités intellectuelles. On oublie régulièrement. On doit commencer à tout noter. Elle perturbe déjà d’une façon importante l’activité professionnelle.

Dès que la douleur atteint ce niveau, elle a un effet préjudiciable sur l’humeur et elle provoque une désocialisation.

fréquente
5-8 Douleur forte à intense. On commence à ne plus rien vouloir faire. Fatigue intense. Pertes de mémoire fréquentes. Souvent, on n’arrive pas à suivre ce que les gens vous disent. Perturbation grave de l’activité professionnelle ou d’activité courante comme s’occuper de ses enfants. Passages successifs par les phases de découragement, d’abattement de colère ou de dépression … On ne peut pratiquement plus se battre. La douleur ne vous laisse pas de répit et est la plus forte. Finalement, on sent que cela ne sert à rien de se battre. On est dans l’attente, on vit seulement au jour le jour, dans l’instant présent. Le mal de tête est comme un cheval emballé qui ne s’arrête jamais ou comme une mécanique infernale. Parfois impression, d’être dans cet état désagréable, comme celui qu’on ressent plusieurs heures après avoir reçu un coup violent sur la tête[4]. Fréquente
8-10 douleur intense à sévère. On est totalement accablé en permanence. On ne bouge plus. On ne vit pratiquement plus. On se lève seulement, juste, pour se nourrir. On est au lit en permanence. On ne pense plus, on ne peut plus penser, on ne pense même plus à vouloir se suicider. On est incapable d’avoir la moindre idée. On est un bloc de douleur à vif. On est totalement incapable de se défendre. On tombe le plus souvent dans une sorte de « fatalisme » total. La douleur est du même niveau que celle d’une crampe musculaire qui serait permanente et violente. Le mal de tête est comme un cheval emballé qui ne s’arrête jamais. On ne peut plus du tout travailler. Parfois, impression d’une « fulgurance » de la douleur, mais d’une « fulgurance » qui durerait éternellement ou bien d’une douleur insoutenable.

Impression d’être plaqué [scratché] au sol, par les maux de tête.

Rare
8-10 Un cas très rare de céphalées de tension est associé à des douleurs oculaires intenses, perçues comme insoutenables par le malade. Ce dernier a l’impression, que sous l’effet de la pression des muscles oculaires (des six muscles extra oculaires entourant chaque œil), les globes oculaires ont tendance en permanence de sortir de leurs orbites. La personne ne peut plus du tout lire ou même avoir une quelconque activité professionnelle[5]. Très rare

 

Réactions et humeurs des malades face à la douleur

L’organisation anatomique et physiologique des récepteurs, des voies et des centres cérébraux, impliqués dans la douleur, serait normalement identique chez tous[1]. Pourtant, chacun se comporte de façon très différente, lorsque le malade est en prise avec la douleur. Les réactions à la douleur des malades sont elles très variables.

 Le « seuil de la sensation douloureuse » peut être par exemple élevée ou abaissée, selon que le malade se concentre sur sa douleur ou bien en est distrait par une activité physique ou mentale. La richesse ou la pauvreté émotionnelle du malade pourraient aussi jouer dans son ressenti[2]. Des facteurs personnels, ethniques[3] [4] [5], éducationnels, philosophiques, religieux interviennent aussi dans la variabilité de la sensibilité à la douleur. L’éducation et la philosophie de vie du malade peuvent aussi jouer dans son ressenti.La douleur inspire ou provoque les comportements les plus variés, comme par exemple :

 

  1. Soit la résignation devant la douleur,
  2. Soit la révolte ou colère contre le scandale ou l’injustice qu’elle constitue, le fait qu’elle dure sans fin ou bien qu’elle est forte,
  3. Soit « l’exaltation » de la valeur de l’épreuve que constitue l’affrontement individuel et solitaire de sa propre douleur. La douleur est alors positivée et perçue comme un moyen de s’améliorer intérieurement[6].

Certains malade semblent bien résister à la douleur … du moins en apparence ( !).  Certains ne font pas état de leur souffrance[7]. D’autres se plaignent[8], rarement ou souvent, et/ou n’hésitent pas à en parler.

L’humeur du malade peut être très variable selon le niveau de douleur et peut suivre presque pas à pas l’évolution de la douleur, selon ses variations. Par exemple quand la douleur diminue ou disparaît, il a l’impression de revivre. La vie semble belle. Il est joyeux. Il est l’être le plus heureux du monde[9]. Au contraire, quand la douleur revient, il voit tout en noir. Il peut avoir l’impression d’être au plus bas, « dans l’ornière », et que l’épreuve qu’il subit est très dure, surtout quand la douleur, qu’il craint ou cherche à éviter, revient régulièrement.

Quand elle n’est pas assez intense, mais qu’elle dure, certaines personnes se ferment, deviennent agressives ou sont « assaillies » constamment par des pensées suicidaires.

Mais quand elle est trop intense, la douleur, en général et malgré tout, casse moralement, la majorité des personnes souffrantes. Après la crise, elle laisse la personne brisée ou pantelante. Durant ou après la crise, certaines ont l’impression de n’être alors plus qu’une chose, un jouet de forces, ou de mécaniques infernales ou diaboliques qui les dépassent. Elles ne revivent vraiment que quand la crise est passée.

Sinon en général, le malade, « bousculé » en permanence par sa douleur, dépense involontairement une énergie physique et mentale considérable pour la combattre, du moins tant qu’il ne s’est pas résigné à l’accepter.

Sinon, devient-on, à chaque fois, résigné et passif ou passif, quand la douleur est trop forte, lorsqu’elle semble « éternelle » et que les médicaments sont impuissants ? Examinons alors l’expérience ci-après :

L’expérience du chien résigné :

 

Le principe de cette expérience est de prendre trois groupes de chiens :

1)      Les premiers subissent de légers chocs électriques qu’ils ont la possibilité d’arrêter en appuyant avec leur museau sur une plaque.

2)      Les deuxièmes n’ont aucun moyen de faire cesser les chocs.

3)      Les troisièmes ne subissent rien.

Le lendemain, on met les chiens dans une cage divisée en deux parties : dans la partie A, il y a de petites décharges dans le plancher. La partie B est un refuge serein. Les chiens du premier et du troisième groupe vont tous dans la partie B.

Les chiens du deuxième groupe restent dans la partie A : ils sont résignés à subir une situation pénible.

Le scientifque, Martin Seligman, qui a mené cette expérience, en conclut que l’optimisme s’apprend, ainsi que le pessimisme et la dépression[10]. Donc on pourrait conclure de cette expérience, que quand il n’y aucun moyen d’échapper à sa douleur chronique, l’homme aurait tendance naturellement à se résigner et à déprimer.

Mais heureusement, nous ne sommes pas des chiens, les hommes pouvant eux faire preuve de capacités exceptionnelles insoupçonnées ou surprenantes. Ils peuvent faire preuve de sursauts ou de réactions énormes et stupéfiantes, face aux pires épreuves (telle lors de l’expérience de la vie dans un camp de concentration …), et faire en sorte de ne jamais se résigner et de toujours conserver son espoir, jusqu’au bout.

Même quand le malade est confronté à la phase 4 du tableau précédent, le malade peut encore continuer à se battre mentalement au plus profond de la douleur et de son lit (au plus profond de son « lit de douleur »), même si en apparence il semble passif et ne bouge pas.

[1] Cette hypothèse est à encore vérifier. Car quoique les experts médicaux ne puissent pas encore préciser la cause exacte des céphalées de tension, quelques médecins, essentiellement anglo-saxons estiment aussi que les taux de sérotonine et d’endorphine pourraient jouer un rôle, dans l’abaissement du seuil du niveau douloureux concernant les céphalées de tension. Sources « céphalées de tension » in « informations hospitalières » : http://www.informationhospitaliere.com/dico-752-cephalee-tension.htmlDes personnes hyper-sensibles émotionnellement peuvent être plus sensibles à la douleur. Alors que par exemple, certains schizophrènes particulièrement insensibles émotionnellement sont capables de supporter ou même de s’infliger des automutilations effroyables sans paraître souffrir. Note : Un petit bémol quand même. On se doit, en effet, quand même, de rester extrêmement prudent face à cette dernière affirmation et à cette dernière observation. Car ce n’est pas parce qu’une personne ne semble pas souffrir, qu’elle ne souffre pas réellement. Simplement, elle peut être dans la totale incapacité d’exprimer sa souffrance, du fait de sa maladie mentale. Dans le cas des affections mentales, il est, au contraire, très important de surtout ne pas s’arrêter aux apparences. Parfois, les manifestations psychiatriques sont comme des poupées gigognes se dévoilant petit à petit, selon la profondeur de l’investigation.

Mark Zborowski, People in Pain, Ed. Jossey-Bass, San Francisco, 1969.Mark Zborowski, Cultural components in response to pain, Journal of social issues, 1952, n°8, pp.16-30 (article traduit in François Steudler, Sociologie médicale, Armand Colin, Paris, 1972). Dans cet  article, Zborowski montre que les Américains d’origines juive ou italienne réagissent à la douleur de manière très émotionnelle et sont sensibles à des seuils de stimulation douloureuse très bas, alors que les Américains d’origine protestante tendent beaucoup plus à la minimiser.Anthropologie de la douleur, David Le Breton, Ed. Anne-Marie Métailié, 2006.Le malade peut aller jusqu’à remercier « Dieu » de lui avoir « envoyé » cette épreuve.Selon le philosophe Paul Ricœur, on réserve le terme de douleur à des affects ressentis comme localisés dans des organes, certaines parties du corps ou le corps tout entier. Le terme de souffrance se rapporte à des affects ouverts sur la réflexivité, le langage, le rapport à soi, à autrui, aux sens et au questionnement. La douleur pure serait uniquement physique, la souffrance supposée purement psychique. Il existe dans les faits un chevauchement des deux notions et l’une va rarement sans l’autre.La plainte ne préjuge pas de la gravité des maux endurés. Elle peut s’exprimer par le cri ou la parole. Elle traduit une demande de soins, de délivrance (de la douleur), de consolation ou de soutien moral … Elle exprime le vécu du patient et permet la rencontre thérapeutique. La plainte ne doit pas être jugée, même si elle semble par moment insupportable ou désagréable ou égoïste, par celui qui est sollicité par la plainte.

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